(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Revue des études juives 1897"

Digïtized by the Internet Archive 

in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



http://archive.org/details/revuedestudesjui35soci 




REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME TRENTE-CINQUIÈME 



PARIS 



A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER L \9~? 

83 bi8 , RUE LAFATETTE ^J^flH^ 



1897 



IOI 

nue 

t. 55 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE 

D'APRÈS L'ANTIQUE LÉGISLATION JUIYE 

CONFÉRENCE FAITE A. LA. SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 20 MAI 1897 

Par M. Joseph LEHMANN , 

DIRECTEUR DU SÉMINAIRE ISRAÉLITE. 



Mesdames et Messieurs, 

Pascal a dit : « Les hommes, n'ayant pu guérir la mort, la 
» misère, l'ignorance, se sont avisés, pour se rendre heureux, de 
» ne point y renser ; c'est tout ce qu'ils ont pu inventer pour se 
» consoler de tant de maux ». 

Cette pensée de Pascal, si piquante dans son amertume, a le tort 
de ne pas être vraie. Au temps même de Pascal, vivait un homme 
qui pensa tellement à la misère et à l'ignorance, qu'il résolut de les 
guérir et, — telle fut la contagion de son zèle, sa pensée et sa ré- 
solution devenant la pensée, l'idée fixe, en quelque sorte , de 
nombre de ses contemporains — humble prêtre de campagne, il fut, 
en France, le véritable fondateur de l'Assistance publique et de l'en- 
seignement populaire. Ce contemporain de Pascal, vous l'avez 
reconnu, c'est le fondateur de l'ordre des sœurs de charité, celui 
qu'on appelait alors Monsieur Vincent. On l'a appelé depuis : Saint 
Vincent de Paul l . 

1 Pascal meurt en 1658 et saint Vincent de Paul en 1660. 

ACT. ET CONF. A 



ACTES ET CONFERENCES 



Depuis que, parmi les hommes, la société est organisée, tous les 
progrès de la civilisation ont été des victoires remportées sur 
la mort, la misère et l'ignorance. Moins que jamais, la pensée de 
Pascal est vraie pour ce qui concerne notre temps, car jamais, 
autant qu'en notre siècle, la pensée de la mort, de l'ignorance et 
de la misère n'a tant hanté l'imagination des hommes, et s'il est 
impossible de songer à vaincre ces invincibles fléaux, on est par- 
venu toutefois à resserrer les bornes de leur domaine : en moins 
de cent ans, la moyenne de la vie humaine a été prolongée de 
plus d'un quart ; partout l'ignorance est combattue et, si la misère 
ne peut disparaître, on s'efforce, du moins, d'en tarir les sources, 
de la rendre moins poignante, moins irrémédiable, si on peut 
parler ainsi. Cette noble inquiétude, ce ne sont pas seulement les 
âmes les plus généreuses qui en sont possédées, elle est devenue, 
en quelque sorte, le tourment de notre société tout entière; souve- 
rains, hommes d'Etat, législateurs, administrateurs, sectes reli- 
gieuses, sectes philosophiques, partis politiques, tous, partout, à 
l'envi, la font entrer dans le programme de leur activité. En 
France, dans notre France républicaine, elle doit être, elle de- 
viendra de plus en plus la préoccupation dominante de ceux qui, 
à un degré quelconque, s'intéressent à l'action publique, car ce 
n'est pas en vain qu'un peuple a placé dans sa devise et inscrit sur 
les murs de tous ses monuments ces deux mots sacrés : Egalité, 
Fraternité ! 

Mesdames et Messieurs ! Ce n'est pas la première fois qu'une 
société tout entière a été constituée dans le but de faire régner 
parmi les hommes l'égalité et la fraternité. Résumant dans une 
formule précise, brève, saisissante, l'enseignement des derniers pro- 
phètes et des premiers docteurs du judaïsme *, la pensée suprême du 
législateur 2 , Simon ben Gamaliel a dit : « Le monde repose sur trois 
choses : la vérité, la justice et la paix 3 ». Tandis que toutes les so- 
ciétés antiques étaient créées et maintenues par la force, la violence 
et la conquête, avec l'ignorance et l'esclavage pour satellites, Moïse, 



1 Zacharie, vil, 9; vin, 16; Abot, i. 

2 Deutér., iv, 6, 8 ; vu, 18. 

3 Abot, i, fin. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE lit 

à la société qu'il a fondée, a donné pour principe unique l'amour du 
prochain, et ce prochain qu'il faut aimer, ce n'est pas seulement, 
dans la pensée de Moïse, l'homme de la même race, de la même 
croyance, car pour éviter toute interprétation trop étroite de son 
précepte capital, il le répète dans les mêmes termes, il le renouvelle 
expressément quelques lignes plus loin, à propos de l'étranger : 
« Tu l'aimeras (l'étranger) comme toi-même, dit Moïse, car vous 
aussi, vous avez été étrangers en Egypte l . » 

Cet amour qui embrasse toute l'humanité, Moïse ne s'est pas con- 
tenté de l'enseigner à la façon d'un moraliste ou d'un philosophe, de 
le prêcher comme un fondateur de religion, il en a fait un principe 
de vie infinie, d'une inépuisable fécondité, il l'a doué d'une efficacité 
certaine, il lui a donné la forme la plus pratique, lui a prescrit son 
mode d'action et de fonctionnement, législateur, en le faisant entrer 
dans son code, lui procurant ainsi l'autorité souveraine, la suprême 
sanction de la loi 2 . Cette originalité n'appartient qu'à Moïse : nui 
ne l'a eue ni avant lui, ni après ! 

Originalité plus admirable encore ! Moïse ne se contente pas d'or- 
donner les mesures nécessaires au soulagement de la misère, il 
décrète aussi tout ce qui lui parait utile pour la prévenir; sans 
compter que, plus avisé et plus sage que tous les autres législateurs 
ou plutôt plus équitable, plus miséricordieux, bien loin d'aggraver, 
par ses lois , les inégalités inévitables dans toute organisation 
sociale, il s'efforce sans cesse de les atténuer, de les rendre moins 
douloureuses. Chaque fois que le droit est douteux, sa loi est toujours 
pour le faible contre le fort, sans, pour cela, flatter aucune passion 
mauvaise : la jalousie, la convoitise, l'envie ; sans jamais cesser 
d'être vraie, juste, égale pour tous ; sans jamais cesser de semer, 
dans les cœurs, la concorde, l'amour et la paix ! 

1 Lévitique, xix, 18, 34. Voir encore Deutéronome, x, 19 ; la raison donnée 
pour prescrire d'aimer l'étranger prouve surabondamment que ce précepte s'ap- 
plique à tout étranger, prosélyte ou non. 

s olpat, easaOai çavspov ou y.ai Tupo; eûaréfletav xac 7ipo; xotvwviav ty]v u,ct v 
àX>,Y]Xa>v xai TTpoç tyjv xodoXou <pi).av8pto7iiav Iti rcpoç ôtxatoauvyjv xeiuivouç syopev 
toù; vojAoyç, Josèphe, Contre Apion, II, 16. 



IV ACTES ET CONFERENCES 



Phénomène vraiment curieux pour qui connaît les annales des 
républiques de l'antiquité et des grands Etats modernes, durant 
toute la longue histoire du peuple d'Israël, parmi des luttes sans 
nombre, on ne compte pas une guerre sociale, pas une guerre 
servile. C'est que, nulle part, il est vrai, la distance est moindre 
entre maîtres et serviteurs, nulle part riches et pauvres se sentent 
plus proches les uns des autres. Sans doute, ce remarquable état de 
paix sociale, c'est à la loi religieuse du judaïsme qu'il est dû ; mais 
d'où vient que cette loi eut une telle action sur les âmes, les 
consciences et les mœurs? Aux jeux de tout Israélite, c'était une 
idée, en quelque sorte innée, que sa loi était divine par son origine, 
ainsi que le disait, il y a dix-huit siècles, l'historien Josèphe 1 , 
immémoriale dans le temps 2 , l'héritage des pères 3 , le patrimoine et 
le trésor communs de la nation, une œuvre d'éternelle sagesse, de 
souveraine justice, de paternelle bonté 4 , s'imposant ainsi tout en- 
tière, avec une incomparable puissance, à l'obéissance, au respect, 
à l'admiration, à la vénération et à l'amour 5 , nul n'osant se déro- 

1 Contre Apion, I, 8, 16; II, 16, 21 et passim. Voir aussi Philon, Vita Mosis, 
II, 2 : ouv£ypa'|/îv OçyiyrjTafJiÉvou 9îo-j ; I. oî vôjxot xà)>).i<JTOi xaî û>; à),r,0âi; 6s?oi, 
et passitL. 

* Deutér., xxxn, 7; Isaïe, lxiii, 11. 

3 Deut., x, 15; xxxni, 4 ; I Rois, vin, 21, 58; II Rois, xvn, 13; Ps., xliv, 
2; lxxv, 5 ; lxxviii, 2 ; Jérémie, xi, 4 ; xvu, 22 ; Prov., i, 8. 

* Deut., iv, (3,8, 40; v, 30; vr, 2, 18, 24, 25; vu, 8, 9, 12-15; vin, 18; 
x, 12-14 ; xi, 18-22, 26-28; xiv, 1 ; xxvi, 16-19 ; xxviii, 1-14 ; xxix, 28; xxx; 
Psaumes, xix, 8-12; xxv, 9-15; cm, 6-9; cxi, 7-8; cxix ; Ecclésiast'que, 
xliv, 10. 

5 « Les seules lois de Moïse, depuis le jour où elles ont été écrites jusqu'à ce 
jour, sout demeurées termes et inébranlables, et il y a espérance qu'elles demeu 
reront tant que le soleil, la lune, tout le ciel, tout le monde, durera. . . Il est très 
merveilleux et le plus étrange du monde que, non seulemenl les Juifs, mais 
presque tous les autres, principalement ceux qui ont enseigné dans leurs dis- 
cours la vertu, ont reçu et bonoré ces lois comme étant saintes et sacrées... — 
Nos lois attirent à elles tous les hommes, Barbares, Grecs, ceux de la Terre 
ierme, ceux des îles, les races de l'Orient, celles de l'Occident, l'Europe, l'Asie, 
toute la terre babitée, d'une extrémité à l'autre... » (Philon, De Vita Mosis, II, 4). 



ASSISTANCE PUHLIQUE ET PRIVÉE 



ber aux prescriptions de cette loi, quelles qu'elles fussent, sans se 
frapper, à ses propres yeux, d'une déchéance, sans se retrancher 
lui-même delà communauté d'Israël. Or, cette loi, qui est à la fois une 
morale et une législation, gouverne en même temps la conscience 
et la conduite extérieure ', prescrit de la même façon des devoirs 
et des obligations positives se complétant mutuellement et si étroi- 
tement unies que souvent on ne sait où commencent les unes et où 
finissent les autres. Cette confusion, cette heureuse confusion, qui 
fait du devoir une obligation civile, en quelque sorte, et de ses 
prescriptions les plus délicates une chose impérativement catégo- 
rique, se traduisant en actes journaliers, et, d'autre part, fait ac- 
cepter allègrement les charges les plus lourdes imposées par la 
Loi 2 , est sensible tout d'abord dans ce qui constitue ce que nous 
appellerons , dans la législation juive , les mesures préventives 
contre la misère. 

Mesdames et Messieurs! Il est quelque chose de plus triste que la 
pauvreté, c'est le sort de celui qui lutte sans espoir, s'épuise en 
vain contre une mauvaise fortune acharnée après lui. Rien ne lui 
a réussi. Ses charges sont devenues accablantes. Il se sent glisser 
vers l'abîme. L'idée d'une déchéance, qui lui paraît inévitable, le 
poursuit et l'affole. Heureux, trop heureux, si l'exil lui offre, bien 
loin, un refuge contre la honte et contre la pitié de ceux qui, actuel- 
lement, sont encore ses égaux ! Cette misère qui a peur d'elle- 
même, qui se dérobe anxieusement aux regards, cette misère, la 
plus navrante de toutes, c'est à elle tout d'abord que Moïse a 
songé : « Au sommet de la charité, disait Maïmonide 3 , notre Loi a 
placé un devoir sacré entre tous : avant de nous ordonner de 
secourir le pauvre, elle nous a ordonné de venir en aide à celui qui 



1 (Moïse) <7uva8e xaî xaTÉaTYjdE . ..ty]v 8ixaioauvY]v, tt]v xapTEptav, Trjv awçpo- 
GÛvrp, ty)v Tàiv xcoXiTÔiv 7tpo; àXXrjXouç Èv àuacri Gvu.ça>viav aTtoiGCf.: yàp ai 7rpd|EiÇ 
xai Siarpiëai xai ).6yoi rtavTEÇ èiz\ tyjv 7rpôç 6e6v y;u.ïv £Ùasé£tav è'y_ou<7t Tr,v àva- 
<popàv « Moïse enseigna et institua .. .la justice, la fermeté, la prudence et l'har- 
» monie chez les citoyens. Toutes les actions, les occupations, les paroles doi- 
» vent nous porter à la piété envers Dieu. » Josèphe, Contre Apion, II, 16. 

2 riu.iv... Èx tou 7T£pï xaùxa tw vou-to 7r£i6apx£iv YjSéttç xàxet irEptEaxtv êici- 
8s{xvua6ai to ysvvaïtov. Contre Appion, II, 33. 

3 lad Hazaka, Matnoth Aniyim, x, 7. 



VI ^CTES ET CONFERENCES 

est menacé de devenir pauvre, car il est dit : « Si ton frère s'ap- 
» pauvrit, que sa main faiblit auprès de toi, qu'il soit étranger ou de 
» ta race, soutiens-le et que ton frère vive auprès de toi * ». Ce 
soutien qu'il faut accorder à celui qui chancelle doit être sous la 
forme d'un prêt. Prêter, dit le Talmud, vaut mieux que donner-. 
C'est secourir sans blesser celui qu'on oblige, c'est stimuler son 
activité, non pas l'affaiblir. Mais à quelle condition, suivant la Loi, 
un prêt est-il valable ? A la condition d'être gratuit. Le prêt à in- 
térêt, soit en argent, soit en nature, est rigoureusement interdit 3 , 
la créance déclarée nulle 4 , le créancier ainsi que le débiteur frappés 
tous deux de la dégradation civique 5 . Ni l'un ni l'autre, s'ils ne sont 
réhabilités, ne peuvent plus exercer de fonction publique ni même 
témoigner en justice 6 . 

Le créancier veut-il un gage, il lui est interdit de pénétrer, pour 
le prendre, dans la maison de son débiteur 7 . N Le foyer du débi- 
teur est inviolable autant que sa personne. La Tora ne dit pas 
seulement, comme la loi anglaise, habeas corpus, mais habcas 
domum s . Le gage, une fois donné, il faut le rendre chaque fois 

1 Lévitique, xxv, 35. 

2 Schabbat, 63. « Si quelqu'un dit : je ne veux pas accepter le secours d'autrui, 
» on doit, sans attendre qu'il souffre, pourvoir à ses besoins en lui donnant ce qui 
» lui est nécessaire à titre de prêt. Ce qu'il a accepté sous cette l'orme, on le prie 
» ensuite de le conserver comme don : telle est l'opinion de R. Méïr. Les sages 
» disent : on donne gratuitement à celui qui est dans le besoin tout ce qui lui est 

» nécessaire et (s : il refuse ce don gratuit) on le lui doune ensuite comme prêt. 
» R. Simon dit : (s'il n'ebt possible de le lai faire accepter autrement), on lui 
» demande un gage afin de ménager sa fierté » (Tosefta Péa, iv, 12 ; Jéru- 
salmi, même traité, 21 a; Kdoubot, GS). Pbilon dit qu'il vaut mieux donner {De 
huvnanitate, 8). 

3 Exode, xxn, 24 ; Deutér., xxm, 20, 21 ; Psaumes, xv, 5; Prov., xxviii, 5 ; 
Ezécbiel, xvm, 17; xxn, 12; Philon, De humanitate, 36; Josèpbe, Ant.^ IV, 
8, 25; Contre A pion, 11, 27; comparez Mathieu, xxv, 27; Luc, xix, 23. 

4 Baba Kamma, 30 ; Baba Mecia, 72 ; Baba Batra, 94 ; Philon, De humani- 
tate, 6. 

5 Sod considérés comme complices : le scribe qui a rédigé l'acte de créance, 
les témoins qui Font signé, celui qui s'est porté caution du débiteur (Baba 

Mecia, 75; Mtschna, v, 11). 

6 Mischna Sanhédrin, ni, 3. 

7 Deutéron., xxiv, 10; Philon, De humanitate, 8; Jos., Ant., IV, 8, 26. 

8 La loi du • habeas corpus » n'était pas faite pour ie débiteur, la contrainte par 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE VII 

que le débiteur en a besoin : « S'il a donné sa couverture, qu'il 
» a froid, qu'il crie vers moi, dit le Dieu de la Bible, j'écouterai 
» sa plainte, car je suis miséricordieux 1 ». Quand vient la sep- 
tième année, l'année sabbatique, toute poursuite est interdite 2 . 
L'année sabbatique terminée, le créancier reprend-il ses droits? Il 
semble, d'après le texte 3 , mais plus miséricordieuse que l'exégèse, 
la tradition constante proclame qu'à l'année sabbatique toutes les 
dettes sont remises 4 . Cette législation surprenante, qui bouleverse 
toutes nos idées économiques, elle a existé réellement, elle a réel- 
lement fonctionné. En dehors des documents de la tradition, que 
judicieusement on ne saurait écarter a jmori, nous avons les témoi- 
gnages de contemporains, de Philon s , de Flavius Josèphe 6 . On 
pourrait peut-être trouver une preuve à l'appui de la tradition 
dans l'oraison dominicale de l'Evangile, dans cette phrase qu'on 
traduit communément par « pardonne-nous nos offenses comme 

corps étant inscrite dans les codes ou les coutumes de tous les peuples de l'Eu- 
rope. En France, elle fut abolie seulement il y a trente ans, en 1867, en matière 
civile et commerciale. Elle a été maintenue pour les amendes, restitutions, dom- 
mages-intérêts, et maintenue encore en matière administrative (la loi du 17 avril 
1832 n'a pas été abrogée). Quoi qu'il en soit, la législation moderne constitue 
un progrès énorme par rapport à la législation du moyen âge et à celle de l'anti- 
quité. A Tyr, à Carthage, à Syracuse, le créancier avait, sur le débiteur, droit 
de vie et de mort. Ce droit était maintenu avec certains adoucissements dans 
la loi romaine. L'ancien droit germanique et le droit féodal réduisaient en escla- 
vage le débiteur insolvable (Louis André, Grande Encyclopédie). En Palestine 
même, dans le royaume de Samarie, sous la dynastie quasi-phénicienne d'Omri, 
c'était la loi de Tyr qu'on suivait : les deux fils de la veuve du jeune prophète 
sont saisis par un créancier, II Rois, iv, 1. 

1 Exode, xxn, 24. 

* Deut., xv, 12. 

3 Ewald, Alterthiïmer des Volkes Israël, 378; Jahn, Biblische Archœologie ; 
Raumer, Vorlesungen ûber die Geschichten des Alterthumes, 7 e leçon ; Bauer 
Religion des Alt. Testam., I, 202 ; Bâhr, Symbolik des mosais. Cuit., II, 608. 

4 A l'exception des prêts sur gage et des prêts sur hypothèque, Mischna 
Schebiit, x. 

5 De Septenario, 8. 

6 Josèphe, il est vrai, affirme que la remise des dettes avait lieu au jubilé 
(Ant., III, 12, 3). Peut-être veut-il parler seulement des créances hypothécaires, 
des créances sur gages ou de celles dont la prescription aurait été interrompue 
par la îrpooêoXr) instituée par Hillel. 

7 àçeç 7}[uv toc ô^ei^p-axa ii\t.ûv d>ç xai y](jlsÏ; à^iejxsv xotç ôcpeOiTatç yjfxûv. 



VIII ACTES ET CONFÉRENCES 

nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés », et qui, d'après le 
texte grec, devrait être : « Remets-nous nos dettes comme nous 
remettons les dettes à ceux qui nous doivent * ». 

Cette loi si paradoxale s'explique pourtaut de la façon la plus 
naturelle. Jusqu'au terme de leur existence nationale, nos ancêtres 
étaient exclusivement voués à l'agriculture 2 ! Chose bien curieuse, 
ils ne comprenaient rien au commerce ! Le commerce, en Judée, était 
laissé aux étrangers, Egyptiens ou Phéniciens, établis temporaire- 
ment 3 ou à demeure 4 dans le pays uniquement pour trafiquer, étant 
« gens avides de richesse », otà xo cptXo^pTrj|xaT£Ïv, ainsi que le dit, 
non sans un certain mépris, Flavius Josèphe 5 . N'empruntait donc, 
chez les Juifs, que celui dont les ressources étaient inférieures aux 
besoins mêmes de la vie, et, faire payer à ce malheureux un intérêt 
en sus du principal de sa dette, c'eût été abuser de sa détresse, 
l'appauvrir davantage c , c'est-à-dire pécher deux fois, et contre 
Dieu et contre les hommes. Quel meilleur usage" d'ailleurs de son 
superflu, quel plus grand profit que d'aider son frère dans le besoin 7 
et d'obtenir ainsi pour soi la bénédiction de Dieu s ! Ainsi secouru, 
le débiteur, à moins de se rendre coupable de la plus noire ingrati- 
tude (ce qu'il n'est pas permis même de supposer, dit le Talmud 9 ), 
s'acquittait toujours c'e sa dette, avec la plus grande ponctualité, 



1 Cette explication d'une phrase de l'oraison dominicale nous a paru fort inté- 
ressante. Elle nous a été suggérée par noire ami, M. Astruc, grand-rabbin hono- 
raire de Belgique, mais nous ne la présentons que sous les plus grandes réserves. 
A -fiolre avis, le texte grec a rendu imparfaitement le texte primitif, qui était 

sans doute ssa namb •pmn ipmzn rros &cmn p pua. La ra ci..e mn, 

dans la langue araméenne et dans le dialecte rabbinique, a, a la fois, le secs de 
faute ou offense et celui de dette. 

2 ri <ivu.<popan£cpov.. . sv eîprjVY] ^éyyouçr] yEwpytai; ■rcpotfavé^stv « qu'y a-t-il de 
plus sage... que de se vouer pendant la paix... aux professions manuelles et 
aux travaux des champs ». Contre Apion, II, 41. 

3 Nochri. 

4 Guer toschab. 

5 Contre Apion, 12. 

6 Phdon, De humanttate, 6; Ant., IV, 25. 

7 Ibid. 

8 Deutér., xv, 10 ; Ant., L c. 

9 Ketoubot, 18 ; Guittin, 51 ; Baba Mccia, 3 ; Baba Kamma, 108; voir Raschi 
sur ce dernier passage. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE IX 

avant l'échéance de l'année sabbatique, si toutefois il en avait les 
moyens. S'il ne le faisait pas, c'est qu'il était trop pauvre vraiment 
pour s'acquitter envers son bienfaiteur. Celui-ci ne devait il pas 
remplir, jusqu'au bout, son devoir de fraternité et remettre à son 
frère une dette trop lourde pour celui-ci? 

Quelle générosité extrême, d'une part, quelle loyauté scrupuleuse, 
de l'autre, une telle législation ne suppose-t-elle pas chez le peuple 
pour qui elle a été faite, qui en a été jugé digne et qui l'a observée 
religieusement., et sans changement, jusqu'au siècle qui précéda 
l'ère chrétienne ! Générosité extrême et loyauté scrupuleuse entre 
lesquelles, à en croire la Mischna de Schebiit f , se livrait parfois un 
bien touchant combat lorsque, l'année sabbatique venue, le débiteur, 
en dépit de la résistance du créancier, voulait s'acquitter quand 
même d'une dette annulée par la Loi, mais non par sa conscience. 
Dans ce débat étrange où chacun défendait un intérêt contraire au 
sien, dans ce débat entre la Loi et la conscience, le dernier mot 
devait rester. . . à la conscience - ! 

Cette loi dut se modifier en même temps que les conditions d'exis- 
tence du peuple, une loi n'étant vivante qu'à la condition d'être 
douée de ce pouvoir d'adaptation. Un jour, bannis du sol de leurs 
aïeux, nos pères cessèrent d'être agriculteurs et furent condamnés à 
se vouer au commerce. Bientôt le commerce aussi leur fut interdit, 
hormis, — ô ironie du sort! — le commerce de l'argent ! L'argent 
devint leur outil, leur arme, leur moyen de défense et de salut. Il 
fallait de l'argent pour assouvir l'insatiable avidité, non pas seule- 
ment de leurs ennemis, mais de leurs défenseurs : barons, évêques, 
princes, cardinaux, rois et papes, quand, de toutes parts, il leur 
fallait chercher des protecteurs contre les violences sanguinaires 
de foules fanatiques et féroces. Même dans cette cruelle et déplorable 

1 Mischna Schebiit, x, 8 : • Si quelqu'un vient payer une dette la septième 
» année, le créancier doit lui dire : je te délie de ta dette à cause de la Sche- 
» mita. Si le débiteur dit : je le sais, mais je veux quand même te payer, le 
> créancier peut accepter. Le dialogue entre le créancier et le débiteur, la 
• Tora l'a prévu en disant : voici les paroles de la Schemita (le mot parole sup- 
» pose un dialogue). • 

* Ibid., 9 : « Celui qui nonobstant la Schemita paie ses dettes acquiert l'appro- 
bation des sages. > 



X ACTES ET CONFERENCES 

nécessité, leur religion, les préceptes du Pentateuque, les enseigne- 
ments de leurs sages 1 , plus encore que la prudence et le souci de 
leur sûreté, les obligeaient à user de douceur, de modération et de 
pitié envers ceux qui étaient contraints de recourir à eux ! Je ne 
sais si jamais Slrylock a existé. En dépit des prestiges de l'art, qui 
sait donner à toutes ses productions l'apparence de la réalité et de 
la vie, en dépit des explications des psychologues qui ont fait la 
genèse des sentiments du personnage et ont essayé de démontrer 
l'enchaînement, la logique des sentiments de Shylock, nous autres 
juifs, nous n'y avons jamais rien compris. Si Shylock a existé, il 
appartient à une autre race, il appartient à la race de ces créan- 
ciers de la Rome antique, qui avaient, de par leur loi, le droit de 
couper leurs débiteurs en morceaux si, assaillis de divers côtés à la 
fois, ceux-ci se trouvaient dans une égale impuissance à satisfaire 
l'inexorable rapacité de leurs prêteurs 2 ; ce Shylock, cet homme 
odieux qui n'aime même pas sa fille et qui en est haï — (rien que ce 
trait indique qu'il n'est pas juif) — cet homme qui est sans pitié, 
nous l'avons toujours renié! Non, Shylock n'est pas juif, car 
celui qui est sans pitié, — le Talmud l'a dit depuis longtemps 3 , — 
n'est pas un descendant de notre père Abraham 4 I 

1 Baba Mecia, 71 b : A qui s'applique ce verset : • Celui qui augmente sa 
» fortune au moyen de l'intérêt de l'argent ou du fruit, amasse pour qui est bien- 
» veillant envers les pauvres? » (Prov., xxvm, 8) Cela s'applique à celui qui 
s'enrichit en prêtant à intérêt à un non juif. 11 a donc été interdit de prêter à 
intérêt à un non juif. Tosefot : Comment donc se permet-on, de nos jours (au 
xn e siècle), de prêter à intérêt aux non juifs? R. Il le faut puisque nous avons à 
payer le roi, les seigneurs, quïl faut vivre et que, d'ailleurs, toute autre occupa- 
tion nous est interdite. 11 ne nous est donc permis de prendre de l'intérêt que 
pour ne pas être exposé à mourir de faim. (Conclusions de Tosafot, deuxième 
glose de la page.) 

* D'après le droit romain, le créancier avait le droit de mettre le débiteur à 
mort. Mais quand il y avait plusieurs créanciers, ils étaient autorisés à se par- 
tager le cadavre. Gaius, iv, 21 ; Aulu-Gelle, Nuits attiques, xx, 1, 39 et s. 
{Grande Encyclopédie, art. Contrainte par corps, par M. Louis André.) 

3 Tebamot, 79. 

4 La légende de Shylock est très ancienne. Voir à ce sujet Grœtz, Trad. franc., 
IV, 285. Primitivement le créancier était un suzerain ou un noble; le débiteur, 
un vassal ou un roturier. Ce fut après la peste noire de 1348 qu'un auteur 
italien fit de Shylock un juif. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVEE XI 



II 



Une indestructible pitié, supérieure aux injustices des hommes, 
mais aussi une indestructible énergie supérieure aux injustices de 
la vie, voilà, Mesdames et Messieurs, le fond du caractère de notre 
race. Cette dernière disposition de notre caractère générique date 
de bien loin, c'est encore un des bienfaits de notre législation reli- 
gieuse. Celui qui faiblit dans la lutte, notre législateur l'a soutenu, 
comme par la main ', lui mettant dans le cœur, s'il succombe, l'es- 
pérance, l'attente d'un relèvement certain ou pour lui ou pour sa 
race. Il en a fixé la date d'une façon précise, lui a permis l'es- 
poir d'une réhabilitation, d'une délivrance plus proche encore, 
récompense d'un redoublement d'efforts, de courage, de persévé- 
rance, ou gage d'union et de solidarité entre les membres d'une 
même famille, union et solidarité que l'adversité même, loin d'affai- 
blir, que l'adversité surtout, suscite, réveille, fortifie. 

Telle fut l'institution de la loi du Jubilé. D'après cette loi, il n'é- 
tait pas permis de vendre une terre, une ferme pour plus de cin- 
quante ans. Nul n'avait le droit d'appauvrir à perpétuité sa famille 
et de se condamner lui-même à une perpétuelle indigence. Tous 
les cinquante ans, le 10 Tischri, le son du schoffar de la délivrance 
retentissait dans tout le pays, les esclaves, en fête depuis dix jours 2 , 
recouvraient leur liberté pour toujours, les terres revenaient à 
leurs anciens propriétaires, chacun reprenait possession de sa per- 
sonne, de son foyer, de son patrimoine 3 . Le terme de cette déli- 
vrance pouvait être avancé à des conditions fixées d'avance par le 
législateur, soit que celui qui avait aliéné sa personne ou son bien 
trouvât des ressources nouvelles, soit qu'intervînt un membre de la 
famille, ainsi que l'ordonnait la Loi, pour faire recouvrer au parent 
malheureux la liberté ou le patrimoine perdus. L'assistance de la 
famille était strictement, rigoureusement obligatoire. Ce matin 

1 Isaïe, xli, 10. 

8 Rosch Hasckana, 8 b, 

3 Lévitique, xxv. 



XII ACTES ET CONFERENCES 

même *, nous avons lu le chapitre qui règle, dans tous les détails, 
les conditions, le mode d'exécution de cette loi 2 et, la semaine 
prochaine 3 , nous verrons, dans le livre qui nous raconte un des 
épisodes les plus charmants de la Bible, dans l'histoire de Ruth 4 la 
Moabite, comment les parents se réunissaient, s'attendaient les uns 
les autres, devant les magistrats, les anciens et ]e peuple, au tri- 
bunal qui siégeait aux portes de la ville, pour choisir entre eux, 
d'après le degré de filiation, la fortune, d'après le cœur, celui à qui 
reviendrait ce titre de Goel B que, faute d'autre équivalent, nous 
traduisons par sauveur, rédempteur, et qui désigne celui qui accepte 
de tout son cœur et de toute son âme, dans toute leur intégralité, 
toutes les obligations de protection et de sympathie, pieuses, frater- 
nelles, dévouées, envers le frère qui est faible, envers le frère qui est 
pauvre, envers le frère qui est mort. Et ce frère, ce n'est pas seu- 
lement l'enfant du même père, de la même mère, c'est — ne vous 
y trompez pas — dans cette langue hébraïque dont les termes, 
parfois dans leur large compréhension, sont l'expression du sublime 
sentiment de solidarité de notre race, — c'est le parent à un degré 
quelconque , caria famille biblique, la famille dans le Judaïsme 
antique n'a pas de limite précise, elle s'étend de proche en proche 
remontant de degré en degré, et, s'il le faut, jusqu'à l'auteur com- 
mun de la race hébraïque, de sorte qu'il n'est personne, dit le Tal- 
mud 7 , qui n'ait de Goel, de libérateur en Israël s . 

1 Le samedi 29 mai. 

1 X e section du Lévitique 

3 Le deuxième jour de la Pentecôte qui, cette année, tombait le 7 juin. 

4 Ruth, m et iv. 

5 Lévit., /. c. ; Nombres, xxxv ; Deutér., xxv, 5-16. 

6 Lévit., xxv, 25, 49. 

7 Sifra Behar, iv, 2. 

8 Dans cet exposé purement théorique de la législation mosaïque, il ne nous 
appartenait pas de rechercher à quelle époque et dans quelles conditions la loi 
du Jubilé a été observée en fait ou était en droit exécutoire. Les données bibliques 
sont, à cet égard, assez rares, lsaïe, maudissant ceux qui, en Judée, s'efforçaient 
d'augmenter sans cesse leurs possessions et d'accaparer le sol à leur profit, s'écrie : 

• Malheur à vous qui joignez maison à maison, qui faites rejoindre un champ par 

• un autre champ jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place (pour personne) afin que 
» seuls vous habitiez le pays », chose qui n'eût pas été possible si le régime du 
Jubilé avait été en vigueur ou si la loi du Jubilé avait été observée. Mais, d'autre 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XIII 



III 



Soutenir ceux, qui chancellent autour de nous, relever ceux qui 
sont tombés à nos côtés sur le chemin de la vie, voilà certes le 
moyen de prévenir bien souvent la souffrance de la misère; mais que 
de qualités pour remplir de telles obligations et aussi que de vertus 
dont le principal mérite et le caractère essentiel sont la sponta- 
néité, la liberté 1 Comment donc la loi interviendrait-elle dans 
tous les cas, pour assurer l'exécution de ce contrat de solidarité 
familiale et sociale ? Les sources de la misère seraient-elles, d'ail- 
leurs, pour cela taries? La misère ne défie-t-elle pas les prévisions 
les plus sages, les mesures législatives les plus miséricordieuses ? 
Comment assurer, par avance, un appui à l'étranger qui, inconnu, 
vient d'une terre lointaine chercher parmi nous un refuge et du 
pain ; à l'homme loin de sa famille, dont l'âge ou la maladie ont 
épuisé la vigueur ? La femme qui devient veuve, l'enfant qui 

part, Ezéchiel parle comme d'une institution régulière et publique de Tannée de 
la délivrance ITlTH nDtO (xlvi, 17), nom par lequel le Pentateuque désigne 
l'année du Jubilé (xxv, 10. Voir encore Jérémie, xxxiv, 8, 15, 47). Dans l'as- 
semblée solennelle réunie dans le Temple et dont il est question daus le livre de 
Néhémie, chapitres ix et x, L j s signataires du pacte religieux s'engagent à ob- 
server les lois de la septième année (x, 32) de la Schemita, mais ne parlent pas de 
celles du Jubilé, peut-être parce que celles-ci n'avaient, en général, qu'un caractère 
éventuel. Philon est plein d'enthousiasme pour la loi du Jubilé, qu'il commente 
à deux reprises (De Septenario* 13, et De humanitate, 11). Toutefois les obser- 
vations du philosophe Alexandrin ne sauraient avoir pour nous l'autorité d'un 
témoignage. La loi du Jubilé, d'après une opinion exprimée dans le Talmud, 
cessa d'être en vigueur après l'exil des dix tribus (Arakhin, 32). Se fondant sur 
ce passage, Uaschi (Guittin, 3Gci) et Maïmonide [Hilkkot Schemittin Veyobclot, 
x, 8) concluent que cette loi était abrogée en droit aussi bien qu'en fait à 
l'époque du secoud temple. Ces conclusions sont combattues par R. Yacob Tarn, 
d'après Arakhiu, 29; Horaïot, G, et Griii/.tin, 7 4. 

Hécatée d'Abdèrea connu la loi du Jubilé et en donne un curieux témoignage. 
Chose remarquable encore, l'explication qu'il en donne concorde singulièrement 
dans les termes avec la virulente apostrophe dlsaïe aux accapareurs du sol que 
nous avons citée plus haut : où/. â?9jv 3s toi; lot; toù; loîou; xXrjpo'j; Tca>)>eîv, ôtcw; 
[xrj Tiveç ôtà TrXeovs^tav... èx6)iëa>ot tov; àrco oewrépou: : t 11 n'est pas permis aux 



XIV ACTES ET CONFÉRENCES 



devient orphelin, qui pourvoira à leurs besoins, en attendant qu'eux 
aussi, ils trouvent leur libérateur? 

Notre législateur y a pourvu, ramenant toujours, entre ceux que 
le sort a inégalement partagés, l'égalité par la fraternité. 

Fête publique, fête privée, solennité religieuse, réjouissance na- 
tionale, toujours et partout, au sein de chaque famille, l'étranger et 
le pauvre, la veuve et l'orphelin — la loi l'ordonne — doivent avoir 
leur place auprès, au milieu des enfants : « Tu te réjouiras de tout 
ton bonheur, tu te réjouiras devant l'Eternel ton Dieu, toi, ton fils 
et ta fille, ton esclave et ta servante, le lévite, la veuve, l'orphelin 
et l'étranger », voilà ce qu'à chaque page, ordonne le 5° livre de 
Moïse *. 

Mais voici quelque chose de plus important, de beaucoup plus 
grave : le pauvre a droit à une part de la terre, à une part des 
fruits, à une part de la jouissance directe de la propriété. Le droit 
à l'assistance, ce droit au sujet duquel économistes et sociologues 
des diverses écoles discutent encore — , mais il y a longtemps que, 
par la Bible, la question est résolue et absolument tranchée ! 
N'hésitons pas à le dire, parce que c'est la vérité : oui la Bible 

» particuliers de vendre leurs propres parts, de peur que quelques-uns, poussés 
» par l'avidité, achetant les patrimoines, n'en expulsent ceux qui sont plus 
» pauvres qu'eux ». Ilécatée ap. Diodore de Sicile, XL, 3 (Th. Reinach, Textes, 
p. 19). 

Dans le III e livre des Antiquités (ch. 12), Josèphe consacre à la loi du Jubilé 
un long paragraphe. Il entre dans tous les détails de mode d'application de cette 
loi. Les indications très précises qu'il nous donne forment une sorte de règlement 
d'administration qui ne se trouve consigné nulle part ailleurs et qui ne peut être 
que le t'ait d'une coutume, sans doute en vigueur de son temps : 

« La 50 e année est appelée chez les Hébreux Yobel. Les débiteurs sont libérés 
» alors et on affranchit les esclaves juifs qui, pour expier une violation de la loi, 
» au lieu d'être mis à mort, avaient été privés de leur liberté. 11 ordonne que les 
» champs seront rendus à leurs anciens maîtres de la manière suivante : quand 
» vient le Yobel, qui veut dire liberté (?), le vendeur et l'acheteur se réunissent, 
» on fait l'estimation et des fruits et des dépenses faites dans les champs. Si la 
» valeur des fruits est supérieure aux dépenses, le vendeur reprend le champ 
» (sans indemniser l'acheteur). Si les dépenses ont été supérieures, l'acheteur 
» doit recevoir la différence. Au cas où les profits égalent les dépenses, les 
» champs reviennent à leurs anciens possesseurs. Pour ce qui concerne les mai- 
» sons, etc. . . » 

xii, 18 ; xiv. 26 ; xvi, 11, 14 ; xxvi, 11. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XV 

a proclamé le droit à l'assistance pour celui qui n'a pas, le devoir 
de l'assistance pour celui qui possède. 

Et savez-vous pourquoi on discute encore? C'est parce que les 
idées romaines pèsent encore de tout leur poids sur la concience 
moderne, car c'est de Rome que vient cet adage suum ciiique, ce 
qui veut dire, en bon français, chacun pour soi l . Elle est encore 
du droit romain, cette ancienne définition de la propriété, jus 
utendi et abutendi, le droit d'user et d'abuser. Cette définition, les 
Romains l'appliquaient en conscience : maîtres de leurs personnes, 
ils trouvaient le suicide chose absolument légitime, ils le glori- 
fiaient par la bouche de leurs plus éminents penseurs. Maîtres de 
leurs enfants, ils avaient sur eux droit de vie et de mort : Tacite, 
le sage Tacite, s'étonne que les Juifs condamnent le meurtre des 
enfants - : Vous savez combien, pour Tacite, les Juifs étaient gens 
grossiers et barbares ! Maîtres de leurs esclaves, cela va sans 
dire, il y en avait chez eux qui, pour engraisser leurs poissons, 
faisaient jeter leurs serviteurs clans les viviers. Chose plus horrible 
encore ! le peuple romain tout entier, avec ses consuls, son sénat, 
ses historiens, ses prêtres et ses philosophes, le peuple romain, maître 
de ses gladiateurs, les faisait égorger devant lui, pour son amuse- 
ment, ils mouraient, saluant César ! C'était, vous le savez, les vierges 
saintes, les blanches, les pures, les chastes vestales qui, leur joli 
pouce, l'ongle rose tourné vers la terre, décidaient si on achèverait 
de tuer le gladiateur gisant dans l'arène sanglante, blessé, mutilé 3 . 

1 Celui qui dit : « Ce qui est à moi, est à moi et ce qui est à toi, est à toi » y 
est un homme du vulgaire. Tel était, d'après d'autres, le droit qui ilorissait dans 
la cité de Sodome (Abot, v, 10). 

s Si les Juifs s'abstiennent de tuer leurs enfants, c'est, selon Tacite, parce 
qu'ils ont souci d'augmenter leur population : « Augendse tamen multitudini 
» consulitur; nam et necare quemquam ex agnatis nefas. > Eist., V, 3. L'étou- 
nement du grave historien est tout naturel pour qui connaît les idées de l'anti- 
quité en général et les usages établis en lois chez certains peuples tels que les 
Lacédémoniens. Pour avoir une idée de la cruauté avec laquelle, à Alexandrie, on 
pratiquait communément l'abandon des enfants, il n'y a qu'à voir avec quelle 
indignation Philon s'exprime à ce sujet à propos des lois mosaïques qui ordonnent, 
lors de la naissance des animaux domestiques, de laisser le petit avec la mère 
au moins pendant sept jours et qui interdisent de cuire l'agneau dans le lait 
maternel (De humanitate, 17). 

3 Hérodc, désireux d'introduire en Judée la civilisation romaine (!), fit cons- 



XVI ACTES ET CONFÉRENCES 

Voilà, à Rome, comment et jusqu'où l'on comprenait la propriété 1 
Si aujourd'hui on la comprend autrement, nous y sommes, Mes- 
dames et Messieurs, croyez-le, un peu pour quelque chose. Nous 
n'avons pas le droit de disposer de nos personnes, nous ne nous 
appartenons pas à nous-mêmes ; créatures de Dieu, comment ose- 
rions-nous prétendre à la propriété exclusive, absolue des choses 
extérieures ? Celui qui, avec des larmes, a semé le grain de blé 
dans le sillon qu'il a creusé et qui, plus tard, au plus chaud de l'été, 
a moissonné, a droit au fruit de son travail », sans aucun doute, 
mais ce fruit lui appartient-il entièrement? Cette terre où il a tracé 
son sillon est- elle son œuvre ? ou la pluie quia fécondé le germe? 
ou le germe lui-même? ou la succession des saisons? ou le soleil 
qui, de ses rayons bienfaisants, a réchauffé le sol et doré les épis ? 
— Ce n'est pas un réformateur, un socialiste moderne qui parle, je 
vous traduis les pensées, presque les paroles de Philon d'Alexandrie, 
le vieux Philon, Philon le Juif, le grand philosophe qui a si pieuse- 
ment commenté la législation de Moïse -. Pour continuer sa pensée, 
et ainsi que le dit notre vieux rituel, c'est Dieu « qui fait sortir 
le pain de la terre ». Ce pain, laboureur, il est à toi, tu peux t'en 
rassasier, mais donne une part de ton pain au pauvre qui a faim et 
qui est chair comme toi 3 ! 

C'est pour cela que Moïse, le répétant quatre ou cinq fois, a 
dit 4 : « Quand tu moissonneras le produit de ton champ, tu lais- 
» seras sur pied le blé qui croît à la bordure du champ. Tu 
» ne cueilleras pas les grappes ni les fruits qui ont poussé à l'ex- 

truire, à Jérusalem, un théâtre dans lequel il faisait lutter des hommes contre des 
hêtes féroces, des lions surtout, t Les étrangers grecs ou romains admirent sa 
générosité et sont ravis du spectacle, des dangers courus pour leur plaire toi; 
gévot; . . .'luxayoûyta iwv uspi Tt\i 6éav xivoûvtov, mais les gens du pays voyaient 
là une llagrante violation des usages honorés chez eux, il leur paraissait abso- 
lument impie d'opposer des hommes à des bêtes féroces pour repaître des hommes 
d'un tel spectacle . . .çavepà xarà).uaiç twv tiu/ojasvcov . . . è'ôûv . .. àasês; ex upo- 
ôrp.ou . ..Grjpioi; àv6pa)7tou; ûîropp(7rreiv, itzi tsp^ei xrj; àv0pu>7rcov Osa; (Josèphe, 
Ant., XV, 8, 1). 

1 Ps., cxxvi, 6-7 . 

2 De humanitate, 9. 

3 Isaïe, lviii, 7. 

4 Lévit., xix, 9-11; xxiii,22; Deutér., xxiv, 19-22; xxvn, 19. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XVII 

» trémité de ta vigne ou de ton verger. Tu ne glaneras pas en 
» ton champ, tu ne grappilleras pas ta vigne. Si tu oublies une 
» gerbe (ou deux gerbes *) dans ton champ, tu ne retourneras 
» pas les chercher. Tout cela, c'est le bien de l'étranger 2 , de la 
» veuve, de l'orphelin. Ne refuse pas l'entrée de ton champ ou de 
» ta vigne au passant qui a faim ou qui a soif; qu'il cueille des 
» épis et des grappes, qu'il assouvisse sa faim et étanche sa soif, 
y> pourvu qu'il n'emporte rien avec lui 3 . » 

Préceptes de charité, croira-t-on, laissés à la bonne volonté de 
chacun, sans obligation réelle, sans sanction positive ! — Moi aussi 
je l'ai cru jusqu'à ce que j'aie eu entre les mains, que j'aie vu de- 
vant mes yeux un témoignage, le témoignage d'un contemporain 
qui a vécu sous l'empire de cette loi. Voici ce que dit Flavius 
Josèphe dans le IV e livre des Antiquités 4 . Après avoir rappelé 
le commandement de Pèa, qui prescrit de laisser aux pauvres 
ce qui croît en bordure des champs, il ajoute : « On ne doit pas 
non plus empêcher les passants de goûter aux fruits qui sont 
» mûrs. Il faut leur permettre de s'en rassasier, qu'ils soient 
y> Juifs ou ètranijers\ qu'ils se réjouissent d'en prendre leur part, 
» mais il ne leur est pas permis d'en emporter. . . S'il en est 
» qui n'osent pas y toucher, il faut les inviter à en prendre, s'ils 

1 Mischna Péa, vi, 5. 

* La Tora a vingt-neuf préceptes pour ordonner l'amour de l'étranger. En 
voici un (Deutér.,x, 17-19) : « L'Eternel votre Dieu est le dieu des puissances 
» célestes, le seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant, redoutable, qui 
» ne l'ait pas acception de personnes et qui n'accepte pas de présent, qui rend 
» justice à l'orphelin et à la veuve et qui aime l'étranger pour lui donner du pain 
» et un vêtement. Et vous aimerez l'étranger, car vous avez été étrangers en 
» Egypte. . 

3 Deutéron., xxm, 25-26. 

4 vin, 21. Voir aussi le commentaire de cette loi dans Philon, De humanitate, 
9, et l'enthousiasme que cette loi lui inspire : ttç o'jX âydacaxo. . . qui n'admirerait, 
etc. . . « Il (Moïse) ressemble à un père de famille plein de bonté çtXoaTopywTaTOç, 
i qui, voyant que ses enfants ne sont pas tous aussi heureux les uns que les 
» autres, les uns ayant des biens en abondance, les autres réduits à une extrême 
» indigence, plein de pitié et de compassion pour ceux-ci, les invite à prendre 
» leur part des biens de leurs frères, à user de ces biens d'autrui comme s'ils 
» étaient les leurs, non avec impudence, mais pour soulager leur besoin, et ayant 
t ainsi, non pas seulement une part des fruits, mais une part de la propriété' elle— 
» même. » 

ACT. ET CONF. B 



XVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

» sont Israélites, parce que c'est leur droit, étant coproprié- 
» taires en rais-on de la communauté d'origine ; s'ils sont venus 
» d'ailleurs, il faut les supplier d'accepter ces faibles présents, car 
» il convient d'offrir à nos hôtes ce que Dieu nous a donné pour 
» en jouir et en donner libéralement. Quiconque n'observe pas ces 
» lois, qu'il soit flagellé publiquement, par ordre de la justice, de 
» trente-neuf coups de fouet ! : homme libre, il mérite ce châti- 
» ment ignominieux 2 , car ne s'est-il pas couvert de honte en 
» s'abandonnant à l'avarice ? Vous avez souffert en Egypte et dans 
» le désert, disait Moïse, soyez donc compatissants envers ceux 
» qui souffrent et partagez avec le pauvre les biens que Dieu, 
» dans sa miséricorde, vous a accordés en abondance. » 

Nous n'avons pas commenté ni même cité toutes les lois agraires 
faites, dans le Pentateuque, en faveur du pauvre 3 . Pour faire res- 
sortir à vos yeux, d'une façon complète, la pensée qui les a inspirées 
toutes, nous voudrions appeler votre attention sur les réflexions de 
Philon au sujet de la loi qui ordonne le chômage et l'abandon des 
fruits spontanés de la terre, la septième année : « Que, pendant 

1 6 Se uapà ravTa 7ioiy;<iaç 7r>y,yà; u.ia ).i7roucraç reaaapàxovTa ClDH Û^^N 
ntlN) tc3 Sr,[xo<7i<o axvxe'. ).aëwv, Tifxwptav tocuty;v a.Xoyj.o'zrp è/evôepoç Ù7rou,EveTa>. 

1 11 est incontestable, pour Philon aussi, que l'autorité publique, judiciaire, in- 
tervenait pour assurer l'exécution des lois qui donnaient aux pauvres une part 
dans la possession des fruits : « Ceux qui ne peuvent pratiquer la vertu fleur de- 
voir) de bon coeur », Moïse les corrige malgré eux et les châtie par les lois 
saintes. L'homme de bien leur obéit de plein gré, l'impie par force et malgré lui. 
(Philon, fin du paragraphe précité.) 

3 Outre les fruits de la 7 e année entièrement abandonnés aux pauvres, on pré- 
levait, chaque année, une part des fruits (environ 2/100) pour les prêtres, une 
dîme pour les lévites : ni les uns ni les autres n'avaient ni terres ni revenus ; 
puis, une seconde dîme, dont le produit, devant être consommé à Jérusalem et 
ne pouvant, dans cette ville, servir à aucune vente ni échange, devait être, 
en fait, employé à l'entretien des pauvres de la métropole (Deut., xn, 12, 18; 
Psaumes, cxxxn, 15). La 3 e et la 6 e années, la seconde dîme appartenait entière- 
ment aux pauvres de la province ^p^TED rj"l3!"n (Deut., xiv, 28). Les articles 
5 et 6 du 8 e chap. du traité P<fa règlent le mode de distribution et de répar- 
tition de cette dîme, dite dîme des pauvres. L'ensemble des redevances toutes 
volontaires pesant sur l'agriculture, dont le produit était consacré au culte, à la 
bienfaisance et aux réjouissances nationales, s'élevait environ à 1/4 du produit 
brut des champs. Il fallait, en outre — cela va sans dire — acquitter les impôts 
et tributs dont le chiffre était très élevé, ainsi qu'on le voit dans I Macchabées, 
x, 29-30. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XIX 

» six ans, les propriétaires jouissent de leurs possessions et de 
» ce qu'ils ont labouré, mais que ceux qui n'ont point d'héritage 
» ni de fortune en jouissent la septième année. En cette année, 
» tout le labour de la terre doit cesser : on n'y cultive pas, on 
» n'y sème rien, car aussi il ne serait pas raisonnable que les uns 
» travaillassent et les autres recueillissent le fruit. C'est pour- 
» quoi Moïse a voulu que les terres fussent, pour ainsi dire, sans 
» maîtres (àos<77roTtov), tout travail étant suspendu dans les champs, 
» que les grâces viennent de Dieu seul, pleines et parfaites, distri- 
» buées à tous ceux qui en ont besoin (De hiimanitate, 11) *. 

Moïse n'a pas condamné la propriété, mais il a voulu déraciner, 
d ans le cœur de ceux qui possèdent, l'orgueil qu'elle inspire et leur 
persuader qu'ils ne sont que les administrateurs responsables des 
biens que Dieu leur a donnés pour leur jouissance et celle de leurs 
semblables-. Dans le procès engagé entre le pauvre et le riche, il 
n'a soutenu le riche ni flatté le pauvre 3 . Il n'a pas glorifié le 
pauvre : celui-ci souffre sans l'avoir voulu. Il n'a pas glorifié la 
pauvreté : la pauvreté est un mal que l'on ne guérit qu'à force de 
courage, de patience et de résignation 4 . Il n'a pas maudit la ri- 
chesse : le travail béni par Dieu n'est-il pas souvent la source 
même de la richesse s ? Il n'a pas maudit le riche : le riche peut se 
sanctifier à force de justice, de charité et de modestie 6 . Dieu a créé 



1 La terre doit appartenir au pauvre une année sur sept : voilà pourquoi, cette 
année-là, les propriétaires ne cultivent pas la terre, la culture étant en quelque 
sorte l'affirmation, la manifestation de leur droit de possession, la ïlpTH. Cette 
pensée de Philon peut paraître hardie, mais le Pentateuque dit exactement la 
même chose, la première lois qu'il est question de la loi de Schemita : « Six 
» années tu ensemenceras ta terre et tu recueilleras son produit. Et la septième, 
» tu la chômeras et la laisseras à l'abandon, et les pauvres de ton peuple mange- 

• ront, et ce qu'ils auront laissé sera la nourriture de l'animal des champs. Ainsi 

• tu feras dans ta vigne et ton oliveraie. • Exode, xxm, 10-11. 

* Abot, m : « Donne à Dieu ce qui est à Dieu ; toi et tout ce que tu as, tout 
est à Dieu. • 

3 Exode, xxn, 3, 6 ; Lévit., xix, 15. 

4 Ps., xxxiv, 7; lxxiv, 21. 

5 Psaumes, cxn, 2-5, 9; I Chron., xxix, 12; II Chron., xxxi, 10. 

6 Genèse, xxiv, xxvi, xxxix, xlix ; Exode, xxm ; Deutér., n, vu, vin, xn, 
xiv, xv, xvi, xvn, xxviii, xxx, xxxm ; Michée, vi, 8; Isaïe, lxv ; Ps., lxv ; 
Prov., x, 22 ; Job, i, 10; Ecclésiastique, xxxi ou xxxiv, 8-11. 



XX ACTES ET CONFERENCES 

le pauvre et le riche l'un en face de l'autre, dit le sage ! . Le pauvre 
et le riche se sont rencontrés, a dit Salomon, tous deux, l'Eternel 
les a faits 2 , reconnaissants l'un et l'autre le lien qui les unit, l'é- 
galité sereine et la douce fraternité des enfants de Dieu 3 . 



IV 



Mesdames et Messieurs ! laissons là les sublimes pensées de notre 
législateur et des prophètes, ses éloquents disciples, et, au risque 
d'abuser de votre attention si bienveillante, demandons-nous, — 
comme nous devons quelque peu remplir notre programme, — de- 
mandons-nous, aussi rapidement que possible, comment, d'après le 
Talmud, se faisait la distribution de la part des pauvres? pourquoi 
l'agriculture en faisait seule les frais? enfin, si, N à côté de cette 
assistance strictement privée, il y avait place, dans la bienfaisance 
légale, pour une action collective et commune. 

Les fruits attachés encore au sol, ou, selon les prescriptions de 
la loi, abandonnés à la superficie des champs, les pauvres devaient 
aller les cueillir ou les recueillir de leurs mains 4 , acquérant ainsi, 
par ce léger travail, un droit, un droit quelconque, à la possession 
des fruits. Le maître du champ était présent pour les aider et 
pour éviter toute confusion, tout désordre 3 . La récolte des pauvres 
se faisait à trois heures différentes 6 . A la pointe du jour, venaient 
les jeunes mères, profitant du sommeil de leurs nourrissons. A midi, 
venaient les enfants des écoles, les classes étant terminées à midi. 
Le soir, les champs étant souvent loin de la ville, la chaleur du 
jour étant tombée, venaient, à pas lents, les vieillards appuyés 
sur leur bâton 7 , et, à cette heure tardive, il en restait encore assez 

1 Ecclésiaste, vu, 14. 

* Prov., xxir, 2. 

3 Deut., xiv, 1. 

*■ Mischna Péa, iv, 4. 

9 lèid., 1. 

« lèid., 5. 

7 Ibid., jérusalmi, 18* et 20 d. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XXI 

pour eux. R. Yohanan b. Nouri 1 , aussi pauvre que savant (et 
c'était, sans doute, pour l'époque, un très grand savant), allait 
glaner, le soir, avec les hommes de son âge, et, tout l'hiver, il se 
nourrissait des fruits qu'il avait recueillis l'été 2 . 

Nos pères, n'ayant guère d'autres biens que leurs champs et le 
produit de leurs champs, réservaient aux pauvres une part de leur 
récolte, grand sacrifice, du reste, que, sans médire de nos conci- 
toyens, Moïse eût eu de la peine à obtenir de nos bons paysans de 
la Beauce, de la Brie, voire même de la Normandie ; mais ce 
sacrifice n'est pas le seul que la Loi exige : « Tu ouvriras lar- 
gement ta main, dit la Bible à deux reprises 3 , à ton frère le 
pauvre, l'indigent de ton pays, et tu lui donneras tout ce dont il a 
besoin ». Tout ce dont il a besoin, c'est beaucoup, ce serait même 
trop, si toutefois on devait comprendre ce précepte à la façon 
de Hillel. Un jeune homme de bonne famille, prince déchu sans 
doute, vint trouver un jour Hillel : « Rabbi, aie pitié de moi, lui 
» dit-il ! Habitué à aller à cheval, précédé d'un coureur, je n'ai 
» maintenant ni cheval, ni serviteur, ni argent pour en acheter I 
» Me vois-tu, moi, forcé d'aller à pied et tout seul ! » Hillel lui 
procure, de ses deniers, un cheval et un esclave. Le lendemain, 
autre histoire : l'esclave s'était enfui ! L'autre aussitôt de courir 
chez Hillel. « Excuse-moi, mon ami, lui dit le bon rabbi, je n'ai 
» pas d'argent aujourd'hui, demain je t'achèterai un autre ser- 
» viteur. » Et pour que le jeune prince ne sentît pas sa misère, 
misère toute relative, il est vrai, tout le jour Hillel lui servit 
de courrier*. 

Le précepte biblique va-t-il vraiment jusque-là ? il nous est 
permis d'en douter; mais, quelque réserve que nous fassions à 



1 Ibid., 20 d. 

* Ces heures étaient réservées exclusivement aux indigents de ces trois catégo- 
ries particulièrement intéressantes. Les autres venaient à d'autres heures de la 
journée, demandant aux moissonneurs la permission de glaner. Ainsi fit Ruth, 
venant glaner dans les champs de Boaz, dans la matinée, le maître étant absent 
(Ruth, ii, 7). 

3 firiDD riDD, Deut., xv, 8, H, sans compter la double recommandation du 

verset io •. ib "pria ...nb ïnn ^rû. 

k Sifrè Reéh ; Tosifta Péa, iv, 10 ; jérusalmi, 21 a ; Ketouhot, 68. 



XXli ACTES ET CONFÉRENCES 



cet égard, il nous faut reconnaître qu'il n'est pas facile à chacun 
d'entre nous , ni possible d'accomplir dans toute sa teneur , 
l'obligation de fraternité dont Moïse nous a fait une loi, à tous : 
donner à tous les malheureux qu'on rencontre, tout ce qui est néces- 
saire pour subvenir à leurs besoins. Mais ce qu'un seul ne saurait 
faire, si riche qu'il soit, ce qui ne lui serait même pas permis de 
faire, car il priverait ainsi tous les autres de la joie de la charité , 
tous peuvent, tous doivent le faire en unissant leurs volontés, leur 
intelligence, leurs cœurs. L'œuvre de la charité doit être, selon la 
parole du prophète, une œuvre d'harmonie et d'union *. Du précepte 
de Moïse ainsi compris résulte donc l'obligation d'une assistance 
exercée collectivement. De là, en effet, l'institution, en Israël, de la 
caisse publique de charité, dont il est si souvent question dans les 
ouvrages talmudiques, institution qui doit remonter bien loin dans 
l'histoire, qui doit être postérieure de très peu à Fépoque où Néhé- 
mie, au v e siècle avant l'ère chrétienne, créa, à côté du Temple, 
des magasins publics pour recevoir la dîme et la répartir entre tous 
ceux qui y avaient droit 2 . 

D'après la Mischna de ScheJcalim, v, 6, il y avait, dans le Tem- 
ple, ou dans ses dépendances, une chambre appelée la chambre du 
mystère , Uschkat Haschaïm , ainsi nommée parce que les tr^T , 
meluentes, les gens vénérant plus particulièrement le nom divin, y 
faisaient déposer leurs dons dans le plus grand mystère, et que le 
produit de ces dons servait à entretenir, d'une façon également 
mystérieuse, les gens de naissance tombés dans le besoin. D'après 
la Tosifta, même traité, n, 10, chaque ville avait, à l'instar de 
Jérusalem, dans la principale synagogue sans doute, une chambre 
des aumônes mystérieuses. 

Dans l'antique communauté juive, la bienfaisance publique était 
exercée par deux institutions différentes. Chacune d'elles avait 
ou devait avoir ses ressources propres ; elles étaient distinctes 
dans leurs attributions, leur organisation, leur mode de fonction- 

1 tnbio rip^r: noyn mm. isaïe, xxxn, 17. 

* Néhémie, x, 49-40; xni, 13. Voir encore I Chron., ix, 28; xxnr, 28, et Ma- 
lachie, ni, 10. Dans il Chron., xxxi, 11, l'auteur fait remonter cette institution 
au règne d'Ezéchias, c'est-à-dire environ deux siècles et demi auparavant. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XXIII 

nement. Déjà la Mischna de Pèa et la Tosifta les mentionnent 
toutes deux avec les différences essentielles qui les caractérisent 
Fune et l'autre. L'établissement de ces deux institutions ou tout au 
moins de l'une d'elles (à qui alors est dévolu tout le département 
de la charité publique) est une obligation stricte pour toute com- 
munauté. Il résulte de la Tosifta que tout Israélite a le droit d'en 
requérir la création dans la ville qu'il habite et d'obliger ceux qui 
y demeurent depuis trente jours à concourir à l'entretien de la 
caisse publique de charité l . On n'a jamais vu de communauté en 
Israël, dit Maïmonide 2 , si petite et si pauvre qu'elle soit, qui n'ait 
pas de caisse publique de charité 3 . 

Ces deux institutions sont le Tam'houi 4 et la Kouppa, celle-ci 
caisse de charité publique qui fournissait les moyens de pourvoir 
aux besoins des pauvres en général; celle-là destinée à soulager la 
misère la plus urgente. 

Chaque jour, dans chaque maison, on allait recueillir des ali- 
ments ou de l'argent. Nul, les indigents exceptés, n'avait le droit 
de refuser son offrande : l'obole du pauvre toutefois n'était pas 
refusée 5 . 

Trois administrateurs étaient chargés de recueillir les offrandes 
et les dons et d'en faire journellement la répartition. Ils donnaient 
à tous venants, sans information préalable, aux étrangers comme 
aux pauvres de la localité, sans distinguer le culte ou l'origine, en 
s'enquérantjiniquement du nombre de personnes à secourir. Chacun 
recevait de quoi faire deux repas ; la veille du sabbat, trois repas, 
composés de pain, de légumes et d'assaisonnements 6 . Si le pauvre 
voulait passer la nuit dans l'endroit, on lui donnait un gîte et, 
pour la nuit, un lit et une couverture 7 . Seuls ceux qui allaient 

1 R. Méir de Rothen bourg, d'après Mordechaï, Baba Batra, I. 

1 Matnot Anyïm, ix, 3. 

3 Combien, en France ou ailleurs, de communes dépourvues encore de toute 
organisation de l'assistance et où, en dehors de la charité privée, la misère ne 
trouve aucun soulagement ! 

* Mot d'origine persane qui signifie * huche, panier à pain ». 

s Tosifta Péa, iv, 10. 

6 Ibid., 8. 

7 Baba Batra, 9 a. 



XXIV ACTES ET CONFERENCES 

mendier de porte en porte étaient exclus de ces distributions 1 ; 
quiconque possédait des aliments pour la journée devait s'abstenir 
de recourir au Tam'hoin. 

La Kovppa était l'institution de charité par excellence, chargée 
de pourvoir à tout : le pauvre y recourait chaque fois qu'il était 
dans la détresse et pour toutes les nécessités de la vie. Mais on ne 
donnait qu'à ceux qui habitaient la ville, qui étaient vraiment dans 
le besoin. En attendant que le pauvre pût se suffire par son tra- 
vail, on commençait par lui donner de quoi vivre une semaine. 
Tous les vendredis, on allait de maison en maison, recueillir 
les offrandes et les cotisations de chaque habitant. La charge 
imposée à chacun volontairement ou non était ainsi de beaucoup 
plus légère, répartie entre les cinquante-deux semaines de l'année : 
ce n'était pas un impôt que l'on semblait paver, mais une dépense, 
la part du pauvre, qui s'ajoutait aux dépenses ordinaires du ménage. 
Tous, hormis les plus pauvres, tous, même les moins aisés, avaient 
ainsi le moyen et acquéraient l'habitude d'accomplir facilement leur 
devoir de fraternité. Jamais l'argent de la charité ne restait 
inactif (car c'était le vendredi aussi qu'on distribuait les secours), 
passant presque immédiatement de la main du bienfaiteur à celle des 
obligés. 

La Kouppa avait, au moins, deux receveurs, Gahbaïm, et trois 
administrateurs, Parnacim. Les Gablaim, receveurs, rencontraient, 
ce semble, dans l'accomplissement de leur tâche peu de difficultés, 
aidés par la générosité empressée de ceux dont ils recueillaient 
l'offrande. La preuve, c'est que leur charge était hautement prisée, 
réputée fonction honorifique ïfttttî ; c'est pourquoi, comme toute 
fonction de ce genre, elle devait avoir au moins deux titulaires 2 . 

Les Parnacim exerçaient une véritable magistrature ; c'est pour- 
quoi ils devaient être trois comme des juges : ne disposaient-ils 
pas souverainement du bien, presque de la vie du pauvre 3 ? Aussi, 
pour remplir cette fonction auguste, ce ministère sacré, choisissait- 
on les plus sages, les plus pieux, les plus vénérés entre tous : 

1 Tosifta, ibid. ; Baba Batra, 8. 

* trai»n mnD masn by mnia tpa»» "pa, Baba Bat™, i. c. 

* Jérusalmi Péa, 21 a. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XXV 

R. Yocé, R. Eléazar étaient Parnacim l . R. Akiba,qui, durant qua- 
rante années, fut le chef moral de toute la nation 2 , était adminis- 
trateur de la Caisse des pauvres 3 . L'institution de la Kouppa réali- 
sait, pour nos sages, l'idéal de la charité : donner sans savoir à qui 
l'on donne, recevoir sans savoir de qui l'on reçoit : c'est mieux 
encore que le précepte de l'Evangile 4 . Mais si, pour éviter à l'un 
l'orgueil, à l'autre la honte du bienfait et peut-être le péché de l'in- 
gratitude, il convient que le bienfaiteur et l'obligé s'ignorent l'un 
l'autre, le dispensateur des bienfaits de tous doit connaître ceux 
à qui il fait part des deniers précieux et sacrés de la charité 
commune. Ben Sira n'a-t-il pas dit : « Si vous faites du bien, 
sachez à qui vous le ferez et ce que vous ferez de bien sera une vraie 
charité s ». Mais l'enquête pleine de discrétion, de circonspection et 
de clairvoyance que s'impose l'administrateur du bien des indigents 
pour s'acquitter religieusement de sa tâche, doit être, avant tout, 
prompte, rapide autant que sérieuse et approfondie, selon la parole 
du même vieux sage hébreu : « N'attristez pas le cœur du pauvre et 
ne différez pas de donner à celui qui souffre 6 ». Si, d'après le 
Talmud 7 , l'indifférence devant la misère est un crime aussi grand 
que l'apostasie, toute lenteur dans l'accomplissement du devoir de 
l'assistance s , toute lenteur qui a ggrave la souffrance d'un infor- 
tuné et peut la rendre incurable, est aussi un crime qu'une âme 
scrupuleuse ne saurait jamais se pardonner. Témoin l'histoire du 
pauvre Nahoum. Nahoum était un optimiste par excellence. Il était 
de Guimzo,et on l'appelait l'homme de Gamzou, parce que, qu'il lui 

* lbid. 

* Sifré, ii, fin; Genèse Rabba, Vaythi. 

3 Maacer Schéni, v, 9 ; Kiddouschin, 26; Baba Mecia, 11. 

4 Que la main gauche ignore ce que donne la main droite. 

5 Ecclésiastique, xn, 1. 

6 lbid., iv, 3. 

7 Pensée de R. Josué b. Korha, Tosifta Pe*a, iv, 20; jérusalmi, 21 a; 
b. Ketoubôt, 68. 

8 Qu'il s'agisse de charité publique ou de charité privée, le devoir est le 
même, la charité publique n'étant que la somme, l'effort commun de toutes les 
charités privées : 7i£piopcov îxéttqv (3oy]Ô£Tv evov {meùOuvo; être lent à secourir un 
suppliant, c'est (d'après la Loi) être responsable de son malheur, Josèphe, Contre 
Apion, II, 27. 



XXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

arrivât heur ou malheur, il disait toujours : Gam zou (letoba), cela 
aussi est un bien * . Son optimisme, un jour, fut soumis à une bien 
cruelle épreuve. Monté sur un âne, conduisant trois mules chargées 
de présents, il se rendait chez son beau-père. A la porte de celui-ci, 
il rencontre un pauvre, les traits hâves, le visage rongé par la 
souffrance : « Rabbi, lui crie le pauvre, donne-moi à manger, ou je 
» meurs! » — « A l'instant, mon ami, je reviens, dit Nahoum; je 
» ne fais que décharger mon âne, et je serai à toi ! » Un instant 
après, Nahoum était près du pauvre, mais le pauvre était mort! 
Nahoum se jette sur le malheureux, le serre dans ses bras, lui baise 
les plaies du visage et, accablé de douleur, de remords, il s'écrie : 
« Mes jeux, vous qui n'avez pas vu sa faiblesse, soyez désormais 
» fermés à toute lumière! Mes mains, vous qui ne vous êtes pas 
» tendues vers lui, devenez immobiles et inertes! Mes pieds, vous 
» qui n'avez pas couru pour le soulager, cessez, pour jamais, de 
» marcher! Ma chair, toi qui n'as pas frémi devant sa souffrance, 
» sois pour toujours condamnée à la souffrance! » Sa malédiction 
se réalisa point par point, et, dans cet excès d'infortune, ce fut 
désormais pour lui une joie, la seule joie qu'il goûtât dans sa vie, 
de souffrir, de toujours souffrir ! N'expiait-il pas ainsi, disait-il à 
son disciple Akiba, le crime involontaire qu'il avait commis, ce 
crime dont son âme pieuse conservait toujours le cuisant sou- 



venir 



-2 ï> 



Donner est donc un devoir qui ne souffre aucune remise, aucun 
délai; donner est un devoir absolu. De celui qui reçoit et de celui 
qui donne, c'est encore celui-ci, disait R. Josué b. Lévi, qui est 
l'obligé. Ne doit-il pas, en effet, au pauvre, en échange des secours 
qu'il lui donne, la plus belle, la plus pure de toutes les joies? Le 
pauvre est quelquefois ingrat? qu'importe ! Le mérite de donner 
n'en est que plus grand, disait R. Yocé 3 . 

1 Sanhédrin, 109. 

* Péa, %\l\ Taanit, 21 a. 

3 Un jour, il héberge une troupe de pauvres. Ils s'en vont, le comblant de 
louanges : t Hélas, dit-il, j'ai reçu ma récompense ! » D'autres pauvres, quel- 
ques jours plus tard, viennent se rassasier à sa table et, lui parti, le couvrent de 
malédictions et d'injures : « Voilà des gens, dit-il sans se fâcher, à l'égard des- 
quels on a du mérite à pratiquer le devoir de la charité ! » (j. TYa, 21 a). 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XXVII 

On devait au pauvre tout, mais tout d'abord, quand la liberté lui 
avait été ravie, on lui devait la liberté. L'esclavage est le pire des 
maux, dit le Talmud l . Servir des étrangers, s'astreindre à obéir à 
toutes leurs volontés, à tous leurs caprices, c'est pour les Juifs une 
infortune plus grande que les plus cruels supplices, dit Josèphe 2 . 
On devait donc tout donner, tout sacrifier, vendre, s'il le fallait, la 
maison de Dieu elle-même, les rouleaux de la Loi enfermés dans le 
sanctuaire 3 , afin de pouvoir rendre aux siens celui qu'un sort cruel 
avait privé de la liberté. Ce devoir a aussi ses limites. La sagesse, 
la raison doivent régler même les élans du cœur, l'intérêt personnel 
céder à l'intérêt du grand nombre. Mieux vaut souffrir, dit le 
Talmud, mieux vaut même laisser souffrir les siens que de faire 
souffrir les autres. Les rabbins ont donc décidé qu'il ne serait pas 
permis : l°de favoriser l'évasion des captifs, de peur d'exaspérer la 
violence des maîtres contre ceux qui seraient tombés ou qui tom- 
beraient dans la même infortune ; 2° de payer de trop fortes ran- 
çons, de peur de provoquer de nouveaux rapts 4 . 

Mais, en dehors de ces grandes infortunes devant lesquelles le 
cœur de chacun s'émeut et est prêt à tous les sacrifices, la bienfai- 
sance publique a, en quelque sorte, sa tâche quotidienne à remplir T 
doit satisfaire journellement aux besoins si nombreux, si variés des 
indigents. De quelle façon et dans quelles limites s'acquittait-elle de 
son devoir? 

Les pauvres avaient un domicile de secours, où on leur donnait 
non seulement la nourriture et un gîte, — car, à cette époque loin- 



1 Baba Batra, 8 b : conclusion tirée par R. Yohanan de Jérémie, xv, 2. 
» Ant.jud., XVI, 1, 1. 

3 Baba Batra, 8 ; Tosafot. La charité passe toujours avant le culte Ton "O 
Ï"DT MbT ^D^Sn « je désire la charité, non le sacrifice », a dit le prophète (Osée, 
VI, 6). R. Ami h. Hama, faisant admirer, un jour, une magnifique synagogue 
élevée, à grands frais, par sa famille, à Lydda, disait avec orgueil à R. Hos- 
chaya : que de trésors mes pères ont consacrés à cette œuvre! » (Litt. ont enfouis 
dans cette construction;. Dis plutôt, répondit R. Hoschaya, que d'àmes ils y ont 
enfouies ! N'y avait-il donc pas de pauvres étudiants auxquels ils auraient pu 
fournir le moyen de s'instruire ? (j. Pe'a, 21 b). 

4 Gritiltin, iv, 9; babli, 46. Cette dernière restriction s'applique non seulement 
à la caisse publique de charité, mais - il faut bien le remarquer — même à la 
famille du captif, aux plus proches, le mari seul excepté. 



XXV1H ACTES ET CONFÉRENCES 

taine, ce n'était pas un crime de n'avoir pas d'asile : ledit de Fran- 
çois I er condamnant aux galères le malheureux sans demeure n'était 
pas encore rendu ', ni notre loi contre le vagabondage — les pau- 
vres avaient donc un domicile de secours 2 , où on leur donnait, 
outre les aliments, des vêtements selon la saison, des secours de 
loyer, etc..., tout ce qu'ils ne pouvaient se procurer par leur 
travail; mais ce domicile, ils n'y étaient pas condamnés, internés 
en quelque sorte, — on n'obligeait pas les pauvres à entretenir les 
pauvres, — ce domicile, ils le choisissaient eux-mêmes, ils en 
changeaient à leur gré, allant se fixer partout où ils pensaient 
trouver du travail ou de l'assistance 3 . Au bout d'un mois, de six 
mois, d'un an de séjour, ils acquéraient successivement le droit à 
tous les secours que la cité devait aux pauvres domiciliés sur son 
territoire 4 . 

Les veuves s , surtout celles qui avaient de jeunes enfants, avaient 
droit, les premières, aux secours de la Kouppa, la loi, protectrice 
de l'enfance en bas âge, ne permettant pas à la veuve de se rema- 
rier avant que le plus jeune enfant ait au moins deux ans 6 . 

1 Par ses édits de janvier 1334 et d'août 1536, François I er ordonna que les va- 
gabonds seraient condamnés à l'horrible supplice de la roue. En 1350, le roi Jean 
s'était contenté (!) de condamner le vagabond récidiviste au pilori, à la marque au 
fer rouge et au bannissement. Ses successeurs, rencbérirent successivement en 
cruauté, mais naturellement, il ne lut pas possible de dépasser François 1 er . 

2 L'institution du domicile de secours est établie dans presque tous les pays 
en dehors de la France. 

3 Le Talmud parle avec admiration [Tosifta Soukka, iv, 6; b. 51, 53) delà 
grande synagogue d'Alexandrie, la grande Diplesta (double colonnade) comme 
il l'appelle, t Dans cette grande basilique, où se trouvaient des sièges dorés pour 
» les 70 membres du sanhédrin de la ville, il y avait des places distinctes pour 
> chaque profession : orfèvres, argentiers, forgerons, mineurs, tisserands, la place 
» de chaque profession était marquée à part. Un ouvrier étranger venait-il à 
» Alexandrie ? aussitôt il se rendait à la basilique auprès de ceux de sa profes- 
» sion et ceux-ci lui procuraient du travail ou l'aidaient en attendant qu'il en 
» trouvât. • Ainsi la grande basilique d'Alexandrie était en même temps une 
bourse de travail ! 

* Tosifta Péa, iv, 9 ; j. 21 a ; j. Baba Batra, \2d; b. ibid., 8. 

5 Horaiot, 13 : « La femme doit toujours être secourue avant l'homme, qu'il 
s'agisse d'aliments, de nourriture, etc., parce qu'elle a honte de demander; 
surtout quand il s"agit de constituer une dot •. 

6 Yebantot, 45. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XXIX 

Les magistrats de la ville, ainsi que le dit Maïmonide, d'après 
le Talmud, sont les pères des orphelins 1 . Ils leur doivent, non 
seulement l'entretien matériel, mais l'éducation physique, intel- 
lectuelle et morale 2 . Ils doivent leur faire apprendre un métier 
et leur fournir, surtout aux filles, avec une dot, les moyens de 
se marier 3 . 

Les enfants abandonnés. . . , il n'y en avait pas. Quelquefois, au 
cours de ces horribles disettes comme il en éclatait jadis, des parents, 
affolés par la faim, laissaient leurs enfants à la charge de la charité 
publique 4 pour que ceux-ci ne manquassent plus de rien 5 ; mais, en 
dehors de cette exception extrêmement rare, il n'y avait pas d'en- 
fants abandonnés, il ne pouvait pas y en avoir! La recherche de la 
paternité, non seulement n'est pas interdite — interdiction fort 
commode, il est vrai, pour qui. dans la vie, prend volontiers pour 
soi le plaisir, laissant aux autres la peine, la honte, la souffrance, 
et, grâce à une loi complaisante, trouve moyen de se soustraire aux 
plus saintes obligations sociales — la recherche de la paternité, non 
seulement n'est pas interdite, mais est obligatoire 6 , le séducteur 
étant obligé, de par la loi de Moïse, d'être le père de son propre 
enfant et le mari de la jeune fille à qui il avait promis mariage 7 , et 
son mari à perpétuité, car il n'a pas le droit de la répudier ; la 
loi s le lui défend 9 . 

1 Traité des héritages, x, 5. 

8 Nedarim, 81. 

3 Tosifta Ketoubot, vi, 8; b. ibid., 67. La Mischna , VI, 5, détermine le 
chiffre de la dot due à toute orpheline, la Baraïta, les choses nécessaires à 
un jeune ménage et que la caisse doit fournir préalablement à la dot : loyer 
payé d'avance, meubles indispensables. Ces allocations et ie chiffre minimum 
de la dot (ce chiffre est plus élevé quand les ressources de la caisse le per- 
mettent) sont à la charge de la caisse, même quand celle-ci est vide. Dans ce 
cas, les administrateurs doivent contracter un emprunt (R. Nissim d'après j. 
Ketoubot, 30 d). 

* Kiddouschin , 73. 

s Le mot enfant abandonné n'existe pas en hébreu : l'expression qui répond à 
cette idée, Assoufi ">D10N, signifie proprement enfant recueilli. 

6 Mischna Ketoubot, i, 8, 9, 10. 

7 Exode, xxn, 15. 

8 Quand la jeune fille est mineure, Deutéron., xxn, 29. 

9 La loi juive ne connaît pas la distinction entre enfants naturels et enfants 
légitimes. Tous les enfants issus de parents mariés ensemble ou libres et non 



XXX ACTES ET CONFÉRENCES 

L'hôpital, chez nos pères, était chose inconnue, l'hôpital qui 
jadis, dans le peuple, excitait tant d'horreur, horreur bien justifiée 
quand on songe qu'au siècle dernier, à THôtel-Dieu de Paris, dans 
le même lit, on entassait à la fois quatre malades ou mourants! Ces 
foyers de pestilence et de mort (seule dénomination convenable 
avant les découvertes de Pasteur), il n'y en avait donc pas autrefois 
en Judée. La maladie, d'ailleurs, était beaucoup plus rare que dans 
nos grandes agglomérations modernes : la vie était plus tranquille, 
mieux réglée ; les excès de toute nature étaient chose rare, presque 
inconnue, grâce à la Loi, si sage dans sa sévérité, si prévoyante 
dans son austérité, et qui, dans toutes ses prescriptions, jusqu'au 
dernier iota, est une incomparable hygiène physique, intellectuelle 
et morale. Quoi qu'il en soit, Jérémie s'écriant : « N'y a-t-il donc 
pas de médecins en Galaad ! ? » il y avait des médecins ; consé- 
quemment il devait y avoir des malades, des pauvres comme des 
riches; mais les pauvres, comme les riches, étaient soignés dans 
leur maison. Les soins médicaux étaient gratuits 2 . Dès le deuxième 
jour, toute la ville était instruite, chacun devait faire des vœux 
pour le rétablissement du malade; c'était un devoir sacré 3 , entre 
tous, de le visiter, de s'inquiéter de ses besoins et des besoins de 
sa famille, de lui donner tous les soins nécessaires; le plus grand 
devait visiter le plus petit, remplir auprès de lui les devoirs les 



proches sont également légitimes. L'enfant incestueux ou adultérin qui doit la 
naissance à un crime, avait certes, dans la société, une situation difficile, bien 
que, par la science et le mérite, il pût s'élever au premier rang de la nation 
(Mischna Horaïot, fin); mais vis-à-vis des parents et dans la famille, il a exac- 
tement les mêmes droits (et les mêmes devoirs) que les autres enfants, et s'il est 
l'aîné, il jouit du droit d'aînesse ; il n'est pas permis au père ni à personne de le 
dépouiller des avantages de ce droit [Sifré Ki Tèçè ; Mischna Yebamot, n, 5). 

1 • N'y a-t-il donc pas de baume en Galaad, n'y a-t-il pas de médecin? » 
Jérémie, vm, 22. 

* En principe pour tous ; en fait, pour le pauvre seulement (Nachmanide, 
Sefer Torat Haadam, d'après Bekhorot, 29). 

* « Le devoir de visiter les malades est un devoir de la loi naturelle antérieure 
i à la loi du Sinaï » {Baba Kamma, 100). « Celui qui visite le malade imite 
» Dieu lui-même. » t Celui qui visite le malade lui porte la guérison. » € Celui 

• qui néglige de visiter le malade charge sa conscience d'un crime. • * Celui 
» qui visite le malade est comblé de bénédictions et préservé de la Géhenne. » 

• La majesté divine réside au chevet du malade. » Nedarim, 39 et 40. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XXXI 

plus humbles 1 . Les dons affluaient de toute part; tout le monde 
se relayait au chevet du malade. Pour assurer au malade les soins 
nécessaires, nul besoin n'était qu'on renonçât à la famille, aux joies 
de la vie : les mères, les sœurs, les filles, toutes les femmes en 
Israël, auprès de leurs malades, sont des sœurs de charité! 



Chacun, selon sa fortune, devait contribuer à la caisse de charité. 
Cette contribution était strictement obligatoire. Les mineurs seuls 
en étaient exempts 2 . L'autorité avait le droit de saisir les meubles 
de ceux qui se refusaient à payer leur part 3 ; mais, le principe de 
l'obligation posé, il était fort rarement appliqué. En fait, les contri- 
butions qui, en Judée, alimentaient l'assistance publique, étaient 
suffisantes, surabondantes, bien qu' absolument libres et volontaires 
en apparence, et la charité, en dépit de son caractère d'obligation, 
conservait tout le charme, toute la grâce sereine, toute la joie forti- 
fiante de la spontanéité. Permettez-moi, Mesdames et Messieurs, 
une comparaison : la loi civile prescrit aux époux de se donner 
mutuellement assistance; aux parents, de nourrir leurs enfants; 
aux enfants, d'entretenir leurs parents dans le besoin; mais le 
devoir parle bien avant et bien plus haut que la loi, ainsi que le 
cœur. La loi civile, en ces cas, n'a donc que fort rarement, presque 
jamais, l'occasion de se faire obéir. Telle est, dans la législation 
juive, l'obligation légale de l'assistance fraternelle que nous devons 
à notre semblable. Elle est inscrite dans notre Loi, nul n'a le droit 
de s'y dérober. Mais l'amour de l'humanité que notre foi nous inspire 
doit suffire pour nous faire accomplir librement et de tout notre 
cœur notre devoir social. Et dans l'accomplissement de ce devoir 

1 Un disciple de R. Akiba tomba malade. A cette nouvelle, Akiba accourt, il 
aère la chambre, lave le malade, le masse de ses mains : € Rabbi, tu m'as rendu 
» la vie, s'écria le disciple ». Sortant de la maison, Akiba se mit à prêcher : 
i Quiconque ne visite pas le malade se rend moralement coupable d'homicide ». 
{Ibid.) 

* Baba Batra, 8 ; Tos. Teroumot, i, 26. 

3 Même la veille du Sabbat, ibid. 



XXXII ACTES ET CONFERENCES 

social, l'amour est plus doux, l'amour est plus fécond, l'amour est 
lumineux et bienfaisant : il guérit et console celui qui souffre et, en 
même temps, le soulage, et celui qui obéit à son divin esprit sent 
éclore dans son cœur les pensées les plus sereines, les joies les plus 
pures, le seul bonheur durable ! ! Voilà pourquoi, à côté de l'œuvre 
commune, générale, dont l'institution est obligatoire dans toute 
communauté juive, ont été semées, sont écloses, se sont épanouies 
tant d'œuvres variées; chacun, selon l'impulsion de son cœur, 
donnant son activité, son intelligence, sa pensée, son âme, à telle 
conception particulière des devoirs qu'ordonne la fraternité hu- 
maine. De là toutes ces associations, ces confréries où se grou- 
pent, dans nos communautés, hommes, femmes, jeunes gens, 
jeunes filles, d'après leurs sympathies communes pour tel genre 
d'assistance, chacune s'assignant comme un département de la cha- 
rité et s'y consacrant, s'y dévouant comme à son œuvre propre ; 
ces sociétés mutuelles de riches et de pauvres qui ne sont mu- 
tuelles que pour que le riche puisse secourir le pauvre sans que 
celui-là s'aperçoive qu'il est secouru, qui font le bien avec tant d'in- 
géniosité, disons plutôt avec tant de génie. La communauté israé- 
lite de Paris en possède près de quarante, dont une seule, la princi- 
pale, il est vrai, la Bienfaisante israèlite, compte près de quinze 
cents membres, mais ne compte pas ses bienfaits ! 



VI 



Mesdames et Messieurs ! le judaïsme n'a pas inventé la charité. 
Bien qu'il l'ait admirablement enseignée, il lui semblerait outre- 
cuidant, profondément injuste de lui donner la qualification de 
juive, comme s'il voulait en revendiquer le monopole exclusif, 
aux dépens d'autres conceptions de la solidarité religieuses, philo- 
sophiques ou simplement humaines. Il s^st plu à dire, au con- 
traire (et c'est un mérite qu'il est de toute justice de faire res- 

Isaïe, xxii, 17. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XXXIII 

sortir), qu'elle est accessible à tous les peuples 1 , comme il a rendu 
accessible l'immortalité bienheureuse qu'il a rêvée à tous les justes, 
aux hommes vertueux de toutes les races 2 ; mais il a eu la gloire 
de faire de la charité, non pas seulement la base de sa constitu- 
tion religieuse et nationale, mais d'en faire un art 3 , le plus grand 
de tous les arts 4 , le seul digne de son application, de son culte, de 
ses hommages 5 , le seul qui procure à l'âme les sentiments de sa 
noblesse, de sa divine origine, qui l'élève réellement au-dessus 
d'elle-même 6 . 

Je ne sais, Mesdames et Messieurs, si cette définition a déjà été 
donnée : la vertu, il me semble, est une harmonie parfaite de tous 
les devoirs de l'existence. Les renoncements à la vie qui, ailleurs, 
sont prônés comme l'idéal de la vertu, les renoncements à la vie 
qui sont, en même temps, des renoncements à des devoirs positifs 
et sacrés, ne sont pas, pour nous, l'idéal d'une vie sainte ni surtout 
la condition de l'accomplissement du devoir social de l'assistance. 
C'est, d'ailleurs, dispenser les autres de leur part contributive à ce 
devoir social, ce qui n'est pas un bien non plus. Il en est de notre 
fortune, qui n'est pas entièrement à nous, qui appartient aussi aux 
nôtres, qui est une œuvre de travail, de persévérance commune, et 
qui est la provision de l'avenir, comme il en est de notre personne : 
nous n'avons pas le droit de renoncer entièrement à notre bien, 
même envers le malheureux. Certains, R. Yeschébab, R. Akiba 7 

1 Baba Batra, 10, à propos du verset des Prov., xiv, 34, ^15 Û7û"Hn ïlp^it 
riNUn D^TOTNb *lDrn « la bienveillance élève la natiou et la charité est pour 
(tomes) les nations le sacriuce d'expiation », R. Yohanan b. Zakkaï et ses dis- 
ciples rendent hommage, à l'envi, à la charité des gentils. 

* Tosifta Sanhédrin, xm, 2, R. Josua dit : « Les justes parmi les payens ont 
part à la vie future .» 

a II n'est pas dit : « Heureux celui qui donne aux pauvres », mais t heureux 
celui qui emploie toute son intelligence pour le pauvre ». Ps. xxxix, Baba Batra, 
ibid. 

4 t Dieu vit que la lumière était belle; ce qui est beau comme la lumière di- 
vine, ce sont les œuvres des gens de bien » [Beveschit Rabba). 

5 Michée, vi, 8 ; Psaumes, cvi, 3; cxi, cxir, 1-4, 9. 

6 Sota, Ma : Il est dit dans la Loi : * vous marcherez après Dieu ». Pratiquer, 
en toute circonstance, la miséricorde envers celui qui souffre, c'est marcher après 
Dieu. 

7 Péa, 215. 

ACT. ET CONP. C 



XXXIV ACTES ET CONFERENCES 

même, voulurent se dépouiller de tout leur bien, devenir volontaire- 
ment pauvres pour secourir les pauvres : les sages ne le permirent 
pas, fixèrent une limite môme aux prodigalités de la charité *. Cette 
limite n'est pas étroite et permet aux âmes les plus détachées 
d'elles-mêmes de donner libre carrière à tous les élans de leur 
généreuse nature. Nos sages eurent-ils tort? Devaient-ils per- 
mettre à tout homme de se dépouiller du fardeau de la propriété 
pour vivre avec l'heureuse insouciance des « oiseaux du ciel qui ne 
sèment ni ne moissonnent et n'amassent rien dans leurs greniers », 
et attendre que le Père céleste, qui a soin des oiseaux, les nourrît 2 ? 
Ou bien devaient-ils prescrire de tout mettre en commun, abolir la 
propriété individuelle 3 , abolir en même temps la famille, créer des 
sociétés où il n'y aurait plus ni époux, ni épouses, ni parents, ni 
enfants, où l'on s'abandonnerait, corps et biens, à des chefs entre 
les mains desquels on abdiquerait intelligence et volonté, ainsi que 
l'avaient fait peut-être les sociétés esséniennes, ainsi que le firent 
ou essayèrent de le faire les sociétés religieuses qui se formèrent à 
l'exemple des Esséniens? Les Pharisiens ne crurent pas que tel était 
leur devoir, et je ne pense pas que le monde leur donne tort. 

Mais si la sagesse et la prévoyance doivent présider à tous les 
actes de la vie et gouverner même les élans de la charité, la charité 
est néanmoins une de ces choses qui, d'après le Talmud, n'ont point 
de limites 4 . Elle a des devoirs pour les riches, elle doit leur rap- 
peler sans cesse l'égalité humaine, la fraternité qui les unit avec le 
pauvre; elle a des devoirs aussi pour les pauvres, elle doit leur 
apprendre qu'ils se doivent assistance les uns aux autres 5 ,leur dire, 
en outre, que si l'assistance d'autrui ne dégrade pas celui qui en a 

1 Ibid. et Baba Batra, 10. 

3 Mathieu, vi, 27 ; Luc, xn, 24. 

3 « Celui qui dit : ce qui est à moi est à toi, ce qui est à toi est à moi est un 
ignorant » (Mischna, Abot, v, 10). Voir Actes des Apôtres, iv, fin et v, 
1-10, l'épisode d'Anane et Saphire. Ils sout maudits par l'apôtre Pierre et meu- 
rent subitement pour lui avoir caché qu'ils avaient gardé pour eux le produit de 
la vente d'un de leurs champs. Le reste de leur fortune, ils l'avaient mis aux 
pieds des apôtres. 

* Mischna Péa, i, 4. 

5 Guittin, 7. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XXXV 

besoin, que si souffrir, si périr plutôt que d'y avoir recours, c'est 
d'une fierté coupable, d'une cruauté criminelle envers soi-même, 
c'est commettre un suicide dont on doit compte à Dieu *, user, sans 
droit, de la pitié d'autrui, la tromper, est un crime que Dieu ne 
pardonne pas non plus 2 ; que rien enfin n'est plus beau, rien n'est 
plus noble que de s'imposer des peines, de redoubler d'efforts, de se 
priver, afin de se suffire par son travail. Celui qui agit ainsi, c'est 
de lui que la Bible a dit : béni soit l'homme qui a foi en Dieu et qui 
met en Dieu son espoir 3 ; que le travail n'est jamais vil 4 , que tout 
travail ennoblit, qu'il est la source des plus grandes félicités 5 . 
Travailler, c'est prier, d'après le dicton populaire; mais, d'après le 
Talmud, travailler est plus que prier 6 ! 

L'œuvre de la charité exige beaucoup d'ouvriers 7 . Un seul ne 
pourrait l'accomplir, mais nul n'a le droit de se soustraire à sa 
tâche. Si grande qu'elle soit, elle ne saurait donc nous effrayer. Si 
nombreux que soient les pauvres chez nous, le problème du paupé- 
risme ne nous tourmente pas s . Il se résout tous les jours. In- 
nombrables sont chez nous les enfants pauvres qui, grâce à une 
assistance intelligente , sont devenus les chefs de puissantes et 
florissantes familles. 

Oui, la charité est une de ces choses qui n'ont pas de limites. 
L'assistance juive a des devoirs envers tous, elle est obligatoire 
envers les vivants et envers les morts. Quiconque a vécu ici- 
bas, a aimé, a souffert, a ouvert les yeux à la lumière du jour, a 
droit, après sa mort, d'après la Loi juive, a droit, pour toujours, 

* Péa, 21 J, « celui qui agit ainsi est son propre meurtrier ». 

* Mischna Péa, vin, 9 : celui qui, pour apitoyer son prochain, simule une infir- 
mité n'arrivera pas au terme de ses jours sans être frappé de cette infirmité. 

3 Celui qui est dans le besoin et n'accepte rien aura la joie de secourir les 
autres (même Mischna). 

* Baba Batra, 110. 

* Psaumes, cxxvn, 2. 
« Berachot, 18«. 

7 La charité est un grand et ample vêtement pour lequel chacun fournit un 
fil {Baba Batra, 8). 

8 Chargé par le gouvernement français de faire un rapport sur l'hygiène et 
l'assistance eu Belgique et en Hollande, M. le D r Delvaille signale le dévelop- 
pement extrêmement remarquable des œuvres de la communauté juive d'Ams- 
terdam. Il le trouve exagéré. Je ne partage pas ses craintes. 



XXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

aux quatre coudées nécessaires pour dormir, dans un éternel repos, 
son éternel sommeil et pour que ceux qui l'ont aimé ou qui l'ont 
seulement connu puissent venir, sur sa tombe, le faire vivre dans 
leur pensée et dans leur cœur. Tous ont droit au même respect pour 
leur enveloppe terrestre, tous, pauvres et riches, amis et incon- 
nus ! C'est là encore que, dans nos idées, doit apparaître l'égalité 
par la fraternité. Le souverain pontife en Israël, sacré de la satnte 
onction, ne devait pas sortir du temple * et ne pas se rendre impur 
pour ensevelir son père ou sa mère, son frère ou sa sœur, son fils ou 
sa fille 2 . Mais s'il sortait de sa maison pour aller circoncire son 
fils, le faire entrer dans l'alliance d'Abraham, ou si même, se rendant 
au sanctuaire pour offrir le sacrifice pascal, il trouvait, sur son 
chemin, un mort abandonné, il devait oublier son fils, oublier le 
sacrifice pascal, oublier le sanctuaire, oublier la couronne de sain- 
teté qu'il portait sur sa tête et, de ses mains, consacrées, de ses 
mains qui portaient le pur encens dans le Saint des Saints, il devait 
enterrer le pauvre mort inconnu, le pauvre frère à l'abandon 3 ! . . . 

L'assistance dans la loi juive a des devoirs envers tous, elle 
est obligatoire même à l'égard de ceux qui ont violé toutes les 
lois ! Jamais la société n'a le droit de décliner sa solidarité même 
avec ceux qui ont transgressé les lois sur lesquelles repose l'ordre 
social. Vous connaissez , Mesdames et Messieurs , la cérémonie 
(VEgla arovfa : quand on trouve dans la campagne, dit la Bible *, 
un cadavre percé de coups et qu'on ne sait pas qui l'a frappé, les 
premiers magistrats de la nation, le souverain pontife, les chefs du 
sanhédrin, sortant de Jérusalem, se rendent au lieu où a été trouvé 
le corps et recherchent quelle est la ville la plus proche. On fait 
venir alors les magistrats de cette ville. On se réunit dans le lit d'un 
torrent desséché, et tous les magistrats de la ville la plus rapprochée 
du cadavre se lavent les mains auprès de la victime et disent : 
a Nos mains n'ont pas versé ce sang et nos yeux n'ont pas vu. . . » 

Qui donc, dit le Talmud, commentant les paroles de cette émou- 

1 Mischna Pfa, i, 1 ; Lévit., xxi, 32. 

» Ibid., 10, 

* Sanhédrin, 19. 

4 Deutér., xxi, 1-9. 



ASSISTANCE PUBLIQUE ET PRIVÉE XXXVII 

vante scène, qui donc soupçonnerait de ce crime d'assassinat les 
anciens de la ville et de quoi ont-ils à se justifier *?. . . 

Ce mort que personne n'avait vu, que personne ne connaît, dont 
aucun parent ne réclame la vengeance, c'était, sans doute, un mal- 
faiteur vivant dans un isolement sauvage et qui, attaquant un pas- 
sant dans la nuit, a succombé sous les coups de celui qui se défen- 
dait 2 ! . . . 

« Nos mains n'ont pas versé ce sang, nos yeux n'ont pas vu , 
» doivent dire les magistrats de la cité, nos yeux n'ont pas vu la 
» misère de cet homme qui, dans la détresse de son âme, a été 
)> poussé au crime. Sinon, nous l'aurions soutenu, nous l'aurions 
» sustenté, nous l'aurions réconforté, nous aurions essayé de faire 
» descendre peut-être un rayon de lumière jusqu'au fond des 
» ténèbres de son âme 3 . . . 

Puis, les magistrats ayant fait cette confession, le pontife et les 
prêtres, joignant les mains, doivent dire : * Pardonne à ton peuple 
» Israël que tu as sauvé, ô Éternel, et ne fais pas retomber sur ton 
» peuple Israël le sang innocent! . . . » Le sang innocent, d'après le 
Talmud, c'est le sang de ce malheureux qui a vécu dans le désordre, 
dans le crime, qui a été victime de sa tentative homicide, mais qui, 
peut-être mieux guidé, aurait été un honnête homme, et c'est la 
société qui, par la bouche de ses magistrats, de ses prêtres, de son 
pontife, se reconnaît coupable et qui demande pardon à Dieu! 

Mesdames et Messieurs ! Telle est, d'après l'antique législation 
juive, l'assistance publique et privée. Ce n'est pas une œuvre poli- 
tique inspirée uniquement par des vues plus ou moins égoïstes de 
préservation sociale. D'autre part, elle ne dépend d'aucun mythe, 
elle n'est rattachée à aucune idée mystique, elle n'est liée à aucun 
dogme, à moins que l'on considère comme un dogme cette foi 
qui est le principe absolu de la charité, l'essence de toutes ses 
prescriptions, son âme en quelque sorte, îa foi au Père qui est au 
ciel et dont tous les hommes sans exception sont les enfants . 

* Misckna Sot a, vm, 3. 

* Voir Raschi sur la Mischna, 45 à. 

* Ibid. 



XXXV1I1 ACTES ET CONFERENCES 

Cette loi ne nie pas la propriété, elle ne la condamne pas sur- 
tout : pour elle, la propriété est la condition même de la liberté, 
de l'individualité, de la constitution de la famille, mais, aux yeux 
de la loi, la propriété ne donne à celui qui possède qu'un droit 
relatif ' . La loi veut en étendre les bienfaits autant que possible à 
tous les hommes. Elle n'aspire pas pourtant à une égalité absolue, 
chimérique, contraire à la nature, contraire, disons mieux, aux 
vues de la Providence. Essentiellement humaine, ne plaçant pas 
son idéal dans une région inaccessible, n'exigeant pas le sacrifice 
des devoirs ordinaires et indispensables à la marche et à la conser- 
vation de la société, elle procède directement de l'idée de justice : 
Justice et charité^ cêdeJc et cedaka sont, en hébreu, à la fois syno- 
nymes et homonymes. Elle aspire à l'égalité par la fraternité, et 
ainsi que le disait Hillel, ùibiû mitt ÏTpTO fiaiïï, est essentiellement 
une œuvre de paix, d'union et d'harmonie entre -les hommes ! 

1 Deutér., vin, 17-18 : « Tu dirais en ton cœur c'est ma force et la puissance 
» de mon bras qui ont créé pour moi cette richesse... Et tu te souviendras que 
• c'est l'Eternel ton Dieu qui t'a donné la torce pour créer cette richesse. » 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 25 FÉVRIER 1897. 
Présidence de M. Maurice VERNES, président. 

M. le Président remercie le Comité de l'avoir de'signe' pour la prési- 
dence de la Société. Il exprime aux deux secrétaires la reconnaissance 
du Comité pour la part qu'ils ont prise à la se'ance de l'Assemblée gé- 
nérale. 

M. Schwab, trésorier, expose le projet de budget pour Tannée courante : 

Recettes. Cotisations 8,000 fr. 

Abonnements du Ministère 375 

Revenus du capital de fondation 2,200 

Vente par le libraire 1 ,000 

Part dans la vente de la Galliajudaica 1,500 

Total 13,075 fr. 

Dépenses. Impression et droits d'auteurs 7,500 fr. 

Secrétaire de la rédaction et secrétaire adjoint . . . 2,400 
Frais généraux et divers 1,000 

Total 10,900 fr. 



L'exercice se soldera probablement par un excédent de recettes, si la 
Société ne met pas encore sous presse cette année la traduction des 
œuvres de Flavius Josèphe. Mais il y a lieu, en prévision des frais de 
cette publication, de ne pas affecter le solde éventuel à un autre objet. 

Il est procédé à la nomination du Bureau. Sont élus : 

MM. Lehmann et Albert Cahen, vice-présidents ; 

Maurice Blogh et Lucien Lazard, secrétaires ; 
Moïse Schwab, trésorier. 

Sont nommés membres du Comité de publication : 

MM. Abraham Cahen, Hartwig Derenbourg-, J.-H. Dreyfuss, 
Zadoc Kahn et Théodore Reinach. 

Sont reçus membres associés de la Société : MM. Mitrani, professeur 
à Cavala (Turquie), Mendez-Pereyra, rabbin à New-York, Marc Lévy, 
rabbin à Wissembourg, présentés par MM. Vernes, Zadoc Kahn et 
Israël Lévi. 



XL ACTES ET CONFÉRENCES 

M. Lambert fait une communication sur la longueur des lignes dans les 
anciens manuscrits de la Bible. Des observations sont pre'sentées à ce 
sujet par MM. Vernes et Israël Lévi. 



SÉANCE DU 29 AVRIL 1897. 
Présidence de M. Maurice VERNES, président. 

M. Théodore Reinach exprime le vœu que les communications scien- 
tifiques faites aux séances du Conseil soient plus fréqueutes. que le 
Bureau soit charge' de les provoquer, et que les membres de la Socie'té 
qui aimeraient à prendre part à ces entretiens y soient invités spécia- 
lement. 

M. Zadoc Kahn appuie cette proposition, qui répond à la destina- 
tion de la Socie'té'. Il voudrait que les membres du Conseil fussent 
convie's, à tour de rôle, à faire des lectures qui seraient insérées inté- 
gralement ou résumées dans les procès-verbaux. 

M. Théodore Reinach ajoute que, dans sa pensée, il s'agirait de mettre 
à l'ordre du jour certaines questions d'un intérêt général qui seraient 
portées à la connaissance de la Société'. 

MM. Albert Cahen et Lehmann se rallient à ce projet, qui est adopté 
à l'unanimité. 

Ce programme sera mis à l'étude pour les détails d'organisation et mis 
à exe'cution l'hiver prochain. 

M. le Président serait d'avis que les séances mensuelles eussent lieu 
dorénavant dans l'après-midi. 

Cette question seia jointe à la précédente. 

M. Joseph Lehmann, sur l'invitation du Conseil, fera une conférence 
au mois de mai sur Y Assistance publique et privée chez les Juifs. 

Est reçu membre de la Société M. Louis de Grandmaison, archiviste 
d'Indre-et-Loire, présenté par MM. Bloch et Lazard. 

M. Schwab rend compte de la communication qu'il a faite au Congrès 
des Sociétés savantes sur les Inscriptions hébraïques de la France. 

M. Vernes signale un rapprochement entre un passage des Chroniques 

Les Secrétaires : 

Maurice Bloch, 
Lucien Lazard. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, RUE DUPLESSIS, 59. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 28 OCTOBRE 1897. 
Présidence de M. Vernes, président. 

M, le Président adresse à M. J. Lehmann ses remerciements, 
au nom de la Société, pour la conférence si intéressante qu'il a 
faite au mois de mai. 

Le Conseil décide qu'à l'avenir les séances administratives com- 
menceront à huit heures, et qu'à huit heures et demie auront lieu 
les communications et discussions scientifiques, auxquelles seront 
conviés tous les membres de la Société qui manifesteront le désir 
d'y participer. 

Les séances auront lieu, comme par le passé, le dernier jeudi du 
mois. 

Le Conseil décide de dresser une liste de sujets qui méritent 
•d'être traités. Cette liste sera communiquée aux Sociétaires. 

Sujets proposés : 

Par M. Salomon Reinach, Une nouvelle théorie sur V arche d'al- 
liance ; 

Par M. Vernes, Jésus et la propagande chez les non Israélites ; 

Par M. L. Lazard, Les Juifs convertis en France au moyen âge 
et leur rôle dans la population française ; 

Par M. Théodore Reinach, 1° De V authenticité des fragments 
d'Hècatèe d'Abdere relatifs aux Juifs ; 

2° Le V attitude du Judaïsme vis-à-vis de la critique biblique ; 

Par M. Joseph Lehmann, 1° De l'origine du rituel de prières pri- 
mitif; 

Ad. ET CONF. D 



XL1I ACTES ET CONFERENCES 

2° De la chronologie talmudique relative à la période du second 
Temple ; 

Par M. Mayer Lambert, De l'authenticité des documents dans le 
livre d'Ezra ; 

Par M. Israël Lévi, 1° L 'intervention d'Antiochus Epiphane en 
Judée ; 

2° Le rôle de Juda Macchabée ; 

3° La croyance en la fin du monde dans le Talmud. 



SEANCE DU 24 NOVEMBRE 1897. 
Présidence de M. Vernes, président. 

Le Conseil revient sur sa précédente décision et fixe à huit 
heures et quart l'ouverture des séances administratives. 

M. Salomon Reinach propose de fondre la bibliothèque de la 
Société avec celle de l'Alliance israélite. La question sera mise à 
l'étude. 

M. Salomon Reinach propose la publication d'une collection des 
textes relatifs aux peuples sémitiques dans l'antiquité. MM. Isidore 
Lévy et Hubert se chargeraient de ce travail. 

Tout en se montrant favorable à cette entreprise, le Conseil 
décide qu'il sera statué à cet égard lorsque la situation financière 
de la Société le permettra. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. Salomon Rei- 
nach : Une nouvelle théorie sur l'arche cT alliance. 

M. Salomon Reinach appelle l'attention sur un livre récent de 
M. Reichel, Ueocr vorhellenische Gœtterculte (Vienne, 1897), dont 
il a rendu compte dans la Revue critique (1897, II, p. 389). M. Rei- 
chel a mis en évidence l'existence, à l'époque mycénienne, d'un 
« culte du trône », le trône (naturel ou fait de main d'homme) étant 
considéré comme le siège de la divinité invisible mais présente. 
L'arche d'alliance d'Israël doit être envisagée sous le même aspect: 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL XL1II 

c'est la chaise à 'porteur de la divinité en voyage. Il y avait quelque 
chose d'analogue dans l'armée de Xerxès, le char portant le trône 
sacré où pas un mortel ne devait s'asseoir (Hérodote, vu, 40). 

M. Th. Beinach présente les objections suivantes : Il est parfai- 
tement vrai que le trône divin a été chez beaucoup de peuples 
l'objet d'un culte avant qu'on fît des images de la divinité. Mais la 
comparaison de l'arche d'alliance avec un trône parait boiteuse. 
Les textes qui font descendre Iahvéh sur son arche trahissent un 
remaniement, tout au moins un changement d'idées. A l'origine et 
pendant longtemps l'arche a été une caisse, non un siège. Très pro- 
bablement elle renfermait un emblème de la divinité. 

Quelques observations sont encore présentées par MM. Vernes, 
Zadoc Kahnet Abraham Cahen. 



SEANCE DU 30 DÉCEMBRE 1897. 
Présidence de M. J. Lehmann, président. 

Le Conseil fixe au samedi 29 janvier 1898 la date de la pro- 
chaine assemblée générale. 

M, L. Lazard j lira le Rapport sur les publications de la Société 
pendant l'année 1897. 

Sont reçus membres de la Société : 

M. Gabriel Pereyre, de Bayonne, présenté par MM. Schwab 
et Zadoc Kahn, à titre de membre actif; 

MM. le grand Rabbin Gaster, de Londres; Navon, directeur 
de l'École Israélite de Galata ; S. Poznanski, rabbin à Varsovie ; 
les Bibliothèques des communautés israélites de Breslau, Kœnigs- 
berg et Munich; l'Israelit. Philanthropie de Francfort, 'présentés 
par MM. Vernes et Schwab, à titre d'associés étrangers. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. Théodore Rei- 
nach sur L authenticité des fragments d'Hècatèe $ Aider e relatifs aux 
Juifs. 



XLIV ACTES ET CONFERENCES 

Il faut, en résumé, dit M. Th. Reinach, faire trois parts dans les 
fragments qui nous sont parvenus sous le nom d'Hécatée d'Abdère : 

1° Le grand fragment conservé par Diodore [Textes, n° 9) et qui 
paraît provenir de Y Histoire d'Egypte d'Hécatée. Il est d'une 
authenticité incontestable ; il prouve que, d'une manière générale, 
Hécatée avait des sentiments équitables envers les Juifs ; 

2° Les fragments du livre sur Abraham (Textes, p. 236, D et E, 
très probablement aussi C). Ils sont non moins certainement 
l'œuvre d'un faussaire juif ; 

3° Les fragments donnés par Josèphe dans le Contre Afion 
(Textes, p. 227 suiv., A et B), qui dérivent du IIspl 'Iouoauov. L'au- 
thenticité de cet ouvrage a été combattue dès l'antiquité, par Hé- 
rennius Philon(7 T ea:^s, p. 157). Beaucoup de savants modernes sont 
de son avis. Moi-même, dans les Textes, j'ai laissé la question indé- 
cise, tout en penchant vers la thèse de l'interpolation partielle. 
Aujourd'hui, après un examen nouveau des fragments, je ne vois 
aucune objection sérieuse à admettre leur authenticité, du moins 
pour les phrases citées textuellement par Josèphe, car pour celles 
qu'il ne fait qu'analyser, il a pu parfois trop lire entre les lignes 
(comme il lui est arrivé pour Bérose). La preuve la plus certaine 
que nous ne sommes pas en présence d'un faux d'origine juive est la 
phrase [Textes, p. 231, § 6) sur les a myriades de Juifs transportés 
en Babylonie par les Perses ». Il s'agit là, non comme je l'avais 
cru, de la déportation des Juifs rebelles par Ochus (elle eut lieu en 
Hyrcanie), mais tout simplement de la captivité de Babylone, 
qu'Hécatée, dans son information superficielle, attribue aux 
Perses l . 

1 Ce résumé sera développé dans un prochain article de la Revue. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



JOSÈPHE SUR JÉSUS 



Les seuls témoignages de provenance non chrétienne que nous 
possédions sur la vie et la personne de Jésus de Nazareth sont une 
phrase de Tacite et un paragraphe de Flavius Josèphe. Quant aux 
allusions du Talmud, et, à plus forte raison, aux sottes inventions 
du Toledot Yéschou, elles sont de dates trop tardives pour qu'on 
puisse leur assigner aucune valeur documentaire. La rareté des 
témoignages externes sur le fondateur du christianisme ne fait 
qu'en rehausser le prix, surtout aux yeux des personnes qui ne 
prennent pas tous les récits évangéliques pour « paroles d'évan- 
gile ». Le texte de Tacite ne mérite cependant guère d'arrêter 
l'historien. Outre qu'il confirme simplement le fait matériel du 
supplice de Jésus, ordonné par le procurateur Ponce Pilate, il y a 
quelques raisons de croire que ce texte ne dérive pas d'une source 
indépendante : Tacite n'a su de Jésus que ce qu'il en lisait dans 
Josèphe 1 . C'est donc à l'unique témoignage de ce dernier que 
nous nous trouvons réduits pour compléter ou contrôler le récit 
des Évangiles. 

Ce témoignage a fixé l'attention des théologiens depuis la Renais- 
sance. La « littérature » qu'ont enfantée ces quelques lignes est 
immense, et l'on pourrait écrire un intéressant chapitre d'histoire 
rien qu'en la résumant 2 . On y verrait la critique érudite partir 
de la foi aveugle et irraisonnée dans la lettre écrite, s'éveiller 
progressivement au doute, puis arriver à la négation complète 
et de là, après des oscillations prolongées, se rapprocher peu 

1 Tacite, Annales, XV, 44 (à propos de la persécution des chrétiens sous Néron) : 
Auctor nominis eius Christus (Josèphe : xc5v ^piaTtavô5v àrco xoùSs cbvou.acuiva)v) 
Tiberio imperitante per procuratorem Ponthim Pilatum supplicio adfectus erat (Josè- 
phe : axaupâk £TciTexi(xy]x6xoç Uilâiov). L'opinion qui dérive le texte de Tacite de 
celui de Josèphe a été bien exposée par G. -A. Mûller. Quant aux doutes élevés sur 
l'authenticité du texte des Annales, ils ne méritent pas la discussion. 

* On trouvera un aperçu de cette littérature dans Schûrer, I, p. 455 suiv. Les 
anciennes dissertations ont été réimprimées, pour la plupart, dans le Josèphe d'Ha- 
vercamp, II* volume. 

T. XXXV, N" 69. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à peu d'une solution moyenne, qui, sous un texte manifestement 
défiguré, s'efforce de retrouver un noyau primitif et authentique. 
Cette opinion intermédiaire — je ne dirai pas éclectique — déjà 
soutenue avec talent dans le premier quart de ce siècle (par 
Gieseler en 1824), est celle qui paraît prévaloir aujourd'hui : les 
deux derniers savants qui ont sérieusement étudié la question, 
G.-A. Mùller et A. Réville, s'y rallient sans hésiter, et l'accord de 
leurs conclusions est d'autant plus remarquable qu'ils ne se sont 
pas connus l'un l'autre '. Ce n'est pas à dire toutefois que les 
opinions extrêmes soient abandonnées; la passion religieuse ou 
antireligieuse, le goût du paradoxe, l'esprit hypercritique du siècle 
y trouvent trop bien leur compte. La thèse de l'interpolation com- 
plète, notamment, rallie encore de nombreux suffrages: il suffira 
de citer parmi ses partisans, depuis trente ans, les noms éminents 
de Gerlach, Keim, Reuss, Schùrer et Niese 2 . Celle de l'authenti- 
cité intégrale a encore trouvé quelques avocats depuis Gerlach : 
Langen (1865), Danko (1867), Bretschneider, et tout récemment le 
candide Bole (1896). Je n'entreprendrai pas ici la tâche ingrate 
de refaire ce qui a été bien fait ailleurs, m d'analyser une fois 
de plus en détail les nombreux, trop nombreux arguments pour 
et contre qu'on a fait valoir dans cette controverse. Mais j'ai 
pensé qu'il n'était pas inutile de résumer l'état de la question à 
l'usage des lecteurs peu familiers avec la littérature théologique. 
J'essaierai aussi d'améliorer, sur quelques points, la restitution du 
texte de Josèphe proposée par mes prédécesseurs ; c'est une entre- 
prise délicate que je n'aurais pas osé aborder si je n'y avais obtenu 
le concours d'un maître éminent dont je n'ai jamais invoqué sans 
profit les conseils : je veux parler de M. Henri Weil. 



Voici d'abord le texte des manuscrits de Josèphe. avec l'indica- 
tion des variantes, peu importantes, qu'offrent soit certains exem- 
plaires, soit les deux chapitres d'Eusèbe où ce texte se trouve cité 
(Histoire ecclésiastique, I, 11,7; Démonstration évangélique, 
III, 5, 105-6). 

1 G.-A. Mùller, Christus bei Josephus Flavius, Inusbruck, 1S89, 2 e éd., lS9. r i ; 
Albert Réville, Jésus de Nazareth (1897), I, p. 274 suiv. Celte opinion est aussi, 
avec des nuances diverses, celle d'Ewald, de Renan, de Ranke, de Gutschmid et 
de Funk. 

* B. Niese, De testimonio christiano quod est apud Jostphum... Prog. Marburg, 
1894. 



JOSÈPHE SUR JÉSUS 3 

Antiquités judaïques, XVIII, 3, 3 (§§ 63-64 Niese) ». 

63. riverai Se xaxà toutov * xov ^povov 'It^ouç 2 , aocpbç àvvjp, £i y' àvSpa 
aÛTOV Xéyetv yprj 3 . 'Hv yàp 7rapaB6£(ov epy<ov 7coi7|rrçç, 8i8à<7xaXo; àvôpw- 
7ttov twv -/]00VY|i 4 xàX^ÔYi SeyojJLÉvwv 5 , xoù 7roXXoùç [xèv 'IouBaiouç 6 , 
ttoXXouç 8è xaï 7 tou s 'EXXYpnxou £7rY|yàyeT0 9 . '0 Xpicrbç outoç ïjv. 

64. Kai aùrbv âvSei^ei tojv Tiporrov àvBpwv 7cap' 7][j.iv 10 arauptoi £7UT£Ti- 
jjLYjXoxoç IIiXaTOu, oùx ETrausavxo J * ol rb 1? xpcorov 13 àya7rïj<yavT£ç* ècpav^ 
yàp aûxoTç rpixTjv s^oov 14 Tjjiipav 7ràXiv (wv, xcov Ôeiojv TupocpYjxwv xaiïxà 
T£ 13 xai àXXa [/.upia Oai»[xàcria 16 7cept aùxoiï £Îp7]xdxa)v. EîcsTt xs vuv 17 
xîov Xpiaxiavcov àub rouSe wvo[/.a<7[/.£V(ov ls oùx £7i£Xi7C£ xo cpuXov. 

1 Eusèbe (Dem.) : xax' èxsïvov. 

2 Eusèbe (H. Eccl., quelques mss.) : 'i^sou; tiç. 

3 Excerpta Peiresciana : etye xp^ *v8pa, etc. 

4 Mediceus : ubv ViôovYjt. 

5 Eusèbe (Dem.) : àv8pcÔTto)v TàX-riGifi seêouiviov. 

6 Eusèbe (H. Eccl.) : tûv 'iouoafov. Eus. (Dem.) : toO 'Iou8otfxo5. 

7 Ce mot manque dans les Excerpta. 

8 Eusèbe (H. Eccl.) : àub toG. 

9 Eusèbe (H. Eccl., quelques mss.) : àxriydyeto. Naber : ùTzriyâyexo, 
4 Eusèbe (Dem.) : twv ir<xp' Tfijjiiv àp^vrcav. 

41 Eusèbe (H. Eccl., quelques mss.) èçMiaûïavto. 

12 Vaticanus, Excerpta : oï ye. 

13 Le Mediceus et l'Epitome (suivis par Naber) insèrent aùxdv. 
4 4 Omis par Eusèbe (Dem.) 

15 te manque dans Vat. et Exe. 

16 Omis par Eusèbe (Dem.). Dans H. Eccl. après aùroG. 

17 Ambrosianus, Vat., Epit., : eïç re vCv. Eusèbe (Dem.) : 88ev elato vGv. 
48 Ambr. Vat.: ont (ovojj.aqj.evov. Eusèbe (Dem.): Arcô xoOôs ttôv ^pto-Tiavwv 

oùx èicéXnce, etc. (sans tovoji). 

Traduction : 

A cette époque parut Jésus, homme sage, s'il faut l'appeler 
homme. Car il accomplit des choses merveilleuses, fut le maître des 
hommes qui reçoivent avec plaisir la vérité, et il entraîna beaucoup 
de Juifs et aussi beaucoup d'Hellènes. Celui-là était le Christ. Sur 
la dénonciation des premiers de notre nation, Pilate le condamna à 
la croix; mais ceux qui l'avaient aimé au début ne cessèrent pas (de 
le révérer) ; car il leur apparut, le troisième jour, ressuscité, comme 
l'avaient annoncé les divins prophètes ainsi que mille autres mer- 
veilles à son sujet. Encore aujourd'hui subsiste la secte qui, d'après 
lui, a reçu le nom de Chrétiens. 

1 Ce même texte est reproduit dans plusieurs manuscrits de la Guerre des Juifs, 
tout à la fin, ou (ms. de Lyon) à sa place chronologique. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il suffit de lire ce texte avec réflexion et sans prévention pour 
reconnaître qu'il renferme des mots, des phrases entières, échap- 
pés du Symbole de Nicée, qui n'ont pu être écrits que par 
un auteur convaincu de la mission messianique de Jésus, de la 
vérité de son enseignement et même de son essence surnatu- 
relle, sinon précisément de sa divinité, — en d'autres termes, 
par un chrétien. Je fais allusion à ces passages : « homme sage, 
s'il faut l'appeler homme 1 .. . maître des hommes qui reçoivent 
avec plaisir la vérité . .celui-là était le Christ... il ressuscita 
le troisième jour comme l'avaient annoncé les divins prophètes » 
etc. Comme nous savons de source certaine que Josèphe n'était 
pas chrétien; comme, en sa qualité de juif convaincu et or- 
thodoxe, il devait avoir peu de sympathie pour la religion nou- 
velle, qui, à l'époque où il écrivait, avait rompu définitivement 
avec la synagogue ; comme, enfin, il ne témoigne d'aucun goût 
ni même d'aucune intelligence pour le mouvement messianique, 
allant jusqu'à interpréter en faveur de Vespasien les prophéties 
qui s'y rapportaient 2 , — la conclusion nécessaire, évidente, c'est 
que Flavius Josèphe n'a pas pu écrire notre texte tel qu'il se 
lit dans les manuscrits. Leur accord unanime prouve seulement 
que l'interpolation est très ancienne, plus ancienne qu'Eusèbe, 
puisque cet historien (qu'on a soupçonné sans raison d'en être 
l'auteur) lisait le passage sensiblement comme le présentent nos 
manuscrits; tous, d'ailleurs, dérivent d'un archétype unique, déjà 
fortement altéré. 

On ne doit pas oublier que les œuvres de Josèphe, négligées 
par la synagogue, nous ont été conservées par l'église chrétienne, 
par des copistes chrétiens, comme une sorte de préface des 
Évangiles. A une époque où la foi était plus vive que la bonne 
foi, la tentation était irrésistible, dans des milieux de ce genre, 
de combler les lacunes ou de corriger les expressions malson- 
nantes qu'on relevait chez ce précieux témoin, afin de le mettre 
complètement d'accord avec la tradition chrétienne qu'il venait 
ainsi fortifier 3 . Ce travail de retouches, plus ou moins discrètes, 
plus ou moins habiles, avait commencé dès le temps d'Origène, 
c'est-à-dire dans la première moitié du 111 e siècle. Dans l'exem- 

1 Très logiquement, le chroniqueur byzantin Malala, qui cite notre texte, ajoute 
ici : xai {/.-?) 6eov (et non pas un dieu). 

2 Cf. Guerre des Juifs, III, 8, 9; VI, 5, 4; Tacite, Hist., V, 10; Suétone, Ves- 
pasien, 4-5 ; Dion Cassius, LXVI, 1. 

a Gatschmid suppose [Kleine Sckriften, IV, 353) que la correction commença par 
des annotations marginales, qui lurent ultérieurement introduites dans le texte et fon- 
dues avec lui. Cetta opinion est très plausible au moins pour la phrase *0 Xpurroç 
outoç yjv. Voir plus loin. 



JOSÉPHE SUK JESUS 5 

plaire de Josèphe consulté par cet auteur, il était dit, nous ne 
savons pas au juste dans quel passage *, que la chute de Jérusalem 
et la destruction du Temple (70 ap. J.-C.) avaient eu pour véritable 
cause le supplice de Jacques le juste, frère de Jésus dit le Christ 
(62 ap. J.-C), « parce que les Juifs avaient mis à mort un homme 
aussi juste 2 ». L'interpolation, qui me parait avoir été suggérée par 
une réflexion analogue de Josèphe à propos du supplice de saint 
Jean Baptiste 3 , est évidente 4 ; elle n'a cependant pas eu un succès 
durable, et l'on n'en retrouve aucune trace dans nos manuscrits 
actuels. Mais elle peut servir de parallèle à la fraude pieuse, 
bien autrement grave, qui nous a valu le teslimonium pro Christo 
du XVIII e livre des Antiquités. 



II 



L'interpolation une fois admise — et comment ne pas l'ad- 
mettre? — demandons-nous si elle est totale ou partielle. Lais- 
sant de côté les arguments de moindre valeur, dont plusieurs ne 
font qu'affaiblir une bonne cause, je résumerai ainsi les raisons, 
selon moi décisives, qui militent en faveur d'une interpolation 
simplement partielle : 

1° Il est inadmissible qu'un événement aussi considérable, sinon 
en lui-même, du moins par ses conséquences, que la mort de 
Jésus, c'est-à-dire la fondation de la religion chrétienne, ait été 
passé complètement sous silence par un historien aussi minu- 
tieux et, somme toute, aussi consciencieux que Josèphe. On com- 
prendrait à la rigueur (et encore !) que par haine du christianisme, 
un juif fanatique eût systématiquement omis tout ce qui, dans son 
histoire, se rapportait aux origines de cette religion ; mais, bien 
loin de témoigner d'un semblable parti pris, Josèphe raconte briè- 

1 C'est à tort, je crois, qu'on a supposé que cette interpolation se rattachait au 
récit du martyre de Jacques, Ant., XX, § 203 Niese. La citation d'Eusèbe distingue 
nettement les deux morceaux ; le premier a dû être inséré plutôt daus le Bellum. 

* Origène, Sur Saint Mathieu, xm, 55 (Opp. X, 17); Contre Celse, I, 47, et 11, 13. 
De même, Eusèbe, Hist. eccl., 11, 23, 20. Cf. Schùrer, I, 487. 

3 Antiq., XVIII, 5, § 114 Niese : u-à/viç y£vo|xévy); (entre le tétrarque Hérode et 
le roi Arétas) ôucpôdcpv) 7ra; ô 'HpcoSou crpaxoç... (§ 116)... ti«tI 8è twv 'louôaitov 
eô6x£i oXwXevat tov *Hptoôou arpaxàv (mè toO 0£oO, xai u.àXa oixaiw; tivu|xevou xaxà 
7toiv7)v 'Itoàvvou ttoû £7UxaXovu,£vov Ba7maTOù, et plus loin § 119. 

4 On pourrait supposer que dans le texte original, Josèphe s'était contenté de dire 
que t quelques-uns » dans le peuple juif attribuèrent la chute du Temple à l'impiété 
commise en tuant Jacques (et ses amis) ; mais si le texte authentique avait renfermé 
une réflexion semblable, on ne comprendrait pas qu'elle eût disparu de tous nos ma- 
nuscrits. 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

veraent, mais convenablement, deux événements qui se ratta- 
chaient par les liens les plus étroits au même sujet : la prédica- 
tion et le supplice de saint Jean Baptiste, précurseur de Jésus ! , 
et le martyre de Jacques, frère de Jésus 2 . Aucun doute sérieux ne 
saurait s'élever sur l'authenticité de ces deux morceaux ; dès 
lors il n'y a aucune raison de suspecter l'authenticité générale du 
troisième. D'ailleurs, sans un récit préalable, si succinct qu'on le 
suppose, de la prédication et de la mort de Jésus, la mention spé- 
ciale, accordée par Josèphe au martyre de Jacques « frère de 
Jésus dit le Christ », aurait été dénuée de sens et d'intérêt pour 
les lecteurs non chrétiens, c'est-à-dire pour l'immense majorité 
du public auquel s'adressait l'historien juif. Vainement a-t-on 
rappelé que, d'après le témoignage de Photius 3 , Juste de Tibé- 
riade — l'autre historien juif de cette époque — n'avait pas 
prononcé le nom de Jésus : le livre de Juste (il s'agit de sa Chro- 
nique des rois juifs, non de son Histoire de la guerre de 66) 
était un abrégé extrêmement sommaire des faits politiques, qui 
ne pouvait se comparer, à aucun égard, avec les Antiquités de 
Josèphe. 

2° Notre morceau, si l'on en retranche les membres de phrase 
qui trahissent déjà par le fond la main d'un interpolateur chré- 
tien, n'offre dans le style aucune expression, aucune tournure qui 
ne soit parfaitement conforme à la phraséologie de Josèphe. On y 
retrouve même — nous les signalerons plus loin 4 — certaines coïn- 
cidences presque textuelles avec d'autres passages de son œuvre. 
Or, ce serait faire beaucoup trop d'honneur à la finesse de notre 
interpolateur que de lui attribuer la recherche voulue de ces coïn- 
cidences, alors que dans les parties certainement ajoutées, il a 
témoigné d'une lourdeur de main, d'une naïveté dans la fraude, 
presque touchante. Considérant, d'ailleurs, le morceau dans son 
ensemble, il n'est nullement vrai (comme l'ont prétendu quelques 
rabbins du moyen âge et après eux Niese) qu'il interrompe la suite 
du développement : il se place tout naturellement, au contraire, 
après le récit des premières maladresses de Pilate (affaire des en- 
seignes, affaire de l'aqueduc) et avant celui des scandales (é'tsgov ti 



1 Ant. jud., XVIII, 5, 2, § 116-119 Niese. (Je n'examine pas ici la question, qui 
doit probablement se résoudre par la négative, si Jean s'est jamais considéré lui- 
même comme le précurseur de Jésus ; mais certainement au temps de Josèphe, dans 
les milieux chrétiens, il était regardé comme tel.) 

* Ant. jud., XX, 9, 1, § 200 Niese. 
» Bibliothèque, Cod. 33. 

* Nous l'aurions t'ait plus facilement et plui complètement s'il existait un Index 
verborum, une Concordance de Josèphe. Ce travail éminemment utile devrait tenter un 
jeune savant. 



JOSEPHE SUR JESUS 7 

ostvdv) qui amenèrent l'expulsion des Juifs de Rome. Si dans tout 
ce contexte il y a un morceau inutile et suspect, ce n'est pas le 
court paragraphe relatif à Jésus, mais le long hors-d'œuvre sur 
l'affaire du temple d'Isis (XVIII, 3, 4) qui le suit immédiatement et 
n'a aucun rapport direct avec l'histoire juive. 

3° Si notre paragraphe, débarrassé des parties interpolées, porte 
bien, dans la forme, la marque de Josèphe, il renferme, en outre, 
des expressions qui, par leur nuance légèrement méprisante, con- 
viennent de tout point au ton sur lequel cet historien a dû parler 
de Jésus. Tel est le verbe iizr^iyzxo, « il séduisit », qui ne s'emploie 
qu'en mauvaise part et rappelle l'accusation de séduction portée 
contre Jésus * ; tel le mot çïïXov, « tribu, espèce », appliqué à la 
secte chrétienne ; telle l'expression 7iapaoo;wv spyiov izoïrp-fc « fai- 
seur de miracles ». J'y ajouterais volontiers la tournure 'I-rçaouç tiç, 
« un certain Jésus », si le texte de quelques manuscrits d'Eusèbe 
méritait ici d'être préféré à celui des manuscrits de Josèphe. Il est 
ridicule de supposer qu'un faussaire, assez maladroit pour se trahir 
à première vue par des insertions tout à fait invraisemblables, ait 
eu, d'autre part, assez d'astuce pour forcer sa plume chrétienne à 
employer des expressions choquantes, dans le dessein de donner le 
change au candide lecteur. Une pareille hypothèse constitue une 
erreur de psychologie aussi grossière que celle où sont tombés 
certains archéologues allemands quand ils ont attribué un chef- 
d'œuvre d'orfèvrerie antique récemment acquis par le Louvre à un 
prétendu faussaire, chez lequel ils découvrent à la fois une éru- 
dition déconcertante et des bévues d'écolier. La vérité est que l'in- 
terpolateur du texte de Josèphe y a laissé subsister les expres- 
sions en question tout simplement parce que, en sa qualité de mé- 
diocre helléniste, peu habitué aux finesses de la langue, il n'en 
saisissait pas exactement la portée. Soyons-lui reconnaissants de 
son ignorance; car « ce petit bout d'oreille échappé par mégarde » 
fournit à la philologie à la fois la preuve décisive de la fraude et le 
moyen de restituer, à l'aide de cet échantillon, le ton et la teneur 
du document originaire. 

4° Origène, dans les passages déjà cités relatifs au témoignage 
de Josèphe sur saint Jacques, s'étonne de l'importance que l'histo- 
rien juif avait attribuée au supplice de ce juste, frère du Seigneur, 
alors qiCil ne croyait pas que Jésus fût le Christ : tov 'It^oUv 
rjfj-ow où xaxa8£^à(ji.£voç elvoc. Xpicrov 2 ; — xatxoc y £ à7ii<7Twv xwt Trçaou 

WÇ XptffTOH 3 . 

1 Mathieu, xxvn, 63 ; Luc, xix, 48. 

2 Sur saint Mathieu, xm, 55. 

3 Contre Celsc, I, 47. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sans vouloir exagérer, comme on l'a fait quelquefois, la portée 
de ce témoignage, il en résulte avec évidence d'abord, qu'Origène 
connaissait un texte de Josèphe sur Jésus-Christ, ensuite qu'il ne 
le lisait pas dans sa rédaction actuelle : car s'il y avait trouvé ces 
mots décisifs : o Xpicxoç oZxoç yJv, il n'aurait jamais pu écrire que 
Josèphe ne croyait pas en Christ. Il n'est pas sérieux de pré- 
tendre, avec quelques hypercritiques, que les mots par lesquels 
Josèphe désigne Jacques — xov àosXcpov 'Itjcou tou leyo^lvou 
XpitrTou — suffisaient, aux yeux d'Origène, à établir l'incrédulité 
de l'historien juif. Ces mots 6 Xsydjxevoç Xptaxoç signifient simplement 
« Jésus surnommé Christ», pour le distinguer de ses nombreux 
homonymes, sans rien préjuger, d'ailleurs, du bien fondé de ce 
surnom : la meilleure preuve de leur parfaite innocuité, c'est qu'on 
les trouve textuellement sous la plume de saint Mathieu, dont on 
ne dira certes pas qu'il doutait de la mission de Jésus *. Donc, bien 
certainement, les manuscrits de Josèphe renfermaient, dès le 
temps d'Origène, le chapitre sur Jésus, et ce chapitre n'était pas 
encore interpolé : l'interpolation a eu lieu entre l'époque d'Ori- 
gène et celle d'Eusèbe, c'est-à-dire dans la deuxième moitié du 
ni e siècle, période où l'activité littéraire, et, ajoutons-le, l'acti- 
vité des fraudeurs littéraires fut si féconde dans les rangs de la so- 
ciété chrétienne 2 . 



III 



Les observations précédentes suffisent, je l'espère, à montrer : 
d'abord, que le texte de Josèphe n'a fait l'objet que d'une inter- 
polation partielle, ensuite que cette interpolation n'a pas eu le 
caractère d'un « remaniement » que lui attribuent Ewald, Paret 
et d'autres critiques. En réalité , l'interpolateur chrétien s'est 
contenté de quelques retouches et surcharges, destinées à trans- 
former le testimonium de Christo en un teslimonium pro 

1 Mathieu, i, 16 : è£ rjç èyevv?i8Y) 'Iy]<7o0ç, 6 Xeyop-evo; Xpicrxo;. Cet exemple est plus 
décisif que ceux où la même expression est mise dans la bouche de Pilate (xxvm, 
17 et 22, etc.). 

8 Gutschmid croit que l'interpolation a eu lieu postérieurement aux attaques de 
Porphyre (fin du m* siècle). Niese fait encore remarquer que le paragraphe suspect 
n'est pas mentionné dans les Tables des chapitres, qui datent, selon lui, de l'époque 
des Antonins ; mais cet argument est sans valeur, car les Tables omettent également 
saint Jean Baptiste et Theudas. Il en est de même de l'omission de notre paragraphe 
dans la partie correspondante du Bellum : elle s'explique assez par le peu d'impor- 
tance politique de l'affaire. 



JOSEPHE SUR JESUS 9 

Christo, et dans ce travail il a poussé la discrétion ou l'in- 
conscience jusqu'à laisser subsister des phrases et des mots qui 
détonnent complètement avec le caractère de ses propres addi- 
tions. Ce n'est donc pas entreprendre une tâche téméraire que 
d'essayer de découvrir sous ce rapiéçage la trame primitive de la 
rédaction de Josèphe. Pour atteindre, dans cette opération, sinon 
la certitude, à laquelle on doit renoncer en pareille matière, du 
moins une grande vraisemblance, il suffit de se conformer ri- 
goureusement aux trois règles que voici : 

1° Toute expression ou assertion incompatible avec les opinions 
religieuses bien connues de Josèphe doit être retranchée ou 
corrigée ; 

2° Tout ce qui n'est pas manifestement altéré doit être conservé ; 

3° Les corrections ou additions, réduites au strict nécessaire, 
doivent s'inspirer à la fois des caractères généraux du style de 
Josèphe et du ton hostile, légèrement méprisant, à l'égard du fon- 
dateur du christianisme, que révèlent les expressions kTzr^iyexo, 
7:apa86£<ov epytov TroiYjxvjç et cpuXov précédemment signalées. 

A la lumière de ces principes, reprenons, membre à membre, 
l'étude critique de notre texte. 

rivsxat 8è xaxà toutov xbv ypovov 'ir,<7ouç (tiç)]. Cette phrase est ir- 
réprochable, avec ou sans le tiç de certains manuscrits d'Eusèbe. 
Par lui-même ce petit mot ne comporte, d'ailleurs, aucune intention 
dédaigneuse, et Josèphe l'emploie souvent ainsi, même en parlant 
de personnes qu'il révère, des prophètes, par exemple, mais qu'il 
nomme pour la première fois. Il ne nous paraît choquant qu'en 
raison de la célébrité de Jésus, célébrité si grande que le lecteur 
moderne ne peut se figurer qu'il entende parler de lui « pour la 
première fois ». On comprend que ce sentiment ait été encore plus 
vif chez les scribes byzantins, et ainsi s'expliquerait la disparition 
de tiç dans les manuscrits actuels. Toutefois, si l'on admet avec 
Gutschmid (et cette hypothèse est très plausible) que le nom 
'l7l<joïïç était accompagné originairement de la désignation plus 
précise 6 Xsyojxcvoç XpisToç, le mot tiç alourdirait la phrase et l'on 
s'en passera volontiers. 

cocpoç àvVjp, ei y' av8pa aùxov Xéysiv /pVj]. Les mots espacés, 
qui impliquent la croyance à la divinité de Jésus, doivent être évi- 
demment retranchés, mais il n'en résulte pas, comme l'ont cru 
Mùller et d'autres critiques, que les mots (rocpb; àvVjp eux-mêmes 
soient à condamner. Au contraire, étant donné le procédé de notre 
glossateur, son interpolation suppose une « amorce » préexis- 



10 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tante, et celle qu'offre le texte ne soulève aucune objection. Le 
mot crocpdç, que nous rendons ordinairement par « sage », signifie, 
en effet, plutôt « savant, habile » ; il est ici à peu près synonyme 
de (jocpiffT^ç, que Josèphe emploie ailleurs en parlant « d'agita- 
teurs » religieux, par exemple, Juda et Matliias sous Hérode *. Un 
peu plus loin, Josèphe appellera saint Jean Baptiste àyaOb; xv-qp* ; 
il ne devait pas hésiter à donner à Jésus l'épithète beaucoup 
moins compromettante de cocpoç, qui vise simplement la science du 
rabbin et l'habileté du thaumaturge 3 . 

tjv yàp 7rapaûô^tov IpycDv Tro^T^ç]. Rien n'autorise à suspecter ces 
mots. On trouvera dans le Thésaurus de nombreux exemples de 
7iapàoo;a epya ou de 7raoaoo;o7rouai dans le sens de « miracles » ou 
même de « merveilles » (de la création), mais par lui-même Ttapà- 
oo\oq signifie simplement quod est praeter omnium opinionem, ce 
qui est extraordinaire, difficile à expliquer, ^apparence mira- 
culeuse. En représentant Jésus comme un « faiseur» (tto'.TjT-/,?) de 
7capà8o?a Ipya 4 , Josèphe énonce donc simplement un fait incon- 
testé et incontestable pour quiconque lit les Evangiles sans parti 
pris : c'est que Jésus passait pour avoir opéré des guérisons 
miraculeuses ; sa réputation de thaumaturge a contribué à son 
succès au moins autant que l'élévation morale de sa prédication. 
Josèphe ne se porte pas garant du caractère vraiment surna- 
turel des miracles attribués à Jésus ; mais, quelle qu'en fût l'ex- 
plication, — et l'opinion publique, à cette époque, inclinait volon- 
tiers vers le surnaturel, — ils suffisaient à justifier l'épithète 
de co<poç, « habile homme », qu'il lui a précédemment décernée. 
Aussi les mots r,v yàp... 7conrjrqç doivent-ils être considérés comme 
une sorte de parenthèse justificative, et ainsi seulement s'ex- 
plique l'absence de copule devant le membre de phrase suivant. 
La suppression des deux mots ^v yàp, proposée par Gieseler et 
d'autres, est contraire à toutes les règles de la critique et fausse 
le sens. 

otoàcxaXoç àvOpcoTUov xwv ïjSov^i t'/Ay/J^ osyoasvov]. Tels qu'ils Sont 

écrits, ces mots ne peuvent être maintenus, puisqu'ils implique- 

1 Guerre des Juifs, I, 33, 2 (§ 648 Niese). Le texte correspondant des Anti'/uiics 
(XVII, § 149) a ici ),oyicÔTaToi. 

s Ant. jud., XVIII, § 117 : xxetvsi yàp toûtov 'HpwoY); àyaOàv àvop <%. 

3 J'ai cru un instant (et la môme idée était venue à M. H. Weil) que Josèphe avait 
pu écrire vocpbç, àvyjp, et ye <ro<pov aùxàv Xô'yeiv yjç>T[. Mais à la réflexion, j'ai compris 
que le mot ctoçoç n'était pas, en lui-même, assez élogieux pour motiver cette res- 
triction, et, de plus, la phrase suivante ne se trouvait plus assez justifiée. 

4 Noter la nuance de mépris dans Tzo\.-t\xr& : Jésus est un thaumaturge • profes- 
sionnel » ; le lecteur qui comprend à demi-mot sous-entend qu'il s'agit d'un simple 
poète. 



JOSÈPHE SUR JÉSUS 11 

raient l'adhésion de Josèphe à la vérité de l'enseignement de Jé- 
sus. Mais leur suppression pure et simple, proposée par de nom- 
breux critiques, ne saurait nous satisfaire : on n'aperçoit pas, en 
effet, quel motif le faussaire aurait eu de les insérer. De plus, ils 
sont parfaitement conformes à la phraséologie de Josèphe, qui 
écrit ailleurs, à propos de la prédication de Juda le Gaulonite et 
de Zadoc le Pharisien : xai tjSov^i yàp tyjv àxpoasiv wv Xéyotev 18e- 
yowo ol àvôpcrtTCoi 1 . Enfin, Josèphe ayant parlé des miracles 
de Jésus, a dû nécessairement mentionner l'autre face de son acti- 
vité, son enseignement doctrinal. Seulement, étant données ses 
convictions religieuses, il n'a pas pu donner son approbation à 
cet enseignement ; tout au plus a-t-il dû en signaler l'originalité. 
Aussi accepté-je volontiers l'excellente conjecture rà xaivà osyo- 
jxsvcov qui m'est proposée par M. Weil : le goût naturel du peuple 
pour la nouveauté explique suffisamment, aux yeux de Josèphe, 
le succès de la prédication de Jésus. L'interpolateur a trouvé, non 
sans raison, que cet éloge sentait la satire ; pour le mettre en 
harmonie avec ses propres convictions, il s'est contenté de rem- 
placer xà xaivà par Tvlrfy\, la « nouveauté » par la « vérité ». 
Peut-être, comme on l'a suggéré, s'inspirait-il, dans cette leçon, 
d'un verset bien connu de l'Evangile selon saint Jean 2 . 

xocï 7ioXXoùç [xàv 'IouSatouç, tzoXXouç 0£ xa! TOU 'EXXïjvtxou £7r"^yày£To]. 

Aucune phrase ne porte plus nettement la marque de fabrique de 
Josèphe ; j'ai déjà signalé l'importance du verbe sTtyiyiyzxxi i pelli- 
cere, comme un des vestiges les plus caractéristiques du ton hos- 
tile de la rédaction primitive. Nous verrons plus loin la portée 
historique de cette phrase. 

o Xptaxbç outoç tJv]. Ici encore il est aussi impossible de conser- 
ver la phrase que de la supprimer purement et simplement. Dans 
le premier cas, on se heurte au témoignage décisif d'Origène et 
l'on impose à Josèphe une véritable profession de foi chrétienne ; 
dans le second, on lui attribue gratuitement une omission impar- 
donnable et on laisse sans explication possible les mots tûv Xpicr- 
tiavwv kno xo'uSe wvojjLaffjiivwv qui se lisent plus loin. Comme le dit 
spirituellement G. A. Mùller, que penserait-on d'un historien qui 
nous apprendrait que le bonapartisme tire son nom de Napoléon, 
sans ajouter que le nom de famille de celui-ci était Bonaparte? Il 
n'est donc pas douteux que la phrase apocryphe n'ait pris la place 
d'un membre à peu près ainsi conçu : « c'est ce Jésus qui était 
appelé (ou surnommé) Christ ». 

* Ant.jud., XVIII, §6. 

2 Jean, xyiii, 37 : ttocç ô wv sx T7jç àX/jOeiàç àxouei [/.ou Tyj; çtovyjç. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pour rétablir un texte acceptable, il suffit de remplacer ou de 
compléter le verbe r,v, et Ton a le choix entre de nombreux 
équivalents : 6 Xsyoïxsvoç — rjv (Mùller, comme dans le texte 
sur saint Jacques), 6 èTcixaXoufxevoç (comme dans le passage sur 
Jean Baptiste), IXéyexo, àvo^àÇe™, etc. l . En rapportant que Jésus 
était surnommé Christ, Josèphe ne fait qu'énoncer froidement 
un fait exact, en fidèle chroniqueur ; il ne se prononce pas sur 
la justesse de cette appellation et l'on devine assez ce qu'il devait 
en penser. Mais l'interpolateur chrétien a été choqué de cette 
froideur qui, à ses yeux prévenus, impliquait la raillerie ; il s'est 
empressé de ramener Josèphe dans le giron de l'Eglise en suppri- 
mant le fâcheux participe ou en remplaçant le verbe sceptique par 
l'affirmatif ïjv, « il était le Christ ! » Toutefois, même ainsi corrigée, 
cette courte phrase hachée n'est ni à sa place, ni conforme aux 
habitudes de style de Josèphe. Il est plus probable, comme l'a vu 
Gutschmid, que les mots 6 Xeyd|/.evoç Xpia-roç se trouvaient à l'ori- 
gine immédiatement après la première mention de Jésus ; l'an- 
notateur chrétien indigné aura écrit en marge 6 Xpiaxôç oZ-oç yjv ! et 
ces mots, insérés ensuite un peu au hasard, après la première fin 
de phrase, ont amené par contre-coup l'expulsion du membre au- 
thentique qu'ils critiquaient. De pareils chasses-croisés sont très 
communs en paléographie. 

xod aùxov IvBet^ei xwv 7rpojxo3v àvopwv Trap' tjjjuv cTaupok sTriTETijxTjXÔTOç 

ILXctTou]. Aucune objection ne saurait être élevée contre cette 
phrase - ; j'en examinerai plus loin les conséquences historiques. 

oùx £7raùcavTo oi xb 7tpwxov àyaTryjcravTEç]. La phrase cloche (l'inser- 
tion de aùxdv étant mal autorisée) et àyonrqravTeç est spécifiquement 
chrétien. Gutschmid propose Bi'aûxou Knonvflévteç (trompés par lui). 
C'est une conjecture extrêmement ingénieuse, paléographique- 
ment très séduisante; mais je trouve 8t' ocùtoîî inutile. 

êcpàvT) yàp aùxoTç TpiTijV lycov ^aspav 7tàXtv £<5v, tûv ôeuov TrpoçirjTtDV 
raurà T£ xaï àXXa puipia 6au;j.à<7ia 7rspl aù-rou eîprjXOTwv]. Malgré les efforts 

de G. A. Mùller pour découvrir sous ces mots les traces d'un texte 
primitif (où Josèphe aurait simplement dit que Jésus passait pour 
avoir été revu vivant trois jours après sa mort), je crois que la 
phrase doit être entièrement retranchée. Je ne puis admettre que 
Josèphe ait fait au christianisme une concession aussi grave que 
de mentionner, même à titre don-dit, la miraculeuse apparition 
qui est devenue un des articles de foi et comme la pierre angu- 

1 èvo(JLtÇeTO (Funk) serait équivoque, mais trouve un point d'appui dans la traduc- 
tion de saint Jérôme (Histoire ecclésiastique d'Eusèbe) : et credebatur etiam Christ us... 

8 On ne comprend pas que Niese soit choqué par naç,' y]u.ïv et réclame uapà 'Iou- 
ôai'oiç. Lui-même cite des analogies décisives (Ant. y I, 4 ; XX, 259). 



JOSEPHE SUR JÉSUS 13 

laire de la croyance nouvelle. D'autre part, précisément à cause 
de l'importance dogmatique de cet épisode, on comprend que l'in- 
terpolateur ait voulu à toute force lui faire place dans le récit de 
Josèphe, qui sans cela lui paraissait incomplet et incolore ; aussi 
l'a-t-il assez habilement rattaché au contexte par l'insertion du 
mot yàp : l'apparition du Christ ressuscité explique la fidélité de 
ses disciples. Mais cette fidélité, attestée par Josèphe dans la 
phrase précédente, n'avait pas besoin, pour l'historien rationaliste, 
d'être justifiée par une raison surnaturelle; elle était simplement 
la conséquence de la vive et durable impression qu'avaient faite 
sur les esprits la personne de Jésus, sa prédication, ses miracles. 
Et si on lit le texte en sautant la phrase incriminée, loin d'éprou- 
ver le sentiment d'une lacune, on reconnaîtra que les mots elaéxi 
ts vuv, etc., avec la faible copule te, se rattachent bien plus natu- 
rellement à la phrase oùx £7iau<7avTo...que lorsqu'ils en sont séparés 
par la longue parenthèse sur la résurrection et les prophéties. Ceci 
est donc un cas où la chirurgie doit être préférée à la médecine. 

EÎffÉTl T£ VUV TWV XpiffTlOCVtOV 7.TZ0 TOUÔS OJV0[Jiaa[J!.£VOV OUX £7T£Xl7r£ TO 

cpuXov]. Le fait énoncé offrait pour les lecteurs de Josèphe un inté- 
rêt historique 1 ; il achevait de motiver le paragraphe assez long 
qu'il a consacré au « faux prophète » Jésus ; de plus, le mot cpuXov, 
comme on peut s'en assurer en parcourant le Thésaurus, a pres- 
que toujours en prose un sens péjoratif. La phrase est donc inat- 
taquable ; elle doit être maintenue intégralement. 

Sous le bénéfice de ces observations, voici comment je propose 
de restituer et de traduire dans son ensemble le texte primitif de 
Josèphe sur Jésus de Nazareth : 

riverai os. xaxà tûvtov tov jçpovov 'Ir,«70uç, o X£yojx£voç Xpicrxoç, no-^oc, 
avr,o (iqv yàp 7capaod£tov 'épyiov tcoitjtVJç) , otoy.dxaXoç avOpcoTcoov tiov tjBovtji 
xà xoavà 0£^o k a.£ vcov xal izoXkolx; pt-sv 'IouSaiouç, TroXXoùç o£ xai tov 

'EXXtjVIXOU £7TY|Y^Y£^0. Rat OtUTOV £VO£lcJ£l TWV TtpcOTCOV OCVOplOV TCOCp' 7){JL?V 

erraupôi £7nT£Ti(j.Y|xdT0ç ILXàxou , oùx £7rau(7avTO 01 to 7rpcoxov àya7riQ- 

CaVTEÇ (OU : à7iaTY)Ô£VT£ç), £t(7£TC T£ VUV TWV XptffTtaVOJV OLTZO TOUO£ OJVO- 
{/.a<7[/.£VC0V OÙX £7l£Xl7l£ TO 0»uXoV. 

Vers cette époque apparut Jésus, dit le Christ, habile homme (car 
c'était un faiseur de miracles), qui prêchait aux hommes avides 
de nouveautés ; et il séduisit beaucoup db Juifs et aussi beaucoup 
d'Hellènes. Bien que Pilate, sur la dénonciation des premiers d'entre 
nous, l'eût condamné à la croix, ceux qui l'avaient aimé au début 

1 On sait que c'est à Anliocho que les sectateurs de la foi nouvelle commencèrent 
à êire nommés chrétiens (Actes, xi, 26). 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

[ou : ceux qu'il avait trompés au début) ne cessèrent pas de lui être 
attachés, et aujourd'hui encore subsiste la secte qui, de lui, a pris 
le nom de Chrétiens. 



IV 



Débarrassé de ses scories, réduit aux simples termes qu'on vient 
de lire, le texte de Josèphe sur Jésus n'est certes plus le document 
capital, le témoignage glorieux qu'en avait fait l'exégèse ortho- 
doxe; mais c'est aller beaucoup trop loin que de n'y voir avec 
Schùrer qu'une « couple de phrases insignifiantes» (ein paar 
nichtssagende Phrasen), qui ne méritent pas un quart d'heure 
de peine. En réalité, ce texte, outre la confirmation opportune 
qu'il apporte à l'ensemble de la tradition évangélique, contient 
deux renseignements ou, si l'on veut, pose deux problèmes de la 
plus haute importance : 

1° D'après Josèphe, Jésus n'a pas seulement porté aux Juifs la 
parole nouvelle, il a aussi « séduit beaucoup d'Hellènes ». Les 
Évangiles ne rapportent rien de pareil. Le théâtre de l'activité de 
Jésus, c'est la Galilée et la Judée, à l'exclusion des villes grecques. 
C'est à grand peine qu'on est parvenu à extraire de deux cha- 
pitres obscurs de Mathieu et de Marc * le souvenir confus d'un 
voyage de Jésus enPhénicie, ou sur les frontières de ce pays; mais, 
sauf un miracle insignifiant et accompli en quelque sorte à contre- 
cœur, il n'y aurait rien fait de remarquable: pas un mot n'indique 
qu'il y ait cherché ou obtenu des conversions, et il dit même en 
propres termes à la femme cananéenne venue pour invoquer son 
secours d'exorciseur : « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues 
de la maison d'Israël 2 . » Ce fut assez longtemps après la mort de 
Jésus que l'apôtre Pierre se décida le premier à porter l'évangile 
et le baptême à quelques gentils de Césarée; le récit très circons- 
tancié des Actes des apôtres 3 nous fait connaître les hésitations 
qu'il éprouva avant de prendre cette grave initiative, la vive oppo- 
sition qu'elle rencontra parmi les « frères circoncis » : c'était 
donc une innovation qui ne pouvait se prévaloir de l'exemple du 
Maître, qu'autrement Pierre n'aurait pas manqué d'invoquer. 

1 Mathieu, xv, 21-31 ; Marc, vu, 24-37. 

2 Mathieu,| xv, 24. Cf. Marc, vu, 27 : Laisse premièrement rassasier les enfants 
(c'est-à-dire occupons-nous d'abord des Israélites). L'épisode de la Samaritaine (que 
Gutschmid paraît avoir en vue quand il parle d'une conversion de païen dans PJÈ- 
van^ile de Jean) n'a rien à voir ici. 

3 Actes, ch. x et xi. 



JOSEPHE SUR JESUS lo 

Un peu plus tard, quelques-uns des disciples qui avaient été 
chassés de Jérusalem après le martyre d'Etienne et qui étaient 
originaires de Cypre et de Gyrène, « étant entrés dans Antioche 
(de Syrie), parlèrent aux Grecs, leur annonçant le Seigneur Jésus » 
et en convertirent un grand nombre 1 . Bientôt après, à Antioche 
dePisidie, à Iconium, Paul et Barnabe, dégoûtés de l'incrédulité 
des Juifs, entrèrent plus hardiment dans cette voie 2 . A la suite des 
nombreuses conversions opérées dans leur campagne, la déci- 
sion du « synode » de Jérusalem dispensa les prosélytes d'origine 
païenne, de la circoncision et de l'observation des lois rituelles 
israélites 3 ; parla, les dernières barrières étaient abattues, et le 
christianisme, détourné de son lit primitif, put se répandre libre- 
ment dans la société hellénique. Saint Paul garde devant l'his- 
toire le surnom « d'apôtre des gentils », quoique l'honneur in- 
contestable de la première conversion païenne revienne à saint 
Pierre. — Il résulte de ce bref exposé que Josèphe, en attribuant 
à Jésus la « séduction », c'est-à-dire la conversion, de beaucoup de 
Grecs, ou bien a commis un anachronisme (assez excusable à la 
distance où il se trouvait des événements), ou bien nous a révélé 
tout un côté de l'activité de Jésus volontairement dissimulé par les 
évangélistes. De ces deux explications c'est la première qui me 
paraît préférable. Et, en effet, Luc, qui, en sa qualité de compagnon 
de saint Paul, était un partisan décidé de la propagande parmi les 
gentils, n'aurait pas manqué, dans son Evangile, de rappeler au 
moins en quelques mots les efforts et les succès de Jésus dans ce 
sens si la tradition lui en avait fourni le moindre indice ; son silence 
prouve que, tout au contraire, dans les milieux bien informés, il 
était de notoriété publique que Jésus avait limité sa mission aux 
seules « brebis d'Israël ». 

2° Le récit des Evangiles sur le procès de Jésus est d'une extrême 
confusion, qui tient au désir politique des rédacteurs d'innocenter 
le plus possible le gouverneur romain et de charger le sanhédrin 
juif 4 . Gomme il était cependant notoire que la condamnation à 
mort, d'après les lois existantes, n'avait pu être prononcée que par 
le gouverneur 5 , les évangélistes se tirent d'embarras en faisant 



1 Actes, xi, 20-21. 

2 Actes, xiii, 46 suiv. ; xiv, 1 suiv. 

3 Actes, ch. xv. Encore voyons-nous Paul obliger Timothée de se circoncire t à 
cause des Juifs qui étaient en ces lieux-là > (à Lystre) (xvi,3)et Pierre, quoique vivant 
comme les gentils, obligeant les gentils à Antioche de judaïser, ce qui lui valut les 
reproches de Paul (Ep. aux Galates, n, 11 suiv.). 

* Il fallait que les Évangiles pussent circuler librement dans le monde gréco- 
romain. 
5 Voir les textes réunis par Schûrer, I, 389 suiv. 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

jouer à Pilate le rôle d'un pacha débonnaire, mais faible, personnel- 
lement disposé à la clémence, mais n'osant pas résister à la pression 
de la foule, et, finalement, s'en remettant de la décision suprême 
« à la voix du peuple • ». Une pareille attitude, tout à fait étrangère 
aux traditions de l'administration romaine, est, par surcroit, ab- 
solument contraire au caractère bien connu de Pilate. Philon et 
Josèphe s'accordent à nous le représenter comme une nature em- 
portée, despotique, complètement dénuée d'égards pour les senti- 
ments religieux de ses administrés et versant leur sang sans le 
moindre scrupule ; sa conduite dans les deux fameuses affaires des 
étendards et de l'aqueduc, la vigueur brutale avec laquelle il 
étouffa le mouvement du prophète samaritain, ne laissent aucun 
doute sur le caractère féroce et arbitraire de ce personnage, qui 
finit par être rappelé à Rome pour répondre de ses excès de pou- 
voir. Il est donc moralement certain que si Pilate a prononcé contre 
Jésus la peine capitale, ce n'a pas été pour donner satisfaction aux 
criailleries des Juifs, mais pour châtier une offense commise envers 
la majesté ou la sécurité de l'empire. En fait, même les récits ar- 
rangés des Evangiles laissent entrevoir que le véritable motif, l'u- 
nique moi\( légal de ia condamnation, fut l'usurpation, par Jésus, 
du titre de «roi des Juifs ». Quel fut maintenant le rôle des « chefs 
des Juifs » dans cette procédure ? A en croire les Evangiles, il y 
aurait eu un premier procès, purement religieux, engagé devant le 
petit sanhédrin, où Jésus aurait été reconnu coupable de blas- 
phème et de séduction d'après les lois juives; la peine était la mort, 
mais, comme le sanhédrin n'avait pas le droit de l'exécuter, il 
livra le condamné au « bras séculier ». Pour réduire ce récita sa 
juste valeur, il suffit de rappeler que, d'après la charte adminis- 
trative de la Judée, la convocation même du sanhédrin, pour 
juger une affaire criminelle, ne pouvait avoir lieu qu'après l'auto- 
risation expresse du procurateur 2 : or, aucune autorisation de ce 
genre n'est mentionnée dans le cas de Jésus ; si elle avait été 
demandée, très certainement, étant donné le caractère jaloux de 
Pilate, il l'eût refusée. 

Le texte des Antiquités, dans sa clarté laconique, dissipe l'é- 
quivoque et nous donne le mot de l'énigme. Jésus fut condamné 
par Pilate, sur la dénonciation (sv&ei&ç) des notables Juifs; ceux- 

1 Mathieu, xxvn; Marc, xv ; Luc, xxm ; Jean, xvm. L'incohérence et les contra- 
dictions de ces récits prouvent qu'ils sont dénués, dans le détail, de tout fondement 
historique. 

2 Josèphe, Ant., xx, 9, 1, § 202 Niese (après le supplice de Jacques et autres^ 
tivèç... tùh 'AXSivtoi (le nouveau procurateur) u7ravuocÇoucriv ...xat ôt3à<7xo<j<xtv wç oùx 
èÇôv y)v 'Avâvooi /a>pi; ttjç èxeivov yva)p,ri; xa6î?ai avvéôpiov. Ce texte n'a pas été bien 
apprécié par Schiirer, II, 160. 



JOSEPHE SUR JESUS 17 

ci jouèrent le rôle d'accusateurs, peut-être de témoins, mais non 
pas de juges, même en première instance, et la réunion « de sacri- 
ficateurs, de conseillers et de scribes » qui décida de le traîner 
devant Pilate ne doit pas être considérée comme un tribunal régu- 
lier, mais comme un simple conciliabule. Sûrement aussi, ces accu- 
sateurs improvisés se gardèrent d'invoquer devant le gouverneur 
romain les griefs religieux pour lesquels il avait montré jusqu'alors 
si peu de sollicitude : ces griefs étaient les raisons de derrière la 
tête qui motivèrent leur intervention, mais c'est comme pertur- 
bateur de l'ordre public, comme aspirant à la couronne de Juda 
qu'ils « dénoncèrent » Jésus ; ce fut à ce titre que Pilate, agissant 
dans le libre exercice de sa juridiction souveraine, condamna le 
prophète de Nazareth et lui infligea le supplice exclusivement 
romain de la croix avec l'écriteau dérisoire qui rappelait le motif 
de sa condamnation. Pilate a eu beau se laver les mains : c'est sur 
elles, sur elles seules, que le sang versé, comme dans Macbeth, a 
laissé sa trace ineffaçable. 

Chose curieuse : non seulement la tradition chrétienne a fait au 
judaïsme un crime irrémissible d'un supplice qu'il n'a jamais or- 
donné, mais la libre pensée elle-même, par la plume de Renan, a 
vu dans l'exécution de Jésus « le crime de tout un peuple », mais 
les Juifs eux-mêmes, à trois ou quatre siècles de l'événement, ont eu 
l'imprudence d'accepter la responsabilité de ce prétendu forfait et 
presque de s'en vanter! Le Talmud, dans une page qui n'a qu'un 
intérêt anecdotique, et que Graetz n'aurait jamais dû prendre au 
sérieux, raconte comment deux témoins, ingénieusement apostés, 
surprirent les blasphèmes du «faux prophète », et comment, sur 
leur dénonciation et conformément à la loi mosaïque, il fut con- 
damné par le sanhédrin à la lapidation ! Ce dernier détail, à lui seul, 
suffit à révéler la tendance et la valeur de ce récit : la lapidation 
était, en effet, la' peine religieuse, la peine juive par excellence, 
celle qui fut infligée sans jugement au premier martyr chrétien 
Etienne, judiciairement, mais illégalement, à Jacques, frère de 
Jésus. Mais en ce qui concerne Jésus lui-même, les témoignages 
concordants des Evangiles et de Josèphe nous apprennent que la 
peine fut la croix, supplice fréquent dans la législation romaine, 
absolument étranger à la législation juive. Du caractère de la 
peine on peut déduire avec sûreté le motif de la condamnation et 
la nature du tribunal qui la prononça. 

C'est un vieil adage du droit et du bon sens que même l'aveu ne 
saurait prévaloir contre l'unanimité des témoignages ; à plus forte 
raison les tardives inventions du Talmud ne sauraient-elles égarer 
le jugement impartial de l'historien. Jésus a été frappé par une 

T. XXXV, n° 69. 2 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

loi inexorable, barbare si Ton veut, mais formelle, et pour un 
fait qu'il a tacitement avoué. Le judaïsme expie depuis près de 
seize siècles, par des humiliations quotidiennes et des persécutions 
incessantes, un prétendu crime qu'il n'a pas commis, qu'il n'aurait 
pas même pu commettre. Ce n'est donc pas le supplice volontaire 
de Jésus, c'est le long martyre d'Israël qui constitue la plus grande 
erreur judiciaire de l'histoire. Il serait peut-être temps d'en finir 
avec cette vieille légende et cette vieille iniquité. 

Théodore Reinach. 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH 

ET SON OUVRAGE 



l'auteur. 

Les anciens écrivains hébreux ne se nomment pas dans leurs 
ouvrages : la littérature était chose impersonnelle. Les titres des 
livres prophétiques et de quelques autres livres bibliques ne sont 
pas des auteurs de ces livres, mais de ceux qui les ont colligés. 
Quant aux titres des ouvrages historiques de la Bible, sous leur 
forme actuelle, ils n'ont rien à voir avec le nom de ceux qui les 
ont écrits. Les données traditionnelles sur leur composition ne se 
sont établies que dans la suite des temps. Elles sont, du moins en 
partie, le produit de la réflexion, et non le résultat de traditions 
anciennes et ininterrompues ». L'Ecclésiastique est le premier ou- 
vrage hébreu dont l'auteur se nomme (à la fin de son ouvrage, 
l, 27). Cette particularité ainsi que le style porteraient à faire 
supposer que Jésus ben Sirach ne s'était pas borné à « la lecture 
de la Loi, des Prophètes et des autres livres de nos aïeux », mais 
connaissait aussi la littérature grecque. 

Il se nomme, l, 27 : 'Itjtouç ôcbç Seipà^ 'IepoffoXuiM'nqç. La plupart 
des mss. (A, B, S) portent aussi Eléazar. Un autre ajoute encore : 
« le prêtre ». C'est sur ce témoignage que s'appuie Zunz pour 
appeler l'auteur : Josué ben Sira benEliézer (Gottesd. Vortraege, 
100). La traduction syriaque porte : Josua bar Siméon Asira 2 . 
Fritzsche dit que cette appellation est le résultat d'une combinaison 
postérieure. Cependant, comme Saadia (Se fer Haggalouy) dit : 
trbuftn *idd *nn &mo p w6a p 3>t©i p ïwata, « Simon, fils # de 

1 Voir notre ouvrage : Zur Einleitung in die heilige Sehrift, p. 31. 
* Fritzsehe, Handbuch zu den Apokryphen, Leipzig, 1859, p. 10. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jésus, fils d'Éliézer Ben Sira, a composé le livre des Sentences », 
on sera obligé d'admettre avec M. Harkavy (Studien imà Mit- 
theilungen, V, 200), qui corrige fort judicieusement ces mots en 
ÏW© "p 3W*, « Jésus, fils de Simon », que les deux traditions, 
celle du grec et celle du syriaque, se complètent mutuellement: 
elles nous apprennent que le père de Jésus s'appelait Simon et 
son grand -père Eliézer, tandis que Ben Sira était le nom de 
famille. Ben Sira doit être une appellation du genre de celle de 
Bene Hezir (voir Chwolson, Corpus inscr. hëbr., p. 65), ou 
de Bene Haschmonaï. L'accord de tous les mss. grecs à ne pas 
citer le nom d'Eléazar ne peut être invoqué contre l'authen- 
ticité de ce nom, car il est plus naturel d'admettre l'omission 
que l'addition de ce nom d'Eléazar dans trois mss., au cas où il 
n'aurait pas existé dans l'original hébreu. C'était la tendance gé- 
nérale d'abréger les noms. Ainsi, la tradition juive ne parle que de 
Ben Sira, sans nommer une seule fois Ieschoua. De même pour le 
livre d'Ezra, qui n'est appelé "EÇpaç b Upeuç que dans l'Alexandrinus, 
titre qui doit cependant être une vieille expression hébraïque, car 
elle se retrouve aussi chez Ben Ascher (60), frph anî* ^dd l . Quant 
à la véracité de la tradition de Saadia, elle est confirmée par le 
fait que, d'accord avec saint Jérôme, il appelle le livre de Sirach 
tpViûtt. Une autre preuve en faveur de l'authenticité du nom 
d'Eléazar se trouve dans le renseignement, donné par Saadia, 
qu'Eléazar ben Irai a composé un ïixftn hdd. Nous reviendrons 
sur ce point. 



NOM DE L OUVRAGE. 



Les livres bibliques tirent leur nom soit du contenu principal, 
soit du contenu initial. Selon toute vraisemblance, ces noms ne 
proviennent pas de l'auteur. Il est donc probable que ce n'est 
pas Ben Sira lui-même qui a donné un titre à son livre. Gomme 
on sait, il existe de ce livre deux titres traditionnels : Sagesse, 
cocpta, et Sentences (parabolœ). Le premier est celui que portent 
les manuscrits, le second est attesté par saint Jérôme comme 
étant le titre usité chez les Juifs. Le nom d'Ecclésiastique n'a été 
donné au livre par l'Église latine qu'à une époque relativement 
récente. En hébreu, ces titres seraient riftsn itt et trbwiBD. Le 

1 

1 Cf. ZurEinleitimff, p. 38, où cette hypothèse a été émise au sujet de l'Ezra du 
canon biblique avant que Nestlé, dans ses Marginalien und Ifaterialien, p. 3 : i, eût 
prouvé elfectivement que le livre canonique d'Ezra s'appelle aussi "EÇpa; 6 ïepeû;. 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 21 

premier est emprunté au commencement de l'ouvrage, qui con- 
tient un éloge de la sagesse ; le second répond au contenu géné- 
ral *. On ne peut guère douter de l'origine hébraïque du titre 
« Sagesse», quoique Jésus ben Sirach n'ait pas pu donner lui- 
même à son ouvrage ce titre trop prétentieux. Peut-être existe- 
t-il encore une trace de cette dénomination dans le Talmud (j. 
Sota, vers la fin, 24 c), où il est dit : ïflawti Itt îwa "ïï^bN '"> nMfc, 
« après la mort de R. Eliézer fut enfoui le livre de la Sagesse ». 
R. Eliézer était en relation avec des judéo-chrétiens, lesquels 
tenaient en haute estime les apocryphes, et était accusé de chris- 
tianiser (mrttb Dôrû, Aboda Zara, 17 a). Sa maxime 2 rappelle 
Sirach, v, 7. L'expression ti^snïi "idd tws vise la science en géné- 
ral, comme l'explique Raschi, Sota, 49 b (où il y a la variante 
n"o TW5 w^ba m nfciafc) 3 . La Tosefta a bien senti que «M ne 
convient pas ici, et elle dit [Sol a, xv, 3) î-mn iso baa. On peut 
donner la préférence à la version de la Tosefta combinée avec 
celle du Talmud babylonien, par considération pour Sanh., 101a 
et 68 a, sans affaiblir par là la preuve que le Talmud fait allusion 
au livre de la Sagesse de Sirach, car il ne peut y être question 
d'un autre ouvrage. Les écrits de cette nature étaient appelés 
ira^n. Ainsi, Simon ben Menasia (Tosefta Yadayirn, n, 13) dit : 
« Kohélet ne souille pas les mains, parce que c'est simplement 
l'œuvre de la sagesse de Salomon » M^buD biû "inïïsritt a^i-na "^sio 4 . 
Immédiatement avant, il est dit au sujet de îtpo p et des i^dd 
tWtt qu'ils ne souillent pas les mains. La traduction syriaque, elle 
aussi, nomme le livre d'abord « livre de Ben Sira » et seulement 
en seconde ligne « livre de la Sagesse » 5 . 

Le nom général de l'Ecclésiastique était trbtûtt *idû (saint Jérôme, 
Introduction aux Proverbes). Cette dénomination est attestée par 
les citations faites d'après Sirach avec la formule introductive 

1 Même dans le Talmud on trouve encore des dénominations des livres bibliques 
d'après le contenu (Zur Einleitung, 39 et s.]. Les sections et les traités de la 
Mischna ont des noms désignant le contenu principal, comme, par exemple, D^3>*")T, 
*iyifà, m^lD, Z~Q1D. M. Derenbourg a eu tort, croyons-nous, d'essayer de dé- 
montrer que les noms adoptés pour les sections de la Mischna sont empruntés aux 
mots du début (Bévue, 111, 205 et s.). 

2 Abot, II, et non Sckabbat, 153 a, comme le cite M. Neubauer, p. xx, 2-5. 
a Peut-être n'O (ÏT*ïin 1DD) provient-il de n"D (HÏÏSn 1DO). 

4 Ce passage montre pourquoi Sirach est compté parmi les apocryphes. On ne 
considérait comme canoniques que les livres qui pouvaient passer comme inspirés 
par Dieu, IDlpïl 11113' Gomme Sirach a donné son nom, on savait qu'il avait vécu 
après l'époque des prophètes et, en conséquence, son livre ne pouvait être considéré 
que comme ïlTJ^tT 

5 &TPON nahi nnwsri aarù in anpnio*! îcton tubib -n smû^ eorû 

Le titre arabe provient d'une époque postérieure (Horovitz, Das Buch Jésus Sirach, 
p. 12). 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bœtt (Exode rabba, ch. xxi, chez Cowley et Neubauer, n° LIV) 
et Nbntt, Nombres rabba, ch. xxm (G. N., n° X) 1 . L'exemple cité 
montre combien cette formule introductive était usuelle, car, au 
lieu de abnft, il y a dans Lévit. rabba, ch. xxn, ■p'itt» tin^^ûi 
« les gens disent », et Genèse rabba, ch. xxn, f^a *p^a )12T) 1» 
« c'est pourquoi on dit ». De même, un manuscrit ù'Abot de R. 
Nathan, ch. xxiv (Schechter, l re version, page *78 en haut), au 
lieu de ifcÉttiD, porte "yok abntt "pi « de même le proverbe dit ». La 
dénomination trbiDtt -idd est encore attestée par Saadia, qui a eu 
le livre original sous les yeux (Harkavy, Studien and Mitthei- 
lungen, V, 200 et s.). On pourrait se demander si dans Guittin, 
35 a, où il est dit : mbiûfctti ava Iddi m» ïrb^n *©d, le mot 
mbttJfctti, que M. Berliner [Beitràge zur hebraïschen Grammaixh 
in Talmud u. Midrasch, p. 11) prend pour une faute de copiste 
au lieu de mbttifc 'bï, ne désignait pas Sirach. Brùll (Jahrbûcher, 
II, 152 et s.) a vu dans mbiûfcton un livre de fables*. On pourrait 
avec plus de raison y trouver les proverbes de Sirach, ce livre 
étant, d'après le témoignage de saint Jérôme, contenu, dans l'ori- 
ginal hébreu, dans le môme volume que le Cantique et TEcclésiaste, 
c'est-à-dire avec les Hagiographes. Du reste, ce livre se trouve 
encore dans la Bible grecque après les écrits dé Salomon, qui sont 
précédés de Job et des Psaumes. Ce point reste en litige, mais 
nous pouvons considérer comme acquis que depuis l'époque la 
plus reculée jusqu'à Saadia, l'Ecclésiastique était connu sous trois 
noms : !-ftDn *idd, n^o p ^dd et ù^bra 'o. 



DIVERSES RECENSIONS DE L OUVRAGE. 



Dans un livre beaucoup lu comme celui de Ben Sira, les variantes 
de texte sont naturelles. On en trouve un nombre considérable 
dans la version grecque et dans la traduction syriaque, dans les 
citations de la tradition juive et dans les gloses marginales du ma- 
nuscrit hébreu récemment découvert. Seulement il faut se garder 
de considérer comme des citations et, par conséquent, comme des 
variantes, les sentences qui ont quelque ressemblance avec celles 
de Ben Sira. Je considère, en effet, comme telles les numéros 2, 3, 
5, 6, 12, 13, 14, 15, 18, 29, 30, 33, 34, 44, 45, 47, 50, 52, 53, 56 et 

1 Cette indication manque chez G.-N., n* X, et aussi chez Schechter, /. Q. R., 
III, 703, note 81. Il y a yn£N Nbnft, « ou dit proverbialement ». 
1 Cf. Zur EinUitung, 37, note 2. 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 23 

58 * de la liste de citations réunies par MM. Cowley et Neubauer. 
Ces réminiscences attestent seulement la popularité du livre de la 
Sagesse. Il est évident que Rab a émis beaucoup de maximes sous 
l'influence des maximes de Sirach, dont il cite des phrases entières 
sans en indiquer la provenance (n os 27 et 39). 11 est donc tout à fait 
certain que sa maxime : « qui compte sur la table de son prochain » 
(Beça, 32 b) est une réminiscence de Sirach, xl, 29. Au lieu de la 
Baraïta, il vaut donc mieux citer Rab dans le n° 60. Pour le 
même motif, la citation du n° 14, n"n bu5 ■pVifi nmi), qui rappelle 
Sir., vin, 8, mais d'assez loin, n'est qu'un souvenir de Sirach. 
Dans beaucoup d'autres cas, où il n'est même pas possible de 
faire valoir le même argument en faveur d'une influence de 
Sirach, l'analogie, très faible, est fortuite 2 . Ces citations ne peu- 
vent donc être invoquées dans aucune question concernant le 
texte. En laissant de côté ces passages parallèles et en défal- 
quant les sept citations de Saadia, il reste environ vingt citations 
de la tradition juive qui concordent vraiment avec le texte reçu 
de l'Ecclésiastique. Les rares citations divergentes permettent de 
conclure qu'il y avait en Babylonie un texte de Sirach ayant une 
forme particulière. Un passage décisif sur ce point se trouve dans 
Sanhédrin, 100 &, où, à côté de citations authentiques de Sirach, 
on en rapporte aussi qui sont nettement en opposition avec l'es- 
prit du livre de la Sagesse et qui, par suite, n'ont pu s'y trouver 
primitivement. Les Amoraïm babyloniens Joseph et Abaï (pre- 
mière moitié du iv e siècle) avaient donc un exemplaire hébreu de 
Sirach enrichi d'additions araméennes. La Baraïta Kalla (éd. 
Koronel, 7&; cf. Schechter, /. Q. R., III, 696) cite un livre de 
Sirach de ce genre, et celui-ci avait subi encore un remaniement 
postérieur, puisque ces phrases araméennes sont écrites, en par- 
tie, en prose rimée. Le passage de Nidda, 16 1) (n° 35), semble aussi 
témoigner de l'existence d'un pareil livre de Sirach, tandis que le 
n° X peut être une pensée de Sirach citée dans un sermon araméen 3 . 
Il est donc avéré que, du moins à partir de la seconde moitié du 
in e siècle, il y avait des exemplaires de Sirach avec des addi- 

1 Qu'on compare ensuite les n OÏ 30, 34 et le n° 50. Le n° 11 est douteux. Cf. Mo- 
natsschrift, XLI, 68. — Le n° 42 est indiqué inexactement ; il faut lire Yalkout, Job, 
§501, Lév., § 460. 

1 De même, la maxime 'p^b'E "JTI^UÎ de l'Alphabet de Ben Sira ne doit pas 
venir de Sirach, le nombre 60, qui joue un rôle important daus le système de nu- 
mération des Babyloniens, indiquant ici une origine babylonienne. 

* Un exemple intéressant de la fusion des diverses versions d'une phrase, comme 
il s'en trouve beaucoup dans les traductions grecques et araméennes de la Bible, 
nous est offert par le n° 1. Des deux hémistiches de Sir., ni, 21, il en est fait quatre 
dans Haguiga, 13 a, et Genèse rabba, ch. vm, tandis que le verset final est resté sans 
changement dans les quatre sources. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lions l . Naturellement, les additions à un livre aussi populaire, dont 
l'intégralité n'était pas protégée par le caractère canonique, se 
multiplièrent dans le cours des siècles, si bien que finalement, il se 
forma un livre tout différent de l'original. Le livre que Saadia 
cite sous le titre de t-ft^n nso comme ayant été composé par 
•n^ p wbK (Harkavy, l. c, 203-205) était un exemplaire de ce 
genre. Le titre de cet ouvrage (î-ftDn = croçia) ainsi que le nom de 
l'auteur sont des arguments en faveur de cette hypothèse. En 
effet, Eléazar ben Irai ne peut pas être cet Eléazar qui, dans le 
Talmud, cite de nombreuses maximes de Sirach, comme M. Har- 
kavy l'a cru, car l'amora Eléazar est Eléazar ben Pedat. Il n'est 
donc pas possible d'identifier cet Eléazar avec Eléazar ben Irai'. Si 
M. Bâcher a identifié \sn^ p avec écpd P (Agada der palâst. 
Amoràer, II, 11, note 5), c'est parce qu'il voyait dans Wtf l'al- 
tération de KTD. D'après lui, le nom d'Eléazar désigne l'an- 
cien rapporteur des maximes de Ben Sira, Eléazar ben Pedat. 
Mais, pour nous, l'Eléâzar du Talmud ne peut pas être identifié 
avec Eléazar ben Irai*. On reconnaît facilement dans Eléazar le 
grand-père de Jésus nommé par Saadia. Si X 8T* p répond à p 
8TD, on peut s'imaginer facilement que de wba p y&iy® p 9W 
éTPD p on ait fait par abréviation «td p TtfbB, Sirach dans le 
Talmud et ailleurs étant appelé ktd p tout court. On a fait de 
ce nom unique et très long deux noms d'auteurs, comme on a fait 
des deux noms du livre de Sirach deux titres d'ouvrages différents. 
L'ouvrage tiré de Sirach avec des additions et des variantes fut 
appelé rtD^rt nso et attribué à iw p wba ; le véritable livre de 
Sirach fut nommé d^bûtt n=>D et attribué à a-pô p 1 Vttiô p sw». 
La preuve que le mon "isd qui, d'après Saadia, ressemblait à Ko- 
hélet, provient du livre des sentences de Sirach est aussi fournie 
par le fait que la sentence '■ptt «bDittn, qui en est citée, était une 
sentence de Sirach connue depuis longtemps. Gomme le montrent 
les citations talmudiques, Ben Sira était plus populaire en Baby- 
lonie qu'en Palestine. Il n'est donc pas surprenant que précisé- 
ment en Babylonie il se soit produit un second livre de Sirach et 
que ce soit un Gaon babylonien qui nous en révèle l'existence. La 
popularité de ces livres est aussi attestée par le fait qu'ils, étaient 
pourvus, comme Saadia le rapporte (Harkavy, p. 162), de voyelles 
et d'accents et qu'ils étaient lus, par conséquent, même par les 
personnes non instruites, comme la Bible elle-même. Il est cer- 
tain que Saadia, lui aussi, a mis des voyelles et des accents à son 

1 Horowitz, Das Buch Jésus Sirach, p. 30, soutient que déjà l'exemplaire du tra- 
ducteur grec n'était pas exempt d'additions. Cette assertion doit s'entendre seule- 
ment de la dernière recension de la version grecque. 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 25 

ouvrage de polémique afin de le mettre à la portée de lecteurs 
plus nombreux, et non pour être considéré comme un prophète, 
comme ses adversaires le lui reprochaient. Peut-être Sirach 
était-il aussi enseigné aux enfants des écoles, de même qu'il ser- 
vait dans l'Eglise abyssinienne « à l'enseignement des enfants » 
(Fritzsche, A)>okryphen, V, p. xxxvin). A cet effet, il dut être 
pourvu de signes de vocalisation et de ponctuation. Le nom de 
^iDltt '"isd (arabe, sala narû, Harkavy, 200, Neubauer, p. ix, note 4; 
cf. Sirach 41, 15; 41, 14) convient fort bien à un livre scolaire 
(cf. ■nbatt ^SD, 176, 16) D'après cela, on comprendrait pourquoi ce 
nom n'a été donné au livre de Babylonie que fort tard. 

La popularité du livre de Sirach est encore attestée par l'Al- 
phabet de Ben Sira, qui contient aussi des sentences authen- 
tiques de Sirach et qui, pour ce motif, a été admis par MM. Cow- 
ley et Neubauer dans la série des citations faites d'après Sirach. 
Nous savons, par Sabbat, 104 a, que c'était un usage datant d'une 
époque immémoriale dans les écoles élémentaires juives de former, 
avec les noms des lettres de l'alphabet, des sentences morales afin 
de les faire pénétrer dans la mémoire des enfants. L'alphabet de 
Ben Sira a dû sans doute son origine à cette coutume, qui continue 
à régner encore plus tard. Si cette supposition est exacte, nous 
aurions aussi dans cette collection de sentences, une preuve en 
faveur de l'emploi du livre authentique de Sirach dans les écoles. 



CRITIQUE ET INTERPRETATION DU TEXTE. 

Les notes qui suivent n'ont pour but que de contribuer à l'inter- 
prétation et à la critique du livre. 
xl, 19 : rvp^rtj mua ûïtomi ûu> wid-' *t35n wi. — G. : xal 

uTcèp àfJi^OTEpa yuvY| àfxcofjt.oç XoyiÇsTOu. 

Il est évident que H. (== l'original hébreu) a conservé la leçon 
exacte, car, dans le verset suivant, il y a aussi nnrrtf dïTTOn 
tPYtt. G. (= la traduction grecque) a lu rû©m (= XoyiÇsxou), au lieu 
de npuirtt, et y a ajouté à^w^oç pour que la phrase ait un sens. 
S. (= traduction syriaque) donne un peu librement annitf 

xl, 20 : ab wb^ isffii )[•*]. — S. «p-ro a^n. 

M. Israël Lévi (Revue, XXXIV, p. 9) croit que le syrien a lu 
)W y«. Gela n'est pas sûr, car -oto seul signifie aussi du vin 
vieux. Dans Nombres, vi, 3, toutes les trois versions araméennes 
traduisent iDtun y* par p*wi mn Ittfi (cf. aussi Nombres, xxvin, 1 )); 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les LXX mettent ici aîxsca, ainsi qu'en plusieurs autres passages. 
Il parnît donc plus vraisemblable que dans le texte syriaque les 
mots ixrm «tan ont été omis et que, pour ce motif, on a mis la 
seconde partie du verset ïiifc anai au lieu de 'prphn "j^i, qui est 
attesté par les comparaisons qui précèdent et qui suivent. G., 
comme M. Israël Lévi Ta remarqué, a lu "TOI \*. Ces deux mots 
figurant dans Isaïe,xxiv, 9, cette leçon n'est pas à rejeter, quoique 
dans le verset 21, il soit encore une fois question de ^pu). 

xl, 23 & nbd^tt ît:în dïT^iûtti. — S. anaa Nnraa. — G. xoù falp 
à[XîpÔTepa yuvv) tj.£Tà mo^oç. M. Israël Lévi croit (p. 29) que G. a lu 
ti^a d2 mû». Il est remarquable que les LXX traduisent aussi 
Prov., xix, 14, nbsuîtt îtu:n 'nïïi par 7tapx 8s xupfou apposerai yuvT) 
àvSpt, tandis que b^ia, par exemple, xvi, 20, est traduit par auvsxoç 
et xxr, 12, auvieï. Il est donc clair que G. a aussi lu nbsro» tttBK et l'a 
compris comme les Septante dans Prov., xix, 14. Le Targoum et la 
Peschito traduisent également comme les LXX. M. Baumgarten, 
Elude critique sur Vélat du texte du livre des Proverbes, 
cherche à rendre cette exégèse plausible en admettant que les LXX 
ont lu nbstDÇ (p. 177). Cette hypothèse nous paraît superflue. Si 
on a trouvé un rapport entre nbstûn et « lié par le lien conjugal », 
le participe actif peut aussi avoir ce sens. Toutefois, cette signi- 
fication du mot est inconnue, quoiqu'il soit hors de doute qu'il y 
a là une tradition exégétique. Pour interpréter exactement la 
traduction syriaque et la traduction grecque de Sirach, il faudra 
toujours tenir compte des Septante et de la Peschito. 

xli, 10 : înn b&nnntt tpn "p sw osa ba os^a bd. G. a lu ba y*vxn 
y-ia (Lévi, p. 30). Leçon marginale : w* û^ia ba ù^ittn bû-. Dans 
le premier hémistiche il est sûrement question des idoles; dans le 
second, du fils du blasphémateur contre Dieu, car tel est le sens 
de tpn dans la Bible (p au lieu de p). osa et tmtf sont synonymes 
et sont souvent employés dans Isaïe dans le même sens que flj«, 
La pensée tout entière et la manière de l'exprimer rappellent 
Isaïe, xli, 29 : dîTSM tm nm dirwa o&« "pa db*û "jï-t ; xli, 24 ; 
xl, 17 : fini ddn fi»; xl, 23 : *rû — *pK. On voit donc que le Un 
du second hémistiche répond à ddk ou "pa du premier hémistiche. 
Il est donc prouvé par là que la leçon marginale DnNtt est fausse 
et qu'elle provient soit de OBStt, soit detnm:. La pensée de Sirach 
étant empruntée à Isaïe, il faut aussi considérer comme fausse la 
lecture y*iNtt. 

xli, 11 : rra* ab non btD ^n vmaa d^N bsn. Le parallélisme ré- 
clame Ton, au lieu de TDn; les traductions aussi prennent le mot 
pour un nom de personne. S. smv i^wi. G. 7rsv8oç àv6pw7wt>v èv 
(Tcojxaciv aùtcov, ovopt.a 8s ajxapTioXwv oùx àyorôbv s;aXs'.<p87]<7STai. Il a lu 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 27 

Ton ab (— oux àyaôdv) pour tfb Ton. Cf. Psaumes, xliit, 1, dans 
LXX, oô% offiou. Il est naturel de supposer que àixapTwXwv est 
une interpolation et que l'hémistiche était ainsi conçu primi- 
tivement : ovojj.a os oùx àyaOou l$aXei<p6^ff£T«t, S. (Nestlé, Vêtus 
Testamentum Grœce, Leipzig, 1880) traduit tout à fait le texte 
hébreu tel que nous l'avons corrigé rrcp aà T>on tatt). C'est donc 
le texte original. Le pluriel en tout cas ne doit pas arrêter, car 
tm aussi est traduit par le pluriel (cf. Lévi, p. 31, qui remarque 
avec raison que G. a confondu bnrr avec bia). 

xlii, 17 : ■* msbôa itth ba "nimp ip^oii sb. Une leçon marginale 
donne wrfTftû. Je crois que 11 mabs3 est tiré de Trn&bw (^ = f), 
car là où, dans le premier hémistiche, est nommé le nom de Dieu, 
il n'est pas mentionné encore une fois dans le second (cf. verset 
15 c, 17 c). G. n'a pas lu "n (ôaujxàcca aùxou) ; mais S. l'a déjà (Lévi, 
p. 34). 

xliv, 18 : ^un bs mmirti ^nbnb lia* msa dbi* hli». Il est évident 
qu'il faut lire dbi* rf^p, car rhdi ou thd tout court (marg.) ne 
peut signifier « contracter une alliance ». G. oiaô^xai. — S. Krwitt 
= m'ia. 

xliv, 21 c provient de Zacharie, ix, 10. 

xliv, 22 c : rvna. G. et S. : rona. 

xlvii, 18 : baw* b* &np3ii ittïi tron nanpa. Il s'agit de Salo- 
mon, qui s'appelait aussi ïTTT 1 , comme il est dit dans II Sam., 
xii, 25 : inrp Tn^a ttW toia na anpn. L'expression tosxi dus 
(cf. Deut., xxviii, 58) désigne le tétragramme, comme Ps., lxxii, 
19, vms dtt ^roi ; Néh., ix, 5 : ^thid dttî TDWi (cf. Revue, XXXI, 
188, note 1, et 189, notes 1 et 2). G. a lu le deuxième hémistiche 
bfcTM^ bit srtpîri (Lévi, p. 37). Il est remarquable que les Agadistes 
expliquent aussi Genèse, xtix, 26, par hiïiw ba Vtotzn (cf. i&ûJ., 
183, note 3). 

xlvii, 17. Il y a une allusion aux écrits de Salomon dans les 
mots rtit^btti rmn bttitt Tiaa, où -na (cf. I Rois, v, 12) désigne le 
Cantique et les trois autres mots les Proverbes, d'après i, 6 : 
ûnmrn 'rh îwbfc'i btDtt "panb. D'après cela, Kohélet n'aurait pas 
encore existé à l'époque de l'auteur, du moins sous le nom de 
Salomon. Il serait, du reste, intéressant d'étudier comparative- 
ment la langue et les idées de Sirach, de Kohélet et de Daniel. 

xlviii, 8 : mttibffin abtt rntmrj. D'après G. et S., il faut corriger 
en "jbtt. Le verset se rapporte à I Rois, xix, 15-17. 

xlviii, 13 : rwn a^ni wnntn (135353 abss ab wbs). — G. xai 
Èv xoijjLYjffei £7rpocprjT£U(rev xb (7wp.a aùxou. — S. n'a pas cet hé- 
mistiche. 

D'après Fritzsche, il y aurait eu là 3tt3n, que le traducteur aurait 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lu N^n, de sorte qu'en réalité, il faudrait traduire : « Rien n'était 
au-dessus de sa force et dans la mort son cadavre a été touché ». 
Ce serait là une allusion à II Rois, xm, 21. Cette traduction est 
absurde. En outre, ce verset ne peut faire allusion à II Rois, 
xm, 21, car à ce fait se rapporte le verset suivant : tiuî^ T^m 
iitBJfc ^îton irmm m«bô3, ce que G. traduit exactement. Vu la 
concision énigmatique et pathétique, rappelant les psaumes his- 
toriques, avec laquelle Sirach raconte l'Histoire Sainte, il n'est 
pas admissible qu'il eût raconté deux fois le même événement. 
Pour bien comprendre notre passage, il faut se souvenir que 
Sirach célèbre les grandes actions des aïeux successivement dans 
l'ordre où elles sont racontées dans la Bible. L'éloge d'Elisée, 
xlviii, 12-15, résume le récit du livre des Rois de la manière 
suivante : 

Sirach, xlviii, I2ab = II Rois, n, 9. 

— 12cd= — m, 13-14. 
13a=z — iv, 1-7. 
13 b = — w, 32-34. 

— 14 a = — iv, 38-v, 1 et s. 

— 14 1) = — xm, 21. 

Il résulte de là que vmn £Tû5 "rnnron ne peut être qu'une allusion 
à la résurrection de l'enfant mort. L'enfant était couché sur le lit 
du prophète ; celui-ci se pencha sur lui, mettant bouche contre 
bouche, les yeux sur ses yeux, la main sur sa main, et la chair de 
l'enfant se réchauffa : "ibti -im ûrm 'vr\ tV*i b? nûun byn. On 
retrouve ici le mot ntan si caractéristique de notre verset, vnnntti 
provient de Zacharie, vi, 12 : rtaai m& vnrron mctq mx. ©^ ftasn 
'il b^Tt na. C'est la même pensée qu'exprime notre passage. 

Reste encore à expliquer &rû3 et le suffixe de mm. Je rappro- 
cherais volontiers N*ia3 de sma = gras (en hébreu biblique) et en 
hébreu moderne = sain. Au lieu de ûrm, Sirach dirait anaa 
« l'enfant redevint sain ! » vrnn, que G. avait déjà sous les yeux 
(to ffwjxa aÛTou), doit être corrigé soit en ^on, soit en ib["\] *TC53. 
Si M. Israël Lévi a raison de croire que le traducteur de Sirach a 
été induit en erreur par le déchiffrement inexact de mots écrits 
en abrégé, la formation de vron serait facile à comprendre. Mais 
cette hypothèse n'est pas encore au-dessus de tout doute. 

xlix, 5 : l'-oa ban -nab ûmûn. ^-oa n'est qu'une variante de bas. 
Fritzsche rapporte tout le verset à Israël, ce qui l'oblige à une 
explication forcée. Il serait plus exact de lire dans le texte grec, 
avec un manuscrit, «Swxe, au lieu de e8u>xav, comme H. a jm et 
comme l'indique tout le contexte. 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 29 

Encore quelques brèves remarques. Au sujet de Sirach, xxv, 3, 
M. Neubauer cite, sous le n° 38 (p. xxiv), d'après Abot d. R. Na- 
than : ^pmapn ùTnan ^\s Endort ab ^m^53 ûk; M. Schechter, 
d'après un manuscrit : ^nTnzn û^usn '■pa n:£2ptfb ^watt (/. Q. R., 
III, 703, note 83). Cette version est la version originale, seulement 
au lieu de nititp il faut lire FiSâj?. — xxxix, 20 : fcto "pin est 
expliqué exactement par M. Israël Lévi d'après Gen., xvm, 14, 
contrairement à G. Il faut y ajouter Sirach, xlviii, 13, ab -m br> 
vnft «bD3, où G. traduit exactement. — xli, 4 a, bara itin pbn nr. 
G. traduit rb x^y. = -ph. C'est la leçon primitive, d'après 
Prov., xxx, 8; Job, xxm, 14 et ailleurs. — Au sujet de la sus- 
cription ùbv rma, ch. xliv. Cette expression ne se trouve pas 
dans la Bible, mais elle se rencontre souvent dans la littérature 
post-biblique : j. Haguiga, 7, Id (voir Monatssclirift, XLI, 22). — 
L'original hébreu de xl, 29c, est encore obscur dans la leçon du 
texte ainsi que dans la leçon marginale : dv^ mD" 1 . Si ce mot 
signifie douleur d'entrailles, il devrait être corrigé en tr*» "m^, 
car -no"» n'est pas employé du tout dans l'hébreu biblique, et en 
hébreu moderne il n'est employé qu'au pluriel. En outre, ûvb 
serait une orthographe étrange (cf. Lévi, p. 30). 

Budapest, 13 mai. 

Ludwig Blau. 



TT 



Malgré notre résolution de ne plus revenir ici sur l'étude que 
nous avons consacrée à l'Ecclésiastique l , nous croyons nécessaire 
de répondre aux observations de notre savant confrère, M. Blau. 
Disons, tout d'abord, que de nouveaux fragments de cet apocryphe 
fameux viennent d'être retrouvés par M. Schechter, qui avait 
déjà eu la bonne fortune d'identifier le premier extrait connu de ce 
manuscrit déjà célèbre. Notre excellent confrère, devinant que la 
page acquise par M me Lewis et celles qu'a rapportées M. Sayce 
avaient été dérobées à la gueniza du Caire, s'est rendu dans cette 
ville afin de rechercher, dans l'amoncellement des mss. hors d'u- 
sage qui composent ce dépôt, s'il ne trouvait pas d'autres parties de 
l'Ecclésiastique. Par une chance inespérée, due en grande partie 
à la sympathie qu'éveille son caractère, M. Schechter a obtenu du 

1 Revue, t. XXXIV, p. 1 et 294. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rabbin et du président de la Communauté israélite de cette ville 
l'autorisation d'emporter en Angleterre tout le contenu de cette 
salle d'enfouissement. Nous avons vu une partie de ces dépouilles 
opimes, qui remplissaient quatorze grandes caisses. Toute une 
vaste pièce de l'Université de Cambridge est occupée par ces 
monceaux de fragments hébreux et judéo-arabes, dont quelques- 
uns remontent au x e siècle. On est ébloui par les richesses sans 
nombre qu'ont exhumées ces fouilles heureuses : textes inédits de 
Saadia, et du plus haut prix, exemplaires de la Mischna en petit 
format avec ponctuation et accents, textes divers du Talmud, 
extraits de Midraschim, du Yelarndênou, commentaires bibliques, 
consultations rabbiniques signées des Gaonim les plus célèbres, 
documents juridiques de toute espèce en hébreu, araméen ou 
arabe, palympsestes comme celui dont vient de rendre compte 
M. Burkitt dans le Times du 3 août et qui contient un fragment 
de la version grecque d'Aquila, ce trésor est appelé certainement 
à renouveler la science juive et fournira du travail à plusieurs 
générations de savants. 

Dans cette moisson prodigieuse, M. Schechter avait déjà, en juil- 
let dernier, récolté encore divers fragments de l'Ecclésiastique, 
plusieurs pages qui suivent et précèdent ceux qui ont été publiés — 
par conséquent, le morceau fameux où l'auteur parle de Siméon, le 
grand-prêtre, et qui semble avoir été connu des anciens païtanim. 
Depuis, M. Schechter nous a écrit avoir encore mis la main sur 
d'autres chapitres. Que l'on songe qu'au moment de notre visite, 
une partie seulement des caisses de Cambridge venait d'être dé- 
ballée et que le chargement n'était pas encore arrivé au complet ! 
M. Schechter nous a dit avoir l'intention de ne publier ces nou- 
veaux textes que lorsqu'il aura achevé l'examen de la cargaison 
entière, et nous ne pouvons qu'approuver cette sage résolution. 
Quelle que soit donc notre impatience, il nous faut nous rési- 
gner, pour quelque temps encore, à disséquer minutieusement le 
morceau de ce texte déjà connu et qui offre un intérêt assez vif. 
Les notes et les discussions qui suivent, en même temps qu'elles 
sont un plaidoyer pro domo nostra, fourniront une nouvelle con- 
tribution à l'enquête que provoque la découverte de ce précieux 
manuscrit. 

Nous suivons l'ordre des remarques de M. Blau. 

xl, 20. Nous acceptons sans réserve cette correction. Il faudra 
ajouter seulement que S. a supprimé fw, qui aurait fait double 
emploi. 

xlï, 10. Dans tout le fragment déjà publié, il n'est jamais pro- 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 31 

testé contre l'idolâtrie. Ici cette pensée détonnerait. Quant au sens 
du mot tpn, dont l'auteur se sert à l'imitation de Job, en. vm, qu'il 
suit dans tout ce paragraphe, il a le sens d' « impie », de « mé- 
chant », et aucunement de blasphémateur. Ce que Ben Sira avait à 
cœur de réfuter, c'était l'opinion des mécréants, qui triomphaient 
en montrant les démentis infligés par l'événement à la notion de la 
justice divine. Comme la sagesse populaire, qui a trouvé son écho 
dans le livre de Job, il répond : Le bonheur de l'impie, du méchant 
n'est que momentané; il ne peut pas durer; il aura sa fin cruelle. 
Dans tout ce développement, il n'y a pas place pour l'idolâtrie. Et 
de fait, contre qui aurait bataillé Ben Sira ? Contre les Israélites 
idolâtres? Il n'y en avait plus. Contre les hellénistes ? En aucun 
endroit, l'auteur n'en paraît soupçonner l'existence. Contre les 
païens du dehors ? C'est un fait remarquable qu'il ne se préoccupe 
jamais ni de les convaincre, ni de les combattre. L'auteur a des 
visées plus modestes : c'est un philosophe, d'une originalité mé- 
diocre ; c'est plus encore un moraliste, plus remarquable par la 
qualité de ses pensées que par leur liaison ; c'est un homme pieux, 
mais d'une piété peu exigeante, très soucieux des devoirs à rem- 
plir envers les prêtres, peut-être parce qu'il appartient ou a 
appartenu lui-même au monde sacerdotal ; ce n'est pas un Isaïe. 

Notre texte est beaucoup plus simple qu'il ne paraît. Il signifie : 
Tout ce qui vient du néant retourne au néant, dmtf est ici le sy- 
nonyme de dsn, comme dans Amos, v, 5, ■ji»b n^n" 1 bN man ; Isaïe, 
xli, 29, ûîrwfc os&n "ptf. Quant à l'emploi du pluriel, on va voir 
qu'il est justifié ou, tout au moins, confirmé dans ce sens. Le 
même chapitre porte, verset 2, û^ia u:\sb *ppn ma "O miab rtNii 

ftftzy "nom « mort, que ta loi est douce, à et qui manque 

de vigueur ». Nous avons à dessein laissé en blanc la traduction 
de trntf m*. Il saute aux yeux de tout le monde que ur« est une 
faute pour "pa, l'auteur imitant ici Isaïe, xl, 26. Il faut donc tra- 
duire : à celui qui est sans force. 

Mais ce qui est curieux, c'est que le petit-fils de l'auteur avait 
déjà dans son exemplaire la faute qu'on vient de corriger, car il 
traduit ces mots : àvôpwiro) £7u<ko[xevw « à /'homme qui manque » *. 
Qu'on ne dise pas que eTciSso^évo) traduit ^Dfi, car à ce mot cor- 
respond èXa<7ffoi»[jiiva>, qui suit. C'est donc dans le mot ù^is que le 
traducteur a vu le sens de manquer, et ce sens est justement celui 

1 D'après M. Noeldeke, telle était bien la leçon de l'original et il ne faudrait rien 
modifier à notre texte ; le mot Û^liH signifierait « misère », comme dans Hosée, ix, 
14; Gen., xxxv, 18. Il faut remarquer, cependant, que quatre versets plus loin le 
copiste s'est sûrement trompé en lisant mrDin lïî^iSj au ii eu ae VN» 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui est synonyme de osa, dont notre trnN est la variante i . Donc, 
au temps du petit-fils de Fauteur, le mot û^in au pluriel était pris 
pour l'équivalent de DSN. 

Inutile d'ajouter que le mot tin, qui en forme le pendant, a 
également le sens de « néant, vide », et, comme on voit, entre 
autres, dans l'exemple d'Isaïe cité plus haut, il est loin d'impliquer 
Tidée d'idole. 

xl, 23 b. Les LXX des Proverbes, xix, 14, traduisent, il est 
vrai, nbsOT ftUJa par ces mots : « Et du Seigneur, la femme s'ac- 
corde avec son mari ». Seulement, ce qui, dans cette phrase, 
correspond à nb^tta, c'est le verbe « s'accorde ». Les LXX ont tout 
bonnement donné à b"Ot»ii le sens de « s'entendre », comme en 
français, ou encore de « vivre en bonne intelligence ». Quant au 
mot mari, il est ajouté pour compléter le verbe ; c'est une addi- 
tion comme on en trouve quantité dans la version grecque. 

Or, dans notre texte, le mot essentiel manque, à savoir le verbe 
« vivre d'accord ». En outre, notre grec ne porte pas yuvi\ àvBpi, 

mais yuvr, (jL£Ta àvopoç. 

Notre traducteur n'a donc aucunement 'utilisé les LXX, ni été 
inspiré par un souvenir de leur version de ce passage. 

Il est même vraisemblable que, s'il avait ainsi compris cet hémis- 
tiche, il aurait plutôt reproduit la version qu'il avait déjà donnée 
d'un passage analogue. Il est très digne de remarque, en effet, que 
lorsque G. constate quelque ressemblance entre le verset qu'il 
explique et un autre qu'il a déjà traduit, il se borne à reprendre 
sa précédente version. Ce texte est ainsi conçu en G. : xal y-jv-r; 

xat av/jp eauxoTç (jua-ôÇ'.^ssôasvot (XXV, 1 d). 

M. Blau conseille, à ce propos, pour bien interpréter G., de se 
référer aux Septante. C'est un travail auquel nous nous sommes 
livré pour tous les passages, peu nombreux, au reste, du frag- 
ment qui se rencontrent avec les Proverbes. Or, jamais G. ne 
copie les LXX de ce livre, soit que la version n'existât pas encore, 
soit qu'il ne la connût pas, soit qu'il ignorât que Ben Sira se fut 
inspiré des Proverbes pour l'expression de sa pensée. 

xu, 4 a. Que G. ait lu pn, c'est ce que nous avons soutenu, et 
nous sommes heureux que M. Blau accepte notre hypothèse ; 
mais que telle ait été la version primitive, c'est ce que nous con- 
testons formellement. M. Blau invoque, à l'appui de son dire, 

1 M. Smend prétend lire sur le ms. D^jSN, qu'il compare au néo-hébreu W^fit 
Mais, d'abord, ce terme ne convient pas du tout à notre passage, car il désigne 
la première douleur produite par le deuil. Ensuite, la lecture Û^3*)N est absolument 
certaine ; le vav a ici exactement la même forme que dans la première ligne de cette 
page, par exemple. 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN S1RACH ET SON OUVRAGE 33 

Prov., xxx, 8 et Job, xxm, 14. On pourrait croire que ces deux 
versets offrent le parallèle exact de notre passage. Or, comment 
sont-ils conçus ? Le premier porte : iprr ûr6 "WEfii, et le second : 
^pn tpbttîi "tt. Ces deux exemples montrent seulement que le mot 
pn a, dans la Bible, le même sens que lui attribue G. ; ils prouvent 
donc uniquement que ce traducteur, ayant cru lire pn, est excu- 
sable de s'être trompé. Mais qu'il se soit trompé et que l'original 
ait porté htxn *rcn pbn ïit « Tel est le lot de la chair (de l'homme) 
de la part de Dieu », c'est ce que permettent d'affirmer ces deux 
versets de Job : tniibatt ifim ma pbn ïiî « Tel est le lot de l'homme 
méchant de la part de Dieu » (xx, 29), et ba a* *«n tm pbn îtî 
« Tel est lot de l'homme méchant avec Dieu ». L'imitation tex- 
tuelle est hors de conteste. Le texte hébreu a donc conservé la 
leçon originale. 

xli, 11. D'après M. B., G. aurait lu : m:r< Ton &6 dtt ^n. Ce 
traducteur aurait été si ignorant ou si étourdi qu'il aurait pu 
croire à la possibilité d'une telle construction ! Nous lui avons 
imputé bien des inadvertances, mais nous n'oserions pas le char- 
ger d'une telle hérésie. Et, par-dessus le marché, il faut encore 
que ce mot àjxaprcoXôv soit une interpolation ! M. Blau croit, de 
plus, qu'il faut changer le terme abstrait "ion en le concret Ton. 

Nous ne protesterions pas contre cette conjecture, si nous 
n'avions pas constaté presque toujours que G. et S. convertissent 
les expressions abstraites, qu'affectionne V auteur, en concrètes. S. 
se montre encore plus intransigeant que G. dans cette chasse aux 
abstractions. — Ce qui est vrai des abstractions, l'est autant du 
nombre : G. traduit par le pluriel tous les noms qui ressemblent 
tant soit peu à des collectifs. Par conséquent, rien à déduire non 
plus du pluriel àp.apxtoXwv. 

xliv, 21, provient de Zacharie, ix, 10 ou, tout aussi bien, de 
Ps., lxxii, 8. 

xliv, 22 c. M. Blau se contente de dire : « rma. G. et S. no-p ». 
Cela signifie que, tandis que notre texte porte mna, G. et S. ont 
eu sous les yeux ro-D, ce qui était probablement la leçon de l'ori- 
ginal. C'est la conclusion que suggère un rapide examen du texte, 
d'ailleurs extrêmement difficile. Mais le problème n'est pas si aisé 
à résoudre qu'il le paraît. 

Le texte est, en effet, ainsi conçu : 

.b&nu)"> rcan hv nni !ion3T d ots xwsn ba rma c 

Si l'on remplace zrna par ro*D, en c, qui, en effet, vaudrait 
mieux, gardera-t-on le même mot en dl et si l'on ne saurait ad- 
mettre que l'auteur, si peu ennemi qu'il soit des répétitions, ait 

T. XXXV, n° 69. 2 



34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pu, dans un même verset, reprendre le même terme, ne voit-on 
pas qu'en d, rmn serait tout à fait impossible? Par conséquent, il 
faut laisser rrna en c. 

Il reste donc uniquement ceci, que G. et S. ont lu roin en c, au 
lieu de m-n. Mais n'avaient-ils pas ce mot dans le verset? C'est 
ce que nous allons voir. 

G. traduit : sùXoyiav 7ràvT(ov àv8pco7T(ov xaî 8ia6*qx7|V, xaî xaT£7rau<7sv 

£7il xecpaXvjv 'Iaxwp, a Bénédiction de tous les hommes et alliance, et 
il (ou elle) reposa sur la tête d'Israël ». Il suffit donc de dépasser 
les trois premiers mots de ce vers pour reconnaître que mia « al- 
liance » existait dans l'exemplaire hébreu de G. Toutefois, il est 
visible également que le terme auquel correspond SiaôVjxYjv ne pou- 
vait figurer ainsi à la fin de l'hémistiche et qu'il devait commen- 
cer le suivant. Mais, si G. a lu m-n en d, il a, comme nous l'avons 
déjà dit, commis une grossière erreur, car une phrase comme 
bjnïii u)fin bj> ttfta rmm, « et une alliance reposa sur la tête 
d'Israël » est encore plus saugrenue en hébreu qu'en français. G. 
Ta senti, et voilà pourquoi il a rattaché ce mot à c et séparé les 
deux hémistiches par la copule. C'est un expédient lamentable, 
qui ne rend pas plus claire la pensée. 

Donc, G. avait, sans aucun doute, rp*n ; seulement, au lieu de 
le lire en c, il l'a vu en d. En quoi il s'est trompé. 

Voilà comment cette version peut nous renseigner sur l'état de 
l'original. 

Quant à S., il est ainsi conçu : by Nrrantt K"Wp br>l «rûmai 
Vnurw ïWi « et la bénédiction de tous les premiers reposa sur la 
tête d'Israël ». Ce traducteur a donc escamoté l'un des deux mots 
qui se ressemblent. De quel droit supposer que « bénédiction » 
correspond plutôt à c qu'à d, d'autant qu'en d il était absolument 
indispensable? 

Résultat : les versions ne prouvent aucunement que l'original 
portait rû-n au commencement du verset. Elles prouvent plutôt le 
contraire. 

Ce distique a, d'ailleurs, été singulièrement interprété par nos 
deux traducteurs. Tout d'abord, l'un et l'autre ont supprimé le 
mot 15D3, à moins qu'on ne corrige G. d'après la vieille version 
latine, laquelle ajoute dédit illi. 

Ensuite, ils ont lu le mot ywsn l'un, G., ù^a, l'autre amwi. 
A la vérité, S., suivant son habitude, a pu mettre au pluriel le 
singulier 'pttîin. Mais, dans ce cas, il aurait été coupable d'une 
maladresse plus grande encore en rattachant ywxn à bs ; « la 
bénédiction de tout premier » serait une proposition barbare en 
hébreu. 



QUELQUES NOTES SUR JESUS BEN SIRAGH ET SON OUVRAGE 35 

Nous ne voulons pas donner ici le commentaire de ce passage, 
que les éditeurs nous paraissent avoir mal traduit; on le trouvera 
dans notre travail, qui est sous presse. 

xlvii, 17. Nous ne contesterons pas que, par ces mots, l'auteur 
ait voulu faire allusion aux écrits de Salomon. Mais nous pensons 
qu'il est téméraire de rien conclure de ces quatre termes pour 
l'histoire de la Bible, car, comme l'indique le renvoi de M. Blau, 
Ben Sira suit ici I Rois, v, 12, où il est question précisément et 
uniquement de « proverbes » hwft et de « cantiques » *ro. Les 
mots suivants de notre texte ne sont que des synonymes de btëtt. 
Ben Sira, résumant l'histoire de Salomon d'après le récit des Rois, 
n'avait donc aucunement l'occasion de parler d'autre chose que 
des « proverbes » et du a cantique », qui sont mentionnés seuls 
dans ce livre. 

xlviii, 13. Ce passage présente de grandes difficultés, nous le 
reconnaissons. Si la lecture de G. pouvait être acceptée, elle se- 
rait évidemment meilleure que la nôtre. Il a lu N3î *pnnn;ai 
•HiM « et de dessous lui (c'est-à-dire : de sa tombe, dans sa mort) 
sa chair prophétisa ». L'auteur dirait d'Elisée ce qu'il a relevé 
plus haut en parlant de Samuel. Mais, si l'Ecriture raconte que 
celui-ci prophétisa, en annonçant à Saùl les malheurs qui allaient 
fondre sur lui, elle n'attribue à celui-là aucune action de ce genre ; 
elle dit seulement qu'un cadavre, ayant touché ses ossements, fut 
ressuscité. 

G. a donc encore ici été victime d'une mauvaise lecture (835 
pour fcTD3), et notre texte doit être conservé *. 

Mais à quoi fait-il allusion? D'après M. Blau, à l'enfant ranimé 
par le prophète. — Mais dans l'hémistiche précédent (« aucune 
chose ne fut au-dessus de lui ») le nom de l'enfant n'a pas été pro- 
noncé ; comment donc l'auteur aurait-il dit ensuite : « Et sa 
chair... » Cet adjectif possessif prouve sans conteste que le mot 
chair doit se rapporter à Elisée. 

Que signifie alors la phrase ? 

Remarquons que l'auteur emploie le mot rnlnntt « de dessous 
lui » dans une acception très précise, celle de « dans sa tombe, en 
terre ». Cf. xlix, 10 &, où les éditeurs ont lu à tort ùn[iiïiptt]?:, 



1 II va sans dire aue M. Smend adopte la leçon de G. Rien de plus curieux que 
cette sorte de respect religieux professé pour les lectures du traducteur : toutes les 
fois que G. offre la moindre variante, même si elle est imputable à une confusion 
plausible, on s'empresse de sacrifier la version de l'hébreu. Cette préférence se jus- 
tifierait — dans les cas douteux — si G. faisait toujours preuve de fidélité et d'intel- 
ligence. Personne cependant ne lui reconnaît ces mérites. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

au lieu de ùnnn?: (il n'y aurait pas place pour ce grand mot ! ) et 
xlvi, 12, d'après les versions. 

Ce terme ne pouvant s'appliquer qu'à Elisée mort, il en résulte 
que le passage ne peut faire allusion qu'à l'épisode de la résurrec- 
tion du cadavre qui toucha les ossements du prophète. 

Il y aurait ainsi, d'après M. Blau, redite dans le verset suivant. 
Ce n'est pas une objection qui doive arrêter, car quelque solution 
qu'on adopte, il y a toujours répétition. En effet, supposons qu'on 
accepte l'interprétation de M. Blau, voici comment seront conçus 
les deux versets : 

13 Aucune chose ne fut au-dessus de son pouvoir, 

13 # Et sous lui fut ranimée sa chair (de l'enfant). 
44 De son vivant, il fit des miracles, 

14 # Et, mort, des prodiges merveilleux. 

Dans ce système, 14 a-b reprend I3a-b. Or, pourquoi 14 & ne 
serait-il pas le pendant de 13 & comme 14 l'est de 13? 
L'auteur dirait donc : 

Aucune chose ne fut au-dessus de son pouvoir, 
Et, en terre, sa chair se ranima : 
De son vivant, il fit des miracles, 
Et, mort, des prodiges merveilleux. 

Ce n'est pas tout à fait une répétition, c'est une explication, 
complétant le sens. 

M. Blau nous paraît avoir raison de comparer le mot ams avec 
ar^n, et ce qui nous le fait croire, c'est que notre phrase est le pa- 
rallèle exact d'une locution qu'affpctionne l'auteur et qu'il em- 
prunte à Isaïe, 61, Tnnna ttsmen ûmjaa:*, « que leurs ossements 
fleurissent en terre ! » 

Enfin, M. Blau a raison de trouver insolite la leçon marginale 
Wiï « entrailles » pourdv», quoique, à la vérité, il y ait d'autres 
exemples d'un pareil abus des mater lectionis. Mais, en réalité, 
le ms. porte tr*ïtt, la lecture n'en est aucunement douteuse 2 . Nous 
n'avons pas à justifier ici l'annctateur; disons seulement qu'il 
a mis un tel soin à relever les variantes, qu'il a souvent consigné 
des formes qui n'ont aucun sens, ou des essais divers de déchif- 
frement. 



1 M. Smend met, à tort, dnnn. 

* M. Smend, qui a examiné si minutieusement le ms. et qui a corrigé si souvent 
mal à propos le déchiffrement des premiers éditeurs, n'a pas t'ait cette remarque. 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 37 

Notre étude rapide, qui a ainsi l'honneur d'être rectifiée et com- 
plétée par M. Blau, a été l'objet, dans la Jewish Quarterly Review 
de juillet dernier, d'une critique très flatteuse de notre savant col- 
laborateur et ami, M. W. Bâcher. 

Des observations présentées par notre excellent confrère, les 
unes sont très judicieuses et nous ont entièrement convaincu, les 
autres n'ont ébranlé ni nos conclusions ni nos doutes. 

xli, 19 &. M. Bâcher rejette avec raison notre manière de rem- 
plir la lacune de ce verset ; mais il a eu tort de défigurer notre 
hypothèse. Nous n'avons pas proposé de lire zmm !ibN proN», ce 
qui serait absurde, mais n*nm ïibN btt y^2Ntt « aie honte devant 
le Tout-Puissant de [violer] serment et pacte ». Toutefois, si nous 
renonçons aujourd'hui à notre conjecture, ce n'est pas que 
nous adoptions celle de M. Bâcher, qui n'est pas meilleure que la 
nôtre 1 , c'est que l'examen du ms. nous a révélé qu'il n'y a pas 
place pour deux mots et, en tous cas, pour un b, dont on distin- 
guerait encore le haut, s'il y en avait eu un 2 . 

xliii, 30. Nous reconnaissons que G., en rendant ap^an par 
xpiernxXXoç, n'a pas pensé à np-n, mais plutôt à mp, traduit ainsi 
dans les LXX. 

xliii, 21 b. Evidemment knorfiaei ne signifie pas « brûle », mais 
« éteint ». Mais voici ce qui nous a conduit à traduire ainsi ce 
mot. L'hébreu dit : î-nïibs irrittS ifttl p^ ïtto bTft bini « il 
brûle la végétation des montagnes comme la sécheresse, et la 
demeure des plantes comme la flamme ». G. traduit cette der- 
nière phrase : xaî olt:o<j$s<jzi yXo^v wç 7iup a et il éteint la ver- 
dure comme le feu ». Si étranges que soient les quiproquo dans 
lesquels tombe notre traducteur, il nous semblait impossible 
qu'il eût voulu dire une telle sottise : « éteindre comme le feu ». 
Nous avons donc cru qu'il avait lu îtoi, au lieu de ïtiTi, et que le 
grec à7rocrfU<7£i devait être interprété comme l'hébreu ^i, qui si- 
gnifie à la fois consumer et éteindre (cf. lx, 16 &). Et, paraît-il, 
nous n'avons pas été le seul à vouloir laver G. d'une telle énor- 
mité, car, non seulement Reuss, mais encore Fritzsche, dont l'au- 
torité n'est pas mince, traduisent également ce mot par « il 
brûle ». 

Il faut ajouter que iwi peut plus facilement se confondre avec 

» II propose ni-Dl T\b» DEME- 

2 D'après M. Smend, il faudrait suppléer mittîfà « de changer ». Or, ce verbe ne 
s'emploie jamais avec aucun de ces deux régimes. On trouve à côté de HDÏT "INS, 
bbïl, nriU5 et dans Ezéchiel, particulièrement avec ïlbN, Ï1T3. C'est ce dernier 
terme nïlDTa « de mépriser » qui rend le mieux compte de l'erreur de G., qui a lu 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ÏTOI qu'avec mm. Si vraiment G. a lu mm, le texte original était 
!TDï. Cette leçon n'est pas mauvaise, mais celle du ms. se détend 
aisément. Sans aucun doute, trras î-na « la demeure, le parterre 
des plantes » est une expression copiée sur arai mw, « les de- 
meures de l'herbe », et l'auteur a voulu probablement balancer 
û->Tï Vit» par une image analogue. — Les éditeurs se sont laissés 
guider par la variante marginale Ttin, « et un rocher » et ont vu 
dans mil l'expression rarissime 53 qui ne se trouve que dans 
Ezéchiel, vu, 11, dans un passage d'une obscurité désespérante, et 
qui signifierait « éminence, hauteur » 1 

xlvi, le. Nous avons supposé qu'en rendant m-ia *%p5 « les ven- 
geances de Tennemi » par « les ennemis se levant », G. avait lu 
tra-na drapa. M. Bâcher s'accorde avec nous sur ce point, que G. 
a vu la racine ûp dans ce mot; mais il croit qu'il a confondu TEpa 
avec ^ttpa, qu'il aura imaginé construit à la manière de nbim 
ÏTiS m « la vierge de la fille de Sion », c'est-à-dire la fille vierge 
de Sion. G. a-t-il mis tant de finesse dans sa traduction? Et s'il 
était si savant, comment ignorait-il que cette construction syntac- 
tique, possible avec un nom ou un adjectif pris substantivement, 
ne l'est jamais avec un participe"! A tant faire donc que de vou- 
loir défendre G., il vaudrait encore mieux supposer qu'il a pensé à 
Wito ib* tPfcpn, « lorsque se lèvent contre moi les méchants » 
(Ps., xgii, 12), où le participe précède ainsi le nom auquel il se 
rapporte. 

xl, le. Nous avons dit les raisons pour lesquelles il nous paraît 
impossible qu'un auteur aussi versé dans la Bible que Ben Sira ait 
employé, pour la terre, une métaphore banale en grec et qui, dans 
l'Ecriture, s'applique à Eve, mère de tout vivant. M. Bâcher ne 
répond pas à ces objections et déclare insoutenable notre ma- 
nière de lire, qui est cependant celle de S. et du manuscrit qui 
a servi au glossateur. Ce n'est pas la citation de Job, 1, 21, « nu je 
suis sorti du sein de ma mère et nu je retournerai là-bas », pas- 
sage qui vient tout de suite à l'esprit, qui résoudra la question. 

xlv, 25 c. M. Bâcher croit avoir trouvé la solution du crux 
interpretum de ce passage. Il est d'accord avec nous sur le sens du 
verset et sur la préférence qu'il faut accorder aux versions sur 
notre texte. Mais il pense avoir deviné la leçon qui est devenue 
le mot UJN, que nous tenons pour incompréhensible. Ce serait TO* 1 
« Jessé ». Il faudrait donc lire -nab iaab toi nbna « l'héritage de 
Jessé est à son fils seul ». Cette conjecture n'est pas, ce semble, des 
plus heureuses. Première objection : ce n'est pas Jessé qui devrait 
apparaître ici, mais « le fils de Jessé ». Voilà déjà qui suffit à 
ruiner cette hypothèse. Deuxième objection : devant un mot si 



QUELQUES NOTES SUR JESUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 39 

simple, déjà employé au verset précédent, G., S. et le copiste de 
notre manuscrit, sans se concerter, se seraient rencontrés pour 
battre la campagne et voir dans ce nom propre, l'un ^btt « roi », 
l'autre bbfr « royauté » et le troisième tfîa « feu » ! Enfin, G. et 
S., qui sont indépendants l'un de l'autre et ne traduisent pas 
de la même façon l'hémistiche, auraient, par un vrai miracle, 
trouvé dans ce mot ■*©■», le même groupe de lettres 'sbtt, qui n'offre 
aucune analogie avec ^ ! 

On comprendra donc que nous continuions à garder une pru- 
dente réserve. 

Si l'on voulait à toute force un essai d'explication de ce mot 
étrange, voici celle que nous proposerions. Le texte original com- 
portait très probablement le mut "jbtt « roi ». L'auteur rabais- 
sait ainsi la dynastie davidique, en arguant de la disparition des 
descendants du fils de Jessé, disparition qui faisait ressortir le 
privilège de la perpétuité de la race d'Aron. Un copiste, compre- 
nant l'intention de l'auteur et froissé par une sentence si dédai- 
gneuse, qui n'allait à rien moins qu'à détruire l'espérance en l'avè- 
nement du Messie, a peut-être jugé bon de corriger ^bto en m* 
« homme ». L'héritage d^un homme ordinaire ne passe qu'à ses 
enfants, tandis que celui d'Aron s'est transmis à toute sa posté- 
rité, lîrw devint facilement usa sous la plume d'un autre co- 
piste 1 . Mais nous ne présentons cette hypothèse que sous toutes 
réserves, n'y voyant qu'un simple jeu. A dire vrai, nous préférons 
avouer notre perplexité devant cette énigme. 



Si notre confrère est en désaccord avec nous sur l'interpré- 
tation de ces versets, nous sommes heureux de constater que ses 
vues confirment beaucoup des nôtres. Ainsi, M. Bâcher se ren- 
contre avec nous pour les versets xxxix, 23, 26, 28, 30$; xl, 9, 
20, 2 I 7&, 29 c; xli, 11, 19 & (en partie); xlii, 21 &; xliii, 9& ; xliv, 
13; xlv, 26; xlvi, 1 c, 3 ; xlviit, 18$; en partie, xliii, 19, 21 b; 
xlvi, 1 e. Cet accord est d'autant plus frappant qu'il porte sur des 
confusions qui supposent nécessairement que le traducteur grec a 
mal déchiffré des mots écrits en abrégé ou considéré comme tels 
des mots complets. Et l'on sait avec quelle timidité nous avons 
émis cette hypothèse. Ainsi, xli, 12, 14, 16c, 19a; xlii, %d\ 

1 M. Smend a pensé également au mot U^N ; seulement il conserve le mot ""Tbfa et 
imagine cette singulière phrase Tl^b T'WTi Itt'Wb "[b?3 rbjl3 « l'héritage du roi 
va à chacun de ses enfants seulement •. Cette proposition n'aurait aucun sens. 



40 REVUE DES ETUDES JUIVES 

xliv, 19. Enfin, même sur des interprétations auxquelles nous 
avons renoncé depuis la publication de notre article, comme 
xxxix, 28, et xliv, 19. 



Nous signalerons maintenant les points sur lesquels nous n'a- 
doptons pas les conclusions de M. Bâcher à propos de passages 
que nous n'avions pas touchés dans notre article. 

xxxix, 28 : ip^n:r> d^in « [Les vents] déracinent les mon- 
tagnes ». G. : sffTÉpetocav [xàcmya; auxwv « ils fortifient leurs puni- 
tions ». M. Bâcher croit, comme nous l'avions pensé d'abord, que 
G. a confondu le verbe avec TpW. Mais M. David Kaufmann nous 
paraît avoir eu raison de faire remarquer que le traducteur a 
pris ce verbe dans le sens de pny « ferme, solide ». Pour le mot, 
d'après M. Bâcher, G. l'aurait confondu avec û-pri « leur colère ». 
Ce serait une bévue lamentable, car jamais ce nom ne reçoit 
d'affixe, pour la bonne raison qu'il est toujours en état d'an- 
nexion avec £|K. 

Pour nous, le traducteur à lu tmî-r; mais, comme il lui arrive 
fréquemment, il a été victime de son oreille et a pensé à D"nj, plu- 
riel du mot w « vengeance », comme dans Osée, xi, 9 (aina aVi 
wn) ; Jérémie, xv, 8 (mbrm n^y ùNns n*by ^nbarr). 

Cette erreur va nous donner la clé d'une confusion de G. et de 
S. en un passage que M. Bâcher nous paraît encore avoir mal 
interprété : 

xlvii, 1 b. m y ùTrtDbsn ïm, « David mit parmi les Philistins 
des villes ». A notre avis, Ben Sira a voulu dire que David plaça 
en Philistée des villes -garnisons. 11 aura confondu la Philistée 
avec l'Idumée, pour laquelle le 2 e livre de Samuel (vin, 14) porte : 
d^iiï ûYifiO nïm, « il plaça en Idumée des postes militaires ». Ce 
sens du mot « villes » n'a été compris ni de G. ni de S. 

G. : xat l^ouSévcoas <î>tXta-Tt£t[x roùç 67revavTiouç, « et il méprisa les 
Philistins adversaires ». Fritzsche avait conjecturé une lecture 
tr^ût, qui se rapprocherait plus de notre texte. En réalité, il n'y a 
ici aucune confusion, il faut laisser û"ny ; G. l'a pris pour le par- 
ticipe ly « ennemi » au pluriel, comme en I Samuel, xxviii, 16; 
Ps., cxxxix, 20 ; Isaïe, 14, 21. 

Quant à S., il traduit librement l'hémistiche, comme il fait, 
d'ailleurs, à partir du ch. xliv : KvitDbB ftt yisn&o « et il se ven- 
gea des Philistins ». Lui aussi a lu û'ny, mais, comme G., dans le 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 41 

passage que nous venons d'étudier, il a dérivé ce mot de T* 
« vengeance ». 

S. ne peut donc pas servir à corriger notre texte en im 
Dp3 ûTrtttb&n. Or, c'est en s'appuyant sur cette correction que 
M. B. suppose que G. a confondu dpa avec d"»ttpï"L 

xl, 13 a. ima bn» b^ntt b^n. G. : ^p%axa àSixwv « les biens des 
injustes », S. tf-ipTOT 8035 « les biens du mensonge ». M. Bâcher 
suppose, comme M. Smend, une corruption du texte, qui devait 
porter bvfc b^fi, qu'il faudrait lire bn*ti b^n ou b"i3?5Q bift. Ce n'est 
pas impossible, mais nous aimons mieux conserver la leçon du 
ms. et admettre que l'auteur a joué sur les deux sens du mot b^rj, 
qui signifie à la fois « richesse » et « violence ». 

xl, 18. ipntt" 1 nmisi V n ^n « la vie du vin et des liqueurs est 
douce ». Pour le fond, il faut se rappeler le dithyrambe qu'entonne 
l'auteur en l'honneur du vin (ch. xxxiv), tout en mettant en garde 
contre les dangers auxquels il expose : « Une eau de vie est le vin 
pour l'homme * ; qu^est-ce que la vie de celui qui manque de vin ? 
(G. et S.) ; le vin a été créé pour la joie de l'homme » (vers. 28). 
Pour le style, comparez plus loin : "Wi ba fn» "*n « ne vis pas de 
la vie des dons ». D'autre part, la réunion de rm am y* est attestée 
par la Bible et même par un autre passage de l'Ecclésiastique, ix, 
8, cité par le Talmud, Sanhédrin, 100 &. — Quant à la répétition 
de ces deux mots à deux versets d'intervalle, il ne faut pas s'en 
montrer surpris : les redites sont fréquentes chez notre auteur ; 
on n'a qu'à voir, dans ce même couplet, deux versets de suite con- 
sacrés à la renommée. Notre texte présente donc toutes les ga- 
ranties de l'authenticité. 

M. Bâcher propose cependant de le corriger, à cause de la lec- 
ture de G., qui, au lieu de ""DU) « liqueur », traduit -p^to (sur ce 
point encore M. B. est d'accord avec nous), et à cause de l'expres- 
sion ipntt** « est douce » qui rappelle l'Ecclésiaste, v, 11, npin?a 
in^ii D3M5 « doux est le sommeil du travailleur ». Le texte origi- 
nal aurait porté ipntti TOiûn \w ^n « la vie de celui qui dort et du 
travailleur est douce ». C'est précisément cette leçon que G. aurait 
eue sous les yeux ; seulement il se serait mépris sur le sens du mot 
1«p « dormant » où il aurait vu un adjectif signifiant « qui se con- 
tente ». 

On confessera que sans ce passage de l'Ecclésiaste, même avec 
ce texte rectifié, on ne serait pas tenté de traduire : « La vie du 
travailleur qui se repose est douce ». — Et ceci montre, disons-le 

1 D'après S. — G. : eTtisov Étoyj; oîvo; àvôpwTtoi; « L'égal de la vie est le vin pour 
les hommes >. 



42 REVUE DES ETUDES JUIVES 

en passant, la fragilité des hypothèses qui, se fondant sur ces ap- 
parentes rencontres d'idées, prétendent établir une relation entre 
l'Ecclésiaste et l'Ecclésiastique. Si vraiment, il y avait le moindre 
lien entre ces deux textes, il est évident que c'est à celui de l'Ec- 
clésiaste qu'il faudrait attribuer la priorité. 

Notre passage ainsi corrigé serait des plus mal venus, car il 
faudrait plutôt "pin *pdiû ^n « la vie du travailleur qui dort ». 

Que l'on compare les raisons de conserver notre texte à celles 
d'adopter cette correction et l'on concluera avec nous qu'il vaut 
encore mieux s'en tenir à la leçon du manuscrit. 

xli, 21 b. ri572 mpbnfc matorra. (Les éditeurs ont mal déchiffré le 
premier mot, où ils ont vu à tort maffititt). G. porte : à™ àçaipe<j<oç 
pepiSoç xaï oôdstoç « de l'enlèvement de la part et du don ». M. Bâ- 
cher croit que l'original portait ïi3»i pbn mmoritt « de faire 
cesser la part et le don ». Que G. ait compris ainsi notre texte, 
c'est évident ; mais quel sens aurait cette phrase ? N'est-il pas pré- 
férable de conserver encore ici la leçon de l'hébreu, qui se tra- 
duira : « Et de cesser ies distributions de présents «.probablement 
de l'aumône. 

xliii, 4&. d^ft pVr» 1033© mbia « La projection du soleil incen- 
die les montagnes », ou, d'après le texte, uittttî nbitû « le soleil pro- 
jeté ». A la place du premier mot, G. a lu Uîbtii, TpnrXaffiwç a triple- 
ment ». D'après M. Bâcher ce serait la leçon originale. Un des 
arguments qu'il invoque est l'accord de G. et de S. sur cette lec- 
ture. Mais M. Bâcher n'a pas remarqué que, dans tout ce chapitre 
xliii, S., au lieu de traduire l'hébreu, traduit le grec i . Cet accord 
est donc sans valeur. Que reste-t-il donc qui nécessite cette cor- 
rection ? La beauté de cette comparaison entre un fourneau et le 
soleil qui incendie trois fois plus les montagnes? Y a-t-il donc 
des degrés dans l'incendie? En réalité, la comparaison porte 
précisément sur le mot rnbrâ ou rnbrô : Il faut souffler sous un 
fourneau, ou que ce fourneau soit ardent (msa) pour qu'il fasse 
fondre le métal, tandis que le soleil, par la seule projection de ses 
rayons, incendie ies montagnes. — Sans compter qu'une phrase 
comme d^lir p^bT ©iïti) vkv serait d'un hébreu détestable. 

xliii, 5 b vndN ttity> maYi. Ce verset est la finale d'un para- 
graphe qui fait l'éloge du soleil. L'auteur aime à terminer chaque 
couplet par une phrase générale. Après donc avoir décrit la puis- 
sance et la beauté du soleil, il s'écrie : « Grand est le Dieu qui 
l'a créé et qui par sa parole... » C'est ici que le texte présente 
quelque difficulté. M. Bâcher traduit le verbe par rend puissant, 

1 M. Smend ne s'est pas non plus avisé de cette observation. 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN S1RAGH ET SON OUVRAGE 43 

ce qui peut se soutenir. Les éditeurs avaient comparé ce terme au 
syriaque « il rend brillant ». Cette version est admissible éga- 
lement, quoi qu'en pense notre confrère. On peut également y 
voir un dénominatif formé derfttt « l'éternité », « il rend éternel ». 
Cette interprétation serait même confirmée par la finale du para- 
graphe consacré à la lune, où l'auteur dit de celle-ci qu'elle ac- 
complit immuablement sa tâche. Mais ce n'est pas sur ce point 
que porte notre désaccord avec M. Bâcher ; c'est sur la correction 
apportée au mot v>T3N qui, d'après notre savant collaborateur, 
serait une corruption de Tûk « son aile ». L'auteur aurait imité 
Malachie, m, 20, qui dit que le soleil porte la guérison dans ses 
ailes î"pB»3. Un tel détail dans une finale serait tout à fait dé- 
placé. L'image, au surplus, ne brillerait pas par la clarté. 

Ici encore nous préférons la leçon de notre ms. Le mot vn-aa 
« ses puissants, ses vaillants » désigne, à notre avis, les chefs des 
armées célestes (expression qu'emploie l'auteur un peu plus loin), 
c'est-à-dire les astres. Qui sait même s'il n'a pas le sens de cour- 
siers, comme dans Jérémie, ix, 16, v^na mbïiittt « les hennisse- 
ments de ses coursiers » ; ibid., xlvii, 3, -m* a» mois « les sabots 
de ses coursiers »? Le soleil peut aussi bien être assimilé à un 
« vaillant » qu'à un « coursier ». Le Psalmiste le compare (xix, 6) 
à un « héros » Tina, qui court dans la carrière ma ynb 1 . Quant 
au pluriel, il est justifié par le caractère même de la finale, qui 
doit être générale. Il l'est encore plus par cette particularité, que 
l'auteur aime à relier les descriptions par une expression qui se 
rapporte à l'objet dont il vient d'être parlé et qui prépare celui 
qui va venir. En disant « ses vaillants », ou « ses coursiers », Ben 
Sira vise déjà la lune, dont précisément il aborde, tout de suite 
après, l'éloge le plus enthousiaste. Cette recherche des transitions, 
dont les auteurs bibliques se souciaient peu, est l'indice d'une évo- 
lution dans le goût ou d'une éducation littéraire qui trahit l'in- 
fluence grecque. 

xliii, 2*7. B|013 ab ïfoao W. G., comme l'a bien remarqué 
M. Bâcher, a vu dans le dernier mot le verbe EpD « nous n'arri- 
verions pas à la fin ». Telle était la leçon de l'original, ajoute 
M. B. Nous ne le croyons pas. Il faut lire rjonb : « Nous n'ajoute- 
rons pas d'autres détails semblables ». Justement, ces mots termi- 
nent le chapitre des descriptions : l'auteur trouve qu'il en a assez 
dit. Il ajoute d'ailleurs ; « Fin du discours : il est tout » (expres- 
sion qui rappelle singulièrement la conclusion de l'Ecclésiaste). 

1 G. a pensé aussi à ce verset des Psaumes, quand il a traduit xax£(77reuaev 7to- 
petav • il hâte la marche », soit qu'il ait cru lire J-flN au lieu de VTVatf, soit qu'il 
ait interprété ce mot comme dans notre dernière explication. 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

xliv, 4d. ûnnMfca û^biûitti. M. Bâcher corrige le dernier mot 
en ùmViDttîaa « ceux qui font des paraboles par leurs paraboles ». 
La seule juxtaposition de ces mots montre la faiblesse de cette 
traduction. D'ailleurs, plus loin l'auteur dit btfitt ^UJ13, qui serait 
une répétition. Mais ce n'est pas cette interprétation que nous 
voulons critiquer ici ; c'est l'argument que M. B. tire de S. 
•pnnna^na « par leurs louanges ». Or, en ce paragraphe, S., qui 
traduit très librement, a l'habitude de réunir plusieurs hémis- 
tiches en un seul, et ce mot « par leurs louanges » répond à l'hé- 
mistiche suivant, •pr.nnawna ipia = •qiBTja "npin. M. Bâcher s'est 
laissé induire en erreur par les éditeurs, qui n'ont pas vu que 
cette phrase doit être numérotée 5 a, et non 4 d. 

xlv, 1 d. dan mwnna tmwi. D'après M. B., ces mots n'ont 
aucun sens. Ils ne présentent, pour nous, aucune obscurité ; ils 
signifient : « Il le ceignit de la force du reèm ». Cette métaphore 
est empruntée à Nombres, xxm, 22. On comparera à cette pensée 
à l'éloge que Josèphe fait de la force des prêtres. Cette leçon est 
attestée par S., qui, suivant l'interprétation traditionnelle, rend 
mwnn par la hauteur (au lieu de ûiTi, if a la leçon marginale 
TKW). A ce texte, dépourvu de toute obscurité, M. Bâcher sub- 
stitue ïibîin i-iu^tta (Isaïe, lxxi, 3), expression, on en conviendra, 
qui ne rappelle guère graphiquement nan manna (tandis que 
-wn offre quelque ressemblance avec ùan). Et pourquoi s'aviser 
d'un tel expédient? Parce que G. porte xaî 7rspi£Ç(o<7Ev aùxbv 7tepi<r- 
toXtjv BoiJTjç u et il le ceignit d'un vêtement de gloire » et que les 
LXX traduisent précisément rtVnn nia^tta par xaTa<nroÀT t v oôçr,;. Or, 
il n'est pas sûr du tout que cet hémistiche de G. corresponde au 
nôtre, ce sont les éditeurs qui ont établi cette concordance. Pour 
cela, ils sont obligés de mettre en corrélation 7 c du grec, Ijiaxdpt- 
<>£v aùxbv év Euxoffjiiç « il le déclara heureux en beauté », avec 
■H la 3 a "irrrr-na-n, que nous ne voulons pas traduire ici parce qu'il 
faudrait entrer dans de longs développements, mais qui, à coup 
sûr, n'offre aucune analogie avec G. Cet hémistiche, Fritzsche, 
qui ne manquait pas de flair, malgré son inexpérience des langues 
sémitiques, s'en était, à notre avis, bien rendu compte ; il avait re- 
connu que fmaam, lecture que reflète ê[xaxàpia£, était un mauvais 
déchiffrement de wiT&n « il le ceignit» ». Notre texte lui donne 
raison, et c'est à 7 c, et non à 7 d, que correspond notre hémis- 
tiche. G. a donc traduit soit Dan msinna, soit iNn meanna, par 
èv 6uxoff(xi<f « en beauté » ; dans un cas, la traduction est libre, 

1 M. Noeldeke n'hésite pas à donner raison à G., et M. Smend se rallie, cela va 
sans dire, à son opinion. 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRAGH ET SON OUVRAGE 45 

dans l'autre elle est exacte ; mais dans l'un et dans l'autre, elle 
s'accorde très bien avec l'hébreu. 



Nous sommes en dissentiment avec M. Bâcher sur beaucoup 
d'autres points, soit qu'il corrige l'hébreu, soit qu'il le complète 
par divination, pour la raison que nous allons dire. Notre érainent 
confrère s'est uniquement servi du texte édité sans le confronter 
avec le fac-similé, encore moins avec l'original. Or, les éditeurs, 
qui se sont admirablement acquittés de leur tâche, n'ont pas 
atteint du premier coup la perfection ni toujours touché juste. 
Ils ont par là égaré ceux qui se sont fiés à leur fidélité. D'autre 
part, pour les restaurations, ne sachant pas l'étendue des la- 
cunes, l'état de conservation des lignes, qui s'oppose souvent à la 
restitution des lettres à grands jambages, dont les têtes ou queues 
se verraient encore, M. Bâcher s'est, sans s'en douter, lancé à 
l'aventure. Il n'en faut que plus admirer la sûreté dont il a fait 
preuve en nombre de passages. 

Si, au lieu d'énumérer les cas sur lesquels nous ne saurions 
donner raison à M. B., nous relations ici toutes les explications, 
interprétations et hypothèses que nous jugeons excellentes, il fau- 
drait reproduire la plus grande partie de son article, et aussi nous 
louer nous-même, puisque le plus souvent elles confirment les 
nôtres. 

Pour qu'on ne nous accuse pas d'outrecuidance, nous allons 
humblement faire notre mea culpa en citant maintenant les er- 
reurs qu'un nouvel examen du texte nous a permis de constater 
dans notre premier article. 

xxxix, 18. wiianb mat*» "pan. G-, en traduisant ces mots par 
où* IffTiv sXàTTiostç eîç ccoTYipiov goitoù « il n'y a pas de diminution à 
son salut », n'a pas lu TiSJtt, mais n^ittt, ou même, d'après l'o- 
reille, mon», car il rend toujours ainsi ce dernier mot. 

xxxix, 20. ms wm \ m ûp "pa. S. irrànp "ucn b^bpn mb. Nous 
avons traduit à tort V>bp par « léger » ; il faut corriger en « peu », 
et ce mot correspond à tû3>tt et non à pp. S. s'est laissé guider par 
la pensée, sans se préoccuper des mots, et au lieu de « Pour lui, 
rien de petit ni de peu », il met : « Pour lui, pas de peu ni de beau- 
coup ». 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

xliii, 19. d^ïfc tbm yim « Et elle pousse des fleurs couleur 
de saphir ». En rendant les deux derniers mots par <7xoXd7rwv àxpa 
« des extrémités d'épines », G. a plutôt cru lire û^p i^pod que 
trnp isiDa, car il suit généralement l'ordre des mots hébreux. 
(C'est, en partie, la conjecture de M. Bâcher.) 

xli, 13. Il n'est pas nécessaire de supposer, comme nous l'avons 
cru, à l'imitation des éditeurs, que in naia soit une faute pour 
ûiin raica « le bonheur de la vie » : « le bonheur de l'être vivant » 
va aussi bien. 

xlvii, 23 c. ï-ttin nom nbiN ann « Large en folie et dénué d'in- 
telligence ». Les premiers mots sont rendus ainsi par G. : Xaov 
àcppoffuvYjv « folie de peuple ». L'explication que nous avons donnée 
de cette altération est inutile si l'on adopte la correction de 
M. Mayer Lambert, 7rXaxuv « large » au lieu de Xaou, correction 
très plausible. 

Israël Lévi. 



POST-SCRIPTUM. 



Pendant que nous corrigions ces épreuves, nous avons reçu une 
nouvelle édition de nos fragments faite par M. Rudolf Smend 1 . On 
n'accusera pas ce savant auteur d'avoir examiné le ms. à la légère : 
on voit qu'il Ta scruté à la loupe, ne laissant de côté aucun trait ou 
débris de lettre ayant échappé aux ravages exercés par le temps ou 
la morsure des vers. En nombre de passages, il a très heureuse- 
ment rectifié l'édition de MM. Gowley et Neubauer, et il faut lui être 
reconnaissant des améliorations qu'il a apportées au premier déchif- 
frement. Mais, à notre avis, il a été victime de sa conscience scrupu- 
leuse : il a vu, surtout dans les marges, quantité de mots et de lettres 
qu'il nous a été impossible, avec la meilleure volonté, de discerner. 
Et le plus souvent, ces mots ou lettres forment des phrases ou des 
locutions dépourvues de sens et contraires à la grammaire et à la syn- 
taxe hébraïques. Quelques exemples seulement : xxxix, 17 c : ïn3[i]a 
ûi^Sy "5$ "th^ï* Ces mots sont absolument inintelligibles ; jamais co- 
piste, si ignorant qu'il fût, n'aurait reproduit pareils monstres. En 
outre, on ne distingue que ^pn? et, au commencement, des fragments 
de lettres pouvant donner le mot ÏTO1. De la fin, on ne voit rien du 
tout. M me Lewis ayant apporté à Paris son fragment, nous en avons 
repris l'examen avec MM. Schechter, Cowley, Stenning et Ginsburg : 

1 Das hebrâische Fragment der Weisheit des Jésus Sirach [Abhandlungen der K. 
Gesellsch. d. Wiss. zu GMingen, 1897). 



QUELQUES NOTES SUR JÉSUS BEN SIRACH ET SON OUVRAGE 47 

il nous a été impossible de découvrir la moindre trace des préten- 
dus deux derniers mots. — Iùid., 48, mb^i «131^ TnMn» Du premier 
mot, qui seul est endommagé, le n initial est possible; les deux 
lettres suivantes sont illisibles. Quant à cette forme inaan , nous 
renonçons à en deviner le sens. — Ibid., 20 £, û'HÏSD Nb p br 
inanttînb. Il n'y pas le moindre doute qu'il faille lire, comme les 
premiers éditeurs, nrunttînb 15073 ttîhïi] , qui rappelle *p« nnDinnb 
HDOtt des Psaumes. Une phrase comme celle qu'a cru lire M. Smend 
serait barbare en hébreu. Le mot D^13D « cécité » ne se rapporte 
jamais qu'à des êtres animés ; de plus, il faudrait "pN et non Nb. — 
Le reste est à l'avenant. 

Le savant critique allemand ne s'est pas posé cette question si 
simple : Pourquoi le texte, qui se lit avec la plus grande facilité dans 
toute la portion bien conservée du ms., offrirait-il de telles mons- 
truosités justement dans les passages endommagés * ? 



1 Nous avons tenu compte, dans les notes qui précèdent, du travail de M. Smend. 
Quand nous le citons dans le texte, c'est d'après l'article quïl a publié dans la Théo- 
logische Literaturzeitung. 



NOTES CRITIQUES 



SUR 



LE TEXTE DE L'ECCLÉSIASTIQUE 



Pendant que, dans ce dernier demi-siècle, il y a eu presque sur- 
production de travaux sur l'Ancien Testament, les Apocryphes 
sont restés très négligés. Les ouvrages relatifs à Ben Sira sont 
particulièrement rares : le commentaire de Fritzsche, si estimé en 
son temps, est très en retard. C'est ainsi, par exemple, qu'il nie en- 
core que la version syriaque ait été faite d'après l'original hébreu. 
Mais, malgré ses lacunes sérieuses, il n'a été remplacé jusqu'à pré- 
sent par aucun ouvrage français ou allemand qui ait une réelle 
valeur scientifique, et il était réservé à l'Angleterre de nous aider, 
par l'excellent commentaire d'Edersheim, à mieux comprendre le 
livre si intéressant et, à plusieurs points de vue, si important de 
Jésus fils de Sirach. Mais voici qu'on vient de découvrir des frag- 
ments hébreux de l'original, et cette découverte imprévue a ap- 
pelé l'attention de nombreux savants sur cet Ecclésiastique si 
longtemps négligé. Comme on a maintenant un solide point d'ap- 
pui pour juger les diverses traductions, on peut établir avec plus 
de sûreté l'exégèse des morceaux hébreux même qu'on ne con- 
naît pas encore. 

J'ai essayé ailleurs 1 de caractériser brièvement la valeur cri- 
tique des versions grecque et syriaque (G. et P.). En général, 
G. a traduit fidèlement et littéralement, mais n'a pas toujours 
compris le texte original, tandis que la version de P. est très 
libre et laisse parfois de côté des passages étendus de l'original, 
mais rend quand même plus exactement le sens; on y trouve 
parfois des interpolations émanant de G. *. Le texte syriaque pré- 

1 Wiener Zeitschrift fur die Kunde des Morgcnlandes, XI, 95 et suiv. Cf. les ob- 
servations analogues de M. Israël Lévi, dans cette Revue, t. XXXIV, p. 1 et suiv. 
* Voir, plus loin, les observations sur ix, 8-9 ; xxxiv, 10; xxxiv, 13. 



NOTES CRITIQUES SUH LE TEXTE DE V ECCLÉSIASTIQUE 49 

sente des altérations qu'on peut rectifier par la version grecque *, 
et, réciproquement, certaines altérations de G. peuvent être cor- 
rigées à l'aide de P. 2 . En tout cas, pour l'étude de l'original, 
P. offre la même valeur que G. Quoique M. Edersheim ait su 
faire un usage excellent de P., il a quand même laissé à ses 
successeurs bien des choses à glaner, comme le prouvera notre 
étude. Pour beaucoup de passages, le traducteur syrien avait 
sous les yeux un meilleur texte que G. ; en d'autres endroits il a 
mieux compris le sens, et là même où il a mal lu ou traduit 
inexactement, ses erreurs, comparées avec G., permettent de de- 
viner le texte original. C'est ainsi qu'on peut affirmer l'existence, 
dans le texte hébreu, d'une série de mots ou d'expressions qu'on 
n'avait pas encore rencontrés dans l'Ancien Testament : par 
exemple, rm nb^n, « épouse » (ix, 9) ; tnan bfca (ni, 31 ; xxxn, 3); 
1735, « charbon » (vin, 10); ©*W, « répudier sa femme » (vu, 26) ; 
p-nn et "prnin (xxv, 1*7) ; b* tw (xix, 30) ; «iujd3 na r<wn (iv, 27) ; 
ïfnpn (xxx. 10) ; ntri (xxvi, 11 ; xxxvi, 5) ; "in£"> n« ^nrs (xxi, 11) ; 
nDtt (n, 1 ; xxvi, 28) ; mm» (v, 11) ; srri (xxx, 39) ; )td (xxii, 15); 
nutt (vi, 3) ; masa na "jna (vu, 20) ; n^bnp (xxvi, 27) ; an « maître » 
(xvi, 11) ; mô (xxxvi, 17 ; li, 3). 

Nous souhaitons que notre travail puisse aider à résoudre, en 
partie, les difficultés si variées que présente l'Ecclésiastique. Par 
suite d^ la nature même de cet ouvrage, bien des problèmes 
resteront sans solution. Nous présentons nos remarques sous 
forme d'une suite de scolies accompagnant le texte; elles man- 
quent ainsi d'un lien les rattachant entre elles, mais elles sont plus 
faciles à utiliser. 

i, 27. <rocpia yàp xoà icociSsfa cpdfioç xuptou (manque dans P.). Est em- 
prunté à Prov., xv, 33, ce qui a échappé jusqu'à présent aux com- 
mentateurs. Les Septante ont, ad l. : cpojîoç xupCou 7c<xi8ei'a xal 
corpta, tandis que dans l'hébreu on lit nwan nontt 3 . Ce serait là 
une nouvelle preuve que le traducteur grec a utilisé la version des 
Septante. Il est pourtant possible que le texte des Proverbes ait 
eu réellement à l'origine rraam non», et que Ben Sira ait eu ce 
texte sous les yeux 4 . 

i, 30. à7roxaXu<]/£t xùpto; xà xpi>7CT<x sou. P "pniDN. Dans H., il 

1 Cf. les observations sur n, 15; xxi, 27 ; xxiv, 33 ; xxxiv, 23 ; xxxviii, 28. 

1 Cf. les observations sur xvi, 16 ; xvi, 26 ; xxxvi, 19. 

8 Cf. Ben Sira, xxxviii, 33, rcaiôsiav xal xpiu,a (leçon exacte de A. S. Vet. Lat. 
au lieu de ôtxiaoauv7]v x. xp.), à côté de P. Nn?3Dm NjDb"P ; — xxxix, 8, uaiôeiav 
SiSaoxaXtaç aÙToO, dans P. Nnfa^m N3SbT. 

w La leçon que j'ai proposée (Analecten, 60), îlfa^n 10M2, irait mieux avec le 
contexte. 

T. XXXV, N° 69. 4 



50 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

y avait "p-inott, que P. a lu ïpnh&fa; cf. Jér., xlix, 10, navnba 

V^P&tt, ei dans Septante, àv£xàAu'|a xà xpuTcxà aùxôjv. 

Il, 1. éToijxacov tt|V ^u^v aou ; F. "jiûm nftb\25K. Il y avait proba- 
blement ici ^^552 hdïd, expression qui, dans le néo-hébreu, signifie 
« se livrer », par exemple, dans Sifrè Ki Tézè, 279. De même, xv, 
14, xocï àcpYjXsv aùxbv èv jçetpï oca^ouXtou aùxou, dans P. ùbtt58, il y 

avait sans doute TV& Ta "nDEn ; on lisait aussi no» xxvi, 28, 

éxot^àcei sic pop.cpaiav aùxov ; P. iJTftbttJN. 

il, % eûôuvov ty)v xapoiav <jou (manque dans P.), dans H. *jab pn, 
et non pas, comme suppose Fritzsche, ^w. Cf. les Septante sur 
Psaumes, lxxviii, 8; II Ghr., xn, 14; xxx, 19. 

II, 6. eûôuvov xàç ôSouç aou xai &X7ct<JOv Itc' aùxov. La version de 

P. ^nrrnN ynna nm m. *do est confirmée par des passages tels 
que Ps., v, 9 ; Isaïe, xlv, 13, et surtout Prov., m, 5-6, „./n ba naa 

*pmm» "1125"»'' frOÏTl. Cf. aussi Siracll, XXXVII, 15, bV/jÔTyri OuyiVrou t'va 
eùÔuv/) ev àAYjôeia, xtjv oSôv aou. 

il, 8. xai où [xv] 7CTaiff7) ô [xicjôbç upuSv. La traduction libre de P. fn 
•p:rW8 mnfc ssb s'explique par Lévit., xix, 13L 

II, 15. oùx a7T£ 1 6 V] <7 ou (7i pT,[X7.xojv aùxou. Au lieu de *p 3 3 tfb 

îTfôNtt de P., il faut lire probablement "pbos. H. avait Ttn* ab ' ; cf. 
xxxix, 31, va Vtirab; Ps., cv, '28; cvn, 11 ; Sir., xvi, 28. 

III, 11. 7] yàp oo£a àvÔpu>7rou ex xtu.r,ç Tcaxpbç aùxou. P. Ta ÎTlp"^ 

mn&n Ti mp^tx fioaïtt. Dans le Midrasch Ësthtr (III, au com- 
mencement], on lit ^pmaN *)p"n ^i:^ np\ phrase qui se rapporte 
manifestement à notre passage et doit être ajoutée à la série des 
passages de Sirach cités dans la littérature rabbinique (commu- 
nication de M. Kahan de Leipzig). 

m, 31. bàvxaTcooiooùçy-ip-.Ta;, tr.id u t;o:i s^rvilede tnon bEia. Cette 
expression, qu'on ne trouve pas encore dans l'Ancien Testament* 
avec le sens de « se montrer bienfaisant, pratiquer la charité », 
mais qui a déjà cette signification dans les plus anciennes parties 
de la littérature rabbinique, est traduite exactement dans P. par 
*YW7 lasH. Comme G. n'a pas compris ici le verbe btta et qu'il Ta 
pris dans son sens habituel de « rémunérer », il a donné une tra- 
duction absolument fausse de ce verset 8 . Le contexte (cf. verset 
3 a) prouve surabondamment qu'il ne peut être question ici que de 
charité. On rencontre, du reste, encore deux fois cette expression : 

1 Les Septante traduisent souvent ÏT^Î"! par à7mQeïv. 

2 Abot, i, 2, dans une maxime attribuée à Siméon le Juste. 

3 Frânkel, qui a retraduit le grec en hébreu et fait preuve, en général, dans son 
travail, d'uu sens peu critique, a cependant deviné exactement l'expression b?^} 
*70n ; xxxji, 3, il a moins bien traduit par Ti^M2 bfàX Edersheim, xxxn, 3, sup- 
pose b"l?23 b?23, expression qui n'a jamais le sens exigé ici. 



NOTES CRITIQUES SUR LE TEXTE DE VSCCLÊ8IAS TIQUE 51 

xxx, 6, àvTaTiootoovTa /aptv *, et xxxii, 3, àvTa7rooi8ou<; ^apiv, parallè- 
lement à o 7roiwv ÈX£Y|[xo(7uv^v (non bEia — îipn* ïtûv). Cf. Eder- 
sheim, xn, 3. 

iv, 1. ô<p9aXjM>ùç ImSeeïç; P. îcw, fcWSOfcb. H. avait mbo û^^, 
comme dans Deut., xxviii, 32 (cf. Baruch, n, 18, ol ôcpôaXjxoî o\ 
èxXeiuovTeç). Dans Deut., xxviii, 65, P. rend aussi tro^* ï'pbo par 
«a^n «aran. Dans notre passage, P. a lu trw pour d*w. 

iv, 12. ol ôpôptÇo.vTeç xpbç aûryjv ; P. nb "p^an. H. avait ici 
imniûtt, de môme que vi, 36; xxxv, 14; xxxix, 5. L<s Septante 
rendent souvent nntD par opôpi'Çetv, probablement pour rappeler la 
parenté de ce mot avec nrpâ 2 . Dans Proverbes, vin, 17 et xi, 27, 
P. a également traduit Tua par N?a — Pour l[X7cX7i<j6^<rovTai eû<ppo- 
(xuwiç, P. a apia }ft iO^ais "pbap^, ce qui paraît plus conforme à l'ori- 
ginal; cf. le passage parallèle de xxv, 14 : oi ôpÔpÉÇovreç eup^outriv 
suSoxtov. H. avait aux deux endroits "pin "ip^s" 1 ; cf. Prov., vin, 
35 ; xn, 2 ; xvm, 22. A ce dernier endroit, P. a, comme ici, baptti 
aoitt 172 ara*. 

IV, 19. xod 7tapa8c6(T£i aùxbv eiç X^P ^ ^ToSa-sojç î P» a Ta ■'ÎTTtobtiîiO 

NDian. H. avait , t s*r> hv lïTW, comme Ps., lxiii, 11, où les Sep- 
tante et P. traduisent comme ici. 
iv, 25. âvxpà^O'., P. -«bana. H. avait dbar,, que P. a lu aboii. 

IV, 27. xori {X7| uTrocTpoSa-yiç <7£auxov àv6pa>7iw jjuopco ; P. "pTl tfb 

*jibb:j «itatob. H. avait ^uîds snatnbK. Dans l'Ancien Testament, il 
est vrai, 3>">£n a seulement la signification d' « étendre par-des- 
sous 3 », mais le mot arabe :?£snn, qui a la même racine que 
a^iKi, a le même sens que le mot du texte de l'Ecclésiastique. 

v, 3. Tiç jx£ 8uva<7T£Ô<T£t, dans P. ^n tftttt 137D. H. avait bav ^ 
■»b ; cf. Gen., xxxii. 26, où P. donne la même traduction. 

V, 11. ylvou fa^ùç Iv àxpoy.<7£i aou xai iv jxaxpoO ujj. (a cpOÉyyou 

à:r6xpi7iv ; dans P. NttanD asr nm am^n^ai y»tt3ttb ai-no» nm. H. 
avait *nn am msinttan snMb -mn ITtt. Bien que, jusqu'à pré- 
sent, on n'ait pas rencontré m^n» dans l'Ancien Testament, on 
peut l'admettre sûrement ici. L'adjectif finio, « circonspect », se 
trouve df^jà dans l'ancienne sentence d'Abot, i, 1, et il n'y a aucun 
autre mot hébreu qui convienne aussi bien en cet endroit 4 . P. a 

1 Ici le sens de « rémunérer • convient également, comme parallèle de ëxSixov de 
la première moitié du verset. 

1 De même, le mot ôpôpiÇsiv a été employé pour D^STUÏT Fritzche, ad l., n'a 
pas reconnu que les Septante n'ont traduit ""irUD par ôp6p(Çetv que pour rappeler 
^ntÙ ; Û^HDttJn n'a jamais le sens de « tendre à quelque chose ». 

3 Les Septante ont aussi dans Isaïe lviii, 5, et (dans quelques mss.) Esther, iv, 
3, u7ro<7Tpd>vvvfju pour 3>iStï1. 

4 Dans Bereschit Rabba, x t au commencement, on trouve m^ntta, comme ici, 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

NrwnB; la traduction de G., Iv (jiaxpoôufjua, est fantaisiste. Dans 
Jac, i, 19, où notre verset revient, on trouve la traduction exacte 
PpaBùç elç to XaXriaai. 

V, 13. xai Y^wcca àvôpa>7rou 7TTwffiç aurai ; dans P. ^33T "JlïlD^bl 

■pttb att") &w»k. H. avait nb^Dn tm ïniûbi ; cf. Ps., lxiv, 9, 
bai©b wb* 'nVrçD'n. 

VI, 3. Ta cpùXXa (jou xaTacpayecai xat toùç xap7iouç cou a7roX£<7£iç ; P. 
traduit plus exactement par Vonh 'pso *inn ^pDTJ. Selon toute 
probabilité, il y avait ici le verbe n^iûïf, qu'on commence à trouver 
seulement dans la Mischna, mais qui est certainement de l'ancien 
hébreu *. 

Les passages de vi, 9-10, manquent dans P. et S 2 ., par suite 
d'un homoioteleuton (8&-10&). 

VI, 2T. £yxpaTï|ç y£vo(j.£voç (jlyj àcprjç aÙT7,v ; H. a C|*nn btf Ï13 pTttïl. Cf. 
Prov., iv, 13, rpn btf noTan pmrj. P. a encore ce passage, xxv, 
12 ;l, 29. 

VI, 29. xoajxoç yàp ^pua£0ç laxiv £7i' au ttjç, xal ol 0£C{j.oi aû-r^ç, xXc5ap.a 

uaxtvôivov. La première moitié du verset n'a pas du tout la même 
image que la suite 3 . On résout le mieux la dîfriculté en supposant 
que H. avait ïnb*, que G. a lu ïvbi. Il faudrait donc traduire : 
«Un ornement d'or est son joug et un tissu de pourpre ses 
liens 4 ». On trouve un passage parallèle dans xxvm, 19-20... 6 yàp 
Çuybç aÛTTj; Çoybç aioTjpouç, xat oi 8e<7(/.oi auTT|Ç Secrjioî yéXxzoï. Cf. aussi 
Jér., h, 20, et v, 5, où bv se trouve également à côté de rrnoTO 5 . 

vu, 6. O^o-etç <7xàv8aXov. H. avait isn inn, comme dans Ps., l, 20, 
où les Septante traduisent de môme. Dans xxvn, 23, ooj<t£i axàv- 
8aXov, l'hébreu avait w im, et dans xliv, 19, on trouve en marge 
la leçon exacte wi ïtom }r\î ab. 

vu, 14. (xïj àSoX£<7^£t ; P. -pDD5 -înôn «b. H. avait rnian, où P. a 
peut-être lu rmûn ; cf. pourtant Nestlé, Marg. a. Mat., 50. 

opposé à nVPÎ-piD. L'expression SHEtiîb Tïlfà de la première moitié du verset se 
retrouve également dans la littérature rabbinique (voir Abot, v, 15). 

1 On voit que TiïJj est une racine hébraïque par la comparaison de ce mot avec le 
syriaque "nro et l'arabe "irO- Il est vrai qu'en général, on n'emploie ")^J3 qu'eu 
parlant de fruits, mais une fois aussi (Soucca, 10a) en parlant de feuilles ; il en est 
de même du syriaque HPÙ- 

8 29 b et 30 a manquent dans P. par suite d'un homoioteleuton (29 b et 31 a <tto)^v 
SqÇyjç). 

a Edersheim dit : « The figure is now somewhat clumsily varied •. 

4 Et non pas des « serre-tête •, comme le traduisent les commentateurs modernes, 
contrairement au sens de l'ensemble. 

B 11 y a une faute analogue dans Lament., III, 28, où, d'après le verset 27, il 
faut lire S^V avec P., au lieu de "pblP. Cf. Sir., xlv, 12, b^V)2, G. suàvii), cVst-à-dire 
hy)2- M. Smend, de Goettingue, à qui j'avais écrit le 16 mai 1897, pour lui com- 
muniquer mon explication, m'a répondu que M. Wellhausen avait fait celte re- 
marque depuis des années. 



NOTES CRITIQUES SUR LE TEXTE DE V ECCLÉSIASTIQUE 53 

VII, 17. Ta7tetv(o<TOV ff^oSpoe ttjv ^u^-rçv cou, ote £x8''x^ctç aseêoïïç 7TTjp 

xal <7xwX-rj^. On retrouve ce verset dans A bot, îv, 4, non pas pour- 
tant comme chez G., mais comme chez P. : brjtt ^œsa '■paa ata ata 
ton Nn*nb «usas ^as "pj-jbw amm (mpnu: rt"n bsuj ■nrt tne "jn^ 
ï-ftn unaa). Je ne crois pas me tromper en admettant que G. a ici 
une interpolation chrétienne. Ce serait une allusion aux châti- 
ments de l'Enfer. Cf. Marc, ix, 48, où le passage analogue d'Isaïe, 
lxvi, 24, est appliqué à l'Enfer ; voir aussi Judith, xvi, 17. 

vu, 20. (xiffOiov oeuvra ^u^tjv autos 1 ; P. a îiujw bfcaw. H. paraît 
avoir eu ici liûsa na "jnia avec le sens de « se sacrifier » ; cf. Me- 
chilta, 68 6 : maifcrt ba> taïusa tramai, et ailleurs. On ne trouve pas 
cette expression dans l'Ancien Testament. Edersheim, ad l., sup- 
pose, d'après Deut., xxiv, 15, qu'il y avait itiisa na wua, mais ces 
mots ne conviendraient pas ici. Dans u, 26, les mots TOsa Wi 
(manquent dans G.) correspondent aussi à nasa na ïma. 

vu, 21. àya7ràTw cou 7] ^u^ ; dans P. plus exactement ^pa waitiK 
^rcoa, c'est-à-dire *pûDa3. Cf. Deut., xm, 7, 'posas -nz)8 -çan, et 
Sir., xxvn, 16, P. msa ^a tttttn. 

VII, 24. xod [X7] îXapoj<T7)ç irpoç aùxàç to 7rp6<7(07rov ; dans P. "Hïian kVi 

^pBN "pïib. H. avait sans doute tras brttn b« ; cf. Ps., clv, 15, où les 
Septante traduisent de même. 

vu, 26. (xyj £x(3àXy)ç aÙTTiv ; dans H. nunan ba. Cette expression, 
usitée dans l'hébreu plus moderne avec le sens de « répudier une 
femme », ne se trouve dans l'Ancien Testament que sous la forme 
de î-nDVtt (mais jamais dans des écrits d'avant l'exil), tandis que 
comme verbe on employait exclusivement nbp ; dans les Septante, 
èça7ro<7T£ÀX£iv. On trouve aussi dans xxviii, 15, IxpàXXco pour una 
avec le même sens. Déjà Fritzsche a indiqué tina, mais sans faire 
aucune observation. 

vu, 29. ôaùjAocÇe; dans P., *)p\ Comme Fraenkel l'a déjà dit avec 
justesse, H. avait *iin, d'après Lévit., xix, 15, où les Septante ont 
aussi ôaujxàÇeiv. 

vin, 6. xoù yàp s S 7j{ji.(Sv y7)pà(rxou<7tv ; dans P., "pnND 1^ ta û ta intt. 
H. avait certainement natott iapT ^, « car ils sont plus âgés que 
nous ». G. n'a pas reconnu que natttt est ici un comparatif. 

VIII, 10. (A?) £xxac£ av8paxaç àpiapTtoXou ; dans P., KSmtÛ fcOïin Nb 
N^Ptta. tminb. H. avait sans doute amn -n^a nnn ba, « n'attise pas 
les charbons du méchant ». Au lieu de nnn (de îinn, voir Prov., vi, 
27 ; xxv, 22; Isaïe, xxx, 14), P. a lu inn 2 . Ce qui prouve qu'il y 

1 vi, 32. èàv ôwç tr)v ijiux^v arou, probablement dans H. "J^b d^lîîn UN > cf. P. 

2 Cf. Genèse, xlix, 6, et Job, ni, 6. Daus le premier passage, P. a commis Ter- 
reur contraire en lisant nftn (de nfia), au lieu de ^fin. 



54 REVUE DES ETUDES JUIVES 

avait ici le mot *i»a « charbon » (en araméen itfnttin et en arabe 
ftnna), qu'on ne trouve pas dans l'Ancien Testament, c'est que P., 
se trompant complètement sur le sens, a pris wi ^vïï pour sw 
Titoi, expression fréquente dans le Talmud. 

vin, 11. tw <yTd[i.aTi sou ; dans P. "rwp. Ii y a là confusion de 
*pcb et "p5sV, comme i, 29. Cf. Prov., xv, 14, ^sn, Keri, m 

IX, 4. [Lr\ 7TOTS àXojç sv toTç s 7r i ^ s i p Yj [x a (j i v aùx^ç ; dans P. NfaVl 

rtnwtta -r-mn. H. avait rmirpiDS. que P. a lu mnimba ; cf. 
plus haut, vu, 14. De même les Septante, dans Ps., cxix, 85, ont 
lu nimtô pour rnmip. 

ix, 7. (xv) 7r£ptpX£7rou lv pu^aiç. 7tdX£ojç ; dans P., ipTsn^uiUrn 
«nri». H. avait probablement nv mmma aiian btf ! . Déjà Ben- 
zew a aaittJn ; P. a songé à aiuî « dédaigner » ; cf. Ezéch., xxvni, 
24, ùm« tnaawifi, où P. a inb v&'&'n. 

ix, 8. e7eXavTq67|<rav ; dans P., ma. G. a pris lia» dans le sens 
d' « errer », ce qui ne convient pas ici. Le cas contraire s'est 

présenté pour I Macc, III, 9, xori auvrflCLyev à7toXXu[Ji£VOuç, où P. 

dit NTra» îawi. Il y avait là, en effet, le mot û^mts avec le sens 
d' « égarés, dispersés », que P. a bien compris, mais non G. Cf. 
Rawlinson, ad L, qui a bien deviné le sens. Ce passage est une 
preuve importante que le traducteur syriaque du premier livre 
des Macchabées avait sous les yeux l'original hébreu 2 , car le 
mot KTWia s'explique s'il y avait tnniN, mais non pas s'il y avait 

à7roXXu|Jiévou<;. 

ix, 9 p.£xà uuàvBpou yuva'.xdç ; dans P. arra mtt &*. H. avait û* 
imn nb3>n ; ainsi également chez Benzew. Dans le néo-hébreu, 
mn nb3>n a le sens d' « épouse, maîtresse de maison ». Le Talmud 
cite notre passage înb^a bira, qu'il ne faut pas lire avec Raschi 
îibtta mais qu'il faut ponctuer ïibsja. Reit'mann (tpDNft, III, 244) 
propose de lire mn nb^i pour nb^n. 

Ibid. p.-/j 7:ot£ ixxX''vY] 7] '^/'^ cou E7c' aÙTr^ ; dans P. NUD5 înttb*! 
^nb îm'm, d'après Prov., vu, 25, où on lit, avec un contexte ana- 
logue, ^pbrvo-n btf vw b». En général, les versets 8-9 présentent 
plusieurs points de ressemblance avec Prov., vu, 26-27, et tout 
particulièrement la citation du Talmud (Sanh., 100 b ; Yebam., 
63 b) est empruntée littéralement, pour les derniers mots, aux 
Proverbes. 

Il s'est produit une confusion dans le texte des versets 8-9 ; les 

1 U*T£5 signifie en réalité « errer », et non pas • regarder autour de soi » ; cf. 
pourtant Zach., iv, 10 ; II Chron., xvi, 9, où l2l3*]U5 s'applique à des yeux qui re- 
gardent tout alentour. Peut-être 7C£pi(S).£7rou n'est-il qu'une traduction libre de notre 
passage et Ultf) avait-il son sens original. Cf. le mot parallèle 7r)avd>. 

1 On a nié énergiquement ce fait encore tout récemment [Zeitschrift fur altttsta- 
mtntiiche Wissenschaft , 1897). 



NOTES CRITIQUES SUR LE TEXTE DE L'ECCLÉSIASTIQUE 55 

parties de ces versets ne se suivent pas dans le même ordre dans 
G., P. et le Talmud. Du reste, P. a le verset 9 sous deux formps 
différentes ; on l'y trouve en premier lieu avant le v. 8, où il 
rVst d'accord en grande partie avec G.; mais là c'est une inter- 
polation. La seconde forme de ce verset 9 semble reproduire 
exactement l'original, comme le prouve la citation libre ô'Abot, i, 
5. Geiger n'a pas vu l que la fin du verset, dans P., arrn tfoiai 
bruîb nwi, se retrouve dans Abot : ùM-ro ' W imon. H. avait ici 
biaw) *nn d^m ; cf. I Rois, n, 9. G. semble avoir traduit librement 
avec intention par ôXi<r6^o-y)ç eU àrcoiXeiav. 

ix, 11. v] xaxaffTpocpv] aux ou ; dans P. iimn. H. avait n&ïO ; dans 
Danie 1 , vu, 28, les Septante traduisent aussi ndid par xaxaffxpotpVj. 

IX, 13. xai iitl £7ràXç£oov tcoXeojv 7iôûi7iaT£Ïç ; dans P., NDTD5 b3H 

^bïitt na«. Le sens de l'ensemble et le parallélisme sont en faveur 
de P. Le traducteur grec s'est grossièrement trompé ici H. avait 
mTfttta, qui ne peut avoir ici que le sens de « rets, pièges », tandis 
que G. a pensé à l'homonyme rrvrtitE, « forteresses ». TrbXsojv 
semble être une addition postérieure. 

ix, 14. xoùç 7iX7j<7tou; dans P. '■pnn. Le mot *nn avait peut-être 
déjà dans H. le sens de « savant», comme dans le néo hébreu 3 . 
Cette hypothèse paraît confirmée par la deuxième moitié du 
verset. 

ix, 17. aocpbç âv Xôyw aùxou ; dans P. inbiDsn trsn. Peut-être les 
mots év Xoyw aÛTou appartiennent-ils au verset 18 et ici y avait-il 
à l'origine aocpbç xaï <7uv£x6ç. 

x, 5. eûoSia àvopoç ; dans P. b^ aoabita. Par erreur, le mot 
fctiM^TD a glissé, dans P., du verset 4 dans le verset 5, qui com- 
mence par les mêmes mots. 

X, 12. xal àub xoù Tror/jaavxoç aùxbv ; dans P. ■prP b "D3n. H. avait 

nniai>w, que P. a lu nnii^. 

X, 16. xod CLTZiûkeaev ocùxàç l'ooç 6£(jl£Xiojv yr\ç ; dans P. K3HN "J73 ^DINI 
XWSlSti. Ici P. semble avoir été influencé par la fin du verset 
suivant. 

X, 20. xal ol (po^ou^EVO'. xupiov év ocpOaX[xo?ç aùxou ; dans P. btTTTl 

ï-rttt *i *ipl2 Kïibtfb. H. avait ^jyn liïî ïtiïT arm, « celui qui craint 
Dieu est plus respecté que lui ». G. n'a pas compris nitott et il a 

» Urschrift, 241 ; Z. D. M. G., XII, 537 [=Ges. Schr., III, 276). Il n'est pas exact, 
comme le prétend Geiger, que, dans l'ancien hébreu, tf^N PUÎN n'est employé que 
par l'époux qui parle de sa propre femme, mais ne désigne pas la femme d'un autre. 
Le passage de Genèse, xx, 7, "£Ji£< D1DM 3123Ï1 semble lui avoir échappé, car il suffit 
pour renverser toute sou argumentation. 

1 Plus exactement Trp ; cf. mi3"in HTOTO, ad L 

1 En tout cas, il serait alors étonnant que ni G. ni P. ne connussent ce sens. 



56 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rapporté ce mot à STtPi ce qui est impossible au point de vue 
grammatical. Cf. plus haut, vin, 6. 

xi, 12. effTi vwOgoç ; dans P. btt:n tfaVi ma. H. avait btt?, que G. 
a lu b£*. Les commentateurs ne tiennent nul compte de P., 
quoique vwôpoç ne puisse pas aller avec le contexte. — uarspwv 
W/yï ; dans P. b^ "flWTi. Confusion de m avec ba. — xat o! ocpôaX- 

\lo\ xupiou £7iepX£(j;av aùxa> eiç àyaôà ; dans P. tnb* fcmtt'l fcTltoNtt 

nNL32. On voit clairement ici que P. s'efforce de faire disparaître 
l'anthropomorphisme dans ce passage. Cette tendance, qui se re- 
marque dans les Targoumim, existe aussi dans beaucoup de pas- 
sages de la Peschitto, comme l'a montré mon père l . Nous aurions 
donc ici une nouvelle preuve de l'origine juive de la version sy- 
riaque de Sirach. 

XI, 13. xat à7re8au|xa<7av Itt' aurai ttoXXoi. Emprunté à Isaïe, LU, 

14, irai yb$ "Hafctt). P. a la même traduction. Dans Dan., iv, 16, 
les Septante traduisent dttirnaa par à7ro6au[j.aaa<;. 

XI, 21. xoucpov ev ôcp8aX(i.oïç xupiou; dans P. WÏÏ2 Û'ip in y*ip. H. 

avait mv •wn nnp. 

xi, 22-26. Manque dans P. ; cette lacune provient de ce que l'œil 
du traducteur est allé de 21 & à 26, qui commence comme 21 b. 

XI, 31. rà yàp àyaÔà sic xaxà jxeTaffTpécpcov eve&peuei, xai èv xoTç aipe- 

xoTç £7n67j(7£i [xcofjLov ; dans P. «nai i3N»ai ^jcti Nniz^iib Krôtai 
Nnbpin ni-p. Comme âveSpeuet n'a pas de correspondant dans P. et que 
le mot ^Sfittaai ne convient pas avec le contexte, on peut admettre 
qu'il faut lire ynyî. Cf. verset 29, xà IveSpa tou ooXiou, dans P. 
aonb'Dn i!T«fi«33. En tout cas, il faudrait aussi changer smn, 

xi, 34. èvoixicxov àXXôxpiov, dans P. abl3>b pmnn «b. P. n'a pas com- 
pris l'impératif de l'original, qui était mis pour un conditionnel, et 
il a ajouté ab. De plus, *it, qui était dans H., ne signifie pas ici 
« pécheur », comme le croit P., mais « étranger ». 

XII, 5. IfjLTroo icrov xoùç àprouç aùtou xat jxt] ùmç aùrto ; dans P. 

!-îb bnn «b ^ï "^ne. H. avait ib }nn ba T|ttrib ibç. P. a bien 
compris ce passage, mais G. a lu iïïnb «bs, et a traduit : « Ne lui 
livre pas tes armes *, pour qu'il ne triomphe pas de toi par elles ». 
Pour ouvacrreuaT), P. a îuronn, qui répond probablement à l'hébreu 
*rb b:ov> ; cf. plus haut, v, 3 3 . 

1 Meletemata Peschitthoniana, 18-19. 

1 Cf. Il Sam.,i, 27, Î1?2nb70 "^D. Dtlb dans le sens de ïlttfibtt, comme dans 
Juges, v, 8. 

3 Benzew propose ^TÎ^T ^b^ (avec le sens du néo-hébreu), mais "Ifànb "^bs me 
paraît plus probable. P. aurait alors conservé le mot tel quel et G. l'aurait dérivé 
de *pT « nourrir », comme "pTfà dans Genèse, xlv, 23, et II Chron., xi, 23. Le nom 
de la lettre "pf, « arme », est certainement de l'ancien hébreu, et 'J'TJN, « armement » 
(Deutér., xxiii, 14), est de la même racine. 






NOTES CRITIQUES SUR LE TEXTE DE VSCCLÉS1ÂSTIQUE 57 

xii, 7. G. paraît avoir été influencé par le v. 4, tandis que P. 
s'est conformé au texte original. 7 b manque dans G. 

xiii, 10. Vva (j.71 èmXTiffÔTjç; dans P. «anon abn. H. avait TOjn^ que 
P. a lu ajtoff». 

xiii, 23. tov Xôyov aÙTou ; dans P. lïrfaaao». H. avait in»»Mj que 
P. a lu TniûNfc. Cf. Isaïe, m, 12; ix, 15, ^nir)»», dans P. ■patoa 
(comme si -nDK signifiait ici « rendre heureux »). 

xv, 1. 7ioi7](T£i aùxo ; dans P. îOdrt in?a. H. avait "p ïtw, « ce- 
lui qui craint Dieu agira avec droiture ». Les deux versions ont 
mal compris le mot p. 

xv, 16. Ttapéôïjxé coi ; dans P. ^Wp 'pp'oiB. G. a bien compris 
^psb mft, mais P. a pris rraïl dans le sens de « laisser ». 

XV, 19. xaî ol ocpGaXp.oî aùxou Itû xoùç cpo(3ou|xévouç aùxov ; dans P. bsi 

■pm *nw di». Au lieu de vkt bat w* (cf. Ps., xxxiii, 18 ; xxxiv, 
16), P. a lu ifiTP b3 tw. 

xvi, 5. TtoXXà xoiauxa, dans P., plus exactement, "pbn V 3 I^Sot 
(cf. la seconde moitié du verset). G. a lu nbfco au lieu de fibKtt. 

xvi, 7. o" àTtÉrrxYjaav ; dans P. attb? ibtti. P. a lu aVi* nabtt, au lieu 
de b*tt ibm 

xvi, 11. 8uvà<7T7]ç IÇiXaor^wv ; dans P. pntuttb auott. H. avait m 
mmbo(cf. le Pizmon de Schefatia, ^uina bjmir>), que P. a rendu 
exactement ; mais G. a pris m dans le sens de « maître », comme 
dans le néo-hébreu. On trouve un passage parallèle xvm, 12, 

i-Kkrfiuvz tov è^Xasjxov aùxou, dans P. ^STOpailD "ttOK. 

xvi, 15-16. Manque dans la plupart des mss. grecs, mais a dû 
exister dans le texte hébreu, car pour xb cpw; aùxou xaî xb cxôxoç 
£[X£ptd£ xai àSà[xavxt, P. a aœaa ^nnb àbs i"Di»m STïTOI. H. avait 
donc d^ttb pbn, que G. avait naturellement traduit par xu> 'Aoàjx, 
mais ce mot, par la faute d'un copiste, est devenu àoàjxavxi. 

xvi, 18. <raXeuÔ7j(7ovTai ; dans P. ïWp. H. avait yto\ que P. a 
lu mot*. On trouve encore ailleurs cette confusion de v» et 1»* 
(Ez., xxix, 7). 

xvi, 26. ev xpicrei xupi'ou; dans P. Nî-iba em %. A. lire peut-être ev 
grfoee. — jxepfôaç aûxàW; dans P., 'pï-pû'Haa. H. avait dpn, que G. a 
bien compris, « leur part », tandis que P. a pris à tort pn dans le 
sens de a loi ». 

XVI, 27. £xô(i|A7|<T£v eIç aiataa xà êpya aùxwv 1 , xaî xàç àp^àç aùxûv 
£tç yEVEàç aùxwv. H. avait dmojfc etdnbuîtttt, comme dans Ps., cm, 
22 2 . Benzew a deviné exactement dnbuittiï. 

1 C'est ainsi qu'il faut lire avec S., au lieu de aùxoO. 

2 C'est M. Friedmann qui a appelé mon attention sur ce passage parallèle. 



58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

XVII, 32. Sûvapuv utj/ouç oùpavou aùxbç ijriffxé7rx£xai ; dans P. Nmb'n 

anba )an ÈTtttm. H. avait mm ipD' 1 d*ra «as. Ce passage parait 
avoir été présent à l'esprit de l'auteur du Piout tpn Minai fa"ipDb 
y*» binn aa* b*). 

xvni, 7. ô'xav 7cau<nfiTat ; dans P. "pains 18. P. a confondu nara 
avec mu5. 

xix, 15. TToXXàxiç ; dans P. "paat «733. H. avait dWd întta, comme 
I Rois, xxn, 16 (= Il Cnron.i xvm, 15). 

xix. 17 xbv TtXïjffcov aou ; dans P. au^ab. H. avait an que P. a lu 
jn ; cf. mes observations sur xxxiv, 10. 

XIX, 30. àvayyéXXei ta 7cepî aùxou ; dans P. ^mb* J'ttlOtt. H. avait 

vba* d^w», qu'on trouve souvent avec ce sens dans la littérature 
rabbinique. 

xx, 12. oXtyou; dans P. tw ^a. P. a donc lu WtiD, au lieu de 
UJtta. 

XX, ^5. atpsrbv xX£7rx7)ç •>] èvBeXe^tÇwv ^euoEt ; dans P. àlSinfa 

"îbmttb t|N aaatàb. H. avait *ro:j, que P. n'a pas du tout compris. 

xx, 26 IvBsXsytoç ; dans P. ^nan. Existait-il peut-être également 
en hébreu, comme en arabe, une racine ^aa signifiant « se main- 
tenir, durer » ? ' 

xxi, 1. Y][i.apT£ç; dans P. n*nrr W. Au lieu de rpâflfl P. a lu rwito. 

XXI, 11. cpuXacra'wv vôtxov xaxaxpax£? xou £vvovj{i.axoç auxoiï;dans 

P. hnSf yba NDittS TJ31. H. avait certainement rmp na raa-o, 
« Quiconque observe la loi domine sa passion ». P. a assez bien 
compris, tandis que la traduction servile de G. ne permet pas de 
voir comment il a compris. On retrouve l'expression rur» n« izmarr 
dans Abot, iv, 1. Cf. Sir., xvn, 31 (manque dans G.), dans P. woitù 
rrûf) raaa kVt; et Prov., xvi, 32, irma bcva, dans P. tod:d raaaxn. 

xxi, 13. wç xaxaxXu(7(xôc ; dans P. arm NanaE ^N. H. avait 
anaïaa, que G. a lu binas. Dans 6, où G. a tctjy*] £<»%, et P. arn artt, 
le passage parallèle était d^n d" 1 » Tiptt (cf. Jér., n, 13) *. Voir 
dans Aboi, n, 11, les mots appliqués à Eléazar ben Arach, "pa^a 
ininain, et Abot, vi, 1, ^arca "ps^a maa>a na^b imna powi ba 
^aa.nttua iman poia. 

xxi, 15, ôicfcru xou v(oxou ; dans P. tTiM 1» Tfib. P. a lu 'rfiaô, au 
lieu de inab. 

xxi, 18. wç olxoç 7icpavi<y[X£voç ; dans H. an^OK n^a "ipN. Eders- 
heim suppose qu'il y a eu confusion entre -ittiato n^a et inœn n">a. A 
mon avis, H. avait aban n^a, et G. a songé à îiba, « détruire 2 ». Le 

1 En général, l'auteur paraît avoir eu ce passage dans l'esprit pour les versets 13- 
14. Edersheim, comme je viens de voir, a déjà fait la même remarque. 

2 Cf. Job, iv, 9, ibd" 1 "IBN mnfcl ; Septante, àfa.vi<7tir\wcii+ 






NOTES CRITIQUES SUR LE TEXTE DE UECCLÉSIASTIQUE 59 

sens serait donc : « La sagesse est pour le sot comme une prison », 
c'est-à-dire fermée et inaccessible. 

xxi, 27. xbv aaxavav ; dans P. itb KUfi tfVi *|»b. Gomme P. n'offre 
ici aucun sens, je suppose qu'il y avait aamb. En ce qui concerne 
le nom de «tarn donné au Satan, qui est emprunté au persan et 
se rencontre aussi dans le Targoum sur Zach., ni, 1-2, voir ce 
que mou père a dit dans la Monatsschrift, XXXVII, 6-"7. Un co- 
piste ignorant, ne comprenant, pas aamb, a écrit iib Nan nVi 1»b. 

xxn, 3. èv Y^vv^ffei aTratSeuTou ; dans P. *toû fcTO. Au lieu de ib 4 ' 
b"»DS (comme Prov., xvn, 21), P. a lu bi03 nbj. 

xxn, 11. I^ÉAiTre yàp <pwç ; dans P. anïTû 1» ■'bsnan. P. a con- 
fondu nbs avec «b^, le contraire de ce qu'il a fait xxi, 18. 

xxn, 15. euxcmov uirEveYxsïv ; dans P. JMfcb rplî. H. avait nia 
ïttteb, qu'on trouve souvent dans le néo-hébreu. 

XXII, 23. tva stù toc; àyaôocç aùxoïï eùcppavÔT|ç au (A.. S.) ; dans P. 

t|mnt»n rtnataa t\an. H. avait ^nn (de im), que les Septante ont 
lait dériver inexactement de tfïrt; cf. Job., ni, 6, im ba, que la 
Massora fait dériver de iTffi, mais dont la racine est, en réalité, W. 

xxiii, 2. waiSeiav ao^piaç ; dans P. «asbri Ntanuî. Gomme on trouve 
dans Prov., xxn, 15, isvi tanttî, la traduction de P. paraît être 
plus conforme à l'original, ce que semble confirmer la première 
moitié du verset. 

xxiii, 14. IttiAocôy) evw7riov aùxojv ; dans P. "pSTWp bpnn. H. avait 
ûïraab btusn, que G. a lu ra»n. 

xxiv, 1. sv u.£<7co Xaou aùr-qç ; dans P. Nïiban ïifc* lin. H. avait 
'n ta* T na j ^ u P ar ^- a5a ? T^ra 1 . Pour l'abréviation du tétra- 
gramme à l'époque antémassorétique, voir mes Analehten, 17 et 
suiv., et plus loin xxxiv, 13. Dans Vet. Lat., il semble que pour 
notre passage, deux traductions différentes se soient mêlées: 
« in Deo honorabitur et in medio populi sui gloriabitur ». Le 
verset suivant semble aussi confirmer la leçon 'ri ûa* ; dans ce 
verset, il y avait probablement ba rm. Site* est difficile à ex- 
pliquer ici. 

xxiv, 6. êv xuj/.a<ri 6aXà<7<77iç ; dans P. «731*1 «iJHntta. P. semble 
avoir donné ici à bi le sens de « source » comme dans Gant., iv, 
12, et peut-être Job, vin, 1*7 \ 

1 Les objections faites par M. Nestlé (Theol. Literaturzeitung, 1896, n° 5) à mon 
explication delà traduction des Septante de Prov., xxiv, 7, disparaissent devant un 
examen attentif. Le suffixe de IftiQ ne se rapporte nullement à Dieu, donc le tra- 
ducteur ne l'aurait pas compris ainsi, mais il a lu 'ïi ^S. Déjà P. de Lagarde a 
supposé qu'il y avait J-p 153, comme je l'ai indiqué. 

* Cf. mes Analehten, 75. 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xxiv, 19. TipoaéXOsTs Ttpbç jjlé : dans P. vnb ibo. H. avait ^ba yvid, 
« entrez cIipz moi »*. C'est ainsi que nous lisons dans Prov., ix, 
4 et 16, ti5M ^iD" 1 TiB V3. En général, notre chapitre présente bien 
des points de ressemblance avec Prov., viii-ix. 

xxiv, 23. Comme le reconnaît au premier examen toute per- 
sonne familiarisée avec la Bible et comme l'ont déjà indiqué Ben- 
zew et Fraenkel', ce passage est la reproduction littérale de 
Deutér., xxxiii, 4, npy nbnp i-ramtt i-rasia nsb i-nx rmn, et G. 3 
emploie les mêmes termes que les Septante. Fritzsche ne s'en est 
pas aperçu et il retraduit ainsi : nbrrt ïiiBtt "rtb i-nsttû mv\ 
ap*i mbnpfcb. Il remarque naïvement que nib est à effacer. Zôck- 
ler traduit aussi , "sans en connaître la source : « La loi que 
Moïse nous a donnée comme héritage, aux communautés de 
Jacob ». 

xxiv, 28. yvcovca oorr^v ; dans P. Knttdfib. P. paraît avoir pris par 
erreur l'infinitif à l'état construit pour un substantif. 

xxiv, 31. 7) Biôpulj ; dans P. Ejfit H. avait M» que P. a lu ûâ. 

xxiv, 32-33. Ces deux versets sont en désordre dans P. Ainsi, 
au commencement des deux versets fl y a yxfar* et ^ittK ; ce qui 
n'est pas le cas dans G. De plus, 33 & de G. répond à 32 b de P. et 
32 & de G. à 33fr de P. Dans tin^n^i se cache probablement un 
verbe, peut-être wnrwi. 

xxv, 8. (Aootàptoç b Guvoi xwv yuvaixî <yuveryj ; dans P. ïib^ib Waia 
anna «nrdÉn. H. avait rua» byab, que G. a lu b*bb. Cf. Deutér., 
xxiv, 1. 

xxv, 17. àlloioï; P. a plus exactement pwi. H. avait p"mn. Cf. 
Jér., xxx, 6, "pp^b d^Q bd idDï-tt. Dans la littérature rabbinique, 
on rencontre souvent pmïi avec d'os, aussi bien dans le sens tran- 
sitif qu'intransitif. — xort <txotoÏ to 7cp<toa)Trov aui^ç ; dans P. ddim 
•pis. H. avait probablement pia ïiinttd d^nraio'i. Le verbe T>rri3n 
comme T'ipïi se rencontrent dans la littérature rabbinique, mais 
seulement à l'état intransitif, avec d^d. 

xxv, 22. fjLeyàXY] ; dans P. arnica. Au lieu de nm, P. a lu nsn. 

XXVI, 5. xod £7ct tco TETapTcp 7TpO(7c67Tco iyofrffivp 4 ; dans P. S'd'IK 1721 

nbm ^D. H. avait rwma "^dtt, que G. n'a pas compris. 

xxvi, 11. cpuXo^ou ; dans P. cnrt. H. paraît avoir eu ntiN m*iïfi 

1 Dans Genèse, xix, 2, et Juges, iv, 18, P. traduit aussi HlO V &T NUD, quoique, 
dans ces passages, TlO ne signifie pas « s'écarter », mais « entrer ». Cf. aussi Ben 
Sira, li, 23, où Bickell a déjà indiqué "mo. 

* Edersheim aussi, en marge, renvoie à Deutér., xxxiii, 4. 

3 fyûv (A. S.) appartient naturellement au texte primitif, comme le montre *ppD*7 
de P. 

4 C'est ainsi qu'il faut lire avec A. S. 



NOTES CRITIQUES SUR LE TEXTE DE V ECCLÉSIASTIQUE 61 

« courir après », qu'on trouve fréquemment dans le néo-hébreu *. 
G. a pris lïn dans le sens de « prendre garde », comme l'arabe 
hadhira. 

xxvi, 19-27. Manque dans les anciens mss. grecs, mais a dû se 
trouver en hébreu, car on y remarque des fautes de traduction 2 . 
— xxvi, 22. ffiaXœ XoYiaô^ffETai ; dans P. aïonnn tmo abb. H. avait 
atfîfin p^b. que G. a lu pinb. 

xxxvi, 27. pLcyocAocpiovo; ; dans P. rr^biip. H. avait rviVip « femme 
qui crie », comme dans le néo-hébreu, tandis que P. a lu mïbîip. 

xxvii, 14. AaXtà TioXuopxou ; dans P. &mzrn nnarro. H. avait 
peut-être nnto, que P. a lu -irtô. 

xxviii, 11. epiç xaTae77TEu8o[X£VY| ; dans P. ÉO^Erjn Nïtifc. P. paraît 
être plus près du texte original. La leçon de G. n'était peut-être 
d'abord qu'une variante à côté de [xà^Tj xaTacrcreuoou<7a en &, va- 
riante qui s'est ensuite glissée dans le texte et a finalement rem- 
placé la leçon primitive. 

xxviii, 22. où {JL7J xpaxTJffT] £Ùc-£pàjv ; dans P. Npiiîa TpNn &ô. 
H. avait abran ; cf. Dan., m, 27, "pïïîBiûiû ntû abu: ab ■rç. 

XXVIII, 26. xaxÉvocvxi £V£Oû£Ùovxoç ; dans P. ^jîOD Ûlp. P. a lu a"HN 

au lieu de a-na. — 6 kw/yM ; dans P. t mm. H. avait p-nritt, que 
P. a bien traduit, mais que G. n'a pas compris. 

xxix, 27. 6 àSsXcpoç ; dans P. «ma. H. avait rm 3 , que G. a 
lu ri». 

xxix, 28. £7rtx([XY|(7iç oîxta; ; dans P. amaTi «nao. G. paraît n'avoir 
pas compris ma^tt et avoir lu feY»3tt. 

XXX, 7. 7T£pt^u^cov ulbv xaxa8£(T[jt.£u£t xpaufxocxoc aùxou ; dans P. 

ttnsbi» i^aDa Mia pasyai. H. avait t^sd ïian^, « celui qui élève 
mal son fils augmente ses blessures ». Cf. Job, ix, 17, ■tfïto mism, 
où P. a également ^nabis iaofin. G. a lu probablement HDT, au lieu 
de na*T>, et a compris «bt* (Job, v, 18, ttawn T>T). Dans Ben Sira, 
xxxiv, 30, xat 7rpo(77:oiwv xpaùjxaxa, P. ïrnèbnit ^ôi, H. avait aussi 
a^itD nanm. 

XXX, 10. yojxcpt(X(7£t<; (1. YO^cptàasi) xoùç oBovxaç aou ; dans P. Nïlpî 

*pu). H. avait sans nul doute -pia fJïip^ (Sota, 49 a et passim, 
surtout Sanh., 109 &, VTb-itt ^tû rtrtprtto p). Dans Ezéchiel, xvm, 
2, les Septante ont aussi traduit Wïipn par èyojjupiacrav. Déjà Ben- 
zew a ïiîipi. 

1 On voit que la racine *iTfi est de l'ancien hébreu par le chaldéen "|*1Ï1, où l'on 
retrouve les modifications régulières des lettres. 

* Voir mes remarques sur xl, 2, dans la Wiener Zeitschr, f. Kunde des MorgenL, 
xi, 101. 

* Dans xlii, 3, il y a mN au-dessus de "pIN, et là c'est nécessaire. G. a dôoiTiopwv. 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xxxiv, 10. TTocriaai xaxx ; dans P. rrortb itfiNnftb. H. avait *!$>, 
que P. a traduit deux fois, une fois bien (= G) par "nûNnttb et une 
fois mal, par rronb *. Cette deuxième traduction ne fut probable- 
ment ajoutée que plus tard par quelqu'un qui croyait que le mot 
snnb n'était pas traduit, à moins d'admettre qu'il y avait d'abord 
ïTDfib et que *nûKafcb est une interpolation venue de G. 

XXXIV, 11. xal tocç e X £Yi{JLO(7uvaç aùxou exoiYjYTjffeTai sxxXYjeyta ; 
dans P. Nnunib *pna nnmibm. Généralement, on traduit xà? 
IXeYjp.oauvaç par « ses aumônes », tandis que le ■nnip'tst de H. si- 
gnifie « sa droiture » ; cf. Ps., l, 6, ipiis trmî !Wi. P. traduit 
librement, mais donne le sens exact. 

xxxiv, 12. è7ù xcaTré^ç «•EyàXr,; ; dans P. fcnw nr&xi îTïins b*. 
H. avait bYW Ifibii), qu'il faut traduire « table d'un grand », tandis 
que G. a pris b*m comme un adjectif qualifiant "jnbiB. Cf. Aboi, 
vi, 5, tiïnbiDtt bvtt ^pnbuîtt û^b» btt d^nbuîb mann ban. 

xxxiv, 13. xaxôv ; dans P. NïibN WD. H. avait peut-être 'm »yo j 

que G. a lu !"J&»fa ; Cf. plus haut, XXIV, 1. — àrco Ttavroç 7:pccrco7rou; 

dans P. a^ba ûip 1». H. avait ba riBtt (cf. Prov., xxx, 30, et plus 
haut, xxvi, 5), que G. n'a pas compris. — Baxpuei : dans P. n^t 
aov. H. avait nwi (cf. Jér., xm, 17), que P. a lu rmrâ \ P. 
avait encore une autre traduction qui a pénétré seulement plus 
tard dans le texte d'après G. : K3 ,£l K , ttn K £, N j B1 . 

xxxiv, 23. ydX^. Manque dans P. Le mot «mëo, par suite de sa 
ressemblance graphique avec snitiD, a probablement été omis. 

xxxiv, 27. eutdov Wr{Ç ; dans P. wn wn ^K. H. avait sans 
doute û">T! lED. P. a pris un pour 173 « eau ». 

XXXIV, 30. 7rXr,0ùv£c jj.£6yj 6ujxbv àcppovoç sîç 7rp6<7xoy.{/.a; dans P. 

Nnbpin absob tra? fimom «maraD. H. avait ns-irt naé, « de nom- 
breux spiritueux amènent l'homme à sa chute » (= P.). G. a lu 
nain. 

t : • 

xxxv, 4. o7rou àxp6a[i.a ; dans P. tmn î"D «nniatti annan. Le texte 
que G. avait sous les yeux portait probablement : yny ûip^a ; cf. 
Ps., cl, 5, 3>52U) ^bttbs, et l'arabe jked, « musique ». 

xxxvi, 5. xpo/bç àjxà^Tiç; dans P. anb^bp «bai ^«. H. avait 
rt £?3 I^in ; P. semble avoir pensé à la racine araméenne ba*, 

1 2*\ et 3H sont confondus souvent dans l'Ancien Testament et dans les versions, 
par exemple dans Ps., xv, 4 ; Sir., xn. 10 ; xm, 21 ; xiv, 9 ; xix, 17 ; xxxvn, 4 (voir 
Edersheim, ad L). 

* Cf. plus haut xvi, 18, où P. a confondu "j^E avec Tny. A xxxn, 10, P. a 
aussi lu "iyJ2r\ pour t3^72D (Edersheim). Par contre, dans Ecclésiasle, xn, 3, je suis 
disposée lire "njJft "O m3rnî3!l "lbùai, « les dents refusent leur service, parce 
qu'elles hranlent •. 



NOTES CRITIQUES SUR LE TEXTE DE VECCLSSIASTIQUE 63 

«être rapide». — xac a>ç à£u>v <7Tpe<po[xevoç ; dans P. N^Tn'pKV 
H. avait ntn babas « comme une roue tournante ». P. a lu -pm. 
On trouve fréquemment l'expression nm baba dans la littérature 
rabbinique, par ex. dans l'ancienne baraïta de Sabbat, 151 & : 13 
ûbi^n ^nritt) &nn baba baaw* "on w «an ntïi "wn bbaa. Voilà 
donc la racine nïri pour la deuxième fois déjà dans Ben Sira (cf. 
plus haut, xxvi, 11) '. 

XXXVI, 7, xat Trav <pwç Tjfxépa; eviauxou à^'^Xiou; dans P. bîafa 

po»wn «naun «nOT htw ïittbsi. Au lieu de «tttSa, P. a lu 

xxx, 25 ecpôaca ; dans P. nttp. H. avait Vr33*Tp, lu par P. Tittp. 

xxx, 39. àye aùrdv ; P. tTOTDrt; H. avait sans doute (comme en 
néo-hébreu) ta arip ? « traite-le ». G. n'a pas bien compris 
ici ara 

xxxii, 3. Trpoffcpéftov (7£(xtBaXtv ; dans P. Naniïp n^ip^ p. H. avait 
ïina» nb^a (cf. Isaïe, lxvi, 3). Le passage était donc ainsi conçu : 
rtriïH nba^a isn bttia, « pratiquer la charité, c'est offrir un sacri- 
fice ». Pour "ion btta, voir plus haut, ni, 31. 

xxxii, 23. -rot? lôveffiv ; dans P. fcr&»a*b. Les deux versions pa- 
raissent avoir lu d*na pour tritt, Peut-être aussi P. a-t-il été in- 
fluencé plus tard par G. On retrouve souvent cette confusion. 

XXXVI, 17. sXsYjcov Xocbv xupte xsxXïjjxsvov £7c'ov6jjLaxt cou ; dans P. 
lïnb* *pai2) "npn&n ^paa* b* 11m. Avant d'expliquer ce passage, je 
dois exposer quelques observations préliminaires. La racine 
arabe samoaha qui, à la l re , à la 3 e et à la 4 e formes, signifie 
« être bon, bienveillant, généreux », se trouve aussi en hébreu 
sous la forme de mé, mais n'a pas été reconnue jusqu'à présent. 
Dans Isaïe, ix, 16, les exégètes modernes, à propos du passage 
difficile, ^na mab? Nb mim by p ba>, ont voulu lire, au lieu 
de m3©\ ou bien no-^ (Lagarde) ou bfcm (Graetz), mots qui tous 
deux sont bien différents, au point de vue graphique comme par 
la prononciation, de HOT" 1 2 . Le mot suivant ûrm montre qu'il faut 
là aussi un mot qui ait un sens analogue. En lisant txoxû^, le pa- 
rallélisme serait parfait. Ce verbe, méconnu jusqu'ici, se trouvait 
également dans notre passage de l'Ecclésiastique. Le texte ori- 
ginal avait "p? b^ maup, que G. a traduit exactement par kliy\- 
<7ov, tandis que P. a lu rnaip. Ici aussi, comme dans Isaïe, il y avait 
comme expression parallèle tarn (G. olxTsi'pïjffov, P. ûtn). La racine 
mù semble s'être encore trouvée une autre fois chez Ben Sira, à 

1 J'ai vu après coup qu'Edersheim, invoquant l'opinion de Linde et Bendtsen, a 
déjà songé à *ï[fi. 
* Les traducteurs ont eu tous sous les yeux le mot flWlî)' 1 » 



04 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

LI, 3, xaxà to 7tXt|6oç eXéouç xat ovou-axoç cou 1 . P. a ^ttïTVl hWSOa. 

H. avait sans doute ^rittrân ^m-\ a^ia; G. a lu 'pra, au lieu de 
^nttiz), et P. n'a pas traduit du tout le mot, ce qui confirme en- 
core mon hypothèse. 

xxxvi, 19. tov Xa6v sou. Comme l'a déjà dit Edersheim, il faut 
lire vadv (7oo J (= P. ^Vo^ii). De ce que Vet. Lat. a « populum 
tuum», nous pouvons de nouveau conclure que de nombreuses 
altérations du texte grec remontent au premier modèle sur lequel 
ont été copiés tous les mss. que nous avons et qui a aussi servi 
pour la traduction de la Vet. Lat. 3 . 

xxxvi, 24. cpàpoy*; yeusToa Ppwu.axa ô^paç ; emprunté à Job, XII, 11, 
ib ùxr bDN yv\, ce que les commentateurs n'ont pas encore remar- 
qué. Toutefois, Edersheim renvoie à Job, xxxiv, 3. 

XXXVI, 29. 6 xtojjjlsvoç yovaïxa Ivàpyexat xrrçcrecoç ; dans P. tD^a 

Nnaia annsa isp "fï^p. H. avait ton nap l^ip miaan ; G. a lu ïii'p, 
ce qui lui a fait mettre dans b, xaT'aÔTÔv. Cf. Edersheim, ad l. 

xxxvn, 5. /aptv yaa-rpdç (manque dans P.) semble provenir d'une 
confusion de nnp avec a^p. 

xxxvn, 6. èv T7j 'j/o/Y! (7oo ; dans P. awiparH. avait ^a-^a, que P. 
n'a pas compris. 

xxxvn, 8. tiç aoxou xpsca; dans P. N*a me. H. avait iitsn ito, 

xxxvin, 16. xorttY«Y6 ; dans P. mon. Au lieu de vih P. a lu 

V V 

xxxvin, 25. Iv oloïç xaopcov ; dans P. KTifi isa û*. G. qui a mal 
compris croit que les jeunes taureaux forment le sujet de sa con- 
versation, tandis qu'en réalité il leur parle (= P.). 

xxxvm, 28. àv Ospo.-/) xapuvoo; dans P., au lieu de «nfcria 
ntiîi, il faut lire «in an arwia. 

xxxvin, 32. 7cspnraTrj(7ou<rtv ; dans P. )*ODda. .G- a lu V02" 1 , au 
lieu de wp (Edersheim). En général, P. est ici plus clair. 

xli, 11-12. Ce passage a servi à la citation libre de la baraïta 
dans Kalla, dont MM. Cowley et Neubauer (n° LXV) ne peuvent 
pas indiquer la source. 

li, 1. Se rapporte à Isaïe, lix, 16, et lxiii, 5. 

Vienne, mai 1897. 

Félix Perles. 



1 La leçon èXéouç ovojxaxo; aou, qu'on trouve dans quelques mss. plus récents et 
que connaît déjà Vet. Lat., n'a été adoptée que plus tard, pour remplacer la leçon pri- 
mitive qui était incompréhensible. 

a A ilix, 12, il faut aussi lire, avec A.., vaov pour Xaov ; de même, l, 1. il y a la 
leçon erronée de ><xov. 

» Voir mes observations dans W. Z. K. M., XI, 100-101. 



UN 

RECUEIL DE CONTES JUIFS INÉDITS 



SUITE 



IX. 



i° 326 è. 



■pbaia vm MTOoa *paOT -ns-nu ^b^si th iia^n ïtïto ïroy» 
■p-pan fca-np ib in^n ipbn ba^i ^nn-pa aan nriN i-pm tarira du: 
ibïN awii nn^anb -ien ,t=nba vqeb "p*^ ' ,23 ' 2 ©""an» sr«m 
■£ innuï tpn* ^sa ^b Tnrno n* "fb ï-nb* S"n nns swa -wbtt 
\ai imN ^ mnN n^a» m-nnb tans bia^tu rrrnn Sai nm&t 
ibwoi s^ta nanja i»t nnab ^n? isaa ib isnai fn S w n -p înbNtuwD 
3«wai ^bïïï-i "ni ->isb labfi ,nriN rrm aba ^b? ^b "pa nb n?DN /ma 
nns auîTi î-pïtïd nfcbiû b\a natta» irptt -piu n*tu nns aOT naba 



IX. 



Les serviteurs du roi David étaient à table et mangeaient des œufs. 
Or, l'un d'eux, qui avait très faim, mangea sa part avant ses compa- 
gnons, mais, rougissant de n'avoir plus rien devant lui, il demanda 
à son voisin de lui prêter un œuf. a Je te le prêterai à la condition 
que tu jures devant témoins de me le rendre avec tout le profit qu'on 
en pourrait tirer jusqu'au jour où je réclamerai ma créance *. 
L'homme y consentit, et l'autre lui donna l'œuf devant témoins. 

Longtemps après, il vint présenter sa réclamation. « Je ne te dois 
qu'un œuf », répondit l'homme. Ils allèrent devant David et trou- 
vèrent Salomon à la porte, car il avait l'habitude de se placer à l'en- 

1 Voyez tome XXX1K, p. 47 et 233. 

T. XXXV, n° 69 5 



6G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ssfca *]biïa ï-na ibaw mn ^bttïi i3sb •pTb «ara ■»» bai ^b»n ^yia 
ïmb» ïtt t^aiûsi ^rnbs "pan ^a in©*» î-pn *pi *p ib -ma ,*jb»ïi 
î-tti *pi *p S"n ^'b^n SitN "ja^-j ttn rî?ab^ S"n incarna nsroïi 
/jbîaii "jb "îafcr© tttt ^b nso TWinitoi Y 35351 ^ D ^ 1^ ^" N ™*tt 
dïwa ■wnn ït^ïi 'pus tr^ yainn aoaïi (*w)mi ^bîon ^sb nosa:: 
/p©33> i* V 3 * imwa nna îwa» m»yb an^ bia^a rrrnïi ib ûbrob 
^sb "pauM-in tod ,i-rns y^v wm S"« ,ib fcabœi ^b mi ^b^ïi b"N 
Tbiïib bia* rrn&N nma i-n^ui riï^a ,inN mis» nnN rtiiaa "jbMïi 
stiw* imiM ib\x m^btû i-wïia iteromDK rrnay ttrratD ir 
^ fc-wai nsusa pi ta^rmsN n"* 1 in&n in» ba s*raa &rmsN 
ï-i»btt3 ia 3>iD ,ttsa ^nDa ï-tt s^sr 1 *ra b*na "pwttb "pami î-ib*ii3 
S"m *paianb r-rbw ^b^rr ^a^n *p b"a ^b^n ^b n^a n» S"&n 
r-ttpi ^b b\s ,a^nb b"N ,î-ma nir^ ■pww isari ^bnpa 5>ïïia S"a 
■nttJm ^ibs tanptta ^b^b "jb^n îiïYn "wa arm bbtoa'm ^bia Y 5 
•pbiDn antn *pab (!) naiy ^ban iwa {sic) ï-t^c baai ^in S* ib 
amt tin^ n» "jma '■pwBiffi -na San ^nnrt bru: r-nonn ï-nra br 
labn^Ta m&n ■*» *fb ïnEÈO uni ,amï ^n 'pboiaft pbis nb -naa 
nbuna:o n^a tobi^a ï-tîti ^i nb naNx^Hi ■pbum» û^bia 

trée du palais et il demandait à tous ceux qui venaient pour un 
procès devant le roi ce qui les amenait. Lors donc que se présenta 
l'emprunteur de l'œuf, Salomon s'enquit de ce qui l'amenait, et 
l'autre lui exposa son cas. « Va chez le roi, et, à ton retour, tu me 
raconteras ce qu'aura dit le roi. » 

Ils entrèrent chez le roi David. Le poursuivant produisit des 
témoins qui attestèrent la convention faite entre eux, à savoir qu'il 
rembourserait tout le bénéfice susceptible d'être réalisé par un œuf 
dans ce délai. Le roi David lui dit : « Va donc et paie-le. » L'autre 
répondit qu'il ignorait le montant de celte somme. On fit alors devant 
le roi le compte. Première année, un poussin. Deuxième année, ce 
poussin pourra donner naissance à dix-huit poussins. Troisième 
année, ces dix-huit poussins pourront en avoir chacun dix-huit. 
Pareillement la quatrième année. La somme était énorme : l'homme 
sorlit tout consterné. Salomon, le rencontrant, lui demanda ce qu'avait 
dit le roi. L'autre lui rapporta l'arrêt de David et que la somme était 
énorme. « Ecoute-moi, dit Salomon, je vais te donner un bon conseil. 
— Je veux bien. — Va acheter des pois et cuis-les. Tel jour le roi 
doit se rendre en tel endroit. Tu te tiendras sur le chemin, et tout le 
temps que l'escorte du roi passera devant toi, tu sèmeras les pois 
dans un champ labouré en bordure du chemin. A tous ceux qui te 
demanderont ce que tu sèmes, tu répondras : « Des pois cuits ». Si 
on te dit : « Qui a jamais vu semer des pois cuits ? », tu répliqueras : 
« Et qui a jamais vu un œuf cuit dont soit sorti un poussin ? » 

L'homme alla aussitôt faire tout cela. Il se tint sur la route et sema 
ses pois cuits. Lorsque vint l'armée du roi, on lui demanda ce qu'il 



UN RECUEIL DE CONTES JUIFS INEDITS 67 

y-wi JTTrt ^y imy mu p masn ^bn ^ / n *>^ SN ^5353 t^i^ia 
ûïtb n?3N smT rira 5-773 "ib nfcN 1^73^5 iima naa^ai mbianatt 
n^a [£o?^o?î] fcabi?J3 r— r^n "Veï ib 1^735* ,fc">jnï3 fcrbEiaja pV!fc 
*\y wm nu Sab n73ntf ï-pn pi ,m-iDN s — t37û^d inr^ nbuîia73 

^31 ^Wb ^1 ^"tf p 'jbttn 5>»125tD )VD rfbMÏI *3sb 13^ N3ffl 

S"n , ï — it naia "-j7û^ i-wn î-T?3b\a t 1-11 b"tt ^tt^a ^3N b"a ,ï-tî 
$io ijn œfintti ntn nmn nw^b ws t^in ^b^n ^na ^pna 
ï— T7ûbu: b"N nT naia n73Nn 5-173 ^b^ï-i b"a î-j?abï) ^nriN h ]b?3n rîbia 
nb^ia?3 rwa ï-tdin ,tabu>b t^sa Kbie na^a a^n t^tirr ^n 
nn« i-i^a ib yiD-n ^bi b"N mnsNb irman (i)wi ^b*i rrrw 
♦•fb» pb "jnp'fln p ^bjab TBWDîa trsiba rrabrob -îweo *-int bs>T 



X. 



f° 32' 



r-naai û^a "^a mm 13? nnao -pray ina pna n -^ 3 îT^ mi>3>73 
^y *-.£ mtayn rrïn nns na &n ^a ib rpri ^b Tnaybi ,nanîi 
taibiyau: i-i&ttîi ï-iavj izavu nb mrayb swn *<b ***in -o ! nna n:\3a 

semait : « Des pois cuits ». — « Qui a jamais vu semer des pois 
cuits? — Et qui a jamais vu un œuf cuit dont soit sorti un poussin? » 
Ainsi disait-il à chaque troupe qui l'interrogeait. 

La chose vint aux oreilles du roi. Celui-ci demanda à Thomme : 
« Qui t'a appris cela? — Moi-même. — La main de Salomon est dans 
cette affaire ! — C'est vrai, Sire, c'est lui qui m'a prescrit de faire tout 
cela, du commencement à la fin. » Le roi, ayant maadé Salomon, 
lui demanda : « Que veux-tu dire par là ? — Comment cet homme 
serait-il redevable pour une chose impossible? Cet œuf était cuit, il 
n'était donc pas susceptible de produire un poussin. — Qu'il ne paie 
donc qu'un œuf, dit David ! » C'est pourquoi il est écrit : « A Salomon. 
Dieu, donne ta justice au roi et ta grâce au fils du roi » (Ps., lxxii, 1). 



X. 



Il était une fois deux frères, dont l'un était riche et l'autre pauvre. 
Celui-ci avait beaucoup de fils et de filles; celui-là n'avait qu'une 
fille. Le riche était avare et ne voulait faire aucun bien à son frère; 
le pauvre avait un fils, nommé Isaac, jeune homme très beau et qui 
apprenait bien (sic). Le riche l'aimait beaucoup plus que son frère et 
ses autres neveux. 

1 Peut-être faut-il lire "priN. 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

-i&on j-iep nrj"i nna irh n-iïti pffiF "itt^tt ins }a ^aa»b !-nî-n 

;V53 ba*l «PriN» *\T)V INtt laïTIN TWÎl ITTÏTI aiiaa laibl IN» 

iniapb («»]ïflan W a^a ^b rr"»rr «bi nsa a*ia> itpï-hu û"pïi ^rm 
b"*o hTOJïi rn« ba £nï3 ,vanbi mas» "ib fcmttttb naab taran 
îa^nba tapïi nar^a înioan S-na Ton ^b S.iaan 'pona -wn 
Twn b"N ,mû fcam r;îa wai (!)^n oansb û^an bia na ib mbi 
*3 *jb ln« nm "pawi ma b"N ,*jb nmN mb» pana> *b inn ta» 
Ss?3 -inr nar™ l-rn» î»5 ^pa prûF ^b r^arr b"N ,t=nba ^a ^« 
tram -e^rt ^bn /]b mbauî na ->b ansniû na* mataab ■ô î-nrm V 53 
iniN tarn av baai ta^an bu5 *-na *nba> ib imbi laa pnari -îb 
î-ïb^b baai ,ï-f:nbi taaav ann *a&a ipnbi tta*Ti»ri mab ^biïi prup 
ï-pn pi ,t**ara iy ima nanaai r-nnana n-n *np* ins bra via 
S"ao pnaf im»b a-ir: f*np ^riN û*n .tmb^brr baa Tan Haïra» 
rtnba *\Ky tr>îibK i!m ^m» Misa ^m nu5«b -^bipa a>»ia m -p 
î-rapanm nanp i-jnamp a^ b*at»m ^pii i-pab j^an-aa Ta i-iîrr 
*fyy yiïn N iar< r^rn&ïib nKîrt ttanîi TO3>n ^ps 'n b"« .înrm» pnoai 
3>atpTKB ^a» ^maa i^b ï-wntta b"a naaa rabanb viVoto "jet Sa 
naara wab s^a^aa nb (!)a>aOTn Tinan jaa* Jj— int s-rojrno ^b 

Un jour, veille de Pâque, le pauvre n'avait pas de quoi acheter du 
froment pour Pâque, afin de fabriquer des pains azymes à son usage 
et à celui de ses enfants. Il alla chez son frère, le riche, et lui dit : 
« Mon soigneur, dans ta bouté, fais-moi une grande grâce, pour 
l'amour de l'Eternel, notre Dieu : prête-moi une mesure de froment 
pour me nourrir moi et les miens pendant cette fête. — Si tu me 
fournis une caution, je te ferai ce prêt. — Quel gage te donner, 
puisque je n'ai rien? — Amène-moi ton fils Isaac, que tu préfères à 
tous tes fils, et il sera en nantissement chez moi jusqu'à ce que tu 
m'aies remboursé mon prêt. » 

Le pauvre alla chercher son fils Isaac, et son frère lui prêta une 
mesure de froment. Or, chaque jour, Isaac allait à l'école, s'instrui- 
sait auprès de son maître jour et nuit (sic). Chaque nuit, la fille du 
riche s'attardait, attendait le retour de son cousin. Ainsi faisait-elle 
toutes les nuits. Un jour, le maître d'école dit à Isaac : « Mon fi's, 
écoute-moi, obéis à mes recommandations (Gen., xxvir, 8) et que 
Dieu soit avec toi (Ezra, 1, 3). Cette nuit, dès ton arrivée à la maison 
de ton oncle, quand tu rencontreras ta cousine, prends-la dans tes 
bras et embrasse-la. — Maître, comment commettrai-je cette faute 
(Gen., xxxix, 19) d'exciter contre moi le mauvais penchant, alors que 
je puis y échapper ? — Je jure de ne pas te laisser avant que tu ne 
m'aies promis par serment de m'obéir. » Le jeune homme le lui jura. 

Quand il revint chez lui, il trouva sa cousine prête à lui ouvrir la 
porte ; elle le fit et ils allèrent s'asseoir près de 1 atre. Elle lui avait 
préparé un repas selon sa coutume. Il lui dit : « Je ne mangerai ni 
ne boirai », et il se mit à pleurer. « Mon ami, mon parent, lui 



UN RECUEIL DE CONTES JUIFS INEDITS 69 

mno ■mû'n nabm nb rtnnsi nnstn ib mnsb naaa t-tbiri 
bana j*o rtb *-!»« î^in-i ,!rttnatta Siatô ib na-on rom ïaian 
*b nan *|b iiD"» rvn wnp ^inx ib maai naai aiEni !-inm t^sbi 
t-vn ban ^ntapai ^nbwa n?ai nai taniiib *pi33:n ta an *jb w ï-in 
.nb n^ib na^tt ra^ana ^a nb ^naib nan t^b Nim naia nna 
nuî&o San nb toiti ,nî n^ ban nT n?a rwb nsaNna aon irni 
naan ba ">aaba «yia lafiïiK nb m en /îrrvï niûNan ian ^asa 3>a^a 
ib i-n»Nn D"»jaa>a n^a r<sa ib npiaai ims npam nabm ni braisa 
tin ^a («c)nT3> nanN?j tn» *(mN nnmN ib» "o ^attE ïanp rc^ann b« 
ims no^sn nab b^ naim ■>a^ naaa "jms am« raNn nriN. -maai 
^a nmabi /-inttb *jy in-jToa aatûi ^bm inpiam irvbaNnh mara 
Sa ib ns^ai "ja b"N ^pm^at ^-ubn baa r-nia* nan b*« m ^aab 
nru:n iriNbi n^a> pi ,t-nb^b na>isn ny nwra. nnîn ^"n ,^a^n 
rttiai n^T nu:3>N *pN b"N nnca^a î-ib^bn aiaia nb nan b"N s-nb-^b 
^bnr ,man Sni ^mN mata ^n nuxsa rroy im b"N ;wm ^iri 
wn im laaiû'n laîwa aian ann bzaai nnea^aa n?ay aaun Tinan 
taraava ûne^i n*anat rno*b natnn ^m "jb'n vm taap->-j ,-ipan ^ 
*ir n^Ni tan^b? o-nsi imbca biaai d^îW 1 tom omara annm *m m 

dit-elle, qu'as-tu, raconte-moi ce que tu as (sic) ; as-tu besoin de 
quelque chose, dis ce que tu demandes; pourquoi pleures-tu?» Mais 
il ne voulut pas le lui dire, tant il était honteux. Gomme elle insistait 
pour le savoir, il finit par lui révéler tout, le serment qu'il avait fait 
à son maître et l'ordre qu'il avait reçu de lui. « Mon ami, mon chéri, 
lui dit-elle, ne pleure pas pour cela. » Et elle l'embrassa, le baisa sur 
la bouche nombre de fois et lui dit : « Mon parent, ne sois pas hon- 
teux devant moi, car je t'aime passionnément d'un violent amour ; tu 
es mon frère et ma chair (Geo., xxix, 15), et mon père te chérit comme 
la prunelle de ses yeux. » Elle lui parla au cœur (Gen., x, 21), l'apaisa 
et lui servit à manger et à boire. Il alla se coucher ensuite, et il dor- 
mit jusqu'au matin. 

Le matin, dès qu'il fut arrivé, son maître lui dit : « As-tu fais tout 
ce que je t'avais recommandé? — Oui. » Et il lui raconta toute l'his- 
toire. « Continue pendant neuf nuits », lui dit son maître. Pendaut 
neuf nuits il se comporta ainsi. Ensuite, son maître lui dit : « Cette 
nuit il faudra coucher dans son lit. — Gomment ferais-je pareille 
chose ? Mon oncle l'apprendrait et me tuerait. — Fais comme je te l'or- 
donne, de tout point. » Le jeuue homme alla et coucha avec elle dans 
son lit ; mais il avait pris une épée et l'avait mise entre eux deux. Ils 
dormirent ensemble.jusqu'au matin. 

L'oncle, s'étant levé et ayant traversé la cour pour satisfaire à un 
besoin, les trouva couchés ensemble, une épée entre eux, et endor- 
mis. Il prit son châle et retendit sur eux. Il s'écria : « Qu'il soit 
agréable devant le Dieu d'Israël que votre couche soii intacte et que 
rien de mal ne soit fait par vous! » Il alla dans la cour, revint dans 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tzûtt r**Stti t^ibia îtabttî Danrriï t^î-intt Sniïï^ ^nbN ■rçabE "pan 
b* 1^ m¥ rtmtn Nim nntBNb ^ison T-nnb a\m --i^nb ^bti ,bios 
nma h» ttiû3>"> rmtars nfcRm mis r-iama w»k ^a pn^" 1 nm» 
t^ïbN d!-nra ann dia i-pfi r^b nmN dnasb nn^na irn un rib *i»« 
nna ^mb wo« fina irm ,îit r-ia ïit ùnanaa édn ia ïito* r>6 
s-nnn dnaiD» vnswdn Tittbb jh-p iran ynsti û3> s^ntm rpnNb 
ï-iti ^a> t<z 15N nsa ^ai -i^êo naa fcaïrb* o<ns mm n^ba pnr* 
***nii "»5 maN m)Dîa mn ib *nN ">b "na ntt&n isniN irann }Na (««) ïw 
ûhn tanab sw t^bn nirtta r:^ ynaab ^b^b ^b a-jitt \-na amiT 
ttîn wwrb ain Dira n»* aoainb un ">a ^bn ab ^ i-ni ntoa pnfcnbtt 
nsn aiab mntttoi nnrra» api (On^abn TOy ?tn ;mN Iran «b annn 
■M ib rnwNi van na ï-îj^d -iï-^î-î b« yn rriroan nr-isa ito^* anaab 
"aman ^72 ™paa 173» nb n^N «rrwmna -p ba> ^bin !-tna ûvptt ïwsh 
Sa nb ns^on te? /-jbn ysrtrb "«b -i73Nnu> ^ ^maa ^b nb j-t-i^n 
■fc *jabb iiHM inn Snt ^aba aitrnn Sa ■»» ib ï-raa ,i-nBy»rn 
ntt ^pn n?n j^n*» n^ ^m» "p^un-i *w ^bi ^ssn msn s-nîra 
173N d* ^bn .ib ïtw n^a pn nstan nnfcn ara i:n nnttJb aum 
Sa mis ïiabn *p nrtan ,nnn« ï-ia^oîti vby ïinnï ntûN ba ï-tuî3>t 

sa chambre et raconta tout à sa femme. Or, celle-ci était dure pour 
cet Isaac, qu'elle n'aimait pas ; aussi s'écria-t-elle : « Agirait-on avec 
notre fille comme avec une mauvaise femme?» (Gen., xxxiv, 31). 
Son mari lui répondit : « S'il avait eu l'intention de mal faire, il n'au- 
rait pas mis une épée entre eux. Il n'a fait cela que parce qu'ils 
s'aiment. » 

Mais la femme voulait marier sa fille à son frère, qui était un igno- 
rant, incapable d'étudier. 

Lorsque les jeunes gens se réveillèrent et qu'Isaac vit le châle de 
son oncle étendu sur lui, il se mit à pleurer en disant : « Où irai-je, 
car mon oncle était ici et il nous a vus. Malheur à moi, malheur 
à moi, où fuirai-je devant lui (Ps., cxxxix, 7)', car il me tuera. 
Mieux vaut me jeter dans la rivière, pour que personne ne le sache, 
que d'attendre l'arrivée de mon oncle, car il n'est parti que pour aller 
chercher une épée, afin de me tuer ; il n'a pas vu cette épée. » 

Que fit-il? Il s'habilla, se leva de son lit et, lorsqu'il fut vêtu, il 
voulut aller se jeter dans la rivière. Gomme il y courait, sa mère le 
rencontra et lui dit : « Mon fils, où vas-tu si vite? — Je t'en prie, 
laisse-moi. — Je ne te laisserai pas que tu ne m'aies dit où tu vas. » 
Il lui raconta alors l'histoire. « Mon fils, lui dit-elle, ne t'afflige pas 
et ne te mets pas d'inquiétude au cœur, car, avec l'aide de Dieu, 
je te sauverai. Viens avec moi, je te cacherai jusqu'à ce que je con- 
naisse les intentions de ton oncle, et jusqu'à ce que sa colère soit 
passée et qu'il ait oublié ce que tu lui as fait. » 

Il alla avec sa mère, fit tout ce qu'elle lui prescrivit et se cacha. 
Puis elle alla chez l'oncle, qu'elle trouva assis. « Mon seigneur, lui 



UN RECUEIL DE CONTES JUIFS INEDITS 71 

m pn^ pifi ima ib ï-t-i73N auiv iw &ib ï-ins'oi nn r-na 
Mttt pin "Wr c^ib 2-1 batt nï-nwn ^ro T-pa» w î-tb ^ïjk 
tona isw» ri3>^ ib biatab ^b» nsara SavEv» Di">!i i— tt^ ïib ^-i^^ 
^ai T*b* irwa "pwB tonï-î rr^an ^te /i»b ib m^a ^b ^m- nai 
bip yttia ï^bi nn mab ^bm nrna ^watiîi iaba im« aî-na t^ii-î 
a-in n\':b ï-isbr; n»tf i-ini^? h» .aia fcaa ^a vba ^nai^n «wn 
nain s-jmïi ^.tt» ^a ■wri tû snb '-iïïni ^mKtttt ba ib s-ns^on 
/in a ib irr» ibiN im Sn naïai ■rçvinm /inarorû ta^u; *naabi 
■pa ntt 13373 *ib n^Ni vba >*ai mi -nriN nbu: t^im nn^ab mtn 
b"a /î-rpna b3> H^M'un ^«e ï-ib-m t^M ^a ^na na t^ra ï-rna 
b"N ,nm« in» 150b 'WY' t*<b ba« c^rb rmtn t*on ^a ">n^ 
Kin ^a (wc; ^paa prot^b &&* 15 nrns imi narn nna 133b ann 
•pan aam i^ai nn baïai -na^n aan Tttbm ïT&n» i-ia-n nain aiu 
ba ^a inj>*r b"N ,nnN w«b nms }nn» nb nmx fnn ancn im^ "pa* 
ittna nim ^a ïa in^pna ïb-wn mb^wn bai trma:n awaa û^nainOlnT 
fnfiKb a^ ^a î-ttamb n^n î-ir» tuz3n bas* i^sa in» aiiwi aa^n 
tsan Tttbn nn nittbb taiba **ni tran yn^n LD3> rrrra an- Va 
hanai tien nna -iruan ^an^an taN b"N /linas nao fpiioirt baa *pN 

dit-elle, où est Isaac mon fils? — Que celui qui le connaît soit béni 
(Ruth, 11, 19) et qu'il le garde de tout malheur, je ne sais pas où il 
est. Qu'y a-t il donc de particulier aujourd'hui, que tu sois venue m'a- 
dresser cette question? Sais-tu quelque chose de lui, révèle-le-moi. 
— Non». Aussitôt la femme comprit qu'il [n'avait pas de mauvaises 
intentions contre son fils et qu'il l'aimait comme son cœur. Elle le fit 
sortir, et le jeune homme revint chez son oncle. Il n'entendit aucune 
parole malveillante, mais, au contraire, du bien. 

Que fit la mère? Elle alla chez le rabbin et lui raconta tout ce qui 
s'était passé. « Je le savais, lui dit-il, car c'est moi qui ai été l'instiga- 
teur de tout cela, et je l'ai fait pour la gloire de Dieu. Attends, je par- 
lerai à son oncle et peut-être lui donnera-t-il sa fille. » 

Elle revint, chez elle, et lui, il fit appeler l'oncle. Celui-ci se rendit 
chez le rabbin, qui lui dit : « Pourquoi ne maries-tu pas ta fille; la 
voilà très grande et d'âge à se marier ? — Je sais qu'elle est bonne à 
marier, mais je ne sais à qui la donner. — A qui voudrais-tu la don- 
ner, sinon à Isaac, ton neveu? C'est un beau garçon, de belle figure, 
un talmudiste, modeste, humble, discret, et cependant il n'a pas de 
rival en science et en intelligence. Mieux vaut la lui donner que la 
donner à un autre (Gen., xxix, 4 9). — Je sais que tout cela est vrai et 
exact, qu'il a toutes ces qualités, qu'il est agréable, excellent, et je 
l'aime beaucoup; mais ma femme ne veut pas lui donner sa fille, elle 
veut pour gendre son frère. — Mais son frère est un ignorant, qui ne 
sait pas étudier, tandis que celui-ci est un talmudiste, et il n'y a 
pas à l'école, de dialecticien comme lui ! — Si tu veux, mande ma 
femme, que nous sachions ses intentions en cette affaire. » 



72 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

antt -aab s-iNai îrnn» ^-upe /p^ïi s-iro mwb ïnaba ep i-ra 
d^-ia^îi rib nttfco i"-»b ^na pn tiaina nnn rib Ta*n ûibttb ib nb»usi 
^n» ann b"N tin ta» ^a wab "jn^b ïinana v» ^a rnasi ,ibi»n 
,irriria daima aan rrn Tiabb aiba y^m "i^k nihi r^-in yiNri a* 
&n nb mtt» j'-in» uî'wb nmN ^nn» *paa pn^"> ba rtm« ^nn niai 
to^Wi ï"?N7a ta ma in» bab "jnNi ï-mnob ^n&n pror» "p" 1 t^in p 
rtan Tia ib in» it narc snob s-iaran ma inr mw» tait» ww 
an*nb nabîri a-tfi -os n^Ta ma: .nnm nta» na^n ma riba>ai ann 
*]b~ prûP /Diib *jn» ba fbin tan^ir^ ï-tne ^hni ^na bab i3n*n 
aa^n ^pna ïwmaai /rwavi -naa»b nn» ïia^BDa asasi d^-i t-OTîob 
-nai^i aa">a>ba nauî?ai aa^ïi pnDTa tara rtbma i-na*o nn i-i«a 
r^tti dd ib majai m^DOîi *pna *-«>» a^3»r» ba vata'n ma»n 
aa^r: •"»» hns in» "wb r^:a£> ^ ■nb* aa-n raison 1» *7nK snp 
bas *<bu> aw &-Ttt5btt3 na? -n:aa ia bia^b *i»?a aan*n tau: att*n 
taa^aïaa» apbi ^bn ïW9 ma ,biaNb nai tntt ï-pm t^bi hrna t^bi 
isia bai ittï&m w^i wnt "insii -isaa riaas am» ba»u5 ira aba»i 
î-paa naa itûni rrhawi ■nbim t*y< ^ma^x ïbsai tnts msa fpH 
ï-fapïi tau: toei b^a thn aœ* t^-m TW t»wn jmm*\ mbvra 

Il la fit appeler, et elle vint devant le rabbin, qu'elle salua : « Bénie 
sois-tu par l'Eternel, ma fille », lui dit-il, et il lui rapporta l'entretien 
qu'il avait eu avec son mari. « Oui, mais j'ai l'intention de donner ma 
fille à mon frère. — Ton frère n'est qu'un ignorant, qui ne sait rien 
apprendre, tandis que l'autre est très savant dans la Loi. Mieux vaut 
la faire épouser à Isaac, ton neveu, qu'à un autre homme. — S'il en est 
ainsi, que lui et mon frère partent pour commercer; je donnerai à 
chacun d'eux cent deniers, et celui qui aura gagné le plus cette 
année, à la fin de l'année aura ma fille. — Très bien », lui répon- 
dirent le rabbin et son mari. 

Ils prirent congé du rabbin et revinrent chez eux ; ils donnèrent 
aux deux rivaux cent deniers, et chacun prit son' chemin. 

Isaac, pour aller en pays d'outre-mer, monta sur un vaisseau. En 
mer, une tempête violente, brisant les montagnes et détruisant les 
rochers (I Rois, xix, 11), se mit à souffler, le navire se fendit et tous 
les passagers se noyèrent. Par miracle, il trouva une poutre du 
navire, il l'enfourcha et arriva ainsi dans une île. Il y débarqua, mais 
il était affamé, car il n'avait ni mangé ni bu depuis trois jours, et il 
n'avait rien à manger. Que fit-il? Il alla cueillir des herbes et les 
mangea. Aussitôt son ventre enfla, ses bras, ses cuisses, sa tête, tout 
son corps se gonfla, les ongles des mains et des pieds, ses cheveux 
tombèrent, et il se mit à pousser des gémissements. Levant les yeux, 
il aperçut une herbe qui avait poussé près de lui. Dieu lui inspira la 
pensée d'en manger. Il étendit la main, prit de cette herbe et en man- 
gea. Aussitôt sa chair redevint comme celle d'un jeune homme, et il 
fut guéri. Puis il se nourrit de cette herbe tout le temps qu'il resta 



UN RECUEIL DE CONTES JUIFS INEDITS 73 

mu5 nrm ba&o aw? imsa npbn rr ùtoiîti 137393 bia^b naba 
,ûib (...)pT ba iiî^a rpn aiay imawi aa-in^ pp n?3 niaaa nia a 
Samr. an b^ >npi naa ïnriN !-sr>ao îifin r-nsna© ^rna -imb 
itabma t=np73 i-rnab ^y ^b&n "jn^aa "pria d^ni "OTtti ^"&n 
nbn?3T 5^3 ba t^ïD^ib i-mïï^n mu t-o-n isk ^a 'pauj ina lawi 
Sa ib nsrs ï— tsïtî irmaa >wn i^aa "pin tt?3 ^ ^nn r*rn b"N 
d^isn ^rab ^12373 *in73 mnrr tznat»? ^im wn *j72 npbT nias En 
an riro inriN *p* ba mn^ taa^birn im "îabï-n i-iraoa 03a:n 
■innia-n ^biarj bx t^a ,3mst73 ï-nrs ^b^n am û^-ns^s wh iioa» 
tjk ^"m ^3n ^nN r^an wik b"« rsna ^73 nb n^an rrana -paNb 
■rçtn *|b Jns ■»mN K&nb bain dn ^b^rr b"a ■jrrtwtâ ^ma e^snb 
naxi "137373 ba.\i isaa maatb a^3> ima p b-iaab nb ^na /rnbbn 
ba cannai tnirrarî amn p ib fna ^a nriNi idis ba nsai irjn 
an tzitt Sa t^bi frnam ?as xb nsia baa ia r-pn j^bi niaa 
^b^rr "ra? ,10173 wyh bpn ama ïtïti pp w niaaa vnaa naœi 
■*2fcrirj np "pob vnsba i— ran w^nn nnK b"Ni vbn ^ab baïi 
httnnœ ï— t?û ba npm ^bn vn-nxi» baai !-i3n73a ^b irpî-m 137373 

en cet endroit. Au bout de deux semaines, il aperçut un navire qui 
arrivait. Il appela le capitaine et lui dit : « Permets-moi d'entrer 
dans ton navire, j'irai partout où vous irez; je te récompenserai, car 
je suis un excellent médecin qui guérit toutes les maladies. — Viens, 
béni de l'Eternel. Que fais-tu ici et comment y as-tu arrivé? » Il lui 
raconta alors toute son histoire. 

Il prit des deux espèces d'herbes en quantité considérable, la 
charge de deux ânes, et il entra daos le navire. 

Le vent les couduisit dans une ville dont tous les habitants étaient 
lépreux, même le roi. Isaac se présenta au roi, se prosterna à terre 
devant lui. « Qui es-tu, lui demanda le roi?— Un médecin, et je sau- 
rai te guérir de ta lèpre. — Si tu peux me guérir, je te donnerai la 
moitié de mon royaume. » Il lui fit prendre de cette herbe pour lui 
faire enfler le ventre. Son ventre enfla, en effet, et tout son corps se 
gonfla. Puis il lui donna de l'autre herbe, et toute sa chair fut guérie; 
il n'avait plus sur tout le corps ni plaie, ni marque ; sa chair redevint 
comme celle d'un jeune homme. Il était bien portant, léger et extrê- 
mement vigoureux. Le roi se jeta à ses pieds, lui disant : « Tu m'as 
ressuscité, mon royaume est devant toi, prends-en la moitié, je t'en 
fais cadeau ; visite tous mes trésors et empare-toi de tout ce que 
tu veux, tout est à toi. Tu seras préposé à ma maison, tout mon 
peuple t'obéira, j'élèverai seulement le trône au-dessus de toi(Gen., 
xli, 46). — Je ne veux rien de ton royaume, je désire seulement une 
ville qui appartient à une province de ton frère. Tu lui donneras en 
échange de cette cité une autre ville de ton royaume. Je serai le chef 
de cette ville et les habitants me serviront et me paieront des impôts. 
— Qu'il soit fait comme tu l'as dit ! » 



74 REVUE DES ETUDES JUIVES 

j^oars pn ■»»* ba piûi *p D b?i wa b^ rpîin ïinNi ^buî baïn 13 
dn ^a rtaiwa frrtebtt ba^ rum ^\\ nttÉri pnar» i^n ^73» biaK 
■-p* S-irvi» tpbma ib jnm ^prix "fl-iba nmfr nmaa iûmî nn« T* 
ta**©5Wn w («'«) Jima» btoiîai a^btts ïtïto ^ni ^mabyaa mna* t* 
r-nan nusa s-roy p ^bïan b"« ■wasm 072b (!)i-rrp r-raina moa 
iïïn wwi nT pati ba mttarb tus bj* ûnso ana^n ^b^n wi 
'-p* rima tpb'Mna i-isrpœ ■— pi> iira imabfca "nna^-i -137273 lapa^ 
ntDN ùwiawatt bai tnbinrt ba XDn" , i ^bjatt n^aua tnnm ana^n 
marj fcranai a-nb ann tpa ^b^n ib ïm ^-p? ï-imsa rM 
tibias "iaa 'pttft d^i?:: û">btt;n t-nainan mnaiûi û^iari trpbinai 
tr^ana tyran nb ^n^iri rb« r^a^n i^sn fn»*b "priN Sn nma 
•j-na /în^aatt ûwnn tp-isan naîn ntoKb ta jb7o- *pbN nbtt r-ïbacï 
înniD» nb snwn Snbi^ia ï— rnTaia riEia ma 'fbtott foinsui "ja wm 
•paa st»ïitd.. *T3> hm«a "i^bttîm a*nb an-n qoa ib froi Svw 
aana toïi ^jina «ai -pj> [**'<?) ïirvwwa a^biûi no rra^i na mm "ifcfin 
Sai t^"iï-i biawrt *pna (««)ïwi ^brn .aniai rpaa s-np&a bina 
irat-n m»?! infcbtëa fcavïi nm&n /îbm bai widi ■pnasn Tvnnati» 
t<a i^îbo îKnw )vs /ma» ^nN ba ïtwïi jmb ï-isinr: ^ans ^a 
rïimN tanpbi t<ab ban iram sm*5M ib ■jçpb lan j^a nn pror» 

Le roi fit écrire à son frère d'exécuter ce que demanderait cet 
homme, et de choisir dans son royaume la ville qu'il voudrait 
en échange de cette ville. Il scella la lettre du cachet du roi (Esther, 
VIII, 10). 

Isaac guérit tous les malades et lépreux qu'il y avait dans la ville, 
et le roi lui donna de l'argent et de l'or en abondance, des pierres 
précieuses, des perles, des serviteurs, des servantes, des ânesses, des 
chameaux chargés de beaucoup d'argent. Puis il l'envoya à son frère 
pour qu'il exauçât son désir. 

Isaac arriva chez lui et lui dit : « Sire, voilà ce que le roi t'envoie 
dire et voici les lettres scellées de son sceau ». Eq apprenant que le roi 
avait été guéri, son frère se réjouit extrêmement et fit à Isaac un 
grand festin; il lui donna de l'argent et de For en abondance et le 
pouvoir sur la ville où son père, sa mère et son oncle demeuraient. 
Il devint le chef et le prince de cette ville, et.il y entra avec une 
grande cavalerie, des troupeaux, de l'argent et de l'or. 

Il alla et disposa dans cette tour, lui, ses trésors, ses serviteurs, 
ses cavaliers et toute son armée. 

Or, ce jour-là finissait l'année. On fit tous les préparatifs de la noce 
pour le mariage de la jeune fille avec son oncle. Voyant qu'Isaac 
n'était pas revenu, tandis que l'autre l'avait fait, on résolut de lui 
donner la jeune fille. On prépara donc tout pour qu'il l'épousât. 

Les Juifs voyant qu'ils avaient un nouveau seigneur, le craignant 
fort, ne voulurent pas procéder au mariage sans sa permission. La 



UiN 11EGUEIL DE CONTES JUIFS INÉDITS 75 

wn *nns toi-rb* iznn iiabu: tanb ïTrtffi S^topîi -i&nro i*nai 
i-ntt* ,iiabiDn mtm t<6a nsinb ï-TD^bïib istn r<bi tne na?2tt 
i2im nm» s-rparr ab t*»m pmr rrwi 1"iBb\Bfi ba nabm s-no« 
Snjm ^eoa "pna iariN vasb n»Nm nr-iN rpsab i rima m Taab 
nbYtt nrw na ib ^ înain -fmab^a '■jw "pwi fmbc toip^n 
mun iib in ûwim !rn*Dtt W» ban nsinb oaa^b na»ï a^am 
nna nb mn ^a i^aT-ppn nrtttb ^a nniaa> ht bai nsnnb ïio^aanb 
unp^a a\a rrnïib ï-rarn "^n n»&n yuabw ib rtaa> pn^i boi nïïu) 
*pnb ib m en ,fcaaaimuja l'Wptt ton» "]^n i-wn&n ^na ta^n 
iwffipaïi i-nab ïip^aam !ina nosTei rvjuîpi nn^ab nabr-; /-jmhDbi 
yiab©n nn« inbun nbabi innb maa ainab tara fcamfpïi ba lam 
1">n ^-ieni pïabuîn ia nstt ï-maîi œnpb »■»*«■! ï-nnODi taaia t<ai 
■QN s-rn pw» ^n "O ynDYPpii bdiûe ^b *a i-rniN UD^pb i^ "jb 
ba tamsai taanb nsnoi i:wa ^aann nn^n pi mi riT-i ^aa un 
ïjb "O ^innrî iiaai ïnttN iaabia y-ieèo ssïtw t»ïitd ta^ann 
j-rn-iN unpn ^brn /jnptta ■on ï-rniN lûnpi ^bi unpb cas^ri 
rtbrtt nn?au: bnpn Sa*i i»ni i^as tabia inwn nsnnb wawn 
"pis* irii t^tirn Mniïab ims nmpfi ba Yrnbi i^b-i ia^b nao^i 
wm p-^n a-on iaw iB'wtt *m ynan baa o^btDi niran Sm 

mère alla donc le trouver : Isaac la reconnut, tandis qu'elle ne le 
reconnaissait pas (Gen., xlii, 8). Elle se jeta à ses pieds et dit : 
« Sire, que bénie sois ta venue, que Dieu augmente ta prospérité et 
prolonge tes jours sur ton trône. Voici, j'ai une fille déjà grande, 
qui est sur le point de se marier, les préparatifs de la noce sont faits, 
donne-nous la permission de la marier. » Elle agissait ainsi pour 
hâter la noce, car elle craignait le retour d'Isaac. Le prince lui répon- 
dit : « Je désire être présent quand cet homme épousera ta fille et voir 
comment vous vous mariez ». Elle dit : « Par ta vie et ton repos ! » 

Elle revint chez elle, attifa et orna sa fille, et la fit entrer dans la 
maison delà noce. 

Là vinrent tous les Juifs pour faire leurs honneurs au fiancé et à 
la fiancée, puis il mandèrent le prince, qui arriva. 

L'homme allait épouser la jeune fille, quand le prince s'écria, en 
colère : « Tu n'as pas le droit de l'épouser, c'est à moi que revient ce 
privilège, car je suis Isaac, et voici mon père, ma mère et mon oncle ; 
telle était la convention faite entre nous ». Et il se mit à énumérer les 
conditions qu'ils avaient conclues ensemble. Tout le monde s'écria : 
« C'est vrai, c'est toi qui as le droit de l'épouser, épouse-la et jouis 
de ton bien ». 

Il se fiança à elle, puis la conduisit sous le dais nuptial, à la grande 
oie de tout le monde, de son père, de sa mère, et de toute la commu- 
nauté. 

Il raconta à sa famille toutes ses aventures. Il était riche, puissant, 
prince et maître dans tout le pays. Il vécut longtemps et resta juste 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

i-nïT p ib î-pïi ^-iis&oi n*Dai ta^a nbTn toi ba î-n?i 

.1?2N 13b 



XI. 



338 b 



stïti nwa !■»■» ton ib min bYrt -puî? fin™ "ma an&a rmn 
ixk rrrvûEn mî-nm m^-in yi~\$ i-rona s-pm ^irvm nniN as-n» 
^a anafc idi r-nfcirtn ïrna Tinai Yronb mns rtns ia s-pm 
to"n»iN en tDiis YipT to'nrprai im.ab -mm Nbi r^2r> t*ô ssasn 
fc-raun nmoNn tne bs^bai an w^sn î-rm to3tw bu: nnnc tDW 
nns ims n* t^ab *ron ï-nwin nmn K»m ûrrb vn r<b tpaai 
sn-nra ^ab —ift-i^T T»n ï-imN in^tj i-rb^m lainaus n» r-nanbi 
mriK nbujbT u^n "îmab Y 51 ?* 1 T* 1 * rt " rt ^^ D1 ' D /ta\ab nruniD 
-saa îmriN ^jb^bi ï-je* top trnïib in^a ba> Ttsab ê»Kn Itttoi 
•pa-i ûio rïiiDi mna nbia -na^a ^b^n bs «iKft ^bn /jbntt ûipa 
wam *mn ïitïîsn *3j>»ib i-rrpa b? n»«b rni^ai ma^rt nsa *p 

et pieux toute sa vie. Ii eut des fils et des filles. Puissions-nous 
avoir le même sort! Amen. 



XI. 



Un homme, très riche, était marié à une femme extrêmement 
belle, qu'il aimait passionnément. Sa cour était fermée par quatre 
murailles hautes et fortifiées. Une porte donnait accès à la cour. 
Quiconque entrait dans cette forteresse n'en pouvait plus sortir pour 
revenir chez lui : là s'ébattaient les démons, ou, d'après d'autres, là 
était la porte de la Géhenne. Or, cet homme était très méchant ainsi 
que sa femme, et ils n'avaient pas d'enfants. La femme brûlait cons- 
tamment de l'envie d'entrer par cette porte pour voir ce qu'il y avait 
derrière, mais son mari l'en empêchait et la surveillait, connaissant ses 
intentions. Une fois que le roi, ayant besoin de cet homme, l'avait 
mandé près de lui, il commanda à son intendant de ne pas quitter 
sa femme et de la suivre partout où elle irait. Puis il se rendit 
chez le roi, comme il lui avait été enjoint, et demeura près de lui 
quelque temps. Cependant la femme insistait auprès de l'intendant, 
lui disant : « Ecoute-moi, fais ce que je demande et laisse-moi en- 
trer par cette porte. Je te donnerai tout ce que tu voudras ; si tu 
exauces ma prière, sache que je te comblerai de bienfaits. — Je t'en 
prie, ma maîtresse, répondit-il, ne fais pas cela et ne cours pas vo- 
lontairement à ta perte, inutilement ; mon maître m'a ordonné de te 



UN RECUEIL DE CONTES JUIFS INEDITS 77 

fttsjn dN (^)n*T ^ Matnma mj bs -[b \r\\n ia&n rrnsïi ^m ^b 
t*ia ba î-ib n^N ^r s^bn nD^ïi ^ ^7273 nuip^To imto îito ^b 
n73wNb im« ïtiï ^n&n fcasrra 'passy ■nnam "vroDn ban nw imn 
•^rn- ban ib nfc?: iwai vbi> "fruits nxbDi 13 13^ naM "piMb 
ib m»N ,înb"i&WJ mnn -ina*^ (!)*mn s**bi rwii inb'mîi mnn 
?<b Nim ,nwp "nnotta pnn-i73 nnorr Taaa t^bN ^ba* s**btû yn 
j-fâbîiiB 12 *vm i-obb t-iswan» 5*orr w ,i— nuîn rrb nnb ron 
Sipn ra^ari prit ,'rpaa dns u^n "pan ,iaiG3 t^bi imd b^s n^nb 
*w r-Dbïi t*rm ïtnn» y-p-i ^n wnn nyaan t»b3 piDo*n brw 

!TOM1 1T DN d^DD73 "JttN BTOIÏI Ï172U5 J-lNdlD JTOl ,rtr»B!l ^Db 

1» t^3 ^n S-J2N *:an u^nït 172N ,î-rnnN nno r-ibnm tnasb Tb« 
ûio mm /-nm («c) na^ûm ©*wi ^br-r "WN na r^Sï? ira a rni^n 
bD3 m? nan "inm dn nan a*bi aora "jt^di /îma ba* na™ ao ^ 
•jaw-i *i7:ri3b va^ia b^ nam ,tjb*rm irm ta^sn-n mna* ts&6 
^•na *aa i-ihin ^m nbia«3 bsa* vira a ba< nn« Vj naan dhannb 
tora jeidi nnDï)a mnb t^nra i* a*£73 t^bi îma bm «bioci ^br; 
Wfcia ^nraa* ^iay ^ibs ï— ît ttnjsn ï-ina ^ ^n^an ,îiaNnEi ha*tà 
•prim ^i rasb bsm vba* Skpi ^b awirnaïi -p:^ ■*:&* b"a* naia 

garder comme la prunelle de ses yeux (ou plutôt : de mes yeux), car il 
a pour toi un amour indicible et tu lui es extrêmement chère. Ne 
commets pas un si grand mal et ne fais pas descendre sa vieillesse 
dans le malheur, dans la tombe (Genèse, xlii, 38). — Par ta vie, ré- 
pliqna-t-elle, je n'irai que devant la porte, à une distance d'une 
portée d'arc. » Mais il refusa de lui accorder l'autorisation. Toutefois, 
comme elle s'obstinait, elle réussit à aller dans la cour malgré lui et 
sans son assentiment. Il n'y avait alors personne avec eux dans la 
maison (Gen., xxxix, 11). L'homme poussa un grand cri, se frappa 
les mains, s'affligea beaucoup et courut à sa poursuite, mais elle 
était déjà devant la porte. Là, quelqu'un du dedans lui tendit la 
main, l'attira à lui à l'intérieur et ferma la porte sur elle (Gen., xix, 6). 
L'homme s'écria : a Et moi, où irai-je (Gen., xxxvn, 30) devant le 
malheur de mon maître ?» Il alla se cacher dans une chambre et y 
resta jusqu'au retour de son maître. Celui-ci, ne voyant pas sa 
femme, ni son serviteur, tomba à la renverse ; il en eut l'esprit 
troublé et s'évanouit. Tous ses voisins vinrent pour le consoler, 
mais il refusa les consolations, disant : « Je descendrai dans le 
scheol vers ma femme dans le deuil (ibid., 35) ». Et il la pleura là 
grands sanglots. 

Il alla à sa recherche dans toute sa maison, sans succès, jusqu'à ce 
qu'il arrivât à sa chambre à coucher. Là il entendit des plaintes et 
des gémissements. « Qui es-tu, es-tu mon serviteur que j'entends 
gémir? » — « C'est moi, ton serviteur, coupable envers toi. » Et il 
s'approcha, se jeta à ses pieds en pleurant et en suppliant. « Où est 
ma femme? » Il lui raconta toute l'histoire. « Je jure, s'écria le maître, 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

WM f<b ttShaïaa b"N ffiûj^n ba nb ncôi TO* ^nm pin b"« ib 
r*on tanpa r-rpsai **w p"»tt jhnib ^^ ma» t*ôi aipto« r<bn 
-ib t^n ba pa nssa? rw ,1-1723* rrpfib ^-aaiN uni rai? s^n frai 
^bî-772 lama ^jbim bna "iy ^ina oaaaaia *r* ■rusa ib "jbîn -pa-npb 
inn watti ^nrroi ï-T/aipa ^awa bnia "ihn u:\sa yaai &w s-jw» 
ï**b ^a 157273 "1^73 ins'n «wi T-irm aibu: nb Tînm fcpnba ib pa 
fin iBpaE ï-tn« ri72 *r»*T '-aman ffihan b"N iïtieô taabi272 Fian 
rr7a-ip72 nx ^jn-in **i2S xih nann &n F-n&nb 1:5^373 nn« ^rra» 
ï-ram c^snrr un ^b72n Frnara ba ^aca b"N î-rba na-in nntri 
•p^a w Vynan œian S"n /ftta» "jb^b Fiarn vnitt Nb ^b taan^b 
û^2"> nai72tt ara "«b» nna"ônn b"N in b"« ia n-j-ia nnwzi ûtn muî 
Sa nazapnai "irvab t<ai ib ■jbîn 127272 ^ntaaa ,ï-ran tin t**atnm 
anb n72N /intta» -ian ava 3>72\a in N1X72 un ib -ibwai rb» vaina 
tana imia* dn ,nanatN«j ri72 mmb rramtD ûtn D-ua aaa ia-> ^72 ,p 
Sia^ pïn anaïn t-i^n Na nns> .tua?: din tn»b taabnraœ naia 
Fin** ^ai™ n72Ni mw» nn» sa ■wfci ba -ib imtuana ïi72 ba ib bittab 
ba tzi^pNi "pian :>a ^b* mwn îttij* ^n ^1^272 ^n»»in ■wib'M 
-a instsri ^a S"n /watn n^N Sab nnïai wr s-vtt»i /pnx» 

de ne pas m'arrêter ni d'avoir de repos que je ne sache où elle est, 
ce qu'elle fait, et si je peux être avec elle ! » 

Que fit-il ? Il distribua toute sa fortune à ses proches, s'en alla 
et arriva à une grande forêt. Il y marcha pendant six jours et finit 
par rencontrer un homme de très grande taille, noir et laid extrême- 
ment. Il le salua, et l'autre lui rendit son salut. Mais notre homme 
tremblait et avait une grande peur de lui, car il n'avait jamais vu 
quelqu'un de pareil. Le géant lui dit : « Je sais ce que tu cherches ; 
tu cherches ta femme pour voir si elle veut venir avec toi. Je vais te 
montrer où elle est et tu lui parleras. — Pour tous les trésors du 
roi, s'il me les offrait, je ne voudrais pas t'accompagner. » Le géant 
répliqua : « As-tu chez toi quelqu'un en qui tu as confiance ? — 
Oui. — Amène-le moi d'aujourd'hui en huit, tu me trouveras ici. » 

L'homme prit congé de lui et revint chez lui. Ses amis vinrent 
s'assembler près de lui en lui demandant s'il avait trouvé ou en- 
tendu quelque renseignement sur sa femme. « Oui, répondit-il. Y a- 
t-il parmi vous un homme qui veuille faire ce que je lui enjoindrai? 
Si j'ai fait quelque bien au monde, à quelqu'un d'entre vous, voici 
l'instant et le moment de me rendre tout ce que j'ai fait pour lui 
toute ma vie (sic). » Vint un de ses jeunes gens qui lui dit : « Mon 
maître, tu m'as élevé depuis mon enfance jusqu'aujourd'hui, ordonne 
et j'obéirai à tes commandements, et je m'acquitterai avec zèle et em- 
pressement de ma commission. — C'est toi que je choisis, car je t'ai 

1 Est ce b^aUîa « en route » ou iai2îa « en captivité • ? 

2 Probablement un bourdon : "^23* tfa ^722?. 



UN RECUEIL DE CONTES JUIFS INEDITS 79 

— M3N ba tlvz"} V2y Na non a rça ^a-i ine bwi lat» 'pnwtM 
ftbwia aœ ïw ^îaa a-ipa n^ -una -wa^ ttît barro» "oVn /■pia 
nan b"« /ine toe ina'n miN wm n-pi bvrarj ^an fcaœ N^a^i 
ftrifin inujN taipab h p*b , n Nim EFNtt !"it û* ^b^b r;nN ■fn» "P 3 
tnv !"Pttm ^aa "paa ^b ^n« "fa* mcahb bain uni irb» nain 
*pnb la^-im -iïï3> ^bn n*w -ima ïtd*h p b"« ^b hio» («e)baE 
,tarrs:n ds^j a^baia ^aa mma ta^N 133 nain ao rwm tpynâ 
ina -nnb na->bin laii» ruas ïhn ■win vw b"N ïmab im •tiViN'i 
F-imputi TDia aï-iî rra^a «tn J-nT'pïi ■nfitt ba rprva ib fflaTittan 
arnnpa nniBY» îavr» rnaa* n^n t-narianm i-naviN smma a^a^a 
frïTi ib ïranaa ant i-pma*ao Sai anT "•*«« niaanbai ant bu: 
d^eid nb ©*n û^e-hn nba^a 13^» ban -p-tf anT b\a 'jnbiu: î-paea 
lab i^a ib 'para totta «yn ,nba«E rnssb ta^mn ' saan?: «•» i-iann 
inb n»an ,HafclR -psab ba: îim« t-iarw frb ,arjT buj aia "pria 
ïiaba Dira tabula w*n ab\a taii nun rimab maa» pbrou *pna 
■Hjokh ^-ncn ^m» 'pïaaM ï-wh "»5« -nasa *p ba n^iaïaa 
fwinR ^nbia bnm srp^na ann ca^n ba SaiN iïwi 711 a s> 
î-iNin nnNï) rra ba r^aia vn^ ib m»N ^bair, as T»b« ■wanta 

trouvé fidèle et bon, et j'ai confiance en toi. Viens avec moi et fais 
tout ce que je te prescrirai. » 

Ils partirent ensemble et arrivèrent dans la forêt à l'endroit in- 
diqué et y ils trouvèrent le géant. Le jeune homme, à sa vue, fut 
extrêmement effrayé. Son maître lui dit : « Mon fils, il faut que lu 
ailles avec cet homme, il te conduira au lieu de résidence de ma 
femme. Tu lui parleras, et si lu peux l'emmener, je te donnerai une 
grande fortune et lu hériteras de tout ce que je possède. — Ainsi 
ferai-je comme tu l'as dit. » Il alla avec lui (le géant), et celui-ci le 
conduisit dans la Géhenne. Il y vit quantité de gens de sa connais- 
sance qui subissaient leur châtiment dans la Géhenne. (Quant à son 
maître, il était retourné chez lui). Le jeune homme dit au géant : 
« Montre-moi la femme de mon maître ». Il l'emmena dans une pièce, 
et le jeune homme vit que toute la pièce, murs, plafonds, était re- 
vêtue d'or fin, que le plancher était de pierres précieuses, rouges et 
brillantes. Il aperçut la femme de son maître assise sur une chaise 
d'or, habillée de vêtements d'or, tout environnée d'or ; devant elle 
une table dressée en or; toutes les variétés de ses mets étaient 
rouges ; elle avait des serviteurs en grand nombre, les uns lui cou- 
paient sa nourriture, les autres lui versaient du vin blanc dans un 
verre d'or. A cette vue, il tomba la face contre terre et lui dit : « Béni 
Celui qui a distribué sa gloire aux créatures humaines, car je n'ai ja- 
mais vu une reine à laquelle on ait rendu tant d'honneurs. Mon maître 
est en peine à ton sujet, il ne mange plus, jeûne tous les jours, et il 
m'a envoyé à ta recherche pour que tu reviennes, si tu le peux. — 
Mon seigneur, répondit-elle, écoute-moi : tout ce que tu vois autour 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

r-naaib» i3»«3 tt» toi pb-uam rrrr: -nrr: ïiiana om ^ma^o 
■JT73N ^ &nii ta« nbaiN i3Nttî t:u ban m nauiv lafiWJ scnnpn 
ttJiDi nra ba nmio ia«D 'jmïto na« jsin "pin /nisai nna ba«n 
r;3>ia riNttb pana imN jma w»n ^bu: nbia tab^îi ba rrn iVwi 
b« -i72Nn *pn (*«) idiai ^n?iD2 nsTWJ *3Ktt wi8 vipb "pnb nn« 
"ib nfiwn fcaynaa an p p-iaa bfcnu^ canons bau: ib naNm ^vjn 
ï-ib n»« ,rwiDnfi na bina ■o dvin via?» p miian s-nwnp 
nn ï-ia-in iasa nb rn»« ,ttîfi niapn "pin ba ^b «r ^y !tn»ai 
imn ï-nai ma© Tibb^m ^nns ©"^b viaîra 13 vpujyia imaian 
n«Ol nNi3i /»n»rm ab ta^nn-n fcaiw ban iban tas» naaiTB 
ïTiaN ntn "pin i» ^rrnab d^in ûiœb inbna^ c^rj nb -wn ^irw 
nnN p ^b mn ont tabiJ»a d^aa ib !-pn Nbia b-win i^b ib 
Tina "pan* nu^ni piM'n 'n nN nana a^ana nttib terno r?3>a?3 
!-n»N maiû tpoa r-naa v^ïi ibia ampi w iz3bi3>b "pianh 'm 
rj*aatt*a rrn fwuwD rint* (!) arasa ib ttanai zint ba nao^-i *jb« (!)ib 
naa nwiN nnwa mab ib ht «rt*» *na« ib mjpin i-ib pa mrm 
i-natt) "îararna a^an tz* ib "jbm ttaaa -jùsai /rb» Taan -hdh baïï 
naTiN ■tti&ntD "jtd »vnab ^bm 127373 nasat nnpbia ûip^rs "73» làyViïn 

de moi est un feu dévorant ; cette chambre, cette table, ces vêtements, 
cette chaise sur laquelle je suis assise, tout ce que je mange est en 
feu, et ce feu me dévore corps et âme. Le vin est du plomb fondu 
qu'il faut que je boive toutes les heures. Si l'univers entier m'appar- 
tenait, je le donnerais volontiers pour sortir une heure seulement 
afin de me rafraîchir, car je brûle corps et âme. Ainsi diras-tu à mon 
maitre : tous les pécheurs israélites sont ainsi traités dans la Gé- 
henne. Tu lui diras aussi de se repentir de ses mauvaises actions, 
car grand est le pouvoir de la pénitence. — Et pour quel péché es-tu 
punie si cruellement ? — Pour beaucoup de fautes et de transgres- 
sions, car j'ai été adultère, j'ai violé le sabbat, j'ai eu des relations 
avec mon mari pendant les époques, je n'ai pas eu de pitié pour les 
pauvres et les orphelins, j'ai commis tels et tels péchés. — Est-il au 
pouvoir de quelqu'un de te racheter de ce supplice? — Non, répondit- 
elle, car je n'ai jamais eu de fils. Si j'avais un enfant de mon mari 
qui pût dire en public : « Bénissez l'Eternel digne d'être béni », et 
que la communauté répondît : « Béni soit l'Eternel digne d'être 
béni éternellement », et si mon enfant récitait le Kaddisch en en- 
tier, je serais quitte à la fin de mon année. — Eh bien, j'irai ra- 
conter tout cela. » Elle lui donna une bague qu'elle avait encore au 
doigt et dont son mari lui avait fait présent : « Tu diras que c'est la 
preuve de la véracité de tout ce que tu rapportes ». 

Il la quitta et s'en alla avec l'homme qui l'avait conduit et qui le 
ramena à l'endroit où il l'avait pris. Puis il revint chez lui. En le 
revoyant, son maître se réjouit fort, et lui, il raconta tout ce qu'il 
avait vu; il lui montra la bague, et l'autre ajouta foi à ses paroles. 



UN RECUEIL DE CONTES JUIFS INÉDITS 81 

•pfcNï-n man ib froi m&nia rra ba ib ms^ai mb-i-n nn^u) n»iû 

2Db tr»m tapai nosars mab "çbn w»n imN may nra mia'rb 

&id» tt Nbi miM3 miian mzisn nb iviaïaai b*m "oaa ï-r"nprt 

■^nb 1731TM ra^an imN ï-n»&o bnp ha nn^i in7au53 ï-imsra iy 

.«bttN ùmm-iin&n ta" 1 ^ma b^mnb '3ta rro tzmpb aon tzib^n 



XII. 

f« 320 a. 

-ma p nb ms-n smabwb anpi n^iD^ ï-pïiib in» Tana î-tc)*» 
133b ms Ton nniN bta wmaB m^a-i dam n&ntt ns^i -inw ï-td-> 
13> ta-np b^nn-n bbsnnb imn aip*na riy©» no3an ma» nsf s^bia 
mbcn mw t^bia ia-ia nttib "inN fcaip"» taat dm nnbsn ba mwia 
^iû*fca Tinbatî-n "^ Sa "»mta3> pi "inbsn mitointa ir imat )r\-nï-t 
San osan "prin wium masan ma na ^ta -mja ma*n aa ta;n 
pm ,-ittbij> rmab mon im» ^bm ,nnbsn )mn ^iw^ i? ^sn 
oiaa i"" a rai -jb^n ^3Db t-nia» mm vn-h bab n»n3 "inïï imn 
mnva im« D^ms wn Earpasb -usai anb ^mm rrabttm ^b^n 
"jbTan bx t^a-n in t^3p"n ^b^n rwuîtt im» t^mi a">tttab iabi 

Que fit cet homme ? Il alla à la synagogue, invoqua Dieu avec de 
de grands sanglots et le cœur brisé ; il fit une pénitence complète et 
ne quitta pas ce lieu avant d'avoir rendu l'âme. Une voix céleste se 
fit alors entendre : « Cet homme est destiné à la vie future ». Ainsi 
se vérifia cette parole : « Pour faire hériter à ceux qui m'aiment les 
véritables biens et remplir leurs trésors ». (Prov., vu, 21.) 



XII. 



Un homme pieux et riche, appartenant à la Cour, avait un fils 
beau de figure et de taille et instruit. A ea mort, cet homme pieux 
recommanda à son fils de ne jamais sortir de la synagogue depuis le 
moment où le ministre officiant se lève pour la prière et commence 
le Kaddisch jusqu'à la fin de la prière. « Pareillement, si quelqu'un 
se lève afin de dire "iana pourn'avoir pas entendu l'office, attends qu'il 
ait terminé sa prière. C'est ce que j'ai fait toute ma vie et j'ai réussi 
dans mes entreprises. De même, si tu passes dans une ville où il y a 
une synagogue et que tu entendes le ministre-officiant, entre et ne 
sors qu'après la fin de l'office. » 

Cet homme pieux mourut ensuite. 

Le fils était très aimé de tout le monde; il avait une charge à la 
Cour ; c'est lui qui versait le vin dans la coupe du roi et de la reine, 
• T. XXXV, n° 69. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

n!-n« mmn nt ■« rwn nn** v^" 1 1^ D>w 1^ ^i™ ^ ""^i 
ib -i73N <o t* ib "p^an NbT ^bfctt in n*:m ,w trs&WTai ï-Dbïafi n« 
r-nanb *]bnn ^b-n tzivrr wi isba r-iNDp o^arn» iy nn^T tzivn 
mb ^^"n td miD*b û^aan tar^y nn» ib t^sn* -pmc û^bans 
la^biam ima np "pioN-i ^n^b ren r<sa^ -ne» iD-wn ims ta^b^srt 
iidd:) nnn *]ujed j-int mz5*n aô taao mn 1 » f<ba u5Nr; iu:aa ^pnb 
r-mcn nb^bn wi imab ^ban aia-n ^manaa majN ^bnn ib ^"n 
'— in»b *npaa ta^aian ib wi Tinan î^np"n ^buTi ^eb ^-nnan 
arn rcan p^b-ria trbjnsn anb -ntt&M TOn ■proiJiB tonpab l^" 1 
S* aoTn ninart tzip^i npaa wi ^m^as i-no*N -^k mnan l^n 
03an oioïi S>'72 wi "jT nrî wy^ înosan r-na ^sb ^n^^i Dion 
î-iban r73U5 t^btt ina* my )mn ta-^oia nns ^bsn^i noDan r-nab 
^ban Nip^T ,b-m avrt mrnû -jj> imao -i»:kd iy i^nwm na^ia n^ao 
to« terrien anb bNizn i^ort y»nn*© Qipwb ^b ib ïam rwrantt ba* 
r\^wy n^y*\zïi aib ntt&n nono b* aa-rn nataion nïra"n ^m*» TO* 
mnan wn "jujaaa nma ■D , *bi» , n im« -noam rwiaw inpii ^jbttn m^n 
arw Y 57311 û^b*iBtt =nb n^aon "paaaa ttnD»n ia->b;an "O arpn dffib 

qui coupait devant eux le pain et la viande. Ils le chérissaient extrê- 
mement, et lui n'avait que de bonnes intentions. 

Ce que voyant, le ministre en devint jaloux et vint dire au roi : 
« Sire, tu as des yeux et ne vois pas que ce jeune homme est l'amant 
de la reine. » Le roi se mit en colère et ne voulut pas le croire. Mais 
à force de lui répéter la chose tous les jours, le ministre finit par lui 
inspirer de la jalousie. 

Un jour, le roi alla voir des ouvriers qui construisaient un four en 
bois et en pierres pour faire de la chaux. Il dit au chef des ouvriers : 
« L'homme qui viendra ici demain, le premier, tu le prendras et 
le jetteras sans retard dans la fournaise. Sinon, c'est toi qui seras 
puni. — Sire, je vous obéirai. » Puis, le roi s'en revint chez lui. 

La nuit suivante, comme le jeune homme était de service, le roi 
l'appela et lui enjoignit d'aller le lendemain matin de bonne heure 
à l'endroit où l'on faisait la chaux et de dire au chef des ouvriers de 
bien allumer le feu. 

Le matin, le jeune homme se leva et monta à cheval. En roule, 
passant devant une synagogue, il entendit le ministre-officiant. Aus- 
sitôt il sauta a bas de son cheval, entra dans la synagogue et récita 
la prière. Après que le hazan eut terminé, quelqu'un qui n'avait pas 
entendu l'office se leva et dit"ia*n. Le jeune homme attendit qu'il 
eût aussi fini et s'attarda ainsi jusqu'en plein jour. 

Le roi manda son ministre et lui ordonna d'aller à l'endroit où l'on 
faisait la chaux et de demander au chef des ouvriers s'il avait suivi 
ses instructions. Le ministre se hâta de monter à cheval et il dit au 
chef des ouvriers : « As-tu obéi à l'ordre du roi ? » Aussitôt, on s'em- 
para de lui, on le lia et on le jeta dans le four. 



UN RECUEIL DE CONTES JUIFS INÉDITS 83 

iD-wn bittna i3"ps ^batt ib ntt&rn dibsnsn nn i^n ïit 3>r> dN ddna 
N3 Nnrr nam ,td«ïi i^asai lïwbœn )icni np3D -in»b "fb nbm -hûn 
q-nob m* y-n» "fb^n ^n» ib -racn "fb^ri b&* mnaîi ara-n /pra&n 
fin* mnnn ba -i^a-n in?j J-ram nbrw ïmn "[b^rt -nmi na^ars 
■prabn *p"i -p ^ ^m» amx ^nai inn» d^nba f*m "O tut 
nbuîN -naa «pan tafia ^pbranb wisti ï-^dban (*«) i» ^m« inaraïT 
Iiuîni ^b-'b irma ^jm&n TOln mm* -iuîn tarbansn m ba l-nttfcn 
■O'ïbiDîTi mm« nnai imat» icj dN narn ^b na^rb vn»» -p nns-i 
ybna i-naua p">*is 'di wn ^pa ï-ïnwû wt rin* ^ttnpaa "iztin 
ïmn T-ntt^a n* nsadn r-pan yranb rai *pbn vnrtn rœn r^an 
.maatïi d* yftw xbv ina dp ib^Ban bbsnïib 

Ensuite arriva le jeune homme. Voyant qu'on avait jeté le ministre 
dans le four, il dit au chef des ouvriers : « Le roi vous fera mourir 
s'il apprend la chose. — C'est le roi, dit le chef des ouvriers, qui 
m'a enjoint hier de jeter dans le four la première personne qu'il 
m'enverrait. Or, le ministre est venu le premier. » Le page revint 
chez le roi et lui demanda pourquoi il avait fait périr par le feu son 
ministre. Le roi fut pris d'un grand tremblement et d'une profonde 
stupéfaction et dit au page : « Maintenant je sais que tu crains Dieu 
et que ton Créateur t'aime, car voici la calomnie inventée par le mi- 
nistre au sujet de la reine. J'ai ordonné de jeter dans le feu la pre- 
mière personne que j'enverrais au chef des ouvriers qui fabriquent la 
chaux, et je t'ai commandé d'y aller le premier; ensuite, j'ai dit au 
miuistre d'aller voir si on avait exécuté mes ordres ; tu t'es attardé 
et c'est lui qu'on a jeté à ta place. Maintenant, je reconnais ton inno- 
cence. » 

C'est bien là ce que dit l'Écriture : « Le juste est délivré du mal- 
heur, et le méchant prend sa place ». (Prov., xi, 8.) 

Voilà pourquoi il faut attendre à la synagogue que le ministre- 
officiant ait terminé l'office et même celui qui n'a pas assisté à l'of- 
fice public. 

Israël Lévi. 

(A suivre.) 



MENAHEM AZABYA DA FANO 

ET SA FAMILLE 



Nous ne connaissons que fort peu la vie de Menahem Azarya 
da Fano, malgré la grande activité littéraire de ce rabbin et mal- 
gré l'extraordinaire réputation dont il a joui de son vivant et 
après sa mort *. Je vais essayer de répandre quelque lumière sur 
cette existence, en publiant ici une élégie 2 sur la mort d'Isaac 
Berechya da Fano, élégie contenue dans mon petit recueil manus- 
crit d'élégies et de poésies provenant de l'Italie et qui s'applique, 
selon moi, au père de Menahem. 

Cette élégie qualifie le père de Menahem de a prince », et cela à 
cause de sa noble origine et de sa générosité princière. Notre poète 
le compare à un cèdre que la foudre a frappé, et il représente sa 
maison comme un temple où l'on offrait des sacrifices de réjouis- 
sance. Il était savant et riche, estimé et vertueux, cet Isaac 
Berechya que la mort vint ravir, dans sa quarante-cinquième 
année, à l'affection de sa femme et de ses enfants. Le poème cite 
le nom de quatre fils : Abraham, Menahem, Juda et Elhanan 3 . 
Ainsi Menahem avait trois frères qui héritèrent avec lui des biens 
et du bon renom du père. 

Malheureusement, l'élégie, dans le passage capital qui nous 
indique l'année de la mort d'Isaac Berechya, renferme une faute 
manifeste. Il est question d'un lundi, 3 schebat 5336 ; or, d'après 

1 En 1581, Yedidya (Amadeo) ben Moïse de Recanate lui dédie sa traduction 
italienne du More Neboukhim, intitulée Srudizione de confusi y ms. ital. de Hossi 5 
et ms. Berlin 487. Cf. Steinschneider, Catalog... M. S- Ghirondi, p. 7. 

* Voir Appendice i. 

a Cet Elhanan est, à mon avis, le membre si honoré de la communauté de Man- 
toue 13KD73 b> n iDrtbtf 'Tîft'D qui assistait en 1628 à la réception de Charles de 
Gonzague I. Voir Abraham Massaran, nTiDm mbàrj, dans 3p^n, Saint-Péters- 
bourg, 1894, p. 4 ; sur by\ voir Zunz, Ges. Schriften, III, 209. 






MENAHEM AZAKYA DA FANO ET SA FAMILLE 85 

le calendrier, cette date est impossible. Mais jour, mois et année 
concordent si, au lieu de lire 5336, nous lisons 5326 *. Isaac Bere- 
chya serait donc mort le lundi 24 décembre 1565, alors que son 
fils Menahem Azarya avait dix-sept ans 2 . 

Est-il mort à Ferrare, ou sa famille s'y est-elle établie après sa 
mort ? Quoi qu'il en soit, nous trouvons ses fils dans cette ville 
lors du tremblement de terre du 18 novembre 1570, s'empressant 
au secours de leurs concitoyens, comme l'atteste Azarya de Rossi. 
Leur père, comme le dit expressément de Rossi 3 , était mort à 
cette époque. Mais ils avaient un parent dans la ville, Isaac da 
Fano, homme riche, s'occupant de littérature juive et possédant 
une superbe collection de livres et de manuscrits 4 . Maintenant 
nous comprenons pourquoi Isaac ben Mordochaï de Pologne, dis- 
ciple de Menahem Azarya et éditeur de ses Consultations, dit de 
lui, dans sa préface, qu'il descendait d'une famille noble en Israël, 
issue des princes de Fano 5 . C'est à Ferrare que Menahem Azarya 
fut l'élève du rabbin Ismaël Hanina ben Mordochaï, de Yal-Mon- 
tone, qui supporta héroïquement à Bologne les tortures aux- 
quelles le condamna l'Inquisition, se réfugia avec Azarya de 
Rossi à Ferrare et écrivit en 1573 une Consultation approuvant 
l'union de Joseph de Foligno avec sa belle sœur 6 . 

En considérant la famille de Menahem Azarya da Fano, nous 
sommes fondé à croire qu'il devait être riche, d'autant plus qu'il 
s'était constitué une bibliothèque où il y avait des manuscrits 
du plus haut prix, tels que la copie du commentaire en 16 vo- 
lumes gigantesques de Moïse Cordovero, sur le Zohar, copie 
qu'il avait achetée à la veuve de Cordovero et à son fils Gue- 
dalya, et qui se trouve actuellement à la bibliothèque Estense de 
Modène 7 . 

L'orgueil de la famille était cet Elhanan da Fano , de Bo- 

1 D'après l'avis Je mon ami le D r Brann, de Breslau. 

* Cf. Landshuth, I-j-pn^ " |k T1^5>, P- 188. 

3 Ù^i* *HNtt, éd. Mantoue, 9 a: irm nb'UO Û^tt3>3 VOS VbN ÛWlpïTl 

i3wND» b"T srwa pnsr N^rr 13a. 

k lbid. : 15ND tt^N ptl^ TIN» bbir^rr sntûm. Cf. Zunz, l^rt Û-D, V, 155, 
156, *. v. ÊOT? '"1. 

5 13ND m tp^om û-n^rs ûïi b&nurmz: moimtirt mnorattri ya. 

6 Graetz, Monatsschr., 1879, 380 et suiv. ; pn£"> "IHID, 111, 22. Mortara, dans son 
n^aTTû, le cite par erreur deux fois, aux pages 13 et 67. 

7 Voir Jona , Catalogue des manuscrits hébreux de la bibliothèque royale de 

Modène, en allemand, par M. Grùuwald, p. 17. En faveur de la vérité des don- 
nées d'Azoulaï et contre les doutes de M. Jona, je puis citer ici le témoignage d'une 
lettre adressée en 1625 de Jérusalem en Italie et qui est en ma possession : ^^3>rTl 

ibbn û'manrî batt b"p£T û^iib&tfi d^bmpttntt t^n^ù oanrt nb^tt ->b 
•Y'na waa iaan ib* b"pw ma y& \wn n"-iï-naa ûann 'yn b© 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

logne, dont un frère de Menahem devait porter le nom. Nous 
savons par Guedalya ibn Yahya l qu'Elhanan devint l'homme le 
plus riche parmi ses coreligionnaires de Bologne, à côté de Sa- 
muel Abravanel, le fils d'Isaac Abravanel, qui, après l'expulsion 
des Juifs de Naples en 1540, s'était rendu dans l'Italie septen- 
trionale. Rien n'atteste mieux la haute considération dont jouis- 
sait Elhanan et sa valeur morale que le jugement d'un esprit 
aussi droit et aussi inflexible que R. Azriel Dayéna, rabbin de 
Sabbionneta 2 . En 1635 s'éleva un débat auquel tous les rabbins 
de l'Italie du Nord participèrent ; il s'agissait de libérer Rosa, 
fille de Jacob de Montalcino, du soupçon d'avoir contracté une 
union conjugale avec Isaac da Nola. Dans cette circonstance, 
R. Azriel jugea devoir consulter avant tout Elhanan da Fano, 
qu'il appelle « un prince de Dieu, l'homme de la vérité, riche en 
bénédictions 3 » et qu'il accable de démonstrations d'amitié et de 
respect, lesquelles, venant d'un rabbin de ce caractère, ont un 
poids énorme. Les lettres d'Azriel nous apprennent en même 
temps qu'Elhanan da Fano était à la tête de la communauté de 
Bologne, dont il s'était constitué le défenseur attitré. Il tenait en 
ses mains les fils qui reliaient entre elles les communautés juives 
des États pontificaux. Il envoya d'un seul coup à R. Azriel à Sab- 
bionneta la copie de cinq bulles papales, qui sont le témoignage 
de ses efforts auprès du Saint-Siège pour assurer une existence 
paisible à ses coreligionnaires 4 . 

Le nom d'Isaac Berechya survécut dans la famille de ses enfants 
et fut illustré par deux de ses petits-fils. Menahem Azarya donna 
le nom de son père à son fils 5 ; la sœur de Menahem en agit de 
même. Ce neveu de Menahem devint son élève et son gendre, et, 
à l'exemple de son oncle et beau-père, il se complut dans l'étude 
de la Cabbale. Il mourut à Lugo, où il exerça les fonctions rabbi- 
niques et où il forma des disciples. C'est ce que nous apprend 

1 nb^pïl nbtf)bttJ, éd. Venise, 65 b. Salomon Athias, dans la préface de son 
commentaire des Psaumes (Venise, 1549), nomme parmi les personnalités de Bolo- 
gne le beau-père d'Abraham Cohen, Angelo di Fano. 

» Voir Revue, XXXI, 65. 

3 Mortara dans Mose, VI, Notizie di alcune collexioni di consulti rnanoscritti , 

p. 27 : N"iïp "ûNStt "jatibN 'nî-rais n-o-û m maittN u^n ,É, pbN «"«ttjan û*. 

* A la fin de la lettre n° 42 du ms. niD^I ">"D1 ou plutôt Û'HJTBa n'O'H, que 
je possède, il y a ces mots : TVO Tlb^p ">5 QtT l^nbN 'M3 Hhy^H b$ "TOND 

ib in in mamann T«b« arr^N r;-»ri ">b*D 'fi rt"i ûra ^mbra. a la fin du 

n° 39, R. Azriel déclare : ON «'■nf I^NDtt pnbtt YffiQD NU^Ïl btt nttfitm 

■>b ûnb^b bsv> 13 ^mbrc ïit *>"* ïY't nvBSNm) n^niNn nbuîb ysn 

* Kaufmann, dans Jetoith Quarterly Rtviêio, VIII, 515 et 520. 



MENAHEM AZARYA DA FANO ET SA FAMILLE 87 

une élégie d'Isaac Sabbataï Rocca l , qui nous fait connaître aussi 
le jour de sa mort : le deuxième jour de Pâque de l'an 5411, 
c'est-à-dire le 9 avril 1651. Son oncle, beau-père et maître, Mena-- 
hem Azarya da Fano, était mort le 5 août 1620 à Mantoue. 

C'est également l'auteur de l'élégie sur le père de Menahem 
qui célèbre, dans ses vers, le talent poétique de Menahem et loue 
un autre membre de la famille, Aminadab, dont il exhorte les 
fils à faire honneur à leur père par l'étude des sciences 2 . Il est 
question d'Aminadab da Fano comme d'an des membres les plus 
estimés de la communauté de Mantoue jusque vers le milieu du 
xvii* siècle 3 . 

David Kaufmann. 



I 
•ïwia pnir> 'ad ba* !-jr>p 

Mètre : 



s-rwa pmr> "-utfïi Sa» , 4 sr-a «^a n^p t^raa 'dp 

ït nnnbra vb$ ttbaa , 5 i-nn i^abn nad 

«rmit:: hiï^ba* "pb^n da ,imdn vhy ïib* ^a 

8 rrba> da ma b^sn , 7 &ob-in h](n)pa> t^bia bpu> 

(«■ns -nd id) rm*N ï^n , 9 tiwi3a dn^a iiaiiN [p]a>:£N s 

w [KWpai.] 

"ï^m-ûep T^ba» moa» ,« *-prra)îi ima b^a ya» ^ 

rm'ra'tti m w^n /pima tût Nba n^a 

ïTOId ^K nbN ba> ,!r:dn Nbtt dbtt tt)-K ba* 

mbea» y-w ba yt* ,ïia»mK da» ûww p 

1 J'emprunte l'élégie au ms. pfiSfci nrj^pb, I, de (eu B. Zimmels, rabbin. Voir 
Appendice II et Zeitschrift fur hehr. Bibliographie, de H. Brody, II, 97 et s. 
* Voir Appendice, n°» 145-148 de mon petit recueil. 

3 D'après les registres manuscrits de la « pieuse congrégation » de Mantoue que 
je possède. Cf. Steinschneider, Catalogue des mss. hébreux de Munich, n« 386. 

4 Sanhédrin y 64 a; 
8 Ps., exil, 13. 

6 Nombres, xxxv, 20. 

7 Baba Batra, 54 a. 

8 Toma, 84 6. 

9 Isaïe, xlii, 14. 



10 



ÉWKB3. 



< *w ■ 



» Deut., xx, 20. 
18 Berachot,ix, 1. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



'irniD bbn bas dNnd 

*î-pdy mn Q5 irrapn d-n 

5 ;rnb b* iinsw D^ 

rroin &orj "nb* iujd5 

îTfcTï d* dbN3 n^"> 

ï-PISl ^irs ndtt b? 

tr&înBai d"nnDïïd 

mn yw ûïton *d 

man ina Nb aun ba 

8 rpïtt)*rr r»n(n) nbiy 

*o*ndd «in mm ndU5i 
I0 s-p&na ^n^n bdîi 



/i"biûrt adidb 'a d d^ 10 

^nn^îN np3>Trr rrd^pn 

/rt^dn Tttn i-nbv>d 

,d*i bip f^du dtr-idN isdn 

,dri3n in» ûna*n 

,m-ibn rtb[y](N)rt ft*ntt , ni5 

/pibm n-iï-j i^nb» d* 

n^n idd^ nba V3d 

,fcnron dnb d*npN rwi 

,rn*33!n 173 dbtt -ndd 

' ,bab inM3 ïid-ipiïi 20 
^b&na dà d^ba biSN 
,pim ban toi» bitt^n tj 

,ÏT Dd b3> T 1W3 m» 



an 



Mètre : 



ïrii d^73n p^£ Id^N b? 

i-pfi i^d3 m^n nsna 

rrnnb i«d nsiit v®59 
ms-n pmf n^n «iin 



dn 



.i-id^nn in i-pat» pnt 'Ndp 
/o*n [bNîrtîl'n] ndi3 mtt 
,n*dnNi û^ya-iN ïrn 
,mdin da nxy a^ben 



r iati naNdtt itw dfi3?a 'îi»a sib^sn m^d tmb 
[i]Ci)vvrç)tt ittiz) ïipn 'lit" 1 ^a» uni ova 



Mètre : v- 



•lu- 



.|u ^. 



rpïtt -die a /jc-n^b mari ,wd3i dévie 'n» rra ^by 'nrap 
ïm*i ûitji ,bbvo» ^bdtti ^n^T "To-m ^WÏ " ^Dddd 



1 Deut., xxxn, 42. 

2 Isaïe, xt, 8. 

3 5a£fl .ffafm, 20 a. 

* Is., XLH. 

5 Lameat., I, 2. 

6 Jer. Aloda Zara, i. 

7 Gen., i, 79. 

8 Nombres, xxviii, 6. 

9 Ez., i, 20. 

10 Haguiga^ i, 1. 
M Ps., xvn, 12. 
» !•., xvi, 10. 



MENAHEM AZARYA DA FANO ET SA FAMILLE 89 

■ îrri ^onaa ,bb ib* b^aianb /ïfjjîj nbrw .a^nn !-jt abri 
!TTO tana» /prob ^nfcïa ,?nttn î-rntta ,imna pbn 



an 



Jfflr* 



mt tini a-w a^a tpba* ,a*i3W nuTba ^n*» mia 'ittp 

nb-ua ^ïik "niio bnpa Y»b« ,niNTi:-n mnattîim nn^ 

nm-i rasa vma^rD ma "-pn fivppMm Yhn*i nan3 

2 rm ™ab T»an iba^ ^b pan ittb «m» ipn7a^ ^b 

3 nnsnb "pan n^iu ny ,{15 nns*n a^a aaia^ nam 

nms Nim njno »nm ban />tB3N ibr *iu»a -inpb 

un 

•piaba 13ND93 main* '733 nba>3!i i-p3a ntapsb 133 nan Tia 
aa-mnb'i awïfib w tm 3b b* psiaa-inba»» 

aaa* a^oîib /roan 73a nap ,«73*3 «3 inra ,!wn3rr "p* ^iip?: 'nap 
aab rrnNDfnjn ,mnn "paiib / mn wa tqnatn mab sta^n ^«73 
dama dn Ttîib .mann mb^ab ,mttva3 ibrm ,m733nn 3*n lap 
aana* tk ■■pa» p-n «en b^a /iwai ^na ptiïi nb^am 

an 



II 



^ntaaarï •pt» ba» ta^^Tnan aa> 150731 ^aa itta 

'ipbN iniN npb '">73">3 N3 ipî '^an mon 

abian aanrr n"n N'^nn nos bia 'a av 

13ND73 rwia pnar Yism» ^pb^n baipan 

abu) ^an unb bia Nns^na ft-n bpnatT 

rtppVi ^n3U) pna^ ^3n pb -nsona bar^nnb 

bip3T y&* bnp3 nawiK ïia vba> Tiaanp 

imTaan wp 

1 Allusion à Ps., xxm, 5. 
»Ex., xxix, 18. 

* Allusion au commencement de YAkeda de Juda Samuel Abbas h. Aboun 
Zunz, Literaturyeschichte der synagogalen Poésie, p. 216. 

* Jug., xiv, 9. 



90 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Mètre : | 



rmpfi ba inw lasù aiin -iït» bip na nn^ 

rraa iwun brw "oaa a-i* bip *<b "•m «an 

î-rwa prisr an Ton S* m*fi ba Tison w 

o^bn ^bn yipi yip by cm fca^pba na^ biaisa p-ni 
taenia:» ^aiab iib? 13 nt-w dwb* mm» rnn ytp 

'si mm ba vrson N3 

yw ba p pista Tnu*» ba -112^ Ton 

iab lab ban "pn pn ba> mm ba nvia a^a 

'si -nson au 

tamarin -pn -na nnaja to^SN "pa ïnbb*> bip 

tmaïaan ba matt tannin ta* isot: baç 

'^1 I^DOn K3 

baiia bab mm n»b . * banu^a the n&io 

bania^a trin *rn Sa tii inm ^no 

'si vison N5 

rnittiai baa naina» r^Ymi Hall)» **npfc 

rninn naî nain bapb ï-ni« ibiatz: ûipttb nba> 

'ai Tison aa 

rma ba?a 3>a?a [n]baa iras Ton i»m ba aa 

ïrnaia pn& an t»on oa> ira» îab nbiai -irro 

maia prisr an "non aa> mba iab nbu^ tto 
on 



LA YIE COMMERCIALE 

DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 

AU XVIII e SIÈCLE 

(SUITE 1 ) 



II 

LES JUIFS COMTADINS ET LEURS MÉTIERS EN LANGUEDOC. 

A. Les Juifs et le maquignonnage. 

Quoique rigoureusement réglementé, le commerce des Juifs eut 
en Languedoc ses privilégiés : les marchands de chevaux, mules 
ou mulets, tous plus ou moins originaires de Garpentras 2 . Com- 
ment de modestes maquignons soumis, comme le reste de leurs 
confrères, aux arrêts généraux qui régissaient leur commerce 
purent-ils devenir, dans la suite, les pourvoyeurs en bestiaux des 
paysans languedociens, c'est ce qu'expliquent deux raisons d'ordre 
économique : 1° la pénurie presque complète, au xvnr 3 siècle, 
des animaux de labour pour la culture des terres ; 2° le monopole 
exclusif du maquignonnage aux mains d'une classe restreinte de 
marchands chrétiens. 

Les arrêts du Conseil (29 février 1716 — 20 février 1*731) et 

1 Voir Revue, t. XXXIV, p. 276. 

1 Voir Bauer, Les Juifs de Bédarrides, dans cette Revue, t. XXIX, p. 254. Le 
commerce des bestiaux était pratiqué par les Juifs du Gomtat depuis le xv e siècle. 
Voir Bardinet, Les Juifs du Comtat-V enaissin au moyen âge, Revue Historique, 1880, 
t. XIV. 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'ordonnance de l'Intendant Bernage(14 janvier 1*732) ne spéci- 
fiaient nullement que les maquignons juifs fussent compris dans 
les défenses de séjour et de commerce portées contre les col- 
porteurs, en général. Gomme les maquignons comtadins auraient 
pu pénétrer dans la province à la faveur du mutisme des ar- 
rêts les concernant, l'Intendant Bernage expliqua, à cet égard, 
les intentions du gouvernement 1 (1732). Défense fut faite aux 
Juifs de vendre en Languedoc toute sorte de marchandises « y 
compris les mules et mulets» 2 . Les Juifs, déçus, adressèrent au 
Contrôleur général Orry la demande d'exercer le maquignonnage 
dans les trois provinces de Dauphiné, Provence, Languedoc. Accé- 
der à leur prière, c'eût été, de la part du ministre, fermer les yeux 
sur un trafic pernicieux pour les maquignons chrétiens. L'Inten- 
dant n'était pas soucieux de donner prise le moins du monde aux 
âpres réclamations de ces derniers. Au Contrôleur général, qui le 
consultait sur la requête des Juifs, il répondit, « qu'il était in- 
juste qu'ils s'emparassent du commerce au préjudice de ceux qui 
supportaient les charges de l'Etat » 3 . La question de la vente des 
mules paraissait donc réglée dans un sens favorable aux intérêts 
des marchands de la province, mais ici intervient l'une des rai- 
sons d'ordre économique dont nous avons parlé, à savoir l'ab- 
sence, en Languedoc, de chevaux de labour. 

Les paysans, surtout dans le bas Languedoc, se servaient, pour 
cultiver leurs terres à vignobles, de chevaux, mules, mulets, non 
de bœufs. Or, à la suite des nombreuses réquisitions qui en avaient 
été faites, au début du xvin e siècle, pour le service des armées 
du Roi, en temps de guerre, le contingent en bêtes de trait avait 
diminué dans les plaines confinant à la mer. Tout d'abord, l'Inten- 
dant Bernage ne prit pas garde à l'étendue du mal causé aux la- 
boureurs par la pénurie de chevaux. Il avisa donc le Contrôleur 
général qu'il y avait lieu de repousser la requête des Juifs du 
Comtat qui s'offraient à en pourvoir la province. Cependant l'en- 
quête à laquelle se livra le syndic général Joubert sur l'état des 
cultures en Languedoc démontra la véracité des allégations appor- 
tées par les Juifs à l'appui de leur thèse. Aussi bien les Etats du 
Languedoc avaient-ils dénoncé le mal depuis longtemps. Sans 
bêtes de labour, pas de culture possible de la terre ; d'où, diminu- 



1 Arch. de l'Hérault, C. 2744, Bernage au Contrôleur général Orry. Mémoire, 
11 août 1735 : « Les Juifs, sous prétexte que le commerce des mulets n'était pas 
compris nominalement dans les défenses des arrêts du Conseil et par notre ordon- 
nance, ont prétendu être en droit de continuer d'en vendre. » 

* Ordonnance de Bernage, 13 juin 1732. 

» Arch. de l'Hérault, C. 2744, Bernage à Orry, 11 août 1735. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 93 

tion de récoltes sur lesquelles le paysan faisait fond pour se nour- 
rir et payer l'impôt. La situation critique où se trouvaient les cul- 
tivateurs du Languedoc éveilla la sollicitude de l'Intendant. Sans 
s'attarder aux protestations des marchands du pays, il autorisa 
les Juifs comtadins à amener dans les plaines du bas Languedoc 
autant de bêtes qu'ils voudraient pour les y vendre, pendant 
six mois 1 . 

La pénurie des chevaux de labour était une des raisons qui, 
par son caractère urgent, avaient décidé l'Intendant à accorder aux 
Juifs le privilège commercial qu'ils désiraient obtenir. Ce n'était 
pas la seule. Parmi les arguments invoqués par les Juifs en 
faveur de leur demande — et ils étaient multiples : promesse de 
payer les droits d'entrée et de sortie, avantages procurés aux 
paysans par la vente du bétail à crédit, liberté du choix garantie 
aux agriculteurs par les lois mêmes de la concurrence, abaisse- 
ment du prix des bêtes, conséquence naturelle de l'afflux des che- 
vaux sur les marchés du Languedoc, facilités de tout genre accor- 
dées aux acheteurs pour le payement de leurs dettes, troc du 
bétail, etc. — parmi toutes ces raisons 2 , l'une d'elles séduisit l'In- 
tendant, car sous l'apparence d'une marque d'intérêt portée aux 
paysans par les Juifs, elle était, en réalité, une attaque droite 
et à fond contre les marchands du pays, détenteurs du mono- 
pole des maquignons. Là, d'après les Juifs, résidait tout le mal; 
là était la source des maux pitoyables dont souffraient, à cause du 
manque de bêtes, les agriculteurs languedociens. 

Il ne tenait qu'aux maquignons du pays, avançaient les Juifs, 
de fournir aux paysans les mules dont ils avaient besoin. Mais 
leur rapacité les en empêchait. Jouissant, en nombre infime, du 
privilège exclusif de vendre les bêtes de labour, ils en profitaient 
pour porter si haut leurs prix que les cultivateurs étaient hors 
d'état d'en acheter. Loin de toute concurrence étrangère, ils for- 
çaient le laboureur à passer par où ils voulaient, réglant, à eux 
seuls, le prix des bêtes. Qu'ils vendissent au comptant ou à cré- 
dit, la ruine n'en était pas moins certaine pour l'acheteur. Les 
Juifs, au contraire, se faisaient forts de prouver, au besoin « par 
le suffrage de cent communautés », qu'ils ne recevaient des 
paysans qu'un écu après l'autre et souvent même rien 3 . 

Au plaidoyer des Juifs du Comtat répondait le réquisitoire des 
maquignons du Languedoc, rédigé par les plus opulents mar- 

1 Arch. de l'Hérault, G. 2744, Ordonnance de l'Intendant Bernage, 20 août 1736. 

* Arch. de l'Hérault, G. 2744. Requête des Juifs de Cavaillon, Garpentras à 

l'Intendant, 1736. Les Juifs de Metz fournissaient les écuries du Roi. 
3 Arch. de l'Hérault, G. 2744. Requête des Juifs de Cavaillon..., 1736. 



94 REVUE DES ETUDES JUIVES 

chands de la province 1 . Eux seuls, en temps ordinaire, se dis- 
putaient la clientèle des paysans sur les marchés du pays. Mais 
les intérêts de leur monopole menacé par les Juifs les firent 
se coaliser, eux, rivaux d'hier, contre l'ennemi commun : le 
Comiadin. 

Point par point, ils opposent à l'argumentation serrée des 
Juifs leur dialectique mercantile. Le nombre des maquignons est- 
il aussi restreint, disent-ils, que l'avancent les Juifs? Les chiffres 
ne sont-ils pas là qui prouvent qu'ils sont plus de quarante mar- 
chands encombrés de bêtes de somme ? Leur amour pour le paysan 
ne souffrirait pas que la province en manquât. Leurs écuries sont 
pleines de chevaux, mules, mulets, preuve qu'il est absurde de 
supposer que le bas Languedoc puisse en pâtir. Les bêtes même 
seraient-elles si rares qu'on fût obligé de recourir aux Juifs du 
Gomtat, s'ensuit-il qu'elles soient indispensables à la culture des 
terres? L'Intendant sait bien que dans le haut Languedoc les terres 
sont travaillées avec des bœufs, que seuls les viticulteurs du bas 
pays se servent de chevaux pour le labour, et encore faudrait-il 
ajouter que les grands propriétaires cultivent leurs domaines avec 
des bœufs, d'un usage moins coûteux que ne le sont les chevaux 
ou mules. Les Juifs n'ont donc pas raison d'incriminer leur mono- 
pole. (Test d'eux-mêmes, disent les marchands, que le monopole 
serait à redouter, d'eux « qui sont si éloignés de toutes sortes de 
scrupules en matière de pratiques mauvaises et frauduleuses pour 
gagner ». 

Habile était la défense des maquignons et propre, suivant leur 
avis, à justifier leur demande d'expulsion des Juifs. Par malheur 
pour eux, les faits plaidaient contre eux. Il était démontré qu'ils 
avaient mésusé de leur monopole, en rendant, par leurs prix 
exorbitants, l'achat des bêtes impossible au paysan. Aussi quand, 
pour la seconde fois, il posa la question du renouvellement du pri- 
vilège des Juifs pendant six autres mois, le syndic général du 
Languedoc déclara que « non seulement l'intendant devait accor- 
der aux Juifs comtadins le délai demandé », mais encore qu'il 
conviendrait d'obtenir du Conseil d'État un arrêt les autorisant à 
faire les maquignons pendant quelques années encore dans la 
province « (1737). 

S'opposer alors à toute demande en renouvellement de privi- 

1 Arch. de l'Hérault, C. 2744. Mémoire des marchands de mules de Nîmes, Som- 
mières, Montpellier, Marsillargues, Marguerite, Anduze, Florac, Montagnac, Pèze- 
nas, Saint- André-de-Sangonis (1736). Imprimé. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2744. Avis de Montferrier, Syndic général, 24 janvier 
1737. 






LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 95 

lège devint pour les maquignons du Languedoc une obsédante 
préoccupation. À les en croire, laisser indéfiniment les Juifs 
vendre des mulets dans le pays était pour leur commerce, à eux 
une question de vie ou de mort. A vrai dire, le maquignonnage 
indigène, miné qu'il était par la concurrence des Juifs, était 
ébranlé. Au ton alarmant des requêtes des marchands languedo- 
ciens, on devine sans peine leur déconfiture. On les y voit s'ériger 
en avocats du commerce de la province, s'apitoyer, avec de grands 
mots, sur le sort du paysan livré à la « fourberie » des Juifs. 
Or, en même temps que les maquignons chrétiens s'entêtaient à 
vendre leurs bêtes à des prix excessifs, refusant même au paysan 
le crédit, de toutes les métairies du Languedoc les fermiers ac- 
couraient acheter aux Juifs. Munis d'un privilège, ceux-ci, es- 
cortés de palefreniers et valets d'écurie, s'acheminaient sur les 
routes qui, du Languedoc, menaient en Poitou, en Auvergne, en 
Saintonge, en Limousin, en Rouergue, en Albigeois 1 , tous pays 
dont les marchés étaient par eux fréquentés. Ils y achetaient les 
bêtes qu'ils revendaient aux Languedociens, alléchés par le bas 
prix et le crédit à long terme. 

Le crédit 2 , c'était l'arme par laquelle les Juifs captivaient le 
paysan : le crédit faisait le succès de leurs opérations, qu'ils 
s'efforçaient de faire traîner en longueur, en Languedoc, donnant 
à l'Intendant force raisons pour justifier leur séjour dans la 
province; tantôt, il leur restait des bêtes qu'ils n'avaient pu 
vendre, tantôt, c'étaient des débiteurs auxquels il fallait réclamer 
quelque arriéré 3 . Ainsi s'éternisait la concurrence des Juifs en 
Languedoc, au grand désespoir des commerçants en bestiaux du 
pays. Le temps n'était plus où ces derniers approvisionnaient la 
province de mules et chevaux. Ils avaient pour successeurs, 
dans ce métier, les souples Gomtadins, grâce, disaient-ils, à la 
faiblesse coupable de l'Intendant Bernage. N'allaient-ils pas 
jusqu'à l'accuser de pactiser avec leurs plus cruels concurrents? 

1 Voir, pour l'Albigeois, le Rapport du subdélégué du diocèse d'Albi à l'Intendant 
pour servir de complément aux Mémoires de Basville, Chroniques de Languedoc, 
t. V. 

2 Arch. de l'Hérault, C. 2744. L'Intendant Bernage à Orry, Contrôleur Général, 
11 février 1737 : « Les Juifs ont vendu leurs bestiaux à des prix convenables et pro- 
portionnés aux facultés des gens de la campagne • (sic). 

3 Arcb. de l'Hérault, C. 2744 : « Nous avons vendu, disent les Juifs, la plus 
grande partie de nos bêtes à crédit. Nos acheteurs sont presque tous des métayers. 
La récolle dernière ayant été fort mauvaise, nous n'avous pu parvenir à nous faire 
payer. Et encore le public était si dépourvu de bestiaux par la rareté qu'il y avait 
eu pour le prix excessif dont les marchands du pays tenaient leurs bestiaux que ces 
acheteurs, loin de payer ce qu'ils nous devaient, nous demandent de leur en vendre 
encore, espérant de nous satisfaire à la récolte prochaine. » 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au fond, la pensée qu'il avait été corrompu par l'argent des Juifs 
n'était pas éloignée de leur esprit. Que dire, en effet, d'un Inten- 
dant qui légitimait aux yeux du Contrôleur général le privilège 
que les Juifs avaient soi-disant usurpé 1 ? N'était-ce pas les encou- 
rager que d'exposer à un ministre combien les Juifs seraient utiles 
au Languedoc s'ils y pouvaient exercer le maquignonnage de 
temps en temps? Et d'abord, pourquoi invoquer cette raison que 
les Juifs achèteraient aux officiers de l'armée leurs chevaux de 
réforme « toujours plus cher qu'ils ne pourraient être vendus aux 
habitants du pays ? » Pourquoi faire miroiter aux yeux d'Orry la 
promesse que les Juifs procureraient à la foire de Beaucaire une 
abondance inouïe de bêtes? En cela, les maquignons du pays 
disaient vrai : la foire de Beaucaire ne brillait précisément pas par 
le commerce des mules. Rares y étaient les bestiaux, insignifiants 
les achats et ventes. Or, malgré l'activité des maquignons juifs 
pour faire de Beaucaire le centre de leurs opérations en maqui- 
gnonnage, il ne paraît pas qu'ils aient donné au commerce des 
bestiaux sur cette place une vive impulsion. Faut-il s'en étonner? 
La facilité qu'avaient les paysans d'acheter leurs bestiaux, durant 
l'année, aux traditionnels marchés où les conduisaient les Juifs, 
les multiples associés que les Juifs entretenaient dans toute la 
province, autant de causes qui contribuaient à la déchéance du 
maquignonnage en foire de Beaucaire. 

Ainsi, petit à petit, le commerce des bêtes échappait aux maqui- 
gnons chrétiens*. Contre des concurrents aussi gênants que 
l'étaient pour eux les Juifs, ils recoururent au mode de vexation 
usité en pareil cas, à cette époque : la saisie. Mais précisément 
toute une série de mesures interdisait à cette époque, et depuis 
bien longtemps, la confiscation du bétail. La sollicitude de l'Etat 
envers les petits travailleurs agricoles avait prescrit cette mesure 
préventive ; car, du moment où l'Intendant prenait sur lui d'en- 
courager la multiplication des bestiaux dans la province, il s'en- 
suivait qu'il devait veiller aussi à ce que, par suite de saisies 
arbitraires, le paysan ne fût pas privé des mules introduites en 
Languedoc par les Juifs. Saisir le bétail des marchands comtadins, 
c'était comme ravir les espérances que le paysan fondait sur ces 
bêtes, indispensables au labourage de son champ. Aussi, en gens 
industrieux, les Juifs ne manquèrent-ils pas de faire valoir ces 



1 Arch. de l'Hérault, C. 2744. Bernage, Intendant, au Contrôleur général Orry, 
11 février 1737. 

2 On peut juger de l'extensiou croissante du commerce des maquignons juifs par 
ce fait qu'uu des leurs, un Juif de Carpentras, avait, aux environs de Bagnols en 
Languedoc, deux ou trois cents paysans pour débiteurs. Arch. de l'Hérault, C. 156. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 97 

raisons à Bernage 1 , et l'Intendant, docile en apparence à leurs 
avis, mais, en réalité, réglant toujours ses actes d'après l'intérêt 
général de la province, cassa les saisies opérées sur le bétail des 
Juifs par les maquignons languedociens, voire même condamna 
aux dépens les auteurs de ces brutales confiscations. D'où, rage 
des maquignons du pays. Jamais ne se démentit l'âpreté avec 
laquelle ils défendirent leur monopole. Un jour, ils enlevaient des 
mains du laboureur les bêtes que les Juifs venaient lui vendre, et, 
pour cet exploit, point n'avaient recours aux exempts ou recors, 
mais à de bons mousquetons et pistolets 2 . Une autre fois, ils se 
livraient à une véritable chasse à l'homme, traquant les Juifs au 
fond même des granges, où les cachaient les métayers des « mas » 
languedociens. C'était l'éviction des Juifs, systématiquement orga- 
nisée en Languedoc par une poignée de privilégiés maquignons 3 . 

Bernage, que lassaient les requêtes de ces derniers, leur laissa 
entendre qu'à l'avenir ils n'avaient plus à compter sur lui, le 
pouvoir central lui-même se dérobant à leurs doléances 4 . A l'ar- 
chevêque de Narbonne 5 , qui avait apostille la supplique de l'un 
d'entre eux, il répondit que « ce placet ne méritait aucune atten- 
tion ». A cette date (1741), il prorogeait de six en six mois les 
permis de séjour des Juifs comtadins 6 . Par là, son intention était, 
non de faire revivre en leur faveur le monopole exercé autrefois 
par les maquignons du pays 7 , mais de créer entre ceux-ci et les 
Juifs une active concurrence, gage certain du bien-être pour les 
paysans et élément de prospérité pour l'agriculture languedo- 
cienne. 



1 Requête des Juifs de Cavaillou à l'Intendant pour obtenir mainlevée d'une sai- 
sie (28 ou 29 août 1738) et au Contrôleur général pour obtenir le droit de vendre 
mules, etc. (1738). Pièces trouvées par M. C. Bloch (Archives de l'Aude) et publiées 
dans cette Bévue, t. XXIV, Un épisode de V histoire commerciale des Juifs en Lan- 
guedoc. 

* Voir le récit d'une semblable équipée, Arch. de l'Hérault, C. 1261. Mémoire sur 
les contestations entre Méjan, maquignon à Sommières, Blaquisse, fermier à Aimar- 
gues, 1735-36. 

3 Ils prétendaient même saisir toutes les dettes contractées par les particuliers 
envers les Juifs pour vente de mules. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2744. Bernage, Intendant, à Gilly de Nogeret, député du 
commerce de Languedoc, 11 août 1735 : « Le bien de la province demande que les 
réclamations de ces marchands soient rejetées et les Juifs maintenus dans leur per- 
mission. • 

5 Arch. de l'Hérault, C. 2744. Pièces diverses. Demande de Duprat, maquignon 
languedocien. 

6 Arch. de l'Hérault, C. 2744. Ordonnances de l'Intendant Berntge (8 janvier 1741) 
et de Le Nain, son successeur (29 mai 1744 et 30 mai 1746). 

7 Arch. de l'Hérault, C. 2744. Bernage à Orry, 7 septembre 1738 : « Je suis 
d'avis de n'accorder que de simples permissions, les Juifs pouvant, s'ils étaient auto- 
risés par le Conseil, abuser d'une plus grande liberté. » 

T. XXXV, N° 69. 7 



98 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les maquignons juifs étaient donc devenus bel et bien privilé- 
giés ». La liberté qu'ils avaient obtenue de séjourner en Languedoc 
avait vivifié le maquignonnage, qui languissait aux mains des 
marchands indigènes. Le crédit et le bon marché étaient les deux 
armes qui avaient porté les plus rudes coups au monopole des 
maquignons du Languedoc et squs lesquels il agonisait. La téna- 
cité des Juifs dans l'effort, leur entêtement dans la lutte, une fois 
engagée, avaient su vaincre, malgré tout, les répugnances invin- 
cibles du paysan à entrer en relation avec eux et les préventions 
que nourrissaient à leur égard les pouvoirs publics. Résultat 
appréciable à une époque où ni le roi, ni les ministres, ni les 
Intendants, ni même l'opinion publique ne passaient pour leur être 
favorables. 



B. Les Juifs et le colportage. 

Si le maquignonnage était pour les Juifs comtadins commerce 
privilégié et de choix, le colportage était un de ceux où les avaient 
réduits la jalousie de leurs concurrents et, en « Avignon », la sévé- 
rité des bulles pontificales. Ce métier de porte-balle, avec les 
risques, mais aussi les profits qu'il apporte à qui le pratique, 
seyait à leur tempérament de coureurs de grandes routes, « Parti- 
cules de vif argent, dit d'eux un contemporain, qui courent, 
s'égarent et à la moindre pente se réunissent en un bloc prin- 
cipal. » En effet, autant de routes menant du Gomtat en Languedoc, 
autant de pentes vers cette terre de prédilection, où tous se 
réunissaient « en un bloc » comme s'ils avaient voulu se fondre 
dans l'intense vie commerciale de la province. 

Dès leur arrivée dans une ville du Languedoc, ils sont astreints 
au rigoureux contrôle des autorités locales 2 . Ouvrir boutique, 
étaler en public leurs marchandises sont l'objet d'autant de 

1 Un maquignon juif établi à Pèzenas, fort riche d'ailleurs, adressa en 1786 à Mi- 
romesnil, garde des sceaux, une requête pour acquérir des immeubles jusqu'à con- 
currence de 150,000 l. Ballainvilliers, Intendant apostilla cette demande « vu qu'elle 
tendait à réaliser et à retenir en Languedoc la fortune de ce Juif •. Ballainvillers à 
Miromesnil, 17 novembre 1786. Arch. de l'Hérault, C. 2748. 

* La déclaration tie leur arrivée dans une ville de la province est inscrite sur les 
registres des hôtels de ville. Ainsi, nous pouvons retrouver, pas à pas, des traces de 
leur passage. Exemple : les archives municipales de Narboune possèdent divers re- 
gistres intitulés • Des Qualités • où sont mentionnés les noms des Juifs qui y 
commercèrent de 1704 a 1716. Après 1716, nulle mention d'eux : c'est qu'en 1716 
fut promulgué contre eux l'arrêt du Conseil du 29 février. Ces indications, très brèves 
d'ailleurs, portent que t N. . . Juif s'est présenté devant les Consuls et leur a montré 
un arrêt du Parlement de Toulouse l'autorisant à résider un mois dans les villes où 
il voudra trafiquer ». 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 99 

défenses pour eux et le signe apparent du régime d'exception sous 
lequel ils vivent. Aussi ne vendent-ils que dans les chambres 
d'auberge, en cachette, ou bien l'échiné pliée sous le faix de leurs 
chiffons, quêtant de porte en porte la clientèle de l'acheteur. 

La friperie était leur profession favorite, pour mieux dire héré- 
ditaire. Chaque cité languedocienne possédait une petite colonie 
de ces commerçants infimes. A Montpellier, le quartier des Etuves 
ou du Petit-Saint-Jean * abritait, de mémoire d'homme, des 
dynasties entières de fripiers juifs, se succédant de père en fils. 
A Nîmes, à Garcassonne, il en était de même. Ils gîtaient dans les 
ruelles étroites des juiveries, aux haillons pendant aux fenêtres, 
criant, gesticulant. Véritables fourmilières que ces « juiveries » 
grouillantes de vie, peuplées de fripiers, marchands de chiffons ou 
d'ordes guenilles. C'est là, dans ces taudis^ aux murs tapissés de 
chiffons, qu'ils s'approvisionnaient de hardes effilochées, de vieux 
habits dépenaillés, de galons d'or ou d'argent défraîchis, antiques 
parfilures qu'ils « retapaient », suivant leur expression, pour en 
faire ce qu'ils appelaient des « marchandises rhabillées ». Et dans 
cet art, ils ne rencontraient pas de rivaux, tant était habile leur 
entregent mercantile. Si habile, qu'exerçant le métier de reven- 
deurs, ils avaient, prenant de toutes mains, troquant le neuf 
contre le vieux, attiré dans leurs échoppes les chalands mis à 
rançon par les fripiers patentés de l'endroit 2 . 

Ces fripiers se confondaient aisément dans la foule des colpor- 
teurs de soieries ou lainages : détailleurs pour la plupart, ils 
colportaient sous le nom de vieilles loques des pièces de soie 
défraîchies. A Montpellier, nombreuses furent les visites des 
colporteurs en soieries 8 . Le Juge-Mage, un des gros personnages 
de la cité, leur prêtait son logis pour y abriter leurs marchandises. 
A Toulouse, ils logeaient sous une autre enseigne, un tapis étendu 
devant la boutique d'un parfumeur. Le débit des soieries des Juifs, à 
raison de leur bon marché, de leur inépuisable variété, battait son 
plein aux foires d'Alais, de Nîmes, du pont Juvénal (Montpellier), 
de Toulouse. Les femmes surtout étaient les plus avides d'acheter, 
et plus d'une était surprise, tâtant de la main la fine souplesse 

1 « Ils eurent ensuite le crédit de se faire changer à la place des Cévenols dans ce 
cul -de-sac qui aboutit à la maison Ranchin et qui retient encore le nom de juiverie », 
dit un historien local du xvin 8 siècle, d'Aigrefeuille, dans son Histoire de Montpel- 
lier, t. II, 1738. Voir d'intéressantes études sur la topographie du quartier juif à 
Montpellier dans les Mémoires de la Société archéolog. de Montpellier, série II, par 
L. Guiraud. 

* Arch. de l'Hérault, C. 2743. Le subdélégué de Nîmes à Bernage, Intendant, 
19 septembre 1729 : « Ils (les Juifs] augmentent considérablement une consommation 
qui ne se ferait point sans eux. • 

3 Expulsés de Montpellier en 1732, ils y retournèrent en 1738. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'un tissu étalé sous ses yeux par le Juif d'Avignon. La vogue 
allait aux Comtadins ; on se disputait leurs différentes qualités de 
soieries : taffetas, foulards, gazes, fines toiles de soie, satins écla- 
tants, gros de Tours, étoffes tramées, laine et fil avec or ou argent, 
velours, brocards et moires aux couleurs fugitives. Les Juifs, sans 
souci des criailleries de leurs concurrents, continuaient leur 
négoce. Bon an, mal an, ils apportaient en foire de Beaucaire 
500.000 1. de soieries ; ils en vendaient pour 50.000 écus, indice 
pour eux d'une excellente foire 1 . L'activité industrielle de la 
province dans la fabrication des soieries les stimulait. Leurs 
étoffes, ils les tiraient d'Avignon, de Lyon, de Nîmes, le centre des 
soieries languedociennes rivales des soieries lyonnaises*. A Nîmes 
se fabriquaient alors — bien que le commerce des soieries dé- 
clinât — les couvertures de soie, les bas de soie dont raffolaient 
les jeunes provinciales ; de Nîmes partaient chaque année les 
convois de mulets chargés d'étoffes, et qui tout le long des routes 
se délestaient d'une partie de leur faix. Les étoffes de soie de 
Languedoc avaient à soutenir la concurrence des soies de Lyon. 
Ajoutez celle, toute récente, des Juifs d'Avignon, et l'on com- 
prend l'irritation croissante des marchands de soie languedo- 
ciens. Mais, si chatouilleux qu'ils fussent sur le point d'honneur, 
ils n'allaient pas, sitôt leurs intérêts mis en jeu, jusqu'à refuser de 
« composer » avec les Comtadins ; on les vit toutes les fois que 
leurs soieries ne se vendaient pas, les leur donner à vil prix en 
échange d'autres marchandises qui n'avaient aucun rapport avec 
leur industrie 3 . Les Juifs ne perdaient rien à ce jeu : leur com- 
merce revêtait mille formes, trocs, achats au rabais, ventes au 
détail, en gros, contrebande, s'il y avait lieu. Ils achetaient souvent 
des étoffes à dessins anciens, passées de mode, et les revendaient 
totalement transformées. S'il leur restait, après les foires, des 
soieries invendues, ils savaient où les écouler ; ils les vendaient aux 
paysans, moins exigeants que les citadins sur la finesse de tel ou 
tel tissu, sur le dessin plus ou moins archaïque de telle ou telle 
pièce. Ainsi le chiffre de leurs affaires se trouvait multiplié d'année 
en année par la hardiesse de leurs spéculations. 

1 Sur la vente des soieries par les Juifs à Beaucaire, voir Arch. de L'Hérault, 
C. 2304, 2305, 2324, 2299, 2329, 2300 (années 1731, 1732, 1766, 1774, 1775, 1779, 
1780). Observations sur la foire de Beaucaire, classées par aunées. 

* Les Juifs, au même titre que les Languedociens, payaient aux bureaux du Tiers 
sur taux et quarantième de la douane de Lyon les droits perçus par le fermier de 
cette douane. Voir Requête du Syndic général de Lànyuedoc pour servir de réponse à 
celle des jirévôts et marchands échevins de Lyon au sujet des droits du tiers sur taux. 
1718. Paris, Arch. de l'Hérault. Fond de l'Intendance. On y trouve le nom de Juifs 
comtadins ayant acquitté ces droits. 

3 Arch. de l'Hérault, G. 2324 : « Observations » sur la foire de Beaucaire, 1766. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 101 

Avec les étoffes de soie, objet de luxe, les Juifs comtadins col- 
portaient aussi les rudes étoffes de laine, matière de première 
nécessité, aussi aisées à acquérir qu'à écouler. Chaque paysan, 
ayant besoin de quelques pans de cadis pour se vêtir, s'adressait 
au Juif, amplement pourvu de tous ces lainages. Au reste, les 
Juifs d'Avignon étaient à la tête d'une manufacture de laines (cou- 
vertures), aussi florissante que celles de Montpellier, de Nîmes, 
de Toulouse, où abondaient les laines assorties, originaires du 
Maroc, des pays barbaresques et du Levant. Les bas prix des laines 
des Juifs — ce qui s'explique par une main-d'œuvre moins élevée 
à Avignon qu'à Nîmes ! et un poids moindre — empêchaient les 
manufacturiers de Montpellier, de Nîmes, de Toulouse, de vendre 
les leurs sur un très haut pied. L'Intendant Saint-Pripst, à qui la 
question avait été soumise, demanda même à Machault, garde des 
sceaux (1753), de prohiber ou de charger de droits très onéreux les 
couvertures de laine importées par les Comtadins avec les laines 
pelades qui servaient à les. fabriquer, et que les Juifs tiraient de 
Marseille, où elles avaient été apportées par les Levantins. Saint- 
Priest réclama de Machault la protection des laines du Languedoc 
contre les produits similaires de la manufacture d'Avignon. Et 
Machault approuva l'Intendant, exigeant que les lainages du pays 
eussent sur ceux du Comtat la préférence du débit 2 . 

Sous couleur de colporter des laines ou des soieries, le colpor- 
teur juif entreprenait mille métiers. Tel qui passait au regard de 
l'autorité pour débiter au paysan des aunes de drap ou des pans 
de bure vendait à tout venant des bijoux et autres matières d'or ou 
d'argent. Ainsi, sans être soumis au moindre contrôle, sans être 
officiellement autorisés par des lettres de maîtrise ou des titres de 
privilège, ils vendaient, achetaient, troquaient les bijoux précieux, 
la vaisselle d'or ou d'argent. On les surprit. Maîtres orfèvres et 
officiers de la Cour des Monnaies de Montpellier s'émurent. Ils 
sommèrent les Juifs de produire au grand jour de l'audience les 
titres en vertu desquels ils prétendaient commercer. Comme ils 
n'en possédaient pas, les esprits des boutiquiers languedociens 
s'échauffèrent : on vit les Juifs accusés de faire sortir du royaume 
les matières d'or et d'argent 3 , de drainer tout l'argent de la 

1 Ce fait nous est attesté par un voyageur hollandais qui visitait le Languedoc 
au xviii* siècle. Voir sa relation, Voyage en Languedoc, Provence et Comtat d'Avi- 
ron, relation adressée à son ami M. de Kater, écuyer à Bordeaux, par M. Van de 
Brande. Montauban, 1774. Imprimé. 

2 Arch. de l'Hérault, G. 2318. Saint-Priest, Intendant, à Machault, garde des 
sceaux, 27 septembre 1753. — Machault à Saint-Priest, 10 octobre 1753. 

3 D'Aigreleuille, Histoire de Montpellier, t. IV, édit. La Pijardière. Cahier des 
doléances des habitants de Montpellier pour 1789. Tiers Etat. (Orfèvres). 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

province, crime éminemment répréhensible pour les juridictions 
royales. « Ce sont gens, dit en 1736, le Général des monnaies de 
Languedoc, Pellèas Maillane, porteur d'ordres du Roi pour sur- 
veiller les menées des Juifs, ce sont gens qui nous enlèvent mon- 
naies de billon, anciennes espèces et matières pour transporter 
dans le Comtat par mille sortes d'abus. En Provence, l'Hôtel de 
la Monnaie, les changeurs, les orfèvres se trouvaient bien de leur 
expulsion. Ce sont gens capables de toutes sortes de malversations 
et je les ai trouvés dans toutes sortes de cas de monnaie 1 . » On 
voit par cette lettre quelle surveillance rigoureuse les suivait 
partout où ils passaient. 

C. Les Juifs et le commerce d'argent. 

La classe des Juifs comtadins sur qui pesait la plus lourde sus- 
picion était celle des manieurs d'argent. 

Plusieurs de ces négociants, banquiers, prêteurs d'argent, 
avaient élu domicile dans la province par^une faveur spéciale, 
les Juifs ne pouvant résider en France qu'en vertu des lettres 
patentes du Roi. Les subdélégués de l'Intendant fournissent, en 
général, sur eux de bons renseignements * : ce qui prouve le mal 
fondé de quelques-unes des plaintes portées contre eux par les 
marchands du pays. A Narbonne, notamment, ils étaient en rela- 
tions d'affaires très suivies avec les négociants des places com- 
merciales du Languedoc et du Roussillon. Ils s'y livraient à la 
banque et au commerce de l'argent, en gens francs et loyaux, dit 
le subdélégué de l'Intendant 3 à Narbonne (1778). Un Juif, nommé 
Carcassonne 4 et natif de l'Isle-sur-Sorgue (Comtat), domicilié à 
Narbonne de 1766 à 1777, y était taxé du compbix cabaliste, de la 
capitation et du vingtième d'industrie, preuve qu'il n'était plus 
pour la municipalité de l'endroit un étranger, sujet du Pape. 
D'autres « honnêtes Juifs » étaient établis à Uzès et de là rayon- 
naient sur toute la contrée. Les négociants de Pézenas, Béziers, 
Perpignan étaient leurs créanciers. Enfin, des Juifs de Carpentras 
allaient commercer à Bagnols, au Pont-Saint-Esprit, à Remoulins, 
et, détail piquant, au nombre de leurs créanciers les plus achar- 
nés étaient des Juifs d'Avignon. « Quoique Juifs, disent les sub- 



1736. 

* Arch. de l'Hérault, C. 1.54, 155, 156, 157, • sauf conduits ». 

3 Angles, subdélégué de Saint-Priest fils, à Narbonne. 

4 Arch. de l'Hérault, C. 154. Enquête sur le Juif Moïse Carcassonne (1778). 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS GOMTADINS EN LANGUEDOC 1Ù3 

délégués de la Province, tous ces négociants sont honnêtes dans 
leurs procédés et se sont fait estimer, tant qu'ils n'ont pas eu de 
malheur commercial. » 

Les opérations financières de ces Juifs n'étaient pas souvent des 
plus brillantes. Il leur arrivait quelquefois de ne pouvoir payer 
leurs dettes; ils imploraient alors la grâce du Roi, c'est-à-dire 
demandaient un sauf-conduit pour mettre un peu d'ordre dans 
leurs affaires et calmer leurs créanciers. Un état de leur actif et 
de leur passif était alors remis au subdélégué de l'endroit, qui en 
vérifiait l'exactitude, s'enquérait de leur probité commerciale, 
morale même, soumettait, enfin, à l'assemblée générale de leurs 
créanciers les propositions dont les Juifs l'avaient chargé. L'In- 
tendant, après concordat conclu entre créanciers et débiteurs, 
délivrait ou non le sauf-conduit, valable seulement en matière 
civile pour six mois ou un an. Mais, en aucun cas, il ne pou- 
vait être prolongé. La plupart du temps, les négociants juifs sa- 
vaient en user au mieux de leurs intérêts. A la faveur de ces per- 
missions, ils s'ingéniaient à faire rentrer au plus vite les fonds 
qui leur étaient dûs par les commerçants étrangers d'Espagne ou 
d'Italie avec qui ils trafiquaient. D'où leurs voyages hors des fron- 
tières royales, à la fin desquels, leur argent rentré, ils revenaient 
dans le Languedoc pour y payer leurs créanciers 1 . Sinon, en cas 
d'insuccès, la prison pour dettes les attendait au retour, peine 
qu'ils jugeaient infamante, car elle dégradait son homme, l'ex- 
cluant pour toujours des charges de son culte et le bannissant de 
la synagogue -. 

Les subdélégués ne se contentent pas d'un « état » commercial 
approximatif. Ils exigent des Juifs un état précis, complet, des 
ressources dont ils comptent user pour faire face à leurs dettes. 
Ils désireraient que les Juifs en fissent le dépôt entre les mains 
de procureurs, agréés par les créanciers, afin qu'ils ne pussent 
négocier lesdites sommes que du consentement de ces derniers. 
Précaution non inutile, puisque quelques Juifs profitaient du sauf- 
conduit pour passer en pays étranger et y restaient. 

Ces Juifs prêtent de l'argent aux marchands en déconfiture, aux 
paysans à court de ressources. Les documents ne laissent voir 
aucune trace de l'avidité insatiable, de l'inflexible dureté que la 

1 Des Juifs de Bagnols (1779) avaient déposé leur bilan. Us étaient débiteurs pour 
des endossements d'une somme de 403,907 1. 13 s. Expatriés dans le Comté de Nice, 
ils revinrent en Languedoc au bout de six mois, ayant payé à leurs créanciers 
218,750 1. Arch. de l'Hérault, C. 154. 

1 Arch. de l'Hérault, C. 154. Roussel, subdélégué à Bagnols, à Saint-Priest, 3 no- 
vembre 1779. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tradition leur attribue. Quelques exemples le. prouvent. Dans une 
transaction passée entre débiteurs chrétiens et prêteur juif devant 
le tabellion, les débiteurs déclarent par écrit que le Juif n'a exigé 
d'eux que l'intérêt autorisé par les ordonnances 1 . Contre leurs 
débiteurs, ils n'abusent pas de la force de leur droit pour les pour- 
suivre, armés de lois rigoureusps. Il semble donc qu'ils aient mis 
dans la revendication des sommes qui leur étaient dues moins 
d'âpreté que n'en mettaient leurs créanciers à les leur réclamer 2 . 
Cependant leurs débiteurs suspectent leur loyauté en affaires. L'ac- 
cusation la plus répandue contre eux était qu'ils falsifiaient des 
lettres de change. Ainsi, à Beaucaire, le directeur d'une raffinerie 
prétendait qu'un Juif avait fabriqué de fausses lettres de change : 
à quoi le subdélégué de Bagnols répondit : « C'est une imputa- 
tion calomnieuse et non relevée contre ce Juif. » Au contraire, 
l'accusation se retourna contre son auteur. C'était le calomnia- 
teur qui avait falsifié les lettres et contrefait le seing du Juif 3 . 
Ailleurs, deux débiteurs de sommes envers un Juif se voient 
traités de fripons par le subdélégué, de fourbes par le Vice-Légat 
d'Avignon pour avoir altéré des lettres de change endossées et si- 
gnées en blanc par le Juif 4 . 

D'autres Juifs, établis dans les places commerciales du Lan- 
guedoc, y exerçaient l'office de courtiers ou faisaient valoir leurs 
fonds, comme simples particuliers et aux taux ordinaires 5 . Ce 

1 Arch. de l'Hérault, G. 154. Le subdélégué de Bagnols à Saint-Priest, fils, In- 
tendant, 3 novembre 1779. 

' Exemple : « Vous ferez un acte de justice, écrit à Saint-Priest le subdélégué 
de Bagnols, en accordant un sauf-conduit au juif Jassé Lisbonne, car il n'a pas vexé 
les débiteurs qui sont introuvables. » 15 février 1783. Autre lettre : * Il est dû à ce 
Juif beaucoup plus qu'il ne doit. » * Ses débiteurs sont des paysans qu'il a le regret 
d'actionner pour ne pas les ruiner. » 29 janvier 1782. — Le Juif Carcassonne, écrit 
le subdélégué de Toulouse Grinisty à Saint-Priest, fils (14 novembre 1781), a des 
embarras qui ne proviennent que du trop de facilité à se défaire de ses fonds en fa- 
veur de certaines gens qui ne sont pas aussi prompts à les lui rembourser. La preuve 
c'est qu'il ne doit que 98,00U 1. et qu'il lui est dû 24,583 1. La dame Dupont, sa dé- 
bitrice, a abusé indignement de sa confiance. Elle l'a spolié. » Arch. de l'Hérault, 
G. 155, 156. 

3 Arch. de l'Hérault, C. 154. Roussel, subdélégué à Bagnols, à Saint-Priest, 
6 septembre 1778 : « Le Juif en question ne cherche pas à tromper ses créanciers, 
ni à abuser de son sursis pour transporter ses fonds dans les pays étrangers. Il a 
toujours joui d'une bonne réputation. S'il a fait faillite, c'est moins sa faute que celle 
de ses débiteurs qui lui ont fait banqueroute. Rentré dans le royaume, il cherche à. 
faire honneur à ses affaires. » 

4 Arch. de l'Hérault, G. 154. Roussel, subdélégué à Bagnols, à Saint-Priest, 3 no- 
vembre 1779 : « Le Juif Grêmieu n'est pas banqueroutier; il ne demande pas du 
temps pour ne pas payer ce qu'il doit ; ses créanciers, s'il en a de sincères, sont sûrs 
de son exactitude. La très humble supplication pour obtenir un sursis a pour objet 
de s'empêcher de payer ce qu'il ne doit pas en manifestant la plus grande fripon- 
nerie pratiquée par ses deux débiteurs. » 

» Arch. de l'Hérault, G. 205. D'Ormesson à Saint-Priest, 29 août 1775. 



LA VIE COMMERCIALE DES JUIFS COMTADINS EN LANGUEDOC 105 

genre de négoce constituait une des sources les plus productives 
de la richesse des Juifs et il fut le prétexte de nombreuses vexa- 
tions. Des plaintes s'élevaient contre eux, dues, la plupart, à des 
débiteurs ou à des emprunteurs de mauvaise foi. Les lettres des 
subdélégués provinciaux nous en font part. Ces débiteurs, pour se 
soustraire à l'obligation de payer les intérêts de leurs dettes, ac- 
cusaient devant les tribunaux les Juifs d'usure et de manœuvres 
perfides, toutes marques auxquelles les marchands du pays pré- 
tendaient reconnaître les Juifs comtadins. L'antipathie religieuse 
augmentait encore leur ardeur à les poursuivre. De là, des arres- 
tations, des confiscations sans nombre qui mettaient à une rude 
épreuve l'endurance commerciale des Comtadins. 

Malgré la connivence tacite que les Juifs rencontraient dans 
l'attitude des populations toujours empressées à entrer en rela- 
tions avec eux, pressurées qu'elles étaient par les marchands du 
pays, les Juifs, qu'ils fussent maquignons, colporteurs ou ma- 
nieurs d'argent, se heurtaient à l'irréductible hostilité de leurs 
concurrents, moins heureux qu'eux dans ces divers négoces. Et 
certainement la lutte d'intérêts qui se livra au xvm e siècle, dans 
la province, entre corporations industrielles et Juifs comtadins 
n'est pas le chapitre le moins curieux de leur histoire commer- 
ciale. 

N. Roubin. 
(A suivre.) 



NOTES ET MÉLANGES 



SUR LA SYNTAXE DE L'IMPÉRATIF EN HÉBREU 



En général , quand ie verbe d'une proposition est à un mode 
impératif (jussif, cohortatif), les propositions coordonnées qui 
expriment soit la suite, soit la conséquence de la première pro- 
position ont également leur verbe à l'impératif. Cette règle est 
observée , qu'il y ait changement de sujet ou non , comme le 
montrent les exemples suivants, tirés des premiers chapitres de 
la Genèse : ï-nznm y^an n« labfci im ns (i, 28). — ^b *jb 
î-d-û fftti *]OT nb^io ^pum bna "nab "jiûjw «.^pfc-fctà (xn, 1-2). — 
stf t|wn ../ut) ve (i, 22). — Vnan w «.yipn W (i, 6). — ...«a np*> 
lïtrm (xvin, 4). — înawi ^ab nrr &« b« (xvm, 30). — ireaa nnn 
isb ïTiu^ii miab (xi, 4). — vrpi ...ûna TO3>3 (i, 26). — .,,«3 n^ati» 
TO3p (xix, 8). 

Toutefois, comme l'indicatif futur joue aussi le rôle de l'impé- 
ratif, il peut arriver qu'une proposition impérative soit suivie 
d'une proposition indicative. En étudiant les passages où ce 
fait se présente, nous avons été amené à faire les remarques 
suivantes. 

C'est dans les parties prosaïques de la Bible, notamment dans le 
Pentateuque et dans les premiers Prophètes, qu'on voit le plus 
d'exemples de l'indicatif coordonné avec l'impératif. Les passages 
de ce genre qu'on rencontre dans Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, ne 
sont que des formules prosaïques. Dans les morceaux de poésie 
ou d'éloquence, le parallélisme oblige à employer le môme mode 
pour les verbes coordonnés. Dans les petits Prophètes, les 
Psaumes, Job (à part le ch. xlii), le Cantique, les Lamentations, 
il n'y a pas d'exceptions à la règle de raccord. De tous les Ha- 



NOTES ET MELANGES 107 

giographes il n'y a que les Proverbes, le en. xlii de Job, Ruth et 
les Chroniques (dans des passages tirés des Rois) où l'on trouve 
quelques rares exemples de l'indicatif après l'impératif. 

L'indicatif suit l'impératif surtout quand les verbes coordon- 
nés sont à la deuxième personne. Le verbe à l'impératif sert 
alors, en quelque sorte, de préambule au verbe qui est à l'indi- 
catif ; c'est pourquoi, dans les exemples que nous allons énumérer, 
le verbe npb se rencontre très fréquemment dans la première 
proposition : 

dsoni ...*£ np (Gen., vi, 21). — dmoarcim ,„totvi (76., xix, 4). — 
naw M^b nia (76., xxvn, 43-44). — armiim „tfT\ dïp (76., xliv, 
4). — ûnawiïi ...dab inp (/6., xlv, 9). — ...nabi „.inp .„dam d> 
dnaian (Ex., xn, 32). — nabm »*ypz np ysm (76., xvn, 5). — 
imnpn *iwï na ba#i (76., xix, 13). — mbsn ipab-yisi jtîii (Jô., 
xxxiv, 2). — ana mwn "nb ma» na aiptt (Nomb., ni, 6). — ara 
nnpbi dn»u> iddïï na (/&., m, 41). — ùmn mïTon md^nbtt na np (76., 
vin, 6). — nnpbi ...ib ïisdn (76., xi, 16). — dnnn -innntt îa^is inpi 
(76., xvi, 17, mais v. 6, -Dm ...mnnia dab mp). — ûniaabi-n ...Dean 
(76., xx, 26). — nafwo ...bin^ rav (Deut., vi, 4-5). — .„is>*n 
ana^n (Jos., x, 19). — noirn .«^TWDrt ib na np (Jug., vi, 25). — . M *n 
n*fcizn (76., vu, 10-11). — dniONi .«nrtp (I Sam., vi, 7). — „.W1 Wi 
dnaun (76., xxiii, 23). — dnttdttjm ».ûdiûfi (76., xxix, 10). — ^batfnïi 
iwn i»t» ^aion bai mfitt ^rcabi s« (II Sam., xiv, 2). — ...inp 
Dnaaim (I Rois, i, 33). — ntts&vn „ t ïfX9 ^b "W (76., xvn, 13). — 
n»Tn M.^bl (II Rois, vin, 8). — naai .«"{bl (76., xix, 1-2). — marn 
nsai (76., 2). — ùn^an ...v»wi (Jér., xi, 4, 6). — mpraïm „,np 
(76., xxv, 15). — mm „/]b np (76., xxxvi, 2, mais v. 28, np ai© 
anan „.^b). — nnsn ,„*]b np (Ez., ix, 2, 3, 9). — nfciûn ♦„aata (76., iv, 
4). — mPîH „/ia* (76., ix, 4). — dn-»b^m *b ittp (Job, xlii, 8). — 
nba&o m/*» (Ruth, n, 14). 

On remarquera spécialement "jb suivi immédiatement de l'in- 
dicatif : nDDfcO ^b (Ex., ni, 16). — rwn nab (Juges, xi, 6). — ^b 
Hw«n (I Sam., xv, 3). — - nnndi ^b (Is., xx, 2). — ma-n ^b (I Chr., 
xxi, 10). 

Les verbes *YQ8 et lai sont tout particulièrement mis à l'indica- 
tif après un impératif : dnittan ...ibyi nm (Gen., xlv, 9). — #M aa 
mttîo (Ex., vu, 26). — mtt&o ...aatwn ipaa &au>n (76., ix, 13). — • 
m»Èn baHiûi "»aa ba laï (Lév., i, 9 ; xxvn, 9, etc. ; Nombr., v, 11, 
etc.). — ûrrw&n ...niai (Lév., xv, 1). — mttîo ...IfcK (76., xxi, 1). 
— dn-mn ...bfipî-n (Nombr., xx, 8). — mtt&o ...iznp dïp (Jos., vu, 
13). — ma*n ...n dïp (I Rois, xxi, 18-19). — m^ai ...WHSTi „,np 
(76., xxn, 26-27). — ama-n ...naiis idb (Jér., xi, 2). — main m.Yi 
(76., xxn, 1). — nwi .«.«a *jb (Ez., ni, 4. 11). — nittan «aam (76., 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vi, 1 ; xin, 1, etc.). — mtttfl Wi (Ib., xiv, 4; xx, B, etc.). — mh 
m^ai (7?;., xvi, 1). — mttao «.a^p Nia (76., xix, 1, etc.). 

On met parfois la seconde proposition à l'indicatif lorsqu'elle 
donne le détail de la première : ™*n tr>jp ^as nan ^b nia* (Gen., 
xn, 4). — annpbi rtasîi lûttttn(Ex., xn, 21-22). — anbaa") «.ïnb3« 
finN (Lév., x, 13). — ans !-jia*n îiiaptt ...'■jb îiia* (Nomb., x, 2). — 
ûmbsn a*:ia rtt ib? (Ib., xm, 17). — nsnpn trabtti "tfn ...a^n ^b np 
(Ez., xn, 3). — nsan ../jnaïaa man (7&., xxi, 11). — a^ia ^b a^ia 
û^ian "pT ..iû'Wi (76., 24-25). 

Plusieurs de ces exemples pourraient s r expliquer aussi par la 
raison que le second verbe est précédé de son complément, comme 
dans les passages suivants : ^b npn îtomoîi bato ...sa (Gen., vu, 1- 
23). — w©h rrm ^ab na* [Ib., xxxn, 17). — ...tpaïi nai nnp ...tpai 
la^ian (76., xltii, 12). — a^ian „.WM nan striai (7&., xliv, 2). — 
ibaan aiai „,*ibtaa (Lév., vin, 31). — "lain binia" 1 rça b&o ♦..n^pï-n (7&., 
ix, 3). — -îiasu-i ab naa*: tiban ..ns&n bai (/&., xix, 4). — aip^n 
■pVana a^ian ^bwi ^b* laan 'pas nia^n ab irn» (Ez., xxiv, 17). — 
iBStn iniswai i^fca ^ittia (Prov., vu, 1). — &npn ...sHfcn „.*t»« (7&., 
v. 4). — mian ^abn ,„*Mi (/&.-, xxn, 1). — * nan qs b?a na snnn ba 
anan ab mian ia^ (Ib., v. 24). 

Notons enfin les propositions commençant par abi et indi- 
quant la conséquence des propositions précédentes : ba aa^iaan 
nmttn âbi itnan (!) ab dansai w&n (Lév., x, 6). — ...nian ba Tutti l** 
vn»n abi (76., v, 9). — m^n abi ...Tfcpian ba (76., xi, 43). 

L'emploi de l'indicatif à la première ou à la troisième personne 
après l'impératif est beaucoup plus rare. Voici les passages de ce 
genre que nous avons notés : 

a) Première personne : vianan ^b bas (Ex., xxxiv, 1) 1 . — nrb 
Tiaïaîn ...iia (Nombr., xxn, 8). — wmroDîn nw aiian (I Sam., xv, 
30, mais v. 25, mnma&o "W ara). 

6) Troisième personne : limai ...arn (Gen., vu, 17). — ...rraa 
i-PïTi ..."pn (76., vin, 12). — STîTl M.1pTn „.inp (76., ix, 8 ; mais, v. 
22, W ...nias ; x, 12, b^i „,îT05). — Wi ...a^vbn np (Nombr., m, 45). 
— vm arrb lia? pnî (76., iv, 19). — rjnm bania^ ^a na iir (76., 
xxxv, 2). — init ...Mb* (I Rois, xxn, 12, 15 = II Chr., xvm, 11, 
14 ; mais I Rois, xxn, 6 — II Chr., xvm, 3 : fm nb?)- — a^pl 
vin ...ana (Ez., xxxvn, 17). 

1 On pourrait se demander si le texte primitif ne portait pas nanai, et si ce n'est 
pas Moïse qui aurait écrit les secondes tables. Au verset 28, arOV se rapporte 
bien plus naturellement à Moïse qu'à Dieu. Dans le passage parallèle du Deuté- 
ronome, x, 1, on trouve une forme anormale arûNl, au lieu de ïianaNI, ce qui 
fait penser à une leçon anai, et, au v. 4, ana^l, qui n'a pas de sujet, a été peut- 
être substitué à anato. 



w 



NOTES ET MELANGES 109 

Après le jussif ou le cohortatif, on emploie encore plus rare- 
ment l'indicatif, surtout s'il y a changement de personne. Voici 
les exemples de ce phénomène que nous avons rencontrés : 

I. Après le jussif : a) troisième personne : ...b^nrtb ma» ">!-p 
Tttl (Gen., i, 14). — îottm ...Ipff» 1 (/&., xli, 34). — WTI ûl Wi 
tn (Ex., vu, 19). — m»i ban „,M3i b^n (Lév., xvi, 2; cf. ci-dessus). 
— !T!T tfbi ...tp abn ...wiptt ba nim (I Sam., xxix, 4). — "«nani 
siniu^T ûnb (II Sam., xm, 5). — nrûttft «/»nm .mîtwi ■.•.'WJpai 
(I Rois, i, 2). 

b) Deuxième personne : m->m .,»*p*rn 'ps'n ^na -pan (Gen. 
xxviii, 3). — rûbxn ma ^ma irmn (II Sam., m, 21). — *?l 
ma*n «•'pal (I Rois, xxn, 13 = I Ghr., xvm, 12). 

IL Après le cohortatif, à) première personne : -^watt fO^aai 
*ink ^bbptti (Gen., xn, 3). — iabi „,fta^pa (Juges, xix, 13; mais 
v. 11, pïai ...îmon). — tisoni «.«a aapba (Ruth, n, 7). 

&) Deuxième personne : neoïn ...ï"TC)*ki (Gen., xxvi, 9-10). 

c) Troisième personne : s-pSTi ...îTmM ïtab (Gen., xxxi, 44). 

Naturellement il est difficile de décider, dans plusieurs de ces 
derniers passages, si le verbe à l'indicatif dépend du verbe impé- 
ratif qui le précède immédiatement ou d'un autre impératif plus 
éloigné; ainsi, dans Gen., xxvn, 10, nsam peut se rattacher à ^b 
npi ...H5, au lieu de se rapporter à toast. Enfin, il est possible 
que le texte n'ait pas été conservé partout sans faute, et que l'in- 
dicatif ait été parfois substitué à l'impératif. 

On pourrait aussi se demander si l'origine des différents pas- 
sages influe sur l'emploi de l'indicatif. Nous laissons cette ques- 
tion aux critiques de la Bible. 

L'impératif coordonné avec l'indicatif ne se rencontre presque 
jamais. Nous avons cependant noté : ba m* tttn ^tt? îib*"» ab tD'W 
Tftr (Ex., xxxiv, 3). — lin «.anan (I Sam., x, 5). — to* ...rrrri 
(/&., v. 7). Mais si la seconde proposition indique la conséquence 
directe de la première, le verbe est fréquemment mis à l'impéra- 
tif (v. Gesenius-Kautzsch, § 160). 

Mayer Lambert. 



1 En réalité, tfJfam paraît être la suite de iJirPTÛ'n (v. 33) et IStap^, la suite 
de IpD-».' 



110 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



ENCORE LE SIÈGE DE MOÏSE 



k propos de la note publiée par M. Bâcher dans le dernier nu- 
méro de la Revue (XXXIV, 299-301) sur le Siège de Moïse, il me 
paraît intéressant de citer ici un passage d'une lettre, en portu- 
gais, adressée par le père Jean-Paul Gozani, missionnaire de la 
compagnie de Jésus, au père jésuite Joseph Suarez, et dont la 
traduction française a été imprimée dans le Versuch einer Ge- 
schichte d^r Juden in Sina, de G. -G. von Murr (Halle, 1806). 
Cette lettre, écrite le 5 novembre 1704, à Kai^Fung-Fou, parle 
d'une visite que le missionnaire a faite aux Juifs chinois. Voici le. 
passage en question (p. 23) : « Il y a au milieu de leur synagogue 
une chaire magnifique et fort élevée, avec un beau coussin brodé. 
C'est la Chaire de Moïse, dans laquelle les samedis (ce sont leurs 
dimanches) et les jours les plus solennels^ils mettent le Livre du 
Pentateuque, et en font la lecture. » Et un peu plus loin (p. 28) : 
« Je n'y ay point vu d'autel, mais seulement la chaire de Moïse 
avec une cassolette, une longue table et de grands chandeliers, 
avec des chandelles de suif. Leur synagogue a quelque rapport 
à nos Eglises d'Europe. Elle est partagée en trois Nefs ; celle du 
milieu est occupée par la Table des Parfums, la Chaire de Moïse, 
et le Van-Sui-pai ou le tableau de l'Empereur avec les Taber- 
nacles, dont j'ay parlé... » 

Il semble résulter de ces passages qu'au lieu d'une Bîma ou 
acmêmer, les Juifs chinois avaient, dans leur synagogue, une 
chaire, qu'ils appelaient « siège de Moïse » ou que les Jésuites 
désignaient de ce nom et qui était probablement assez élevée pour 
qu'on y pût facilement faire la lecture. Du reste, la remarque de 
R. Derossaï, citée par M. Bâcher, prouve que ce rabbin avait éga- 
lement en vue un siège très élevé. 

Si l'on tient compte de ce fait qu'un des rouleaux sacrés de 
de Kai-Fung-Fou est écrit sur des peaux de mouton, qu'il a plus 
de 140 pieds de longueur et est haut de 24 pouces et demi (sans les 
bâtons autour desquels il est enroulé), il faut admettre que le 
« siège de Moïse » devait être très grand pour que le lecteur pût 
s'en servir de pupitre pour un tel rouleau. 

D'après M. Henri Cordier, « les Juifs arrivèrent en Chine par 
la Perse, après la prise de Jérusalem par Titus, au premier siècle 
de notre ère, sous la dynastie des Han et sous l'empereur Ming- 



NOTES ET MELANGES 

ti l . » Si cette date est exacte, la coutume des Juifs chinois — à 
supposer que l'expression « chaire de Moïse » n'ait pas été ima- 
ginée par le P. Gozani — représente une tradition qui remonte 
plus haut que l'expression de l'Evangile de Mathieu (dans l'article 
de M. Bâcher, p. 300). 

Mayer Sulzberger. 



ENCORE LE NOM APIPHIOR 



L'étude publiée par M. Krauss, dans le dernier numéro de la 
Revue (XXXIV, 218-239), sur Apiphior, nom hébreu du Pape, 
me suggère l'observation suivante. Au xn e siècle, les Juifs des 
provinces rhénanes désignaient le pape sous le nom de otdû 2 . Ce 
nom, grâce à sa similitude avec le mot talmudique, est devenu 
ensuite tpb^bk. En général, on répugnait à employer sans chan- 
gement des termes étrangers servant à désigner des personnes, 
des objets ou des fêtes de cultes non juifs; on leur donnait une 
forme hébraïque et, conformément à la prescription d'Aboda 
Zara, 46 a, on les altérait. Ainsi, tnm pour pnv, nifcp pour 
nos (les Pâques chrétiennes), û^lpti bo, pour désigner la Tous- 
saint. Au point de vue philologique aussi, il est inadmissible que 
Widk dérive de or sa. 

L'explication de M. Reinach pour les noms de Phiphior et 
Niphîor est extrêmement ingénieuse et très plausible. 

Porgès. 



MESGHOULLAM GUSSER DE RIVA 

ET SA TOMBE 

Au commencement de l'été de 1896, nous reçûmes la photogra- 
phie d'une inscription tumulaire de Riva, que nous avions déjà 

* Les Juifs en Chine, Paris, 1891, p. 11. 

« Voir Neubauer et Stern, Hebr. Èerichte liber die Judenverfolgungen wàhrend dtr 
Xreuzzûge, p. 4. 



MPi REVUE DES ETUDES JUIVES 

publiée, le 28 octobre, dans le n° 10 de YIsraelit. Monatsscftrift. 
C'est la même photographie qu'a eue à sa disposition M. D. Kauf- 
mann et qu'il a reproduite dans la Revue, t. XXXII, p. 311 et 
suiv. Notre confrère l'a déchiffrée de la même façon que nous. 
M. Kaufmann a cherché à identifier le Meschoullam auquel est 
dédiée cette inscription et en a fait un membre de la famille "ûfcnp. 
Nous avons depuis retrouvé le nom de ce Meschoullam Cusser 
dans l'ouvrage d'Ossimo, Narrazione délie strage compita net 
1Ô91 coyxtro gli ebrei cCAscolo. On y lit, p. 106 : « Nel 1570 ai 
12 Adar, Mordechai (Marco) Koen di Galiman prendeva a moglie 
Pessele di Marco di MescUdlam Cusser da Riva di Trento. » 

A. Freimann. 



L'OPINION PUBLIQUE ET LES JUIFS 

AU XVIII» SIÈCLE EN FRANGE 



Notre collaborateur et ami, M. Camille Bloch, archiviste du 
Loiret, nous communique le curieux document suivant, qui mé- 
rite d'être tiré de l'oubli comme un nouveau témoignage de l'in- 
térêt soulevé par la « question juive » dans la seconde moitié du 
sièole dernier. 

NÉCESSITÉ DE RAPPELER LES JUIFS EN FRANCE 

POUR AUGMENTER LA POPULATION. 

Il n'est pas bien aisé de dire pourquoi notre gouvernement s'est 
fermé lui-même la porte à une branche de population à laquelle une 
infinité d'autres Etats de l'Europe l'ont ouverte. 

Les raisons qui firent qu'on chassa autrefois les Juifs de la France 
n'existent plus. L'Etat se conduit aujourd'hui par d'autres maximes. 
Ses ressources d'industrie sont plus considérables. Il a des moyens 
pour employer une infinité d'étrangers, qu'il n'avait pas alors. 

Les raisons alléguées autrefois contre les protestants ne sauroient 
avoir lieu à l'égard des Juifs. Cette secte, établie chez nous, ne sau- 
roit donner du mouvement à l'ambition d'un parti. L'intrigue et la 
cabale lui sont entièrement inconnues. Sa sûreté le demande ainsi. Si 
les Juifs cessaient un moment d'être fidèles, ils se perdraient pour 






NOTES ET MELANGES 113 

toujours. Errants, sans chefs, sans patrie, et par conséquent sans 
moyens pour résister à la plus petite puissance qui voudroit les dé- 
truire, la première maxime pour eux est celle de n'en avoir aucune. 
Bien différents de tous les autres peuples de la terre, leur sûreté 
dépend du degré de leur servitude. 

Il se répandit un bruit en Europe, il y a vingt ans, que les Juifs 
s'intriguoient pour devenir souverains de l'île de Corse. Ce n'étoit 
guère connoitre leur esprit que de leur donner ce projet. La domi- 
nation demande nécessairement un système de gouvernement poli- 
tique et civil, des lois, des tribunaux, l'art de la guerre, une 
milice, etc. Or, tout cela n'est point dans le génie de ce peuple, qui, 
abîmé aujourd'hui dans des détails de commerce, ne sauroit élever 
ses regards au-dessus de la marchandise. 

La crainte d'ailleurs où la France pourroit être que les Juifs, par 
leur activité, ne diminuassent celle des sujets naturels, est mal fon- 
dée. Il en est de l'industrie comme de l'esprit, dont les productions 
peuvent s'étendre à l'infini. Plus on emploie de bras dans un état, 
plus il se découvre de moyens d'en employer davantage. Quand il n'y 
auroit que les besoins d'un plus grand nombre d'hommes, cela seul 
suffiroit pour augmenter les anciennes branches de l'industrie ; ce 
qui est la même que d'en former de nouvelles. 

Si quelque royaume a besoin des Juifs dans le monde, c'est 
la France. Gomme elle a des intérêts plus grands que toutes les 
autres puissances de l'Europe, elle est obligée de mettre en usage de 
plus grands moyens pour les souteuir. Or, en temps de guerre, notre 
commerce et nos finances sont toujours dans un état affreux, faute 
d'un fonds d'hommes suffisant, qui remplace le vide qu'elle cause 
dans toutes les classes relatives à l'industrie. Nous sommes surpris 
que l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne supportent des guerres 
loDgues, sans que leur commerce général en souffre presque aucun 
échec; tandis que le nôtre, a la troisième campagne, est toujours aux 
abois. La raison de cela est cependant bien simple ; c'est que 
les Juifs de ces états, pendant les guerres, en redoublant leur activité, 
suppléent aux bras des sujets qu'elles leur enlèvent, et, par là, 
tiennent le commerce dans un certain équilibre; au lieu que, faute 
de cette ressource, le nôtre dépérit. 

Mais la première cause de la protection que notre gouvernement 
devroit accorder aux Juifs, c'est leur grande population. Il n'y a point 
de peuple sur la terre qui multiplie plus qu'eux. Cette grande propa- 
gation a des causes naturelles. 4° Il n'y a point de célibat chez les 
Juifs. Tous se marient. 2° Les enfants y sortent plus tôt d'une cer- 
taine tutelle que ceux des chrétiens; ce qui fait qu'en général ils se 
marient à meilleure heure. 3° Ils ne peuvent point faire des acquisi- 
tions. Or, toutes les richesses se trouvant chez eux, en argent, 
il faut qu'ils s'adonnent à l'industrie : et, comme les progrès 
de celle-ci dépendent du grand nombre de bras, il est de l'intérêt des 
Juifs d'avoir beaucoup d'enfants. 

T. XXXV, n° 69. 8 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais 'ce ne sont pas là précisément les seules causes de la grande 
population des Juifs. Les véritables, ce sont la modération de leurs 
désirs, une certaine continence morale, et un éloignement naturel de 
la débauche. Il n'y a point d'hommes sur la terre qui, avec tant de 
défauts, aieut si peu de vices. 

Je ne veux pas dire par là qu'il convint à tous les états d'employer, 
pour m'expiimer ainsi, ce remède de population-, je dirai même à ce 
sujet qu'il y a un défaut dans la politique de l'Europe sur la protec- 
tion accordée aux Juifs. On en trouve dans une infinité d'Etats, où 
ils sont nuisibles, et on n'en rencontre point dans ceux où ils 
pourroient être nécessaires. Ce ne sont point les petits Etats pauvres 
à qui il convient d'avoir des Juifs. Ces établissements ne sont utiles 
qu'à un gouvernement déjà riche et opulent. Dans les premiers, ils 
détruisent l'industrie, au lieu que, dans le second, ils contribuent à 
l'augmenter. 

Lorsque le duc de Modène est pressé d'argent, il envoie sommer les 
Juifs de lui fournir une certaine somme, qui lui est toujours accor- 
dée ; preuve certaine, dit-on toujours dans cette cour, de l'utilité 
d'avoir des Juifs. Mais c'est une stupidité dans ce ministère de ne pas 
voir que cet argent est celui de l'Etat, dont l'industrie des Juifs a dé- 
pouillé les sujets, qui, à cause de cela, ne peuvent plus le donner 
eux-mêmes. La promptitude avec laquelle les Juifs paient ce qu'on 
leur demande, ainsi que la grandeur de la somme, indiquent un vice 
dans le gouvernement économique : car les Juifs ne donnent beau- 
coup au prince, qu'en retenant encore davantage pour eux ; aiusi le 
paiement de l'impôt même est une preuve de la grandeur de celui 
que les Juifs mettent sur le peuple. 

Ce sont les Juifs qui ont ruiné un petit Etat tout près de la France, 
Etat qui, par sa situation et par ses richesses naturelles, devait être 
un des plus puissants, et qui est cependant aujourd'hui un des 
plus pauvres de l'Europe. Il est vrai qu'une infinité d'autres causes 
ont dû contribuer à sa décadence, à laquelle le vomissement des 
Juifs aujourd'hui ne remédierait point, ni peut-être les meilleures 
lois politiques. Il faudroit refondre entièrement cet Etat pour le ré- 
former. 

[Les Intérêts de la France mal entendus, dans les branches de 
l'agriculture, de la population, des finances, du commerce, 
de la marine et de l'industrie, par un citoyen. (Tome I er , 
pp. 365 et suiv.) — A Amsterdam, chez Jacques Cœur, à 
la Corne d'abondance. M.D.CC.LVI.) 



BIBLIOGRAPHIE 



Semitic stiulies in memopy of Rev. D r Alexantler Kohut. Edited by 
George Alexander Kohut. With portrait and raenioir. Berlin, S. Calvary et C îe , 



1897; in-8« de xxxv + 615 



Cet ouvrage est un monument élevé à l'éditeur de YAruch Compte- 
êum par la piété de son fils et la sympathie de ses amis. On peut 
dire que rarement savant a été honoré comme Kohut, car des écri- 
vains juifs et chrétiens, au nombre de 43, Européens et Américains 
— Kohut a exercé ses fonctions rabbiniques dans les deux parties 
du monde — ont collaboré à cet ouvrage, par des études plus ou 
moins étendues, en allemand, en anglais, en français et en hébreu. 
Ces études se rapportent, pour la plupart, à des questions que 
Kohut lui-même a traitées. Car, en dehors même de son Aruch, cet 
infatigable savant, mort à 52 ans (le 25 mai 1894), a apporté sur 
bien des points d'utiles contributions à la science. Aussi le titre 
d' « études sémitiques », sous lequel a paru cet ouvrage, est-il fort 
bien approprié à la plupart des travaux qu'il renferme. Ce recueil, 
dédié à la mémoire d'un savant, est digne de figurer parmi les ou- 
vrages collectifs composés ordinairement à l'occasion des fêtes jubi- 
laires de savants vivants, et le fils, qui s'en est occupé, a la double 
satisfaction d'avoir érigé à la mémoire de son père un monument 
durable et d'avoir contribué, en même temps, à enrichir le domaine 
scientifique qu'il cultivait. Le grand nombre et la variété des travaux 
réunis ici, et dont quelques-uns ont pour auteurs des savants de 
premier ordre, ne permettent pas de les analyser avec une égale 
ampleur. Qu'il nous suffise d'en donner un aperçu général et d'a- 
jouter nos remarques à quelques-uns d'entre eux. 

La branche de la science à laquelle appartient l'œuvre maîtresse de 
Kohut, son Aruch, je veux dire la lexicographie du Talmud et de la 
littérature rabbinique, n'est représentée dans notre ouvrage que par 
un petit nombre d'études. M. S. H. Halberstam, de Bielitz, a donné, 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en hébreu, sur YAruch de Kohut (p. 233-234), quelques remarques 
que lui a suggérées sa vaste érudition. 

M. Imm. Lôw, de Szegedin, a écrit sur le même sujet des notes 
« marginales », en langue allemande (p. 373-375). A propos de la der- 
nière remarque de M. Lôw, disant que Kohut a eu tort, dans YAruch, 
III, 518 a, d'indiquer àadco comme l'explication de nnn, rappelons que 
ce verbe nnn, « éprouver du dégoût », en dehors du passage, cité par 
Kohut, de j. Teroumot, 45c en haut, ne se rencontre plus qu'une 
seule l'ois, dans EstJier rabba sur i, 7. Dans mon Agada der palâsti- 
nensischen Amorâer, II, p. 237, n. 8, j'ai émis l'hypothèse que ce 
verbe se rattache à nnn (mn), « reculer d'effroi ». Ajoutons encore 
que le verbe yip signifie à la fois « éprouver de la terreur ou de la 
crainte » et « ressentir du dégoût ». 

M.Samuel Krauss, de Budapest, sous le titre de « Noms de dieux 
égyptiens et syriens dans le Talmud » (p. 330-353), explique cer- 
taines expressions talmudi.ques restées inexpliquées ou ayant été 
interprétées d'une manière peu satisfaisante, en les identifiant avec 
des noms de divinités. Malgré les arguments que son érudition lui 
a permis de tirer de la littérature spéciale à ces sujets, plu- 
sieurs de ses combinaisons me paraissent peu heureuses. Quand 
il dit, par exemple, que bjou^ ^bidn (j. Nedàrim, 42c, 1. 12) signifie 
« par Apophis, qui lutte contre Dieu ! », son assertion ne peut pas 
être admise. S'il est vrai que, d'après Plutarque {/sis, ch. xxxvi), 
Apophis était le père de Hélios, qui était en guerre avec Zeus-Amon, 
et à supposer qu'un Juif de la fin du iv' siècle (l'anecdote en ques- 
tion se passe, en effet, à l'époque de R. Yosé, un des plus jeunes 
amoraïm palestiniens) fût au courant de cette particularité mytho- 
logique peu connue, il est cependant impossible d'admeitre qu'on 
eût osé profaner le nom de b&ntz)"' au point de l'appliquer au combat 
de cette obscure divinité païenne avec Zeus-Amon. La seule expli- 
cation exacte est celle de M. Jastrow, que M. Krauss cite également 
et d'après laquelle b&niz^ idid» est une déformation de bania^ ^nbN 
« Dieu d'Israël ». C'est précisément parce que, dans la formule du 
serment, on avait employé cette expression altérée que le serment 
n'a pas été déclaré valable. M. Krauss dit qu'il ne connaît pas d'ana- 
logie pour ce genre de déformation, mais il n'a qu'à se rappeller les 
altérations des expressions l^ip et D"in {Muchna Xedarim, I, 2). Dans 
les langues modernes, le nom de Dieu est aussi modifié dans les ex- 
clamations et dans les jurons populaires pour la même raison qui 
faisait dire à ce Juif palestinien ■'S'isn au lieu de ^"ba, en conservant 
exactement les mêmes voyelles (en allemand : Polz, au lieu de 
Gotts : Potztausend, Potzblitz, Potzwetter ; en français : bleu, au lieu 
de dieu : corbleu, morbleu, sacrebleu). Au sujet des expressions trai- 
tées dans les n os 7, 8 et 9, il aurait fallu faire remarquer que les mots 
en question ne doivent pas être considérés comme des noms de di- 
vinités, mais comme des exclamations superstitieuses et incompré- 
hensibles. Seul R. Juda b. Haï, dans les passages cités (Tosefta Sab- 



BIBLIOGRAPHIE 117 

bat, vu, 2 et 3 ; b. S ciblât * 67#), conclut de la consonnance des mots 
en question avec des noms de divinités bibliques, que l'usage de ces 
exclamations ne doit pas être considéré uniquement comme une 
coutume superstitieuse cmttNH "OT7), mais comme une invoca- 
tion adressée à des idoles (ïtiî rma* "pttîb). Toutefois, je ne pré- 
tends pas contester qu'en dernière analyse ces mots ne se ramènent 
à des noms de divinités, que M. Krauss rétablit par des combinai- 
sons en partie plausibles. A la page 352, M. Krauss traduit ce pas- 
sage de Genèse rabba, cb. lxv, § 18 : rtYinaH Nin "ON dip"> nn?3N ïrna 
Qï^p nfiO 'ïtit d'une manière inexacte et incompréhensible. Voici 
comme il le rend : « Tu as dit : lève-toi, père! C'est le Génie de 
l'idole que tu érigeras un jour ». En réalité, les mots d^p "Wa sont 
la paraphrase de "ON d"ip"> et signifient: Par le Génie (?) de l'idole, 
je te conjure de te lever. Ainsi, *un est considéré comme un nom 
d'idole, et ûlp^ est opposé à l'expression respectueuse de Jacob 
Nj~ûip (v. 19) et qualifié de façon de parler brutale et inconvenante \ 
Esaii est le type du Romain et parle comme un Romain. Cf. le ser- 
ment de la courtisane romaine dans Alenahot> kka : "^"n bïû nsi 
^nmafc ^wd (éd. o*is). Peut-être, au lieu de ÏTB5, si diversement 
interprété, faut-il aussi lire nia, et "^"H btf5 !YW aurait le même 
sens que 'ttinl wa (tûjpO, dans Krauss, p. 350. 

Sous le titre : Mots grecs et latins dans les livres rabbiniques, 
M. Moïse Schwab, de Paris, a publié un important travail sur les 
mots étrangers de la littérature talmudique et midraschique 
(p. 514-542). Toutefois, en raison des matériaux considérables qui 
existent sur ce sujet, ce travail ne peut être considéré que comme 
une légère esquisse. Dans la première partie de cette esquisse, 
l'auteur expose les règles de vocalisation suivies dans la trans- 
cription des mots étrangers et qu'il éuumère d'après l'ordre de 
l'alphabet grec et des voyelles grecques ; dans la seconde partie, il 
montre les modifications que subit le mot étranger par aphérèse, 
apocope, prosthèse, épithèse, paragogie et élision, ainsi que les mots 
composés ; la troisième partie renferme les diverses autres modifica- 
tions que subit le mot grec par des substitutions de consonnes et 
surtout par des altérations des terminaisons. Un dernier chapitre 
traite brièvement des mots latins. Il est dommage que M. Schwab 
n'ait pas soumis à une révision minutieuse son travail quia, d'ail- 
leurs, son utilité comme bref aperçu. La remarque sur îwo 5]bn 
(= xAei|»ù8pa) se retrouve deux fois (p. 521 et 532); ÉODiE'ibTYttN est 
identifié, p. 525, avec àv8poXo<f(a, p. 530 et 531 avec dvôpoAoïpia, p. 534 
avec àv8poA7)^(a, et chaque fois l'identification est donnée comme ar- 
gument pour une thèse différente. P. 525, M. Schw. cite rbuN ou 

1 M. Krauss, suivant la leçon de la censure de l'édition de Wilna, écrit rTUD^^T 
Û^2D1D, qui, par une horrible faute typographique, est devenu d^DïS m^NT. 

* Levy aussi ( Wôrterbuch, I, 299) a tort maltraité ce passage dans sa traduction, en 
rattachant à d^p le mot ""p^n, qui appartient à la suite. 



118 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rbtay (= xaTdXuaiç) comme exemple de l'aphérèse du x ; p. 534, il cite 
le même mot comme exemple de l'emploi de y pour p. P. 524, il dit 
que rapporta est devenu *pm"0. Or, ce nom de lieu est un ancien nom 
biblique (I Rois, xv, 27 et ailleurs). P. 529, •pû'O est dérivé de Bat8- 
<jAv (par élision du 6) ; en réalité, le mot grec est l'hébreu "JN^ ma, 
et )W2 est la forme araméenne de ce même nom de lieu. P. 523, 
il fait dériver *pb72"i3" n de olvdjjteXi, et p. 531 le même mot est expliqué 
comme un composé de l'hébreu "p*> et du grec \ié"k\. P. 588, comme 
exemple de l'addition de l'article féminin i\ au mot, il dit que ïOTMl 
= t/j vfoxoç; or, c'est le mot ^vfoxoç, « conducteur de char ». Il y aurait 
encore de nombreuses observations à faire sur les explications de 
détail, mais je m'en abstiendrai, attendu que M. Schwab, comme il 
fallait s'y attendre dans une esquisse aussi rapide, a suivi le plus 
souvent des prédécesseurs, à qui incombe la responsabilité des iden- 
tifications inexactes. Je ferai encore remarquer que Saadia n'a pas 
vécu antérieurement à Ibn Koreisch (p. 532), qui a été le contem- 
porain et l'aîné de Saadia. 

M. Garl Siegfried, d'Iéna, traite (p. 543-556) de l'hébreu de la Mis- 
chna au point de vue de la syntaxe (Beitrâge zur Lehre von dem zusam- 
mengesetzten Satze im Neuhebrâischen) . Malgré le caractère fragmen- 
taire de ce travail, dont l'auteur lui-même s'excuse dans un avant- 
propos, nous trouvons dans cette étude, basée uniquement sur des 
exemples de la Mischna, un tableau assez complet des procédés em- 
ployés dans ce recueil pour la composition des phrases et une nomen- 
clature complète des particules, en grande partie composées, dont il y 
est fait usage. Il n'y a pas beaucoup d'erreurs de détail à y relever; 
je ferai pourtant quelques remarques. Ainsi, je ne comprends pas 
pourquoi dans N"mon nna rma ib iB^ti) (Demaï,vi, 14), l'auteur ad- 
met qu'il y a eu ellipse du verbe (p. 543). Une expression comme hbs] 
tnïTD mttîD, dans Baba Mecia, n, 4, ne peut pas être considérée comme 
une formule de comparaison (p. 544), mais est plutôt une proposi- 
tion circonstantielle : « le vase tel qu'il est », c'est-à-dire sans rien 
dedans. (Cf. Du stiegst herunter, wie du bist, dans la ballade du pê- 
cheur de Goethe). De la belle maxime de l'éthique juive D1N1D ^sb 
ûnp73!i if na^b ^p-isiû "p^s nvnî-5 ■>*n nNsb yn& (Schekalim, 
ni, 2), M. Siegfried (p. 545) donne une traduction qui est presque le con- 
traire du vrai sens : « Il faut que l'homme sache échapper à la respon- 
sabilité vis à-vis des créatures comme il sait échapper à la responsa- 
bilité devant Dieu ». Levy (II, 255 a) en donne une traduction exacte. 
*piû ne peut figurer à côté de un et nbtt comme conjonction d'une pro- 
positon conditionnelle (p. 547), ce mot n'étant placé en tète des pro- 
positions conditionnelles, avec ou sans conjonction, que dans le sens 
de « par exemple ». îttibizn biOtt) ^b^rt nb^DN {Berakhot, v, 1) est 
traduit à tort par ces mots : « même si le roi souhaite son salut» 
(p. 548), au lieu de : « même si le roi lui adresse un salut ». N"»3n Nbtë 
[Taanit, m, 6) ne signifie pas « afin qu'elle n'arrive pas » (p. 552), 
mais l'expression est euphémique (pour Énaniû ou nfcOtt)). 



BIBLIOGRAPHIE 119 

La langue talmudique et l'hébreu du moyen âge forment le sujet 
d'un travail de M.Max G-runbaum, de Munich : Renan ilber die spateren 
Formen der hebr. Sprache (p. 226-234). M. Grùnbaum, selon sa manière 
bien connue, et aidé par son savoir littéraire et linguistique si étendu, 
y prend pour thème d'une causerie très spirituelle, effleurant les su- 
jets les plus variés, un passage de l'Histoire générale et système com- 
paré des langues sémitiques de Renan. A. propos de l'expression tr^ 
Û^BISFl (p. 228), il aurait fallu rappeler le sens primitif : « assem- 
blage de pierres » (cf. ilS^l pavage de mosaïques). A l'expression 
NT'-ii NETDa, il fallait comparer l'arabe Tiâa (moudjarrad) dans le 
sens de « seulement ». 

Il est aussi question de mots talmudiques et post-talmudiques dans 
le travail que M. L. Levysohn, de Stockholm, a écrit en hébreu sous 
forme d'appendice à son ouvrage sur la zoologie du Talmud cp. 369- 
372). Dans sa remarque disant que mp^Tû (Isaïe, xix, 9j signifie 
« sûrement de la soie chinoise » (p. 372, 1. 9), M. L. veut, au con- 
traire, dire, comme cela résulte du contexte, que sans aucun doute 
le mot mp"ntO n'a pas ce sens. 

M. M. Lazarus, de Berlin, a pris comme sujet d'une analyse fort 
ingénieuse (ch. 361-368) un passage isolé du Talmud (j. Sabbat, I, iv, 
3c; Tosefta Sabbat, I, 47) : iiDJŒ dto bawb !"ni3p ït»ïi dm ima 
b^ïi in. « Ce jour fut dur pour Israël comme le jour où ils ont fa- 
briqué le veau d'or. » Il croit que le Tannaïte hillélite, en faisant 
cette comparaison, voulait dire aux Schammaïles triomphants : « Vous 
ressemblez à ceux qui ont confectionné le veau d'or. Le bien que 
vous poursuivez n'est également qu'une création de l'erreur. Ce n'est 
pas la piété, mais sa parodie que vous provoquez. » Cette para- 
phrase moderne de l'antique expression ne semble probablement 
pas exacte au point de vue exégétique, même à son auteur, car cette 
expression ne contient rien qui caractérise ce qui fut décidé le jour 
où les Schammaïtes firent violence aux Hillélites; elle signale seu- 
ment les conséquences désastreuses de cette journée et des résolu- 
tions qui y furent prises. Et c'est là aussi qu'il faut chercher le ter- 
tium comparationis de la comparaison avec le veau d'or. D'après une 
théorie agadique, attestée par maint passage (R. Ammi, dans Exode 
rabba, ch. xlii, vers la fin; R. Assi, dans j. Taanit, 68c; Kofi. r. 
sur jx, 11 ; R. Isaac, dans Sanhédrin, 102 a), le péché commis par 
Israël en fabriquant le veau d'or exerce son influence sur toutes 
les générations suivantes. « Il n'y a pas une génération, dit Assi, 
qui n'ait pas subi les conséquences d'une partie du péché du veau 
d'or. » Isaac s'exprime presque dans les mêmes termes : « Aucun 
châtiment n'atteint le monde sans qu'il y entre pour une part la pu- 
nition du péché du veau d'or. » Les mêmes conséquence désastreuses 
furent, selon notre formule, la suite des décisions de cette journée, 
prises, non après mûre délibération^ mais grâce à une majorité réu- 
nie par des moyens violents. Dans MasséJthét Soferim, I, 7, la même 
formule, avec le même sens, sert à caractériser le côté désastreux 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la journée où la Tora fut traduite en grec pour le roi Ptolémée. 
On avait pris l'habitude de comparer au crime du veau d'or, toute 
faute pesant sur la nation entière, qui n'a jamais été entièrement 
expiée et dont les générations suivantes ont encore à supporter 
les conséquences. Le côté proverbial de cette expression a déjà été 
signalé par Joël [Blicke in die Religionsgeschichte, I, 4). 

L'article de M. Lambert, de Paris, intitulé : De la formation des 
racines trilitères fortes (p. 354-362), nous ramène à l'époque primi- 
tive de la langue hébraïque ou plutôt de la langue mère sémi- 
tique. Cet auteur poursuit l'entreprise téméraire de ramener les 
racines trilitères à des racines bilitères, en considérant toujours 
comme une consonne secondaire une des trois lettres radicales. Vu 
le peu d'étendue de l'article, on comprend que l'hypothèse seule y 
soit émise, sans être appuyée par des arguments et des explications 
détaillées. En outre, la valeur scientifique de cet exposé est diminuée 
par le fait que M- Lambert se borne à traiter de l'hébreu, tandis que 
son hypothèse de ramener toutes les racines trilitères à des racines 
bilitères se rapporte à cette période de développement de la langue 
où l'ancienne langue sémitique arriva a formuler sa loi de trilité- 
ralion pour toutes les langues sémitiques. Des recherches de ce 
genre devraient donc porter sur l'ensemble des, racines sémitiques, 
et non pas uniquement sur les racines d'une seule langue. Cepen- 
dant, le travail de M. Lambert plaira à ceux qui aiment ce genre de 
spéculations sur l'époque primitive de la formation des langues. 
Cette tentative se rattache à celle d'Ernst Meyer {Hebr. WurzelwGr- 
terbuck, Mannheim, 1845), qui est allé jusqu'au bout de sa théorie 
en publiant, d'après ses idées, un dictionnaire entier. Sur le fond 
de la question, voir Kônig, Lehrgebâude der hebr. Sprache, II, 4, 
p. 370 et s. 

C'est aussi à l'époque primitive de la langue, mais limitée à la 
question des formes verbales hébraïques, que se rapporte l'étude de 
M. J. Barth, de Berlin. Ce savant s'occupe de cette particularité que 
le Piel se forme de la même manière dans les verbes y"y et "l"3> . Dans 
son travail intitulé: Die Pôlel-Conjugation und die Polal- Part icipien 
(p. 83-93), M. Barth soutient cette thèse que cette formation (p. ex. 
1313) ne s'est produite par voie organique que pour les verbes f>, 
mais a été appliquée ensuite par analogie à la classe des verbes y"y. 
Il emploie ici également la méthode de comparaison suivie par 
lui dans ses grands travaux sur la formation des mots dans les 
langues sémitiques et trouve moyen de rattacher le fait formant 
l'objet de son étude à l'ensemble des lois linguistiques. Une remarque 
très précieuse est celle qu'il fait à propos des formes nominales 
telles que OOTiû, bbïy ? qui ont pris la place des formes composées 
sur le type quattâl, absolument comme UftS'p a pris la place de On]?. 

L'exégèse biblique est représentée dans notre ouvrage par des 
travaux de caractère très différent. M. Benjamin Szold, de Baltimore, 
y donne en anglais une explication du chapitre xi du livre de Da- 






BIBLIOGRAPHIE 121 

niel, avec texte et traduction (p. 573-600), sans apporter rien de 
nouveau, à ce que je crois, pour l'intelligence de ce chapitre, où les 
rapports des Ptolémées et des Séleucides sont exposés avec la pré- 
cision de l'historien. Une observation neuve, mais n'ayant de valeur 
qu'au point de vue homilétique, se trouve à la fin : « Tout le cha- 
pitre est une amplification {paraphrase?) de l'apostrophe de Jérémie, 
ix, 23-24. » Il en est de même de la remarque que l'auteur fait au 
début (p. 577) et où il dit que les versets de l'introduction du cha- 
pitre xlvi du livre d'Isaïe ont donné à l'auteur du livre de Daniel 
le cadre (framework) de ses grands récits : Nebo est remplacé par 
Nebukadnéçar et Bel par Belschaççar. 

Un autre savant américain, M. W. H. Green, de New Jersey, traite 
(aussi en anglais) du style du récit du déluge dans Genèse, vi-ix 
(p. 198-225). Ses remarques statistiques rt lexicologiques sur les 
mots isolés et les diverses façons de parler tendent à prouver que 
« dans le style de ce chapitre, il n'y a rien qui puisse servir de 
preuve contre son unité de composition ou favoriser l'hypothèse de 
la critique supposant qu'il y ait eu là la combinaison de divers do- 
cuments originaux ». Ce n'est naturellement pas ici le lieu d'exa- 
miner cette argumentation courageuse contre les idées dominantes 
de la critique. 

La même tendance se manifeste dans l'étude de M. J. Halévy, 
de Paris, qui, à ses nombreuses recherches bibliques publiées 
depuis des années dans la Revue des Études juives et la Revue Sé- 
mitique, ajoute ici une étude sur l' Enterrement de Jacob d'après la 
Genèse (p. 237-243). Il croit prouver avec certitude que dans le 
chapitre de la Bible dont il est question (Gen., xlix, 29-l, 14), 
« la distinction des sources ne repose sur aucune base solide ». 
Comme dans tous ses travaux bibliques, M. Halévy donne ici des 
preuves de sa sagacité et de son habileté exégétique. Ce qu'il dit 
de la direction du cortège conduisant le cercueil de Jacob vers 
la sépulture de Hébron est surtout digne d'attention. D'après lui, 
IT-pïi *OS (l, 10) désigne la partie cis-jordanique de la Palestine 
(la partie ouest), et pour le nom de lieu "laNïi "{13, qui ne se re- 
trouve nulle part ailleurs, M. Halévy trouve un équivalent dans TVQtû 
(Josué ; xv, 48), l'un et l'autre noms ayant le sens de « épine, buisson 
d'épines ». 

Une tendance opposée à celle des deux études précédentes se 
révèle dans le travail de M. Ch. H. Briggs, de New- York : A study of 
the use ofib and aab m the Old Testament (p. 94-105). M. Briggs 
montre les divergences des sources originales du Pentateuque et des 
livres historiques ainsi que des autres livres bibliques dans l'emploi 
de ces deux termes synonymes. La statistique semble, en effet, 
prouver que cet emploi n'est pas uniquemment arbitraire, mais que 
c'est tantôt la forme concise et tantôt la forme allongée du mot qui 
a la faveur des divers auteurs bibliques. 
M. Marcus Jastrow, de Philadelphie, expose d'une manière très 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

attrayante la suite des pensées et le contenu de trois psaumes, les 
psaumes lxxxiv et xi, qui ont des rapports entre eux, et le psaume 
Ci, qu'il considère tous comme des psaumes davidiques (p. 254-263). 
Le rapprochement qu'il établit entre Ps., xr, 5 et 6, et Genèse, vi, 11 
et 13, et xix, 83, mérite d'être relevé. 

Du domaine de Pisagogique biblique il y a deux articles à citer. 
M. K. Buddk, de Strasbourg, dans sou étude Die Ueberschrift des Bû- 
ches Amos und des Propheten Heimat (p. 105-110), prétend qu'à l'ori- 
gine, la suscriptiou était anpn» 01723> "nai (Amos, i, 1), et que les 
mots D"Hpijn Ï"PÎ7 nuJN sont une interpolation. Tekoa serait la ville 
judéenne de ce nom. 

L'étude de M. T. K. Cheyne, d'Oxford, intitulée : TheBookof Psalms, 
Us origin and relation to Zoroastrianism (p. 111-119), se rattache aux 
travaux du regretté Kohutsur l'influence duparsisme sur le judaïsme. 
Le travail lui-même a un caractère de polémique, il répond aux at- 
taques qu'un savant américain, M. Peters, avait dirigées contre un 
ouvrage publié par M. Cheyne, en 1892, sur l'origine et la valeur re- 
ligieuse du psautier. Le sujet même n'est pas traité à fond, et l'au- 
teur se borne a montrer, d'une manière générale, la possibilité de re- 
trouver des traces du zoroastrisme dans les Psaumes, surtout en ce 
qui concerne la doctrine de l'immortalité de Pâme. 

M. H. Wincklek, de Berlin, dans le dernier article du volume 
(p. 605-609), réunit les arguments établissant que dans les lettres de 
Tel-Amarna, que M. J. Halévy a commencé à étudier dans sa Revue 
Sémitique au point de vue de leurs données historiques, les Haàlri 
désignent les Hébreux. 

L'étude de M. H. Derenbourg, de Paris, Le dieu Rimmôn sur une 
inscription himyarite (p. 120-125), traite d'une divinité sémitique éga- 
lement mentionnée dans l'Ecriture sainte. Cette inscription fort in- 
téressante, reproduite ici dans l'original avec transcription hé- 
braïque et traduction française, porte le n° 140 dans le Corpus 
Jnscriptionum semiticarum. 

Une intéressante contribution à l'étude de l'archéologie biblique 
est fournie par le travail de M. Gyrus Adlek, de Washington, sur 
« ia grotte du Coton, une ancienne carrière de pierres de Jérusalem, 
avec des remarques sur les anciennes méthodes d'extraction de la 
pierre » (p. 73-82). 

Parmi les anciennes traductions de la Bible, les Septante seuls sont 
l'objet d'un article de M. Julius Furst, de Mannheim : Spuren der 
palâstinisch'jïïdischen Schriftdeuiung und Sagen in der Uebersetzung der 
LXX (p. 152-166). Ce sont des notes courantes sur les vingt premiers 
chapitres de la Genèse, de caractère très varié, où l'auteur ne s'en 
tient pas toujours au point de vue indiqué par le titre. Cependant, il 
s'y trouve mainte remarque propre à faciliter l'explication des pas- 
sages difficiles des Septante. La remarque de M. Furst sur Gen., iv, 
7, est spirituelle, mais tout a fait inadmissible, car on ne peut 
guère imputer au traducteur grec d'avoir introduit dans les paroles 



BIBLIOGRAPHIE 123 

adressées par Dieu à Gain un détail halachique qui, du reste, n'est 
pas du tout applicable au sacrifice de Gaïn. Si, dans iv, 26, bmïi 
ÉHpb est traduit par -fiXiriae «cucataietai, bmn n'est pas « pris dans le 
sens de bbn comme dans le Midrasch », mais est lu naturellement 
comme b"MTiïl. Dans Onkelos sur v, 24, ce n'est pas rPtttf «b -n» 
ÏTVP qui est la leçon primitive et exacte, mais ttW mïïN "nat (cf. 
Schefftel, Biure Onkelos, p. 14, et mon ouvrage Leben und Werke des 
Aèulwalid, p. 66, note 3"î). La traduction de !TïU3 bs (xiv, 7) par wdv- 
toc Tobç âpxovtaç repose sur la leçon ^b bs. —Dans xvi, 43, le tra- 
ducteur grec a lu ■rçn comme "'Êjft et a traduit : ô èicita&v pe ; au lieu de 
■W "HtiN, il a lu dans son texte ""lai nN et a traduit d?0évta poi. 

M. Hermann L. Strack, de Berlin, donne des notices intéressantes 
sur « des manuscrits perdus de l'Ancien Testament * (p. 560-572); 
c'est un appendice excellent à son travail paru en 1873 : Prolegomena 
critica in Vêtus Tesiamentum Hebraicum. La plus graude partie est 
consacrée aux différences massorétiques entre les Palestiniens et les 
Bao3'loniens. P. 571, ligne 10, au lieu de « Israël », il faut lire « au 
pays d'Israël ». 

Une étude consacrée au Midrasch tannaïtique a pour auteur 
M. LudwigA. RosENTHAL,de Preuss.-Stargard (p. 463-484); elle est 
intitulée : Einiges uberdie Agada in der Mechilta. L'auteur émet cette 
assertion que certains chapitres de la Mechilta font allusion aux 
événements du premier siècle après la destruction du Temple, a la 
manière agadique, et que dans ces chapitres on peut reconnaître 
diverses couches répondant aux générations successives des Tan- 
naïm. Cette opinion, digne d'attention, est appuyée par l'auteur sur 
une série d'exemples, mais l'effet de son argumentation souffre 
quelque peu de son manque de méthode et de son style négligé. Au 
surplus, le contenu de cette étude se rapproche beaucoup du cha- 
pitre que j'ai consacré aux controverses entre Josua b. Hanania et 
Eléazar de Modiim dans mon Agada der Tannaïten (I, 203-219), que 
l'auteur ne parait pas connaître. Au lieu d'Eléazar de Modiim, il 
écrit toujours « Eliézer » et, par suite, croit possible d'identifier 
ce docteur avec wbN 'l, c'est-à-dire Eliézer b. Hyrkanos (p. 465). 
Le nom de ïTttîfir, c'est-à-dire Josia est transcrit par lui « Yaschia ». 
Il serait trop long ici d'entrer dans le détail de ses diverses expli- 
cations historiques de r Agada. 11 en est beaucoup qui ne sont que 
des interprétations forcées. 

M. GUster, de Londres, traite d'un midrasch très ancien, à en 
croire le titre de son article, écrit en anglais (p. 167-178) : « La plus 
ancienne version du Midrasch Meguilla, publiée pour la première 
fois d'après un manuscrit unique du x e siècle. » Cependant, la 
thèse que M. Gaster a essayé de démontrer dans son intro- 
duction, touchant la haute antiquité de cet unicum, n'est nulle- 
ment confirmée par le contenu de ce Midrasch qui s'étend seule- 
ment sur quelques versets du livre d'Esther (i, 1, 10, 12; ir, 5, 7, 
9; m, 1, 6, 7, 8, 9; iv, 4, 5, H; v, *, 7, 11 ; vi, 1, 2; vin, 16; 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ix, 19). Cette compilation est, au contraire, très récente, et il en 
existe plusieurs de ce genre sur Esther. M. Gaster croit que ce ms. 
est du x° ou même du ix e siècle, à cause du papier et des caractères. 
Mais ces raisous paléographiques ne sont pas suffisamment convain- 
cantes pour que nous reconnaissions à cet opuscule une origine 
aussi reculée, et M. Steinschneider paraît avoir raison en soutenant 
dans l'appendice, p. 610, que l'époque de sa composition est le xv a 
ou le xvr siècle. Comme caractéristique de notre compilation et en 
même temps comme argument décisif contre l'hypothèse de l'auteur 
relative à sa haute antiquité, rappelons qu'on n'y trouve mentionné 
aucun agadiste, qu'il soit tanna ou amora, et qu'on n'y rencontre 
qu'une fois (p. 177, l. 16) le nom d'un mystérieux fiûM f 1 (qu'il faut 
sans doute corriger en "p^ttiB '*)). Ce qui démontre que le compilateur 
n'était pas un savant, c'est sa façon de citer l'Agada d'Esther relatée 
dans le Talmud babylonien, qui est, du reste, sa source principale : 
*nm nbr»»a a^na (p. 474, l. 42), et tn^ nbs»a kw (p. 177, 1. 4). 
Par an» a nb^72, il entend le traité de Meguilla du Talmud. On peut 
encore se rendre compte du peu de précision avec lequel notre 
compilateur indique ses sources par sa façon de mentionner une pré- 
tendue Baraïta : wie ^na 1*^3 yv> Nbtti iy mniab d^M a*"n N^n 
1»!"J nviNb. Ce passage est tout simplement la, traduction hébraïque 
de ce que Rab a dit en araméen dans Meguilla, 11. Salomon ibn 
Parhon cite aussi des passages du Talmud babylonien qui n'éma- 
nent pas de Tannaïm par la formule *pn (voir Zeitschrift fur die 
alttestam. Wisssnschaft, IX e année, p. 40, note 1, et Revue, t. XXII, 
p. 40, note 3). Le manuscrit renferme encore quelques gloses per- 
sanes qui indiquent son lieu d'origine. La glose de la page 177, n. 9, 
n'est pas traduite exactement : Yia HDD nU5 "O fa -ana ï« signifie : 
« parce que c'était la nuit de Pâque ». 

Un Midrasch incontestablement ancien, sur un autre livre hagio- 
graphique, est étudié dans la dissertation anglaise de M. K. Kohler, 
de New -York : « Le Testament de Job, un midrasch essénien sur 
le livre de Job, publié pour la première fois et traduit avec une 
introduction et des notes explicatives » (p. 264-338). Cet apocryphe, 
paru pour la première fois dans la Scriylorum veterum nova col- 
lectio, d'Angelo Mai (1833), est ici plus facile à étudier, parce que 
l'éditeur en a numéroté les versets et l'a accompagné d'une tra- 
duction anglaise et d'une longue introduction. Le caractère juif et 
même essénien de ce remarquable apocryphe, qui se rattache, au 
point de vue littéraire, aux Testaments des patriarches et d'autres 
personnages bibliques, est mis en évidence par Kohler au moyen 
d'arguments difficilement contestables, quoique le rôle qu'y joue 
Satan rappelle quelque peu le diable des chrétiens ; il est vrai qu'il 
présente aussi de l'analogie avec le Samaël (batao) de l'antique lé- 
gende juive. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner minutieusement ce 
travail si important dans son ensemble et ses détails. Je me bornerai 
à quelques remarques. Que la légende racontant que Jonathan ben 



BIBLIOGRAPHIE 125 

Ouzziel a été empêché de traduire les Hagiographes {Meguîlla, 3 a) 
et la relation rapportant que Gamaliel I a caché un targoum de Job 
{Tosefta Sablât, ch. xiv, et Sablât, 415#) se rattachent l'une à l'autre 
(p. 266), c'est une supposition que j'ai émise également dans mon 
Agada der Tannaïten, I, p. 24. A la page 269, ligne 4 du bas, lire 
R. Abba au lieu de Rabba. R. iïliézer b. Hyrkanos (p. 27* ) et R. Jo- 
sua b. Lévi (p. 273) ne devraient, pas être désignés comme de saints 
esséniens. Le rapport que l'auteur établit entre an nia «abs, le nom 
du beau-père d'Akiba, et xo'Xtcw xévy, et la transcription de ce nom 
en Kolbo (p. 280) ne me semblent pas légitimes. La « ville d'or » que 
portait la femme d'Akiba ne peut pas être comparée à la couronne 
murale de Pallas Athéné (ibid.) ; c'était un bijou sur lequel était 
représentée la ville de Jérusalem et qui, pour cette raison, s'ap- 
pelait aussi NaïTH a^btfJrv {Nedarim, 50 a). P. 291, 1. 24, au lieu de 
« father of Abraham », lisez « brother of Abraham ». 

Une série d'études contenues dans notre recueil traitent de la lit- 
térature juive du moyen âge et nous font connaître un certain 
nombre de textes très précieux, publiés ici pour la première fois. 
M. A. Neubauer, d'Oxford, a fourni « quelques compositions liturgi- 
ques inédites attribuées au Gaon Saadia » (p. 388-3V5), et notamment : 
1° une poésie liturgique pour Hoschana rabba, d'après un Siddour 
du Yémen, avec la suscription : b'£T yvx* Frrôo "i^nmb "pttîs (les 
mots précédents DïTHN ïTiiWin. îiapn appartiennent au commence- 
ment de la première strophe après la suscription) ; 2° une poésie 
liturgique pour la fête de Schebouot, d'après un manuscrit de la 
Bodléienne provenant d'Egypte, avec la suscription *by msS3>b T70 

bî t]D"p p tron» *py b\a ywiw Tiaon sth*o i^mb mnairt nia* 
itb "ib (au lieu de l'incompréhensible T^btf), il y avait sans doute 
primitivement Nntt b»U5, terme qui était probablement expliqué en 
marge par les mots T^ biu ; la note marginale passa ensuite dans le 
texte; mon» Nn73 = amo, Sora). Le n° { a sûrement été attribué à 
tort au Gaon ; il ne se trouve pas non plus parmi les poésies de 
Hoschana de Saadia que Kohut a publiées et sur lesquelles M. Neu- 
bauer nous donne encore ici quelques notes. Le n° 2, au contraire, 
porte dans sa langue l'empreinte de Saadia et contient même la date 
de la composition dans ce vers (p. 394, 1. 4) : nren tTTOn ypb mw 
mN73 ïraittlDn, c'est-à-dire, comme M. Neubauer l'explique, 851 après 
la destruction du Temple. Le poème fut donc composé par Saadia en 
l'an 919, presque dix ans avant qu'il ne fût appelé d'Egypte à Sora. 
Cependant, tout le morceau liturgique, tel qu'il est reproduit ici, ne 
doit pas être considéré comme l'œuvre de Saadia. Il contient — ce qui 
paraît avoir échappé à l'attention de l'éditeur — deux passages inter- 
polés qui se distinguent, par le contenu et la langue, des parties au- 
thentiques du poème et qui interrompent la suite des strophes, assez 
artistement composées, du poème de Saadia. Ce poème se compose, 
en effet, de sept paragraphes formés de vers avec acrostiche et sui- 
vant l'ordre alphabétique direct et inverse. Par exemple, I, p. 392, 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1. 1-16, n^aa; il, 392, 1. 16 — 393, 1. 7, pnœn; III, 393, l. 7-11, l. 38- 

39, 394, 1. 1-6, rWN ; IV, 394, 1. 7-21, piWn ; V, 394, 1. Î7 - 395, 1. 3, 
Ti"3N; VI, 395, 1. 4-17, pnrari ; VII, 395, 1. 18-30, ^"dk. C'est donc 
exactement la forme d'acrostiche avec Tordre alphabétique direct et 
inverse que Saadia a employée dans son poème sur les 613 comman- 
dements ainsi que dans ses Azharot (voir Û">31N} iT "*Wn y^"p, éd. 
Roseuberg, Berlin 1856, p. 26-54; Zunz, Literaturgeschichte der syna- 
gogalen Poésie, p. 93, 95). Au milieu du troisième paragraphe, p. 393, 
1. 15-37, il y a dans notre édition une grande paraphrase, également 
alphabétique, des premiers mots du troisième commandement : Nb 
&ti) dn wan, contenant une glorification du nom de Dieu et de l'ac- 
tion que ce nom peut exercer. Ce morceau paraît aussi être ancien, 
et se rattache par son contenu aux idées mystiques de l'époque gao- 
nique sur le pouvoir miraculeux du nom de Dieu. La seconde inter- 
polation est de moindre importance (p. 394, 1. 22-26) ; c'est une para- 
phrase des mots de Jérémie, xlviii, 10, tn» nain 23"IE miN, qui sont 
interprétés comme une allusion allégorique aux devoirs conjugaux. 
Ce morceau se trouve à la fin du quatrième paragraphe, après les 
vers traitant du sixième commandement. Maint passage des textes 
édités aurait besoin de correction. P. 389, 1. 21, au lieu de tïttiîDto, 
lire ïïftlûhtt (= rimé) ; dans la transcription hébraïque de l'arabe, 
i£est souvent pour b. P. 390, 1. 15, au lieu de 1»3fc*, 1. YWHO. Ib., 
1. 24, au lieu de rn, lire fis. Ib.\ 1. 31, au lieu de tmpm, lire 
ûrmpm. Ib., 1. 32, au lieu de 12-nsT, lire vnst (et non -m-DT, 
comme on le corrige dans l'appendice, p. 613). P. 391, 1. 11, au lieu 
de 13WN3, lire "SEfiO. Ib., L 14, au lieu de ftëtt, lire Tin (à cause de la 
rime avec 1135). Ib., au lieu de "TOT -i«sb, lire n^sb pu: (également 
à cause de la rime avec *ins). Ib., 1. 18, au lieu de 13V, lire ">3iy. 
Ib., 1. 19, au lieu de ÏWltt, lire TWrn. Ibid., 1. 37, au lieu de 
irnsban, lire '■jmsbEa. P. 393, 1. 24, entre les mots hy nawn et fiWDn, 
quelques mois sont tombés et il est probable qu'il faut rétablir le 
texte ainsi Nttn [56]. [yp33 aoni ûMby *Dtt!T Ib.-, I. 31, au lieu de 
ûbim, lire ûb"W (=ûb«*j). P. 394, 1. 3, au lieu de nnn, lire rm. 
P. 395, l. 18, au lieu de nms "ob^N, il faut sans doute mettre *ib^ 
rrrûT 

M. Hermann Gollancz, de Londres, s'occupe (p. 186-197) d'une cu- 
riosité liturgique des Juifs du Yémen. Il donne une traduction an- 
glaise de la paraphrase araméenne deVAmida (les 18 bénédictions) 
éditée par M. Gaster dans la Momlsschrift, XXXIX, p. 84-90. Au sujet 
de p. 195, note 2, je remarquerai que ÏTViaa est une corruption de 

Les nouveaux extraits que M. Samuel Poznanski, de Berlin, a tirés 
du Kitâb-alanwâr walmarâqib de Qirqisâni (p. 435-456) sont pré- 
cieux. M. Poznanski nous donne ici une édition correcte (en carac- 
tères arabes) de deux importants chapitres (17 et 18) de la troisième 
partie (une polémique contre les partisans de la doctrine de la mé- 
tempsycose) et un chapitre de la cinquième partie (sur le sabbat) 






BIBLIOGRAPHIE 127 

du grand ouvrage de cet auteur caraïte, contemporain de Saadia, 
que M. Harkavy a eu le mérite de mettre, dans ces dernières années, 
au premier plan des études d'histoire littéraire. Le manuscrit d'où est 
tiré ce dernier chapitre est écrit en caractères arabes, sans excepter 
les mots hébreux et les citations bibliques, comme cela se rencontre 
fréquemment chez les Caraïtes. Dans le texte arabe, je n'ai trouvé que 
peu de fautes. P. 441, 1. 5 et 6, le teschdid surmontant le j dans iNnntt 
est à supprimer. P. 443, 1. 2 du bas, au lieu de TJNp, 1. imap (cf. 
p. 444, 1. 10). P. 444, 1. 46, le bmn du ms. a été changé inutilement 
en bifr^n, car WD3M nba b"nn donne un sens excellent : « La douleur 
conduit (ou arrive) finalement à un grand profit. » là., 1. 20, au lieu 
de -ilpi 1. ttTlpa (et non Tïp'' 1ÏT1 comme M. P. le propose). P. 449, 
dernière ligne, au lieu de 3>â«n, lire N2JSO. P. 454, 1. 7, au lieu de 
tin, lire 18*. P. 455, ligne 10, 'pttJB bcn aurait dû être écrit en hébreu, 
*p»*ï3 étant la désignation araméenne des accents. Ib., au lieu de 
no^b, l. ncnb. 

M. A. Hakkavy, de Saint-Pétersbourg, dans une courte étude écrite 
en hébreu (p. 244-247), donne quelques passages intéressants tirés 
de Saadia et d'un commentaire caraïte du Pentateuque, où il est fait 
mention des Khazars et de leurs croyances juives ; il a édité l'original 
arabe avec traduction hébraïque. P. 245, 1. 25, au lieu de nat"*, lire 
mr (comme 1. 13) Ib., 1. 25, au lieu de NHkpl, lire Kîlfiéfcpi. Ib., 1. 4 du 
bas, au lieu de f-KDan "rmb rmuînn n&t pn ntm, il est plus exact 
de traduire n"nb nmïïn ûN ^ ttaws ïi&m 

M. Friedla.nder, de Londres, a donné une traduction anglaise, 
avec notes, des paragraphes du Khozari (II, 67-80) de Juda Halévi 
traitant de la langue hébraïque et qui sont en partie assez difficiles 
(p. 439-151). Il est regrettable que, pour la traduction, l'auteur n'ait 
pas tenu compte de mon travail sur ce sujet, publié dans le huitième 
volume du journal Hebraïca paraissant à Chicago (p. 136-149) et des 
explications de J. et H. Derenbourg dans les 02)uscules, p. lxxxiii. 

M.KUrtwig Hirschfeld, de Ramsgate, a fourni une notice remar- 
quable sur un « commentaire arabe sur Esiher faussement attribué 
à Maïmonide » (p. 248-253), d'après l'édition de Livourne, 1759. Dire 
que ce livre n'est pas cité dans le Thésaurus de Benjacob est une er- 
reur, car il s'y trouve mentionné p. 461, n° 196. Comme spécimen de 
la langue, Hirschfeld donne « l'édit de Haman » dans l'original 
arabe, avec traduction allemande. Je ne sais pourquoi les mots 
Kann* ib# ûnim*nb (p. 252, 1. 3) sont traduits : « parce qu'ils ont 
fourni des avances a nos ennemis >. Le sens parait être plutôt : 
« parce qu'ils pèchent (agissent tortueusement) contre notre loi ». 
Il est faux de traduire "irrnm dfrto par Kalâm des sages (p. 249), 
car û&ÔD n'a pas ici le sens de « dogmatique théologique », mais 
correspond à l'hébreu û*naT ( par suite = îa^man nai ), comme 
on trouve fréquemment chez Aboulwalid b"WNba ûabD == "nm 
d^nmpt-ï. P. 251, 1. 16, au lieu de nnmNl, lire ûfinman. 

M. B. Felsenthal, de Chicago, traite d'un point de l'histoire de 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'exégèse biblique ; son étude est intitulée : Zur Erklàrung von Amos, 
6, 40 (p. 433-137). Le seul fait que nous puissions considérer comme 
solidement établi, c'est que les anciens auteurs exégétiques ont en- 
tendu C]"]D?2 dans le sens d'oncle, frère de la mère. Si Yéfét b. Ali 
emploie le mot dans ce sens et y ajoute même un féminin (tpOttîi na 
ÏYTV7ÎT1 THïl M nsiDEm), cela ne prouve pas que le sens de tpDE 
se soit conservé par une tradition lexicologique encore vivante, 
mais simplement que Yéfét, lui aussi, expliquait ainsi le mot dans 
Amos et l'employait en conséquence, comme cela se pratique pour 
d'autres Hapax legomena de la Bible. Un autre article de M. Felsen- 
tbal (p. 427-133, 4 37-138) plaide en faveur de la prononciation de 
« Kimchi » contre la prononciation de « Kamchi » avec un a, 
laquelle est attestée par des manuscrits. Qa'Immanuel Romi, au 
xm e siècle, prononçait déjà "M!»)?, M. F. le prouve par le fait que ce 
poète fait rimer ^fittp avec " , n^p\p. Elia Lévita ponctue expressément 
■»rnp(?. Si la prononciation avec i est donc différente de la prononcia- 
tion primitive, elle est en tout cas sanctionnée par une haute anti- 
quité, et il serait dommage d'y renoncer. 

M. S. ScHKriHTER, de Cambridge, nous fait connaître une intéres- 
sante compilation exégétique de l'école des Tossafistes (p. 485494) ; il 
nous apprend les noms des auteurs qui y sont mentionnés et en 
donne différents extraits d'après le ms. 641 de la Bibliothèque De 
Rossi à Parme. R. Nathanel, un disciple de R. Yehiel de Paris, se 
nomme comme l'auteur de cette compilation. L'ouvrage contient 
aussi beaucoup de passages d'ouvrages midraschiques qui ne se re- 
trouvent pas ailleurs. 

La description d'un autre manuscrit (n° 484) de la même Biblio- 
thèque (p. 601-604) est due à M. G. Taylor, de Cambridge. Ce manus- 
crit ne contient pas, comme on le croyait jusqu'à présent, un com- 
mentaire sur le traité d'Abot par Meschoullam b. Kalonyinos de Rome, 
mais une version plus étendue du commentaire attribué à Raschi 
sur Abot, i-v, avec quelques autres fragments-; un de ces fragments 
contient l'explication dudit Meschoullam sur Abot, ni, 19 et 20. 

M. Schreiner, de Berlin, dans ses Beitràge zur Geschichte der Bibel 
in der arabischen Literatur (p. 495-513), publie des textes arabes très 
intéressants : 1° une traduction de Deutéronome, xxxn, 1-43, d'après 
le Kitâb-al-milal wal-nihal d'Ibn Hazm (xi e siècle), qui est sûrement 
d'origine juive et qui serre le texte de beaucoup plus près que la 
traduction de Saadia ; 2° un fragment assez étendu du Kitâb aHâm 
al-nubuww d'Al-Mâwerdi, où se trouvent beaucoup de passages bi- 
bliques traduits en arabe qui furent appliqués par les auteurs maho- 
métans à Mahomet et à l'Islam. Ce sont les passages suivants de la 
Bible : Genèse, xvi, 8-12; xvn, 20; Deut., xvni, 47-49; xxxni, 2-3; 
Isaïe, i.x, 1-7 ; xxi, 6-9 ; xxxv, 4-2 ; ix, 5 ; xl, 3-5; xlii, 41-13 ; xli, 
47-20; Joël, n, 2-5 et 10-41 ; Obadia, i, 3 et i,5; Michée, v, 2-3 ; Habac, 
m, 3-7 et 43-14; Ezéch , xix, 40-14; Soph., ni, 8-40; Zach., iv, 4-6; 
Daniel, vu, 4 3-15; vin, 44, 23; ni, 4-47; Psaumes, gxlix, 4-8; l, 2; 



BIBLIOGRAPHIE 129 

lxxii, 8-15 ; ix, 21. M. Schreiaer a négligé de désigner ce dernier pas- 
sage des Psaumes. On trouve ici la même interprétation des mots 
un? ïma 'n ïimiB que chez Ibn Kouteiba (ÏTYW3, maître, naobfit b*fi«)- 
Voir Zeitschrift fur die alttestam. Wissemchaft, XV e année, p. 310 et 
312. Dans l'introduction des passages édités, M. Schreiner a aussi 
omis de relever la division originale des chapitres des livres bibli- 
ques qu'on peut observer dans les citations bibliques de Mawerdi. 
C'est ainsi, par exemple, que le chapitre xvi de la Genèse est dési- 
gné comme le chapitre vu (biNba nDObiS \)2 ynNDba bssbtf), les cha- 
pitres xvin et xxxrn du Deutéronome comme xi et xx. Dans Isaïe, 
le chap. xxxv est appelé le chap. xvi, le chap. xl est désigné 
comme le xvn% et les chap. xli et xlii le xx e , le chap. lx le xxn e . 
Cette division se trouve déjà chez Fahr al-dîn Râzi (xn° siècle), mais 
celui-ci cite le chap. xvi de la Genèse comme le ix e (2Dtfn est donc 
une corruption de J>3ND ou inversement) et le chap. xxxm du Deuté- 
ronome comme le xx e (voir Schreiner, dans Z. D. M. G., XLII, 645). 
Ceci offre d'autant plus d'intérêt que chez les Juifs, avant qu'ils 
n'eussent adopté la division des chapitres telle qu'elle existe dans la 
Vulgate, les chapitres de la Bible n'étaient pas numérotés ; donc le 
numérotage employé par les auteurs mahométans, s'il est d'origine 
juive ainsi que la traduction biblique, serait le premier en date en 
ce genre. Il est à regretter que M. Schreiner n'ait pas traduit les 
textes qu'il a édités, pour les rendre accessibles aux non ara- 
bisants. Dans le n° 1, contenant la traduction de Deut., xxxn, il 
y a des lacunes qui n'ont pas été relevées. C'est ainsi que dans le 
verset 24, il manque la traduction de ^112 n*jpi ; dans le verset 
31, celle de ircn'lN; dans le verset 32, celle de U5"n ^2 TaTMJ; dans 
le verset 42, celle de la seconde partie du verset. Dans le verset 39, 
"n^sn (= icn) est imprimé deux fois. Dans le verset 42, "plDONbi 
(= TDittN) est corrigé inutilement en pOSNÎft. P. 505, 1. 13, INI"» ïlEtt 
(Isaïe, xxxv, 2) est traduit par ^TOI. M. Schreiner fait à ce sujet la 
singulière remarque que j^Oï répond au mot du texte *ji"it)m et 
renvoie aux Septante où 'j'ntfjm est traduit par xal ô ^adç pou dtyexat; 
par suite, au lieu de yntûm, la traduction fait supposer "pitt^ (de 
"ÎOT, voir). Mais, en réalité, dans les Septante, It-udîti n'est pas du 
tout traduit, et ô^etai est la traduction de "i&m. Cette erreur de 
M. Schreiner est d'autant plus étrange que dans notre traduction 
arabe, ivniîîn est traduit par yaonban « les champs, les prés ». Saa- 
dia traduit aussi 1"H1I5, non comme un nom propre, mais comme un 
substantif ayant le sens de bïio, « plaine ». (Cf. Aboulwalid, Diction- 
naire des racines, art. mtû). P. 511, 1. 12, au lieu de attt, lire an* 
P. 512, 1. 12, au lieu de onba* bntf, lire cnpba* bna* « les gens de Jéru- 
salem ». Ib., 1. 11, ÉWn p fiOttlN doit être corrigé en p ïm3T 
TO"D. Le même prophète est appelé, p. 509, 1. 2 du bas, awP'prp'-OT. 
MW est une corruption, facile à comprendre, de ïTO-n, car dans 
l'écriture arabe, si les points diacritiques sont omis, les deux mots 
se ressemblent beaucoup. P. 512, 1. 12, il ne s'agit pas de Jérémie 
T. XXXV, n° 69. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mais de Zacharie, comme cela ressort de l'indication du contenu 
du fragment, que l'auteur n'a malheureusement pas donné (rmnbN> 
1. 13 = etc.) : « après que les gens de Jérusalem eurent tué leur 
prophète » semble, en effet, se rapporter à Zach., xn, 10. Comme 
curiosité, je citerai encore le passage de la p. 506, ligne 6, où il est 
dit qu'Isaïe, xlii, 11-13, est mentionné dans « le psaume gliii de 
David ». Il semble qu'on a voulu parler de ce faux psautier maho- 
métan (msïbN) qui se compose de 150 Sura et est une imitation du 
Coran (voir Goldziher, Z. D. M. #., XXXII, p. 351). 

Le même genre de sujet que traite M. Schreiner est étudié dans le 
travail, écrit en anglais, de M. J. de Goeje, de Leyde, qui s'oc- 
cupe des citations bibliques dans le Coran et dans la tradition 
(p. 179-185). M. de Goeje publie aussi dans l'original et avec la 
traduction, d'après un écrit de Zamakhschari, une tradition, iné- 
dite jusqu'ici, de Mahomet rapportant à lui-même une prophétie 
d'Isaïe. Cette prophétie a pris pour base, en les interprétant très 
librement, des éléments du chap. xlii d'Isaïe (p. 184, 1. 24, il y a 
par erreur le chap. 62, au lieu de 42), tirés non seulement des ver- 
sets 2 et 3, mais aussi des versets 1 et 19. M. de Goeje déduit de la 
manière dont le Coran et la tradition citent le contenu des pas- 
sages bibliques qu'à l'époque du fondateur études pères de l'Islam, il 
n'existait pas de traduction arabe de la Bible. 

M. D. S. Margoliouth, d'Oxford, traite de la traduction arabe de 
la Rhétorique d'Aristote d'après un vieux manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale de Paris, datant de Tau 1027 (p. 367-387). Cette 
traduction, faite d'après une traduction syriaque de l'original grec, 
peut servir, comme le prouve l'auteur, à établir la leçon exacte de 
beaucoup de passages douteux de l'original. 

M. Steinsghneider, de Berlin, a apporté une contribution à l'his- 
toire générale de la littérature. Son étude intitulée Lapidarien est 
présentée comme un essai d'histoire de la civilisation (p. 42-71). Dans 
un chapitre d'introduction, M. St. indique le développement^ la ten- 
dance et les sources de la littérature du moyen âge relative aux 
pierres précieuses et il énumère ensuite ces travaux littéraires eux- 
mêmes, savoir : 1° les écrits arabes ; 2° les écrits européens ; 3° les 
écrits hébreux. Deux appendices énumèrent les écrits sur les douze 
pierres précieuses du pectoral et des « traités généraux », particu- 
lièrement ceux de F. de Mély. Un troisième appendice douue des 
extraits de Lapidaria hébreux et arabes. A propos de ces extraits, 
j'indique les corrections suivantes : P. 68, 1. 17, lire fcôtf, au lieu de 
Nb; p. 69, 1. 4, lire DTiN, au lieu de dTlN; p. 70, 1. 3, au lieu de 
arpiDDD-nD, il faut sans doute lire W^aasilB, la pierre serpentine ; ib., 
1. 10, lire ÏTjpp, au lieu de ïlUïp; iJ., 1. 16, lire msnum (Exode, 
xxviii, 20), au lieu de mwa'n ; ib , lire f|r03, au lieu de rpD3 ; ib., 
1. 15, il faut sans doute corriger VTO en WVD [UW mD^bp ï*3Di 
comme des gousses d'ail). 
L'étude de M. F. Max Mùllek, d'Oxford (p. 4-41), forme un impor- 



BIBLIOGRAPHIE 131 

tant chapitre de l'histoire des religions. Elle traite « d'anciennes 
prières »,en caractérisant la signification religieuse des prières dans 
les diverses religions anciennes et en illustrant les idées émises par 
des exemples. La prière, telle qu'elle se trouve dans les Psaumes, 
n'est mentionnée que brièvement, mais elle est déclarée supérieure à 
toutes les autres. Les paroles du célèbre savant méritent d'être repro- 
duites ici : « Après avoir lu les hymnes et les prières d'autres reli- 
gions, dit-il (p. 40), aucun juge impartial ne voudra nier que les 
psaumes hébreux sont uniques eutre toutes les prières, à cause de 
leur simplicité, de leur puissance et de la majesté de leur langage, 
quoique la collection des psaumes, comme toute collection de prières, 
contienne bien des choses que nous voudrions volontiers en retran- 
cher. » A propos de l'idée effleurée p. 38, 1. 9, je rappellerai les paroles 
de l'amora Yohanan : « Plût à Dieu que l'homme pût prier toute la 
journée, car la prière ne nuit jamais t> (Voir Agada der palastin. Amo- 
râer I, 244). Au sujet de la page 3, il faut remarquer que les Psaumes 
ne s'appellent pas seulement « Tehillim », mais aussi « Tefillot ». 
Voir Ps. lxxit, fin. 

La notice de M. H. Steinthal, de Berlin, sur « le caractère des Sé- 
mites » (p. 557-559) forme, en quelque sorte, un commentaire du titre 
de notre recueil. Elle rappelle les contradictions entre les diverses 
tentatives pour déterminer ce caractère et arrive à cette conclusion 
qu'il est impossible d'établir une caractéristique de la race sémi- 
tique qui ne soulève pas d'objections et soit applicable aux diverses 
nations désignées comme sémites. 

L'histoire des Juifs n'a fourni de sujet qu'à trois études. M. Th. Rei- 
kach, de Paris, explique avec beaucoup de sagacité un passage de 
Solin sur la destruction de Jéricho à l'époque d'Artaxerxès (p. 457- 
462). Il rend plausible l'opinion que cet Artaxerxès ne désigne 
pas un Achéménide, mais le fondateur de la dynastie des Sassa- 
nides, et que par la « guerre d'Artaxerxès » (Artaxerxis bello), il 
faut entendre la lutte entre ce souverain et l'empereur Alexandre 
Sévère. 

M. Gustave Oppert, de Berlin, s'occupe des colonies juives de 
l'Inde (p. 396-419), exposant l'histoire de ces colonies d'après la litté- 
rature et relatant d'une manière très intéressante leur état actuel 
d'après ses propres constatations. 

M. Georgk-Alexandre Kohut, de New- York, éditeur de ce recueil, 
a ajouté un supplément important à l'étude de M. Oppert. Il publie 
et examine la correspondance entre les Juifs de Malabar et ceux 
de New- York, à la fin du xvine siècle (p. 420-434), en rapportant 
aussi d'autres informations sur les Juifs indiens. M. Kohut, qui 
est au début de sa carrière scientifique, a encore fourni d'autres élé- 
ments très utiles à cet ouvrage, qui a été mené à bonne fin, grâce au 
sentiment de piété filiale qui l'animait envers la mémoire de son 
père; il a donné une preuve de sa grande érudition, en ajoutant une 
foule de renseignements bibliographiques et autres à certains tra- 



132 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vaux ou en les réunissant dans l'appendice qu'il a placé à la fin du 
volume. Outre la dédicace enthousiaste à la mémoire de son père, 
il a mis en tête de l'ouvrage une préface assez longue (p. v-xn) où 
nous apprenons le fait malencontreux de la perte d'un article envoyé 
par M. Jules Oppert, de Paris, et intitulé : Une convention commer- 
ciale de ï époque d'Abraham. La vie du savant au mérite scientifique 
duquel ce beau monument a été érigé, est décrite jusqu'en ses dé- 
tails intimes dans le Charakterbili de M. Adolphe Kohut, de Berlin, 
biographie qui suit la préface (p. xvn-xxxv). Les exagérations qu'on 
y trouve doivent être attribuées à l'affection fraternelle. Mais, dans 
ce récit, nous retrouvons les traits caractéristiques de l'activité 
scientifique d'Alexandre Kohut : un effort infatigable, que nulle dif- 
ficulté ne peut arrêter, pour atteindre le but poursuivi, une ambition 
ardente unie à une rare force de travail, qu'il n'a cessé d'exercer 
depuis la plus tendre jeunesse. Il n'a pas atteint un âge avancé, 
mais la somme de ses travaux est aussi grande que s'il avait vécu 
de longues années. Son portrait, admirablement exécuté , qui se 
trouve à la tête du livre, met aussi les traits de son visage sous les 
yeux des lecteurs de ce volume, dont l'aspect extérieur est égale- 
ment fort bien soigné et qui n'a d'autre défaut qu'un peu de négli- 
gence dans les corrections. Répétons qu'en- publiant ce volume, 
le fils n'a pas seulement rendu hommage à la mémoire de son père, 
mais a aussi rendu service à la science. 

Budapest, mars 1897. 

W. Bâcher 



D. C. Hesseling. L.es cinq livres de la loi (le l'en ta touque) . Tra- 
duction en néo-grec, publiée en caractères hébraïques, à Constanlinople, eu 1547, 
transcrite et accompagnée d'une introduction, d'un glossaire et d'un fac-similé. 



Il y a sept ans, j'ai essayé, par deux études publiées presque en 
même temps dans la Revue des Etuies Juives (tome XXII, p. 250 et 
suiv.) et dans la Revue des Etuies Grecques (tome III, p. 288-308), de 
faire connaître, avec quelques détails, l'existence d'une version grec- 
que du Pentateuque, éditée en caractères hébraïques, à Gonstanti- 
nople, l'an 1547, dont Wolf, dans sa Bibliolheca Hebraea, II, p. 355, et 
M. Emile Legrand, dans sa Bibliographie Hellénique, II, p. xx, avaient 
ait une courte mention et donné un petit spécimen. 

J'aurais désiré préparer une édition complète de ce texte intéres- 
sant ; mais les circonstances défavorables où je me trouve placé à 



BIBLIOGRAPHIE 133 

Corfou, loin des bibliothèques et des grands centres d'études, n'ont 
pas permis l'accomplissement de ce projet. 

Un de mes confrères, le D r D. G. Hesseling, de Hollande, a été plus 
heureux que moi. Sa transcription, commencée sur l'exemplaire de la 
bibliothèque du séminaire israélite de Breslau, achevée sur celui de 
Paris, a paru au commencement de cette année en un gros volume 
de lxiv-443 pages, imprimé à Leyde chez M. L. Van Nifterik. 

J'ai ouvert cette publication avec une impatiente curiosité ; je l'ai 
fermée avec un certain sentiment de déception que je vais essayer de 
justifier. 

Pour étudier avec succès le Pentateuque néo-grec de Constanti- 
nople, il faut à la fois posséder à fond la langue de l'original et le 
grec, non seulement en théorie, mais tel aussi qu'il est parlé aujour- 
d'hui en Grèce. Maints phénomènes particuliers à ce monument ne 
trouvent leur explication que dans la comparaison soigneuse et intel- 
ligente du texte hébraïque. On se trouve parfois en présence de cer- 
tains faits gui ressemblent à des énigmes et a des jeux de mots, que 
seul peut déchiffrer ou saisir celui qui connaît la langue où ils sont 
proposés. Pour ce qui est du grec, il faut noter qu'en dehors de cer- 
tains faits de morphologie et de syntaxe non encore envisagés par 
la science, il y a dans notre texte des particularités graphico-phoné- 
tiques qui sont dues à l'impossibilité, pour l'alphabet et le système 
vocal de l'hébreu, de reproduire d'une façon sûre et exacte les diffé- 
rents sons du grec. Très souvent il faut suppléer à ce défaut par la 
connaissance de la prononciation vivante, ne perdant jamais de vue 
qu'entre le traducteur de Gonstantinople et ses lecteurs contempo- 
rains il existait une espèce de convention tacite, grâce à laquelle ces 
derniers se contentaient d'une représentation approximative, toutes 
les fois qu'elle était imposée par la nécessité. 



Une condition indispensable pour ramener à l'aspect scriptural de 
sa propre langue un texte transmis en caractères d'une langue diffé- 
rente, c'est de savoir lire dans cette dernière sans aucune défaillance. 
Si l'on découvrait une inscription grecque de l'époque ptolémaïque, 
gravée avec les signes de l'alphabet hiératique, la personne la mieux 
qualifiée pour la déchiffrer serait sans conteste un égyptologue, mais 
un égyptologue qui pût aller vers son but sans trébucher et avec 
une confiance bien fondée en lui-même, qui sût en même temps se 
rendre le compte voulu de la quasi-impossibilité d'exprimer dans une 
langue étrangère les nuances phonétiques particulières à la langue de 
l'original, qui à la science grammaticale joignit la pratique nécessaire. 
L'éditeur hollandais a-t-il su satisfaire à cette condition pour le texte 
gréco-hébraïque de Gonstantinople? On peut répondre à la question 



13'i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

au moyen d'une inspection des noms propres contenus dans le volume. 
Dans son introduction, il nous dit, d'une façon catégorique, 
avoir voulu rigoureusement conserver à ces noms leur forme 
hébraïque, et pourtant il y en a qui sont absolument impossibles 
à reconnaître, tant ils sont altérés et ne correspondent pas à la 
prononciation, quel que soit le système qu'on veuille adopter. 
M. H. fait sonores bon nombre de Ni6 muets, et vice-versa, en 
nous donnant, par exemple, d'abord Maakaktsk et Mettais* (bïibbrro 
bNttïaiT»), et puis NipepoS, Sivea6, 6t8eaX, Majxepe (b^in ,3Npb ^i'TOi 
5n?p73j. D'une manière géuérale, il avale le deuxième e des mots vo- 
calises par deux biao, et dit, par conséquent, leifO, neXy et nepÇ pour 

ns, sbs, ns\ Le nom "DvD^ devient, dans les trois premiers livres, 
S V T T V V * T T • * ' 

Iaacxap. Le D est toujours rendu par K, surtout lorsqu'il est sans 
voyelle sonore : Xavox, Epx, Bexp (il y a une triple faute dans ce nom) 
pour n^ïi, ^pN, "îjisn. Par une absorption que rien ne justifie, Ù^lb 
devient \tfoy., et puis, par un écart de la règle qu'il s'est lui-même 
imposée, l'éditeur écrit Necp8a\i et quelques autres noms d'après la 
version des Septante. Il est évident qu'une telle infidélité de repro- 
duction appliquée à la partie grecque du texte, et particulièrement 
à des formes qui sont ou inconnues par d'autres monuments ou sus- 
ceptibles de contestation, peut égarer les philologues et amener à des 
conclusions erronées. Nous allons voir que M. Hesseling en a été la 
première victime. 

Tout le monde sait que les Juifs espagnols ne font aucune distinc- 
tion dans la manière de prononcer le n avec ou sans daguesch. La 
première couche des Israélites de Gorfou, tout comme leurs core- 
ligionnaires de Janina et d'Arta, discernait entre la spirante et la 
sourde — les anciens monuments gréco-hébraïques sont là pour 
nous le prouver ; — mais quand l'Inquisition jeta sur cette île, d'a- 
bord directement, en 1492, et ensuite par la voie des Pouilles, en 
1540, de nouvelles couches considérables d'Israélites espagnols, 
ceux-ci parvinrent à faire disparaître parmi les- anciens habitants, 
la distinction de son, pratiquée jusqu'alors. Aujourd'hui on pro- 
nonce toujours T ; une exception doit être faite pour ceux qui, déjà 
adultes, sont récemment venus de l'Epire s'établir dans l'île, mais 
leurs enfants, instruits dans les écoles entretenues par les Sephardim, 
se sont conformés à la manière commune de prononcer cette dentale. 
De sorte qu'il y a aujourd'hui dans une même famille de pareille pro- 
venance des individus appartenant à deux générations différentes qui 
prononcent de deux façons diverses la même lettre. Un changement 
semblable doit s'être lentement produit à Gonstantinople lors de l'af- 
fluence, dans les provinces ottomanes, des proscrits de Ferdinand- 
le-Catholique ; mais les Israélites d'origine grecque tinrent ferme 
quelque temps et nous voyons que dans la généralité des cas le texte 
de Constantinople offre un n sans daguesch (quelquefois avec, par 
simple mégarde) pour le 8, et un a pour le T. Mais déjà le séphar- 
disme — qu'on me passe le mot — se fait jour, et soit que l'ouvrier 



BIBLIOGRAPHIE 135 

hébréo-grec se soit laissé entraîner par l'exemple des personnes qui 
l'environnaient, soit que la composition même de la partie grecque 
ait été confiée à un imprimeur d'origine espagnole, probablement 
un membre de la famille d'Eliézer Soncino ', le fait est que par- 
fois on trouve le n employé à la place du tt. C'est ce qui induit en 
erreur M. Hesseliug ; car aux pages vi et xlvi de son Introduction, 
il preud des mots comme i*oua8dxi et ISoncaveuOïiv pour des preuves sé- 
rieuses que le traducteur de Constantinople possédait la connaissance 
du grec littéraire. Si cela est vrai ou non, on le verra dans la suite de 
cette étude, mais, en attendant, je pense que M. Hesseling lui-même 
voudra accepter l'explication que je viens de donner de cette confu- 
sion du n avec le C3, d'autant plus que la première des deux formes 
citées ne saurait rien prouver, puisque les anciens n'ont jamais dit 
ou écrit ywsOaxeç, m ais bien tuirraxeç. Il en est de même de la forme 
<iuXid)(pL. Où notre traducteur l'aurait-il pu emprunter, si les Grecs 
de tous les temps ont dit 4>iXwxaïoi avec un T ? Il est également impos- 
sible que les Israélites de Constantinople, si insoucieux de gréciser les 
noms propres, aient préféré à NacptaM la forme Necp8a>>(, qui n'est même 
pas toujours justifiée par le texte gréco-hébraïque, et qui, en tout 
cas, ne peut être expliquée que par ce système de convention men- 
tionné au début de notre article. En acceptant mon avis, on peut se 
débarrasser de tous les doutes et de tout l'étonnement occasionnés 
par les formes, autrement inexplicables, 8éXeio<;, 8e7vetcàvu>, ÇeGtXtioàvto, 
ôtxaflécffipeiç, ekoai 8é<j<repeç, signalées p. xxxvn de l'Introduction, et ra- 
mener a la règle générale le mot Tdtyeio de la Gen., xxm, 4, auquel il 
faut aussi conserver le p^tû donné par le texte imprimé (ôiaxpdtttj^ 
•dUpeiou) 2 . 

Passons maintenant au deuxième point sur lequel s'appuie la 
thèse de M. Hesseling. C'est l'emploi fait par notre traducteur de la 
préposition ptxd. Envisageons le sort de cette particule. Elle est, avec 
xorcd, dont le sens et la syntaxe ont été également détournés, la 
seule préposition en «cfc de la langue classique. Nous la trouvons 
figée dans la locution \isxayapâç, et en état de composition changée en 
jtaTd et indiquant la répétition ({lataxdvw = refaire, (israXéo) = redire). 
Devant les pronoms qui commencent par une voyelle, on la voit 

1 M. Leonello Modona, dans la Revue des Etudes juives, tome XXIII, p. 135, me 
reproche d'avoir pris la formule bien connue "i!D"3 P°ur un nom propre. Je n'y avais 
pas pensé du tout; cette formule est toujours vivante dans plusieurs communautés 
israélites, et si je ne l'ai pas expliquée, c'est que je la croyais générale parmi les 
Juifs. Quant à son reproche de n'avoir pas fait mention de lui au sujet du Jonas, 
qu'il se rappelle que je n'ai parlé de ce texte que très brièvement dans « Deux ver- 
sions peu connues du Pentateuque, etc. » . 

* L'orthographe UîirD, qui d'ailleurs n'est pas constante, s'explique tout à fait de 
la même façon. La forme xaôtoç, adoptée par M. Hesseling, n*est pas destinée à 
trouver du crédit auprès des philologues. Il cite à l'appui de son innovation la re- 
marque de M. Psichari dans la Revue des Etudes grecques, l, p. 206. Mais M. Psichari 
n'y fait que la simple observation que xa6w; est entré dans le parler populaire par 
l'influence des savants, sans aucune allusion à des changements phonétiques. 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

encore se conserver presque intacte, tantôt produisant l'absorption du 
son qui vient après (jutèi ixâç= pe-rit éjiSç), tantôt laissant sa voyelle 
finale s'élider devant l'initiale du mot suivant ({!«' êjiaç). Gomme 
toutes les autres prépositions ou locutions-prépositions, elle régit 
désormais l'accusatif, et, déchue de ses autres significations de 
entre, après, elle n'indique plus que la compagnie. Avec les noms, 
elle a été le plus endommagée : privée de la voyelle finale, elle a dû 
subir le puissant choc des consonnes, notamment du t de l'ar- 
ticle, contre lequel elle venait se heurter, et a fini par perdre 1er. 
C'est ainsi que, après \lït tov àOpwiro, \àx tyi yuvaîxa, on se trouva en 
présence de pfe t6v iftpuiro, \ù. r^ yuvaïxa, et, plus tard, de \& xdxo, jil 
iciari), \& dftpwico, etc. Toutefois cet élément caduc se trouve bien pro- 
tégé devant les pronoms, et il se perpétue jusqu'à nos jours, de 
sorte qu'on dit encore dans plusieurs régions de Grèce net* èxeîvove, 
jut' aùTouvoùç. Mais tandis que cette préposition se débattait ainsi, le 
peuple perdait la conscience de l'origine de cette syllabe xa ou de ce 
débris de syllabe, et l'appliquait par analogie à d'autres préposi- 
tions, qui primitivement en étaient tout à fait dépourvues; c'est 
alors que surgirent les nouvelles formes àvmh (dont les exemples 
foisonnent dans le texte de Gonstantinople), et ytaT(= ytàt = 8tfc), qui 
vit toujours dans les combinaisons ria-r' èjxéVa, yiar' aùxb*, etc. Per- 
sonne ne se rendait compte de cet élément intrus ou présumé tel ; 
notre anonyme se trouvait dans la même ignorance que le commun 
du peuple, et cette ignorance devenait pour lui un véritable embar- 
ras par la nécessité où il se trouvait d'écrire ces combinaisons bi- 
zarres. Nous le voyons, en effet, tâtonner au milieu de la plus grande 
incertitude. S'il avait connu, même par une étude rudimentaire de 
la littérature grecque, la prépostion \iexh et les légères transformations 
auxquelles elle était sujette dans la langue classique, il aurait vite 
pris son parti, en adoptant l'orthographe N^" 1 ^) {\t-txh) pour la repré- 
sentation intégrale du mot et tPTZ i\itx) dans les cas d'élision. Car, 
par-dessus tout, c'aurait été pour lui une grande facilité toutes les 
fois qu'il se serait trouvé au bout de la ligne, où, par imitation de 
la coutume hébraïque, il n'a jamais recours à la séparation syl- 
labique des mots. Mais c'est le contraire qui se passe; nous le sur- 
prenons justement entre deux lignes à adopter tantôt l'orthographe 
{AeTàt <rèv, tantôt jié Taafcv. Il serait superflu de s'étendre encore davan- 
tage et de multiplier les exemples dans un recueil comme celui-ci, 
pour résoudre la question contre la thèse soutenue par l'helléniste 
hollandais. Les deux exemples cités sont plus que suffisants; dans 
la marge de l'exemplaire qui m'a servi à faire la collation, j'ai soi- 
gneusement noté les leçons offertes dans tous les cas de combi- 
naisons pareilles, et pas une seule n'a pu faire naître en moi l'opi- 
nion que le traducteur anonyme connût l'existence de [itxi comme 
préposition indépendante. Du reste, il ne l'emploie jamais devant 
un nom. 
D'autres preuves pourraient être citées à l'appui de cette thèse : 



BIBLIOGRAPHIE 137 

par exemple, la séparatiou entre deux lignes de xaXd e«*p^, <rcpoç 
fopd et autres cas semblables, mais ils n'ont qu'une importance illu- 
soire. Cette séparation est déterminée par l'influence de l'hébreu, 
comme dans le premier de ces exemples (= "iNii rȣP),ou par la trans- 
parence frappante des éléments constitutifs (icpèç çopfc), dont même 
les personnes non cultivées peuvent facilement se rendre compte 
par intuition. On ne dirait certainement pas d'un paysan de France, 
ignorant mais intelligent, qui analyse le mot entrevue, ou d'un Alle- 
mand des mêmes conditions qui explique que Nachmittag est formé 
de Nach et Mittag, qu'ils ont fait des études grammaticales. Ces 
braves gens feraient de l'étymologie sans même se douter que cette 
science existe. 

Mais a-t-on besoin d'autres preuves que notre Gonstantinopolitain 
n'avait jamais lu un livre grec? Que l'on considère comment il rend 
certains mots, dont les connaisseurs les plus superficiels du grec 
devaient savoir les équivalents en cet idiome. Croyez-vous que s'il 
avait lu, par exemple, — et il ne l'aurait sans doute pas négligé, s'il 
avait su le grec — un livre d'Histoire Sainte, il n'y eût trouvé les 
mots Aî «ptAal toû 'IcrpatiX, ai ôéxa Tck^-faX toû 4>apa(â, àyiica tèvitXTjfftov aou, qui 
sont d'un usage si courant, et que, les sachant, il ne s'en fût servi 
pour traduire bgryb? igfltp ,m'biwi nl3£!n ,ïji£3 ïg^îj rnriNn ? 
Que fait-il au contraire? — Il dit constamment, au risque d'agacer 
le lecteur, accoutumé aux livres composés par des Grecs, ôapjwrt (frap- 
pements) pour ic^yaf (plaies), axTJçTpa (sceptres) pour vukzl (tribus), 
t6 aii(v)Tpofo (le compagnon) pour tôv Tr^ufo (le prochain, le semblable). 

Je ne m'attarderai pas longtemps à traiter la question de savoir si 
notre traduction était destinée à un usage liturgique ou si elle ne 
répondait qu'à un besoin scolaire. Le manque de témoignages di- 
rects nous empêche de la résoudre d'une façon définitive. J'insiste 
pourtant sur mon avis, que, sinon pendant la lecture solennelle de 
la Bible, au moins à l'heure du service du midi ou plus tard, on aura 
pu lire dans les synagogues grecques de Constantinople la section 
sabbatique dans la version vulgaire. Cet usage s'est conservé jusqu'à 
nos jours dans l'orient grec et ottoman ; on y lit encore la version 
de Ruth, des Pirkè Âbot, des Lamentations, du commentaire allégorique 
du Cantique des Cantiques 1 , et de certaines Haftarot; celle de Jonas, 

1 Ces commentaires sont connus sous la dénomination italienne dichiarata 
(NI3N"l!S' 1 ^'7), dans un manuscrit de la Bodléïenne que nous allons citer. Derniè- 
rement, les Israélites d'Arta qu'on trouve réfugiés à Corfou à causé de la guerre, 
l'ont récitée dans une synagogue. Mais la dichiarata n'était pas toujours en langue 
vulgaire. Dans une très courte excursion que nous venons de faire à Oxford, M. Neu- 
bauer nous a montré, entre autres, un manuscrit hébraïque de Salonique, qui conte- 
nait une dichiarata en hébreu des Pirkè Abot, peut-être inédite jusqu'ici. Le même 
volume renferme une espèce de poème éthico-religieux, qui est très intéressant à un 
double point de vue, d'abord parce qu'il est une espèce d'adaptation du poème de 
Spanéas, et, en deuxième lieu, parce qu'il nous montre à quel degré les Juifs étaient 
maîtres de la langue grecque. C'est une chose que nous pouvons voir ici, dans 
une composition libre et dérivée de l'inspiration, mieux que dans la traduction 



138 REVUE DES ETUDES JUIVES 

notamment, se trouve incorporée dans le formulaire des prières dans 
deux manuscrits de Bologne et d'Oxford. Et ces versions vulgaires, 
on ne se bornait pas à les lire, on les chantait aussi d'après les 
notes musicales du texte hébraïque, l'usage en étant transmis de la 
plus haute antiquité, si l'on doit en juger par une fort belle édition 
sur vélin, faite à Lisbonne, en 1492, du Pentateuque avec la 'ver- 
sion d'Onkelos, imprimée elle-même avec les accents, édition dont 
j'ai vu un exemplaire dans la bibliothèque privée de M. Gaster, 
Hacham de la communauté portugaise de Londres. 

Notre version grecque, au contraire, est extrêmement pauvre en 
signes de ponctuation ; elle ne marque que la fin des versets, et le 
lecteur en est réduit à recourir au texte original pour s'aider à faire 
les poses d'une façon convenable, et pour saisir le sens des 
phrases. M. Hesseling ne devait pas négliger cette partie importante 
delà besogne; on ne peut pas dire qu'il s'en soit bien acquitté. 
Il y a très peu de chapitres, dans son livre, où des passages nom- 
breux n'aient été défigurés par la collocation erronée des virgules 
et des points ; dans quelques-uns, le sens est impossible à saisir, 
dans d'autres, la ponctuation a une influence préjudiciable sur la 
transcription, occasionnant, pour n'en citer qu'un seul exemple, la 
substitution du masculin pluriel (aùroV) au féminin singulier (ait^) et 
vice-versa. 

A côté de ces erreurs tout à fait matérielles, le texte original pour- 
rait servir à éviter une foule inuombrable de doutes et de fautes, 
dus à la mauvaise exécution typographique de l'ouvrage constanti- 
nopolitain. Toutes le fois qu'on ne sait décider si le compositeur, 
dans tel ou tel endroit, a mis un 3 ou un 3, un *7 ou un *t, c'est l'équi- 
valent hébraïque qui peut nous tirer d'embarras. Ainsi dans Nombres, 
xxx, il y a très souvent le mot WWfi qui veut dire annuler, et que 
l'anonyme a rendu par è(j*,) icrtwsv f , il empêcha; l'imprimé est peu 

d'un texte hébraïque, où le devoir de stricte fidélité empêche l'auteur de manier 
la langue à sa façon. Les quelques minutes que nous avons consacrées à par- 
courir ce poème nous ont confirmé dans notre avis, autrefois déjà énoncé, que les 
Israélites de ces régions connaissaient le grec parlé aussi bien que leurs concitoyens 
d'autre culte. 

1 J'explique ici la raison des parenthèses où j'ai enfermé le p. de è^TtoSurev. Le 
texte gréco-hébraïque nous donne 3 — le 3 sans ^T étant le produit d'une erreur 
typographique ne doit pas être pris en considération — ce qui signifie que l'auteur 
prononçait ebodissen. Si l'on transcrit p/rc, on donne à croire qu'il y avait un m dans 
renonciation du mot, ce qui est contraire à la représentation graphique. Le p. n'est 
qu'un signe auxiliaire, propre à modifier le son du 7c, de sourd en sonore. C'est 
cette fonction secondaire du p. et des autres consonnes analogues que j'ai voulu 
indiquer, en les isolant des sons réels, dans le spécimen de la Revue des Etudes 
grecques. Je veux espérer que M. Hesseling dans le reproche qu'il m'adresse (p. XI 
de son Introduction) n'entend pas que je lis phfyites pour phéghites le mot dont la 
forme graphique est ÎU^^D. Ni la pratique que je dois avoir de l'hébreu, ni l'usage 
quotidien que je fais du grec ne m'auraient laissé commettre une bévue pareille ; 
mais je crois que ma manière de transcrire est plus méthodique, parce qu'elle nous 
permet aussi de représenter les cas où le texte de Constantinople donne les formes 



BIBLIOGRAPHIE 139 

clair en ce point, mais le sens de la phrase et la comparaison des 
deux textes nous font comprendre quelle était l'intention de l'au- 
teur. M. Hesseling transcrit toujours è^tôpwsv, il sépara. 

Ailleurs il confond les pronoms enclitiques xou, ttqç, tous avec les ar- 
ticles du même son. Ici encore, les méprises peuvent être évitées, si 
l'on a soin de décomposer les mots hébraïques dans leurs parties 
constitutives. 

Page xxxn de l'Introduction, M. H. expose toute une théorie sur 
une prétendue forme imàTe (= eftwce). Or le texte ne donne que «è 
yiatè èplv \yn§ "»l3"> ig Gen., xx, 4 3). C'est Abraham qui raconte avoir 
fait à Sara une recommandation conçue dans les termes : dis de 
moi... (">b "nïïN). Ni le sens, ni la forme grammaticale du verbe 
hébraïque, ni sa construction ne pouvaient offrir ie moindre appui à 
la leçon de M. Hesseling. Des exemples de méprises de ce genre 
sont très nombreux; ce n'est pas le lieu d'en dresser la liste. Mais 
nous ne pouvons nous défendre de relever le manque absolu d'atten- 
tion chez l'éditeur, lorsque, dans Gen., xlix, 46 et 17, il confond le 
nom d'un chef de tribu (Dan) avec les conjonctions ô(v)ts et ô(v)xav. La 
faute est d'autant plus grave qu'il obtient cette leçon par une correc- 
tion arbitraire apportée au texte. Et le sens? — Ce n'est malheureu- 
sement pas le seul passage où M. Hesseling en montre peu de souci. 
Il semble décidé à exclure le traducteur de Gonstantinople de la 
classe des êtres pensants, à en juger par les bizarreries qu'il lui 
attribue. 

Il écrit dans Gen., vi, 16, atcicpXta, vocable qui n'existe pas, pour 
lequel il nous donne dans le glossaire la traduction « dans l'un des 
côtés », là où il s'agit de <jt& ic^dyi ttjç, quatre éléments renfermés 
dans S'ttsa (l'article a été éliminé par le suffixe). 

Dans l'Introduction (p. xxm), il s'étonne du verbe imaginaire sxa- 
rt{kixiù. Le texte ne donne à cet endroit que & xâ-zoùâffli (Nombres, xi, 
23), traduction du deuxième et du troisième éléments du mot ïpT£5. 

Page l, il parle d'un verbe iwxépvei, forgé, selon lui, par le traduc- 
teur, dans Gen., xl, 21. Notre auteur n'avait pas besoin d'un verbe 
nouveau ; le mot qu'il devait traduire est njjtâç substantif rendu 
tant de fois dans le même chapitre par icixépv>iç (échanson). 

On doit ramener à cette même catégorie de fautes une foule de ènti- 
T*v confondue avec fcpuyav ("jNiPStf), de icafy avec <pd^i pNB) et vice-versa, 
où le D sans tt5ifï pouvait aisément être confondu avec le s muni de 
ce point. 

Mais la reconstitution exacte d'un texte comme le nôtre n'est pas 
le seul travail qu'on ait le droit de demander à un éditeur ; on peut 
aussi exiger l'adoption de certaines mesures propres à aplanir les 

pleines et plus conformes aux classiques par les groupes jxtc, yy, yvc, v8, vô, où les 
deux éléments sont distincts et également sonores. On assiste par ce système à la 
lutte dans laquelle se trouve engagée la première des deux consonnes, pour échapper 
à l'élimination. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

difficultés qui s'opposent à une compréhension rapide, et à en 
rendre la lecture agréable. Il y a une quantité infinie d'hébraïsmes 
dans cette version, et, si l'on n'a pas sous les yeux ou dans la mé- 
moire l'original, il est maintes fois impossible de deviner ce que le 
traducteur a voulu dire. La comparaison peut seule éclaircir les 
points obscurs, mais cette opération n'est pas l'affaire de chacun. 
Si tous les hellénistes la pouvaient faire, il aurait suffi de rééditer 
tel quel le texte greco-hébraïque de Constantinople ; au contraire, 
la tâche à accomplir était de rendre ce document accessible aux non 
hébraïsants, et c'est justement pour ceux-ci, qui composent la 
grande majorité, qu'il fallait placer en tête de chaque chapitre, ou 
de chaque groupe de chapitres, une liste des hébraïsmes qui ont le 
plus besoin d'être indiqués. Quand on voit des vocables ou des ex- 
pressions entières dont on ne parvient pas à saisir le sens, on se 
décourage et on interrompt sa lecture, avec la chance de ne plus 
la reprendre. Mettez à la disposition de votre lecteur un moyen 
simple de l'aider dans son embarras et vous êtes sûr d'avoir gagné 
à votre publication sa patience et sa sympathie. Quant à l'infraction 
aux lois des accords grammaticaux, j'aurais surmonté l'écueil par 
l'adoption de la composition espacée dans tous les cas où la cons- 
truction, obéissant à l'influence de l'original, s'écarte de la syntaxe 
grecque. Sans quelque artifice de cette nature, souvent le texte 
offre un amas de mots inintelligibles, comme le minerai dans les fi- 
lons d'une mine qui ignore encore l'intervention du métallurgiste. 

Ce n'est pas que M. Hesseling ait oublié l'existence des hé- 
braïsmes ; au contraire, il en parle, il en note quelques-uns dans l'in- 
troduction et dans le glossaire. Mais son tort est de ne pas avoir 
discerné entre les bons et les mauvais, et d'avoir placé dans cette ca- 
tégorie des faits syntactiques et morphologiques qui peuvent aisé- 
ment trouver leur explication dans la grammaire grecque. Consi- 
dérez, par exemple, ce qu'il dit au sujet du génitif. On trouve dans 
Gen., L, 47, ffu(|i)itd[lïice xb cptaCoipio ax>,à6ouç Oeoû toû itaTpo'ç aou (3>T23Sb .„Nil5 

T ^i3N TJ^ ^^r 1 ^)» 1<* ou suivant nos habitudes' classiques nous nous 
attendrions à la construction : <ju(u.)ic<xlï)<ye xè <ptatei|i.o ax^âpwv OeoO ToOicatpdç 
cou. Le traducteur a employé l'accusatif, s'écrie notre éditeur, parce 
que "^D* n'accuse d'aucune façon que ce soit un génitif. — Mais, 
répondons-nous, est-ce qu'il y a quelque indice que ce soit un accu- 
satif?— Ni l'un ni l'autre. Or, si l'emploi de l'accusatif n'avait été 
suggéré- par l'usage général du grec, ce n'est que le nominatif qui 
pouvait rendre avec fidélité le mot hébraïque. Du reste, s'il est vrai 
que dans la combinaison i*n* yx5% grâce à la vocalisation du pre- 
mier nom, il n'y a aucun signe matériel que *$33> soit un génitif, il 
n'en est pas de même du troisième exemple que cite M. H. (Intro- 
duction, vu) à l'appui de sa thèse. Dans bntt W, le très sensible 
changement de DW en W prévient même le lecteur le moins fort 
en grammaire que ina est du génitif; pourtant notre anonyme tra- 



BIBLIOGRAPHIE 141 

duit pipe? IXtyi). A quelle espèce d'hébraïsme obéit-il ? Evidemment la 
syntaxe de l'original n'y entre pour rien. Mieux aurait valu cher- 
cher ailleurs l'explication du fait. Les exemples abondent des 
groupes comme celui-ci, et, en général, lorsque dans la combinaison 
il y a, suivant la façon classique, une série de génitifs, c'est le der- 
nier seul qui prend cette forme, surtout lorsque ceux qui précèdent 
sont au pluriel. Il n'est même pas rare de trouver un seul génitif 
remplacé par l'accusatif, et cela dans des groupes de noms où le 
status constructus en hébreu est d'une évidence absolue. Le génitif, 
surtout au pluriel, tendait à disparaître de la langue moderne ; 
aujourd'hui plusieurs noms se trouvent dans l'impossibilité de se 
plier à ce cas (Gpûtfq, ôûvajxYi), et si l'on excepte les formes très rares 
è[Aevdç et èaevbç — une seule fois chacune — données par notre texte, 
dans les pronoms personnels on en a perdu complètement la trace, 
tant au singulier qu'au pluriel. 

L'apposition n'est pas non plus dans notre texte un effet d'hé- 
braïsme. Dans la langue parlée, elle est presque toujours énoncée 
par le nominatif. T6v eï8eç*& to&ptÇt)? disai-je hier à un de mes com- 
patriotes. — noi&ç TÇcôpTfo ? me répondit-il. En littérature néo-grecque 
le fait ne se produit pas moins souvent ; mais notre traducteur se 
laisse quelquefois prendre, à son insu, par la perpétuation de l'ha- 
bitude classique, et emploie lui-même le génitif ou l'accusatif. Voir 
Exode, vi, 13, *6v <ï>apa<b 6aa£k& Ttjç Atyofroç, que M. Hesseling dans son 
empressement de généraliser a corrigé en powiXtâ; (ma leçon est 
d'après l'exemplaire de Londres). Dans la phase de simplification 
que traverse la syntaxe moderne, on se sent ennuyé de cette longue 
suite de cas, dépendant l'un de l'autre, et l'on tend à briser les liens 
qui les joignent entre eux ; on cherche à se former une manière de 
parler plus libre et plus courante, on oublie les rapports entre les 
différents membres de la phrase ou on les réduit à la plus simple 
expression possible. Pour l'hébreu, autant vaut le nominatif que l'ac- 
cusatif, rien ne distingue l'un de l'autre 1 , et notre traducteur n'en 
pourrait subir aucune influence, si le besoin de la construction 
grecque réclamait l'emploi de l'accusatif. 

La littéralité que notre anonyme s'est imposée l'oblige à n'em- 
ployer qu'un seul mot pour chaque vocable ou partie de vocable 
qu'il y a dans l'original. De là le défaut de distinction entre les 
formes Kai et Hiphil, toutes les fois qu'il ne trouve pas dans la 
langue grecque ou qu'il ne peut se forger un mot unique pour rendre 
le Hiphil 5 . C'est aussi par respect pour cette règle que le futur 

1 La particule rifc$ de l'accusatif, qui, du reste, n'affecte point la forme du nom, 
n'est pas de rigueur. Maintes fois elle fait défaut, sans occasionner ni obscurité ni 
méprise. 

* 'Atcyixouw et non pas àçixouw de Deut., xxx, 12, est une formation nouvelle du 
traducteur pour rendre n33^7ptt3* , "l. Mr) <pTou£gç tyjv ^yfj dans Deut., xxiv, 4, rend 
par un mot unique, mais d'une façon très obscure, la forme Il^nn. S'il écrivait une 
œuvre originale, il dirait dans ce cas xai jjlyj xàu.^<; va çxai&a rrp5«« 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

est constamment rendu par vd et le subjonctif ; l'addition de la parti- 
cule est déjà une concession, mais c'est une condition nécessaire 
pour être à même de donner le futur. On avait plusieurs manières 
d'exprimer ce temps en grec moderne ; M. Psichari les a passées 
en revue dans un article spécial; elles sont toutes composées de (Au 
et de vd, tantôt explicites, tantôt renfermés dans un infinitif (U\t* vd 
iîô), 8éXo> toI). Même aujourd'hui, la formation par 6d, que M. Psichari 
propose comme la seule à adopter, n'a pas encore fini par l'emporter 
sur ses rivales, et l'on voit souvent, en littérature comme dans les 
parlers ordinaires, Ofe va irdw, (tèX d ic^ (= U\ti vd iqj) et (tèXo> icdti. 
Notre traducteur a estimé convenable de conserver le deuxième de 
ces éléments, la conjonction vd, peut-être parce qu'il prévoyait déjà 
que celui-ci était destiné à avoir la prépondérance phonétique (8d = 
01 vd), mais plus probablement encore parce que de cette manière, il 
évitait l'éeueil d'un débris verbal (U •éX), pour lequel il ne voyait 
rien d'analogue dans l'original. Du reste, sa formation favorite du 
futur n'est pas tout à fait contraire à l'usage réel de la langue. En de- 
hors des exemples mentionnés par M. Hesseling dans l'Introduc- 
tion, p. lvi, nous pouvons citer celui de ce proverbe, qui est très 
probant : 1\ x*?^ ^ et dvrCyap-r), xa\ icdXïi ^dpT) vdvai (= vd eTvai). — Traduc- 
tion libre : « Un service rendu réclame un contre-service, sans pour 
cela cesser d'être toujours un service » — et cet autre : pd6e, ÇTfXwve, 8ou- 
Xetd vd jjt-ri ffoû Xedrfi — « En cousant et en décousant, on ne restera jamais 
sans ouvrage ». Telle est l'explication que jeMonne de la formation 
du futur dans notre texte, maintenant que je l'ai étudiée dans toute 
son étendue, bien différente de ce que j'avais très timidement 
avancé dans la Revue des Etudes grecques, en 1890, sur la base des 
six chapitres jusqu'alors examinés. M. Hesseling fait, d'après la 
grammaire hébraïque de Strack, un long exposé de la théorie du 
tempus imperfectum ; mais peu au courant de l'histoire des études 
grammaticales chez les Juifs, il attribue juste à notre auteur la no- 
tion, de date très moderne, des deux dernières significations de ce 
temps, et le suppose ignorant la première, celle du futur tout 
simple, qui était la seule connue des siècles passés, et qui donnait 
son nom à la forme : *rn3> [temps futur, à Tenir). 

Son recours à un hébraïsant de profession, pour expliquer les 
formes telles que toO eliret, *oû èpTeï, etc. n'a pas été moins infructueux. 
Si l'on invitait le traducteur de Gonstantinople è réfléchir sur son 
parler, il saurait sans doute distinguer entre Sef/vo ttk yevoux&ç et xb 
XouXoûîi t^ç ycvatxd;, et vous dirait, comme un Allemand en présence 
de Ick zeige der Frau et die Blume der Frau. que le premier ttjç ysvolixôç 
est un datif, et le deuxième un génitif, vrais et propres. Il s'en rend 
parfaitement compte, lorsqu'il traduit les noms précédés de l'état de 
connexion ou de la particule b; il pourrait dire que l'un est le orp 
*£jj?n et l'autre le TO^riSïl orp. Mais il voit en même temps que le 
grec n'a qu'une seule forme pour les deux cas, et il reud néces- 
sairement naç rnipbn par xai -riiç Sapd élue, comme "nia T\V\?tà par toûX« 



BIBLIOGRAPHIE 143 

t?iç Lapdi. Il n'agit donc pas d'une façon différente pour l'infinitif pré- 
cédé de b et traduit, par conséquent, niENb tou rtictt, Ninb tou iptet. Il 
suit le même système lorsqu'à la place du b, il y a une autre parti- 
cule, d'où résulte à7c6 tou eteeî, etc , sans déroger foncièrement à la 
règle générale de construire les prépositions avec l'accusatif, règle 
que M. Hesseling mentionne très bien, page lvii de son Introduc- 
tion, pour l'oublier ensuite dans maints endroits de la transcription 
du texte. L'état de connexion n'a rien à voir avec le génitif de l'infi- 
nitif; si celui-ci se trouve en pareil état, c'est le mot suivant, et non 
lui-même, qui est au génitif. Le traducteur n'a pas le moins du 
monde pensé que le b de TÎENb marque la possession, comme dans 
Wjb Ti?3T73 ? où encore cela peut être révoqué en doute. — Les gra- 
phies meeorooth, reootk, mizmoor (/. c.) ne répondent pas à la réalité 
de la prononciation ; il faudrait les modifier par la réduction de cha- 
cune des voyelles doubles à une voyelle unique. 

Les exemples cités, Introd., p. lviii, par M. Hesseling pour prouver 
que notre traducteur emploie l'accusatif au lieu du datif ne sont 
nullement probants. Ce sont des pronoms qui n'ont point de forme 
particulière pour le génitif, ou qui en ont une extrêmement rare. 
Nous l'avons noté plus haut. Voici ces exemples : èicqpa aor?iv è^èv (à 
moi, pour moi) yii ytvalx.*, et àvcî^ysiXsç èpèv (à moi). Si la forme è[ievô« 
eût été d'un usage courant, il l'aurait sans doute employée dans ce 
cas, pour se conformer à la règle générale. 

Il nous reste à dire quelques mots de l'orthographie adoptée par 
l'éditeur hollandais. Quoique l'alphabet grec ne diffère pas beaucoup 
de l'alphabet hébraïque, il y a toutefois certaines nuances de sons 
qui ne peuvent pas être rendues exactement avec des Caractères hé- 
braïques. Tels sont, pour ne citer que les plus fréquents, les pala- 
taux xw, xe, xt — ^ta, yt, ^i, pour lesquels il faut forcément employer 
3, 5, 5 — p t , pj ]?. Si l'on intercale un ■*, ainsi qu'on fait pour le grec, 
on aura quelque chose en plus; il en résultera quia, quié, quyi et 
chia, chié, chyi (à prononcer à l'allemande). Le traducteur écrivit 
quelquefois xe^aXarCxià N^ûbaî? mais il ne tarda pas à s'apercevoir 
de l'inexactitude de cette transcription. Ce souci le tourmenta long- 
temps, et dans un chapitre, nous le voyons essayer six ou sept fois 
la graphie à*Xfae<j/eet dbtXiaeôoj à la place de àicXixe^s etàTcXixeùco ; ailleurs 
itapaÇeiXid pour icapa^yecXtoi, justement parce que ÊObjHS ne donne que 
paraguilia, mais il a dû bientôt se convaincre que le remède était 
pire que le mal. Il revint donc au système primitif, comptant sur 
l'intelligence du lecteur; c'est ce que nous avons appelé la convention, 
tacite au début de cette étude. M. Hesseling ne s'est pas rendu 
compte de ce fait et a expliqué les variantes par le triomphe momen- 
tané des formes dialectales. Cette méprise a malheureusement eu 
pour conséquence l'altération d'un nombre infini de mots et réclu- 
sion de certaines formes impossibles à expliquer : Aixô pour SÉxto, <pxu>xi 
pour croix'», xou<pô (sourd) pour xo<5<pto (creux), ppaxdvi pour Ppax^vi et 
as(v)toùxa comme pluriel de «(vjroûxi, rcXdxa de icXaxf, etc. Dans Exode, 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xv, 27, oq trouve erronément la forme classique fofrixeç, qui doit être 
corrigée en çpotvixiè; (palmiers dattiers). Cf. ^Tué;, «joxiéç. 

Il fallait, de même, transcrire toujours wapafr )ytCkih t (xeptat — non 
itapa(Y)yet\ct, jiepdf — dont l't est tantôt exprimé, tantôt sous-entendu 
par la même considération que ce n'est pas un son bien marqué et 
distinct dans la prononciation. 

Eq fait d'accent, il y a à noter bien des tâtonnements ou des pro- 
cédés arbitraires : fy™ et gxotTO se rencontrent très souvent, presque 
toujours. Le blanc est dticpôç au lieu de Aarcpo;, nous avons déjà relevé 
<Ptg>xi& et 8ixid. L'éditeur ne prend pas parti entre àpx&; et à>x°<. tandis 
qu'en faveur de cette seconde manière nous avons l'exemple de 
yfpoç, répondant au classique yépwv. noXejjLou, au(v)xpocpou et aOpuicoo ont 
l'accent sur l'antépénultième, tandis que, comme substantifs, ils doi- 
vent l'avoir sur l'avant-dernière syllabe. 

Les graphies 6a<yi^edç, àexôç, Yovewv, èXaiéç ne répondent pas au texte; 
l'auteur ne sait absolument rien sur la provenance de ces sons, et 
écrit tout bonnement 6a<xi)uàç, dit&ç, yovtwv, èXià; avec l'e définitivement 
converti en i et tout à fait consonnantisé. Il en est de même pour les 
cas où le i existe déjà dans les formes classiques. 

Pour ÉxaTcrs et êwi, je ne saurais me prononcer d'une manière sûre. 
Qu'il ait existé une forme êxaoe, cela n'est point douteux ; èxifiicre a dû, 
après l'évanouissement du t, se débattre longtemps entre ëxaors et 
Éxa-rae avant la fusion du 8 avec le or. L'étymologie ne nous éclaire 
point sur l'adverbe £tsc. Un fait matériel est à noter, que, tandis que 
dans les trois premiers livres il n'arrive presque jamais de voir ëxa-cce 
et ërffi, dans les deux derniers, ces formes constituent la règle. A 
quoi attribuer ce changement? — C'est, à notre avis, un phénomène 
de séphardisme, mais de séphardisme corrigé. Le son tzo, n'existe 
pas dans l'espagnol, et le compositeur qui, comme nous avons dit 
plus haut, devait parler cette langue, avait beaucoup de mal à ap- 
prendre un son nouveau. Le traducteur fut indulgent et laissa faire 
au commencement, mais dans la suite, sa rigueur ne voulut plus 
connaître de transactions; il gronda rudement le typographe, qui 
s'assagit et, de peur de manquer à son devoir, non seulement mit le 
£ partout où il le voyait dans son manuscrit, mais étendit même 
l'effort de la correction jusqu'aux lu du voisinage. Voilà pourquoi on 
trouve trois fois Y" 1 ^ (xrfwiTç) pour xit^ç. Un phénomène semblable 
ne doit pas avoir échappé aux linguistes. Dites à un Vénitien qu'il 
faut dire meglio et imbroglio à la place de mejo et ïmbrojo : pour se 
conformer à votre conseil, il prendra aussi noja pour une forme dia- 
lectale et la corrigera en noglia. — Il est incontestable que le fait de 
la lettre at jette du jour sur la question du n sans daguesch, que nous 
avons traitée plus haut. 



BIBLIOGRAPHIE 145 



II 



Nous avons dit autrefois que le traducteur grec de Constantinople 
n'avait d'autres ressources exégétiques que la version d'Onkelos et 
le commentaire de Raschi. Même l'usage qu'il fait de ce dernier est 
assez rare, et il s'écarte d'Onkelos dans les expressions anthropo- 
morphiques, qu'il rend avec une littéralité excessive. Cette littéra- 
lité constitue un véritable défaut dans son œuvre ; il la pousse jus- 
qu'aux dernières extrémités, au point de négliger presque toujours 
les accords les plus élémentaires des adjectifs et des pronoms avec 
les noms auxquels ils se rapportent, si la syntaxe de l'original ne 
correspond pas à celle de la phrase grecque. S'il y a quelques excep- 
tions, ce n'est que pour les mots les plus proches les uns des autres. 
C'est pourquoi dans une bonne édition, conçue d'après le plan que 
nous avons mentionné plus haut, il serait nécessaire de marquer, 
après certains substantifs, leur genre en hébreu; cette espèce de 
rappel est le seul moyen de rendre moins fatigante au philologue la 
lecture du texte. 

Le défaut d'érudition ne fut pourtant pas sans avoir ses avantages 
pour notre auteur anonyme. Il est cause que son esprit s'aiguise 
et obtient la liberté et le temps de travailler tout seul. Nous en 
voyons l'effet dans certaines versions ingénieuses qui sont le fruit 
de longues réflexions. Nous avons déjà noté que notre auteur prend 
tjV? 1 ™ comme un dérivé de b*»ri [douleurs de V accouchement) et le 
rend par èxoiXwicdvs<js; E"9^:n est, d'après lui, de la même famille que 
:n 5 synonyme de bins • de là, la traduction xovtpd6poxo (grosse 'pluie), 
tandis que d"n"^b se rapproche par le son de D*w:st pluriel de 
TSfy petit; il siguifie donc la pluie fine, Xiavd6po/o. Dans ce même cha- 
pitre (Deut., xxxn), il y a à relever la traduction de nsOK (v. 23) par 
v& TeXsuocw, je finirai (rac. tp'D ), pour le mettre en harmonie avec le 
second membre de la phrase DS ^38 "OT, pendant que le même 
verbe niD5 au chap. xxix, 18, est rendu par vâe luposu.^ (il ajoutera). 
Il prend bb"> pour un verbe sans s'apercevoir que, dans ce cas, on 
devrait avoir deux i"l£ au lieu de KYiÛ et vvt t et le traduit par 
fiaytgei (= potÇei, de poïf), il s'écrie^ la leçon 6on£« de M. Hesseling étant 
fautive f . 

Nous notions que, dans la partie du texte alors examinée, nous n'a- 
vions constaté aucune identification entre les noms propres donnés 
par la Bible et ceux qui sont connus par l'histoire. Nous répétons 
aujourd'hui la même affirmation, mais avec une exception très im- 

1 Raschi frappe juste en prenant bb" 1 comme équivalent de ïlbb^. L'espagnol 
confond ce nom avec la racine du verbe *pb et le rend par alojamiento. 

T. XXXV, n° 69. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

portante. C'est que notre anonyme rend pj* d'abord dans Nombres, 
xiii, 22, 33, et puis dans Deutérouome, n, 10, II, par "EMt,vou (à cor- 
riger dans l'édition de M. Hesseling) et c E)v)oivwv. Qu'est-ce qui lui a 
fait adopter cette version ? Je ne sais pas si elle lui a été suggérée 
par une interprétation midraschique ; en tout cas, je suppose que la 
notion fournie par le premier de ces passages, d'après laquelle pj* 
était le père ou l'ancêtre de i»bF» a servi à lui inspirer cette idée ou 
à l'y confirmer. ""ttbn est le nom sous lequel sont connus dans la litté- 
rature rabbinique les rois Ptolémées, notamment celui du récit con- 
cernant les Septante, et ces rois, grâce à leur éducation et à leurs 
mœurs, étaient des Grecs aux yeux des Juifs comme aux yeux de 
tout le monde. 

Les autres rendent ou interprètent p3^ et Û^JjP par géants ; mais 
notr> anonyme ne connaît pas ce nom, même sous l'autre désigna- 
tion de trb^p?. Son ingéniosité découvre dans ce mot un dérivé de 
fcôs et il le rend comme si c'était a*»Kbp3 par Oajxayjor, merveilleux 
(Gen., vi, 4, et Nombr., xnr, 33}. 

Dans Exode, xxvi, 21, û^pn est pris pour un synonyme de û^pNt'm 
et traduit ôiS'jjxapwvo-jv, ils (les chérubins) seront jumeaux. Je saisis 
l'occasion pour rappeler que l'anonyme ne connaissait pas l'existence 
du grec littéraire XepouS^jx, l'équivalent de D^nn-D, et qu'il se sert de 
Ttoi/Xioc, oiseaux, pour rendre ce nom. C'est un nouvel argument contre 
sa prétendue instruction profane. 

ûbffl adjectif est de la même famille que le verbe ûbiû s'accomplir, et 
Jacob (Gen., xxxm, 18) rejoint la ville de Sichem, complet, entier, dans 
la pleine possession de sa fortune, qui aurait pu être amoindrie par 
l'hostilité d'Esaù. C'est, du moins, l'idée que fait naître l'emploi du 
même adjectif (ic^epôrcoç) dans le précepte concernant la construction 
des autels (Deut., xxvn, 6), où n'étaient admis que des blocs entiers 
(icérpsç it^spâxEç = niftbtïï Û^SN). Il est vrai que cette interprétation 
est embarrassante pour Gen., xxxiv, 21 (pi à8pd>7cot ouxot ttT^côctoi = 
dTQbiâ ^Vtt™ trç^.v). Pour M - Hesseling (Glossaire), ic^spatoi dans ce 
dernier passage signifie « ceux qui sont en rapports d'amitié ». Je 
crains fort que l'anonyme n'y ait pas pensé le moins du monde, et 
mon avis est que, sans trop réfléchir, il a adopté ici cette manière de 
traduire pour le seul motif qu'il l'avait déjà fait une fois d'une façon 
plus ou moins exacte. C'est pour lui une règle générale : un mot 
ne peut avoir qu'une signification, par conséquent, un seul mot, 
toujours le même, servira à le traduire. A-t-il rendu une fois rti* 
par duvaytoYri = la synagogue, la communauté , il le rendra par auvaYtoy^ 
même quand il désigne le tribunal ou le parti politique de Goré. 

S'il emploie vàt x°P Tàaw = j'assouvirai (Deut., xxxn, 42), au lieu de 
v* pefcfrto, j'enitrerai, c'est qu'il lui semblait choquant de dire que 
Dieu enivrera de sang ses flèches, ou que dans une traduction si stric- 
tement littérale, il lui était impossible de rendre convenablement 
l'image. Il a voulu faire de son mieux. 






BIBLIOGRAPHIE 147 

Dans Gen., xxv, 27 (D^bpN attr •••a'pi^î), Ja cob est représenté 
comme aimant l'étude et les tf'co/^ (xa8s-au si? tct axoXeii) plutôt que la 
vie pastorale et les tentes (c'est là le sens propre), parce que notre 
auteur avait devant lui Onkelos, qui paraphrase ÈttDb*,N ma ou qu'il 
avait présente à l'esprit l'interprétation midraschique. La note de 
M. Hesseling (Glossaire s. v. axoXsià) est à la fois incomplète et obs- 
cure ! . 

niTïï "in Exode, xxx, 23, est le nom d'une drogue qui entrait dans 
la préparation de l'encens. Notre anonyme croit découvrir dans 
liT?, liberté, l'indication que la substance exprimée par le premier 
de ces mots devait être pure de tout mélange. Il traduit jjlo'jxo (sic) 
ixpaxo. Du reste, même Onkelos avait traduit d'une manière analogue 

t : - t •• 

Il ignore l'acception de chanter pour le verbe nj? surtout en 
poésie. C'est dans ce sens qu'il est sans doute employé dans Exode, 
xxxn, 18, ?MiiB "Çba nia? bip. Notre traducteur le rapproche de *& 
(cf. intf nsrn de Gen., xv, 4 3), et le rend par xaxou^(t)à; : le nom à la 
place du verbe, contre son habitude. 

msN le printemps ou les premiers mois de Vannée, est pour lui un 
adjectif, quelque chose comme un dérivé de 3N père ; il le rend 
par itpckjjto. M. Hesseling a écrit à tort xb pjv« rfov 7rp(ôïu(o (Ex., xxxiv, 
18 et ailleurs), eu entendant sans doute le mois des primeurs. Pri- 
meurs en grec se dit TCfwïu.dota pi-ytea) même chap., v. 22. 

d'WwNtt Exode, xxxix, 34, est très bien traduit xaxaxdxxivx, bien 

• t t : ) ' ' ' 

rouges. Il trouve dans la forme du byp l'idée d'intensité. 

Dans Lévitique, vi, 2 (ïi^ïj arrr ïfbi^n rTrin n!^T) 5 le second 
ïlbi^in est traduit comme participe, ôtcoù àvs&t£vsi. 

La femme accouchée est appelée (Lévit., xn, 7) yswouwi. Ce n'est 
pas qu'il ignorait le nom si commun de Xè^ova. Il a simplement voulu 
rendre avec fidélité le participe rnbi*ïi. 

Les noms des pierreries du pectoral demeurent intraduits ; il en 
est de même de la plupart des animaux purs et impurs mentionnés 
dans le Lévitique et dans le Deutéronome. Le texte espagnol est plus 
riche en versions à ces endroits ; c'est encore un signe de sa supé- 
riorité. 

©•niïib est traduit vi £sxXepovo|nfafl. C'est le résultat d'une observa- 
tion grammaticale très fine. Il y a des verbes qui, à la forme Piel, 
ont un sens tout à fait contraire à celui du hp_- UJhp ? par exemple, 

1 Je ne dis rien sur le prétendu à(fjt,)7CsXsç de Gen., xxv, 16, qui n'est qu'un pro- 
duit du travail hâtif de M. Hesseling. Je n'y trouve que eîç xîç aùléç touç, mots qui 
correspondent on ne peut mieux à ÛrTH^rn de l'original. 

Un xoucpoTtXaxcovsi, dans Exode, xxvn, 8, n'est pas mieux fondé. Il s'agit de la 
version de ninb 21D5, et le texte gréco-hébraïque ne donne, pour tout lecteur at- 
tentif, que xou?(t)o uXax'tjco, un adjectif et un substantif au génitif pluriel, précisé- 
ment comme l'original. 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

signifie déraciner. Par analogie, il a cru que tB'nin est l'opposé de ttS'T ; 
dans une acception transitive, il l'a traduit : enlever l'héritage. De 
même, "ip^., Nombres, xxiv, 17, supposé comme dérivant de -pp, 
mur, est rendu par ÇeTeixi6?Ti ; il fait classe avec xèr$è\ Le passage n'a 
pas été aussi mal compris que le croit M. Hesseling. S'il y a dans la 
suite xà icotiSii ToûSÉÔ, ce n'est qu'une erreur commune à tous les in- 
terprètes de l'époque ; le voisinage de ntfitt a fait prendre nç pour 
un nom propre. 

Et puisque nous en sommes aux parties poétiques des Nombres, 
disons tout de suite que c'est dans celles-ci qu'il se trompe le plus 
souvent. irîD^oa nîri nN (xxi, 14) est rendu par xàÊSuxcv et; t6 Sobtp, 
comme si 3m était une forme du verbe nïr\ donner, et non un nom 
propre de région. 

Pour rtb W (v. 17) il tombe dans la même erreur que pour bip 
nia? notée plus haut : il traduit à.izr^.^r^xz aôtipiic a répondez-lui », 
au lieu de chantez pour lui (le puits). Seulement, dans le passage de 
l'Exode, le verbe est pris dans l'acception de souffrir. 

Inj^n du v. 27 est bien traduit. Cette fois, c'est M. Hesseling qui 
se trompe, en transcrivant %tim là où dans le texte gréco-hébraïque 
il y a va jftwrfi. 

Il ne semble faire aucune distinction entre le Kal et le Piel ou le 
Hifil du verbe ^ntf. On sait que dans la première de ces formes, le 
verbe signifie périr et dans les autres perdre. Il prend pour transi- 
tive même la première, et rend "01723 D? ^H?N (v. 29) par fyassç tôv 
*abv toû Kejid;. Ce fy aj -s est sans doute employé dans le sens de tu as 
été privé, et le traducteur entend que, parmi les malheurs de la 
nation moabite, compte la perte de sa suzeraineté sur le peuple de 
Kémos K 

*ps ? xxiii, 20, est traduit comme un nom, eùXoytà (= !"to*na) ? peut- 
être à cause de l'embarras où se trouvait l'anonyme d'employer un 
infinitif isolé, sans le soutien de l'article au moins. Tpiai de la suite 
du verset ne le déconcerte pas moins ; il se tire d'affaire en employant 
la première personne du futur (xa\ va pXoyricw), en s'écartant de son 
principe interprétatif. 

Il ignore l'espèce de parfum désigné auchap. xxiv, 6, par le mot 
û^bïiNj qu'il reud par le terme général de |x<jpu>5ixd. Ce n'est pas que 

1 Pourtant dans Deut., xxvi, 5, il est le plus heureux des interprètes et traduc- 
teurs du volume, en rendant par 'Apafù <?twxo; (pauvre) 6 Trarspa; [xou "initf V2"3$ 
^5^i tandis que tous les autres attribuent à Laban le mot "*53""!N et interprètent 
T^iiS d'après l'explication midraschique b^H PiX ^\"\^h C5p3 "p'-"). Le grec se 
rappelle, au contraire, le passage des Proverbes TSi&O "OÔ Wfl. Faut-il en dé- 
duire qu'il se rendait exactement compte de la communauté d'origine entre Israélites 
et Araméens, et que dans la Bible un jacobite pouvait être désigné sous le nom de 
^Û^IN ? Ce serait trop présumer de l'esprit de notre brave homme et de l'état des 
études ethnographiques à son époque. 



BIBLIOGRAPHIE 149 

l'aloès lui soit inconnu ; il se sert de ce mot (àXo^, à corriger dans 
Hesseling) pour traduire !W.b [absinthe) de Deut., xxix, 17. 

zxvi ^riNS au v. M = àxps; tou Mwà6 (extrémités de Moab) nous fait 
penser à !"niSïl riNS et à ïjjpt nN2 ? qui doivent l'avoir égaré. Pour- 
tant il avait l'excellent exemple d'Onkelos, qui traduit WW^i chefs. 

Dans Deut., xxxn, il ne saisit pas le sens des versets 37 et sui- 
vants. Il traduit ifc'Tï'bsî ^n Trouvai ô 8sd; tcûv. S'il avait compris que le 
mot se rapporte aux faux dieux, il aurait dit, selon son habitude, xi 
erSoAâ to'jc. Mais il n'est pas le seul à se tromper ; il n'y a que Raschi 
qui donne au mot sa juste valeur de dieux étrangers. 

Les personnes qui sont peu versées dans le grec moderne suppose- 
ront, à l'inspection de ek ^ xop'fr) to£> 'itosè^ (Deut., xxxiii, 16) et de oî 
ôfavol le, i-irt t-q xopcpri cou (Deut., xxvui, 23) traduisant respectivement 
S|OV rânb et ï|tpKh bs mp» ïp»ç, que le nom xo^ (sommet) a aussi 
dans cette langue l'acception de tête, tant il est évident que lÊan 
dans ces endroits ne peut avoir d'autre signification. Il n'en est pas 
absolument ainsi ; le traducteur avait employé xopf?i pour rendre ce 
nom en combinaison avec montagne p-?), ce qui est bien, mais il en 
oublie la cause et l'applique même à des cas très différents. 

f O{jivotoVo toO 'iaxtbê (ressemblance de Jacob) dans Deut., xxxiii, 28, 
n'indique rien de précis. Les autres interprètent de la même façon, 
prenant "p3> dans le sens de couleur ou d'espèce. a'p*l V?. ne P eut dé- 
signer ici qu'une localité, une plaine fertile, arrosée par des sources 
abondantes. Tel est le sens réclamé par le sens de la strophe. 

Qu'on ne se laisse pas égarer par vi àp/ouvtat du v. 29 (leçon de 
M. Hesseling) ; le texte gréco-hébraïque donne xa\ vi àpvoOvxai pour la 
traduction de niôttç^. L'espagnol dit de même y niegarsean. Ni l'un 
ni l'autre n'y ont vu le sens de la simulation d'un peuple soumis 
envers ses dominateurs. 

Si nous revenons aux parties prosaïques, nous ne manquerons pas 
d'y trouver des nouveautés exégétiques, parfois intéressantes. Réta- 
blissez la vraie leçon du mot qui correspond à *ips (Lévit., xxv, 47) 
et vous aurez àppiCov pour dénoter un étranger récemment fixé dans 
un pays où il n'a pas de racines profondes ("EppiÇov de M. Hesseling 
ne repose sur rien ; l'exemplaire du British Muséum est très clair 
là-dessus). 

TiOsrr rïttJp, dans Nombres, iv, 7, est traduit d'une manière on ne 
peut plus fautive : xaXâ>ta xoû 6iaaxoûTsu.a, les roseaux de la couverture, 
de la protection. Evidemment il a pris ^03 pour un synonyme de 
^Jtt, un dérivé de Tj5D ? et pourtant il avait maintes fois traduit le 
premier de ces mots par <ju(y)x^pa<jua, libation. Ici encore il s'agit des 
gobelets destinés à ce détail du sacrifice '. 

1 A vrai dire, notre anonyme n'est pas le seul qui se trompe là-dessus. Raschi, 
quoique en se contredisant dans Exode, xxv, 29, partage son erreur. Pourtant On- 
kelos est très correct et très clair avec son fcO^D^T fcîrmop. Pareillement, les Sep- 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le traducteur ignore que la particule n^ (déclinée ViiK etc.) en 
dehors de l'accusatif sert à désigner la compagnie ; il rend zyà fco ûk 
«jnÎN ïdik (v, -19) par Sv fëv èic^dytaffev àv^p èalv, comme si S^'â était un 
verbe transitif. S'il avait confronté ce passage avec Gen., xxvi, 10, il 
aurait trouvé que c'est la même construction de la phrase ina xté 
ï|fi©N ntf Û^ïl, qu'il a correctement traduit hAd-riaÇev. . . us «rf^ yevaïxd 
cou. 

Kouxoutat^a 5T (vi, 4) n'est point un néologisme de notre anonyme ; 
c'est le produit d'une fausse séparation de syllabes due à M. Hesse- 
ling, qui a pris va comme faisant partie du nom, tandis que c'est le 
premier élément du futur va pi} ©âfl : bs&r N'b. A rétablir la vraie 

leçon : xctjxoOtîi va u.r, cpdc-jfi . 

tTOifl est toujours traduit, S-sU^co, forme moderne provenant du 
classique iU^yy, contrôler, réprimander. Parfois on trouve Çé>«£e dans 
le sens apparent de il choisit (Gen., xxiv, 14); cela ne doit pas nous 
induire en erreur. Le moderne ne connaît pas le verbe èxà^yu» ou 
ÇsTvéyw ; pour exprimer chouir, il a 8uftâ»> 

Je dois noter ici que la préposition classique l\à a été l'objet de 
deux traitements fort divers. En construction, elle est devenue yiôe : 
yià t6v xdff|jLo (ytax 5 avec les pronoms commençant j)ar une voyelle : yiar' ï- 
jx^va, ytat 1 aùto'v) ; en composition, elle est demeurée iutacte : 8u&ta, 
ôtaçopd. C'est là une règle constante dans le grec moderne, conformé- 
ment à laquelle il faut écrire en un seul mot ôtârcojix et &ajrspô$ ou 
Bia^epû. Déjà on les trouve, à peu d'exceptions près, toujours ainsi 
dans l'édition de Soncino. Les exceptions portent presque toujours 
sur les cas où les deux mots se trouvent à la fin de la ligne, et où, 
pour la commodité de la composition, le typographe se permet de 
séparer les deux éléments. Nous l'avons vu agir de la même manière 
avec icpoffçopà, xaftbOcopv), [x'.ad^ayo et dans tous les cas où l'état composé 
du mot peut être reconnu de chacun. — Mais qu'est-ce que 8iayspô<; 
ou ôt-ï^epô) ? Confrontez |iet«^apâç (qui peut aussi nous fixer sur la po- 
sition de l'accent), et vous aurez la solution du" problème : c'est une 
forme figée consistant en une préposition et en un nom au génitif, 
ordinairement au singulier, mais quelquefois aussi au pluriel, avec 
suppression du v final. Je l'appelle forme figée, parce qu'il n'y a pas 
d'exemple où les prépositions ou les locutions prépositives régissent 
un autre cas que l'accusatif *. Pour ôiâjTouc* nous donnons la même 
explication, que l'on veuille considérer cro'jia comme génitif ou 
comme accusatif 2 . Il n'est pas certain que Siaaropux et Sw^epbç ou da- 



tante (TirovoeTa âv oï; cîrévSsi et Munster, cyathos libationis, tandis qu'un siècle plus 
tard, Buxtorf traduit, d'après les rabbins, scutellas tegumenti. 

1 Dans ytà leptaç, etc. la préposition joue le rôle de conjonction. 

1 On sait que les neutres ea u.a forment leur génitif soit en àxou, soit en conser- 
vant invariable la terminaison du nominatif. Outre la quantité inûnie de pareils 
exemples d'invariabilité fournis par notre texte, on trouve cette règle confirmée par 
l'usage de la langue vivante et par maint document littéraire d'autre origine. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

xep"> se rencontrent dans d'autres monuments ; le fait est qu'ils cor- 
respondent exactement à ">3 by et à ira. 

Notre anonyme ne connaît, pas, comme Onkelos (ttD'W») et l'espa- 
gnol (apanan), la véritable signification de t]3N:7p ({xaÇtôvsi; dans Nom- 
bres, x, 25. Ce n'est que Raschi qui l'interprète correctement dans le 
sens d'arrière -carde. 

Au v. 37, ïviTO est rendu par àvdîra^E, fais reposer, comme si c'était 
une forme de naiô. Raschi cite l'interprétation analogue donnée par 
Menahem ben Sarouk. 

Au chap. xi, 1, bSNFnest rendu par etaGrAsto, il termina. L'identifi- 
cation, erronée ou arbitraire, de b^N avec nbs est évidente. 

Même chap., v. 26, ninn DîT^b? nb3 est rendu par sfcv àwzébrp àrA- 
vo» tou; ti irvoct, quand Vesprit (prophétique) se reposa sur eux. Il n'y 
aurait pas lieu de relever cette version, s'il ne s'agissait d'apporter 
une légère correction au texte de Constantinople, qui offre ici un 
mot un peu difficile, ce qui a amené M. Hesseling à adopter une 
leçon nullement fondée (ài&£«6sv). Transposez les deux dentales 
de ■panN^a (Paris et Londres) et vous aurez la forme àvaTé6r,v qu'il 
faut 1 . 

Je me rends à peine compte du àvaO'juiiTat, (■'ùn'Vttît Nombr., xv, 30), 
en considérant qu'Onkelos rend par Pâ'iE la phrase tpaja fcMïl 'n n». 
N'était l'obstacle de la forme passive ou moyenne du verbe grec, je 
n'aurais point d'hésitation. La leçon àvxfkux-câ^, il blisphème, adoptée 
par M. Hesseling, demeure sans justification. 

nrrj accompagnant rrn est un nom abstrait; notre anonyme le 
sait, et traduit en conséquence, sans séparer les deux mots. 'Aviica-J^i 
placé après nupwSià lui sert de complément, l'accusatif tenant lieu du 
génitif (voir plus haut) ; ytct [AupcoSA àvixa^ïi (sans virgule) veut dire : 
comme parfum de repos, de délassement, de délices. 

"■)3T| dans Gen., vin, 21 et ailleurs, est joliment rendu par tpfoïj, 
naturel (l'italien indole). Seulement M. Hesseling l'a défiguré en icofcn), 
par un changement de rîD"i 's en iranai 's. Un nom icof«j n'existe pas 
en grec moderne; ou n'a que tout récemment adopté, dans le monde 
littéraire, «oCkiotj pour désigner la poésie. 

npi (= pressoir, Deut., xvm, 27, et ailleurs) est bien traduit Xtivo'. 
L'édition hollandaise nous donne Xtv6, la matière textile. 

Le nom Epia est, comme un dérivé direct de tp_b brûler, traduit 
aicWa, étincelle, par l'anonyme de Constantinople; il ne se soucie 
poiut de l'idée grotesque que suscite dans l'esprit la phrase : fais 
pour toi une étincelle, et mets-la sur une perche (Deut., xxi, 8) xijxe 
èalv <j7trt)a, etc. Heureusement que pour raconter l'accomplissement de 
l'ordre divin, l'original nous dit que Moïse forgea un nOT3 XÛTX3 

1 Le i après 1'^ n'est pas bien clair, et cette dernière lettre est dépourvue de 
voyelle. SU faut conserver le premier et suppléer au défaut de la seconde, on obtien- 
dra la forme èvaTsOyjv, qui cadre avec le sens de la phrase. 



Î52 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sans quoi nous aurions assisté à la construction d'une étincelle avec 
de l'airain. 

Sur quoi s'appuie-t-il en rendant "175 (Deut., xxir, 24) par Tp«»os, 
fossé? Au chap. xxxn, le même nom est traduit cppayiot, «ppaytèç, en- 
ceinte, et cela va bien. 

L'animal qu'enfourcha Balaam pour se rendre chez le roi de Moab 
était une ânesse (y\r\X). Pourquoi l'anonyme le transforme-t-il en 
millet (jxoiAàpi) ? (Tout le long du chap. xxn). 

ûrn rî^p (même chapitre, v. 41) est traduit xty àxprj toù Xaoû, l'extré- 
mité du peuple. Pourtant il avait dans Genèse, xlvii, 2, très bien 
rendu TTitt ïiSSpjçî] par xaî u.epTixô xoù; àosptpoû; xou. (On le voit, l'accusa- 
tif est en train de remplacer le génitif dans l'expression de toutes 
espèces de rapports.) 

Nous ne lui reprocherons pas d'avoir traduit ^\D par u-ova^dî. Il ne 
le compare pas avec û*STB des livres prophétiques, mais il parlage 
en cela l'erreur d'Onkelos (""VC'?) cité par Raschi, et de l'espagnol 
(solo). 

Pour le verbe b"bn ? profaner, violer, on trouve en grec classique les 
équivalents pce^û ou -rcapaCaCvu. Notre anonyme ne connaît ni l'un ni 
l'autre; il s'en forge un, dont on ne peut pénétrer le sens sans une 
courte réflexion. Très souvent, bbn est le synonyme de "îBïi et, en effet, 
à in^r bî£ N'b on peut, sans altérer le sens de l'expression, substituer 
vini -iep N"b. Considérons en même temps que inn^ nsïj est l'opposé 
de i-D'n d^ïl mots que notre auteur rend toujours par èxûpiaxxs 16 
16yo tou, il maintint sa parole, de xupwç, valable, persistant, durable. 
Pourquoi ne pas accepter Xut&;, comme le contraire de xtfpwç? Ce 
serait un adjectif verbal de Xûw, délier ^ avec le sens de ,s^;'e£ à dé- 
nouement, à infraction ; Xtffo? Xmôç voudrait dire une parole wo» ferme, 
peu solide. De là à la formation d'uu nouveau verbe Xiraàvw (cf. 
yXut<ôvo>), ayant le sens de transgresser, enfreindre, annuler, mépriser, 
il n'y a pas loin. Voilà donc expliquées, à mon avis, l'origine et la 
signification de ce mot 'jtiîiLpbtt qui se rencontre si souvent dans 
les acceptions ci-dessus mentionnées : seulement il faudra transcrire 
par un u à la place d'un 1 l . 

Le grec moderne n'a pas de participe actif. Notre texte néanmoins 
nous en a conservé quelques résidus, qui sont comme i'écho d'une 
lutte longtemps, mais inutilement, soutenue par cette forme gram- 
maticale pour se conserver dans le parler du peuple. Un examen de 
ceux-ci ne trouverait pas de place convenable dans ce recueil, qui est 
destiné à une autre branche de recherches. On sait que, d'habitude, 
notre anonyme rend le participe actif par le présent de l'indicatif, ce 

1 On voit que je reviens ici sur ma conjecture énoncée dans la Revue en 1S90, et 
suivie par M. Hesseling, d'après laquelle le mot >itu>vu> serait dérivé de XiOoç. Il n'y 
a rien qui puisse expliquer la transformation en t d'un 6, non précédé d'une con- 
sonne. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

qui donne lieu à certaines combinaisons de mots souvent très obs- 
cures et très choquantes. Mais quand le présent peut occasionner 
des équivoques, il n'a garde de rester fidèle à son principe ; il em- 
ploie alors l'imparfait ou l'aoriste, selon l'exigence du passage. Tels 
les deux exemples suivants, où se raconte une guerre déjà advenue: 
àvdptoa. Ô7TOÙ xpaxoisav tô -rro^euo (Ï"î72pbfà!l ^bpîn ^3 DeuL, XXXI, 27) et 
jiepxtxb xtôv è^yrixav eiî xf, oxpaxeioÉ (NS^S d^Nl^H pbn V. 36j. 

Cet attachement opiniâtre à ses principes interprétatifs, nous en 
avons une preuve assez choquante dans la manière dont il traduit 
le mot "»b3. Il ne veut reconnaître pour son équivalent que àyysirf, 
nom sous lequel se désigne la vaisselle. Il l'emploie également pour 
la gibecière (Gen., xxvn, 3), pour la besace du glaneur (Deut., xxiii, 
25) et pour les armes de guerre (Deut., i, 41). 

bsn* (Deut., iv, 11) est traduit àvxdpa. Ce mot, que Du Gange et 
Coray (àxaxxa, II, p. 125) ne connaissaient que dans l'acception de 
bruit, est évidemment employé ici dans le sens de brouillard (Hesse- 
ling dit erronément obscurité). V. Paspatis, Glossaire de Chios ; Jean- 
naraki, Kprixixa fourra, et Lawndes, Modern-Greek and English Lexicon. 

se àxouasv t-tjv iptovri tou == ibip nN tf^^^'^n (iv, 36), le verbe par un 
seul mot : il ne se permet pas la circonlocution. Cf. Ep3fcH = hcX*|*v, 
Deut., xi, 4 etVroo = x^spovou.a'si (Deut., xn, 10) '. 

Il n'y a pas, à deux exceptions près, de comparatif dans toute 
l'étendue du volume. En hébreu, les deux termes de la comparaison 
sont joints l'un à l'autre au moyen de la particule 12 (qui remplit à la 
fois les fonctions d'adverbe et de conjonction), l'équivalent de àitd. 
Quoique dans une mesure plus restreinte, le grec moderne a aussi 
cette manière de former le comparatif. Notre auteur le trouve com- 
mode et en profite sans aucune limitation. Ce n'est que dans Deut., 
vu, 7, qu'il emploie la forme ôXtywxepo. Il y a un motif à cette excep- 
tion ; c'est que sans cela on pourrait supposer que l'auteur de la 
Bible a voulu affirmer que le peuple d'Israël est le produit de la 
réunion de petits contingents ethniques, fournis par les différentes 
nations de la terre*. — Dans xdXKio (Exode, xiv, 12), le comparatif est 
latent ; sans éducation littéraire on ne saurait s'en apercevoir. 

Dans Deut., ix, 21, "pria se confond, pour notre anonyme, avec 
■pria ; il traduit àXsçyuivo, moulu. 

Un autre rare exemple de changement de temps par un désir de 
clarté nous est donné par Wlto? qui est traduit par le présent 

1 S'il était initié au grec littéraire, il aurait adopté x).epo8oxeï pour ce dernier par- 
ticipe. 

2 Considérez, en effet, la différence entre èoeïç xo ôXtytoxepo àrco o),a xà è'6vr) du 
texte, et èaeïç xo ôXîyo àuo ôXa xà ëôvy} qu'on obtiendrait par une version conforme à 
l'habitude générale. — Les exemples, cités par M. Hesseling, de comparatifs par 7i),tà 
(Introduction, p. xlvii) ne sont qu'apparents. Dans rcXià va lôài (Exode, x, 29) et va 
u,Y] Çayopaaxïi rcXià (Lévit., xxvn, 20), l'adverbe dénote le temps, il n'est pas même 
nécessaire d'en appeler à l'original (*Tiy) ; le grec à lui seul sui'ût à nous en con- 
vaincre. 



154 REVUE DES ETUDES JUIVES 

xdxTouv, ils brûlent : il s'agit de la coutume qu'avaient les gentils de 
brûler leurs eufants en l'honneur de la divinité. 

p^Jfl p::'n xv, 14, xcûpurpLÔ va x M ? iar ^ est d'après Onkelos : NÇ^IBM 
©"non ; l'espagnol : cargar, cargar us. Raschi tâtonne en cet endroit. 

npa nb53> xxi, 3 et suivants, est rendu par [xfoxo pouxdXto, veau, 
etc., au lieu de ôajxaXtôa, génisse , nom connu de lui. 

Dans la traduction de "VâSFi (xxiii, 16) par àitox^sbif,?, de ^ v £? et 
"îjtôa (v. 20) par va 6aj>tû»^ç et oi^xiop.*, de mrp^S) "do (xxiv, 3) par 
^apx\ xctyijiou, il se montre l'esclave de l'étymologie. Notons, en pas- 
sant, que le mot $i$\(o pour livre n'existe pas dans le parler familier, 
X<*pTl en tenait la place en 1547. Un argument à ajouter contre l'ins- 
truction littéraire profane de l'auteur. 

ï"n&ï"f N^iflj dans Deut., xxviii, 38, est rendu par va pvaVr,-. ^ **> 
^copâ-ft, tic produiras dans te champ; l'espagnol dit de même sacaras à 
elcampo. C'est fautif: Pn : £~ nom féminin est le sujet de SOSin. 

Le grec ignore l'équivalent de batbaç (v. 42) et le reproduit tel 
quel; l'espagnol, au contraire, a el langostino. 

ùP*rrN byn '~ û©mi. xxix, 27, est traduit par x«t àicé-srixé touç, il 
Ztfs délaissa: c'est l'eflet de la confusion de "ans avec ©D5. Le d&- 

— T - T* 

guesch du n se prêtait à merveille à la bévue. L'espagnol : y esmoviô 
los. Oukelcs, cité par Raschi, ï^babai. 

Dans Deut., xxxi, S, T\^1 sb ne forme pas, pour notre traducteur, 
une tautologie avec ÏWTJ^ ttb. Il rapproche le premier de ces verbes 
de l'adjectif npn faible, et le rend en conséquence : v* jxr, aï à/z\iv(rr t , 
il ne te rendra pas faible. 

ï©"n du v. 20 est rapproché de &&% V herbe tenire de la prairie, et 
traduit va Tpuœepidvifl, il deviendra délicat. 

Nous croyons avoir ajouié un petit chapitre à l'histoire de l'exé- 
gèse bihlique au moyen de C3s notes, dans lesquelles nous avons re- 
levé les points les plus saillants de la version constanlinopolitaine. 
Quant à l'exégèse même, elle n'a certainement pas retiré un profit 
appréciable d'un document, qui ne peut servir que comme terme de 
comparaison pour mieux nous faire comprendre les services rendus 
aux études bibliques par les grandes écoles d'Occident, où un souille 
puissant de science et de critique dominait les esprits. En revanche, 
la valeur linguistique de notre monument est incontestable, parce 
qu'il a l'avantage de nous offrir uue langue qui n'a, en aucune façon, 
éprouvé l'influence des efforts savants. Personne ne voudra plus 
croire, je suppose, que notre traducteur ait reçu une éducation tant 
soit peu littéraire eu ce qui concerne le grec. C >mme ses coreligion- 
naires, il menait une vie casanière dans les recoins du Ghetto, sans 
venir jamais en contact durable avec les Grecs de religion chrétienne 
qui vivaient à Constaminople. Pourtant, l'usage de la laugue 
grecque chez les premiers habitants Israélites de Gonstantinople était 



BIBLIOGRAPHIE 155 

très ancien ; il datait d'une époque où la persécution et l'antipathie 
mutuelle ne s'étaient pas encore fait jour. Sauf quelques termes rela- 
tifs au culte qu'ils devaient avoir en propre — comme les chrétiens 
avaient les leurs — les Israélites de cette région parlaient la langue 
commune à tout le peuple avant que celle-ci entrât dans la phase 
byzantine. Ils ressentirent avec les autres les effets des changements 
phonétiques, de l'évolution de la morphologie, et de la syntaxe ; et 
lorsque même les nouvelles lois de restriction séparèrent les deux 
races, l'isolement n'était ni assez strict ni assez continu pour déter- 
miner deux modes différents d'évolution. 

Nous avons tâché de démontrer dans la première partie de cette 
étude que, pour la phonétique et la morphologie, il n'existe pas de 
phénomènes particuliers à ce monument; nous le ferons encore mieux 
quand nous reviendrons sur ce texte, dans des recueils où l'on 
pourra traiter avec plus de détails les questions qui intéressent plus 
directement la linguistique ; notre tâche, ici, était d'examiner ce qui 
tient plus spécialement à l'hébreu. Pour la syntaxe, nous avons été 
le premier à prévenir les hellénistes quelle se ressent beaucoup de 
l'original, mais nous ne pouvons aucunement partager l'avis de 
M. Hesseling, qui relègue dans la catégorie des hébraïsmes tout fait 
qui, pour être expliqué, réclame une étude un peu soigneuse. La ques- 
tion du génitif pluriel surtout, qui tend à être représenté par l'accu- 
satif, est une de celles qui méritent le plus notre attention. Certaines 
irrégularités, et elles ne sont malheureusement pas en petit nombre, 
ne sont qu'apparentes et ne dérivent que de la hâte avec laquelle 
l'éditeur hollandais a accompli sa besogne. Avec plus de temps, plus 
de circonspection, maintes difficultés auraient été aplanies sans trop 
de peine. M. Hesseliug a fait son édition sans s'être préalablement 
assuré d'une familiarité intime avec la langue de l'original ; il a 
vu des abîmes là où il n'y eu avait pas; en revanche, il y a des acci- 
dents du sol dont il ne s'est pas aperçu et il s'y est heurté non sans 
dommage. En ce qui concerne le grec même, il n'a pas toujours été 
heureux ; la théorie n'est pas doublée en lui de cette connaissance 
pratique de la langue qui éclaircit bien des points obscurs et dissipe 
tant de doutes. 

Bref, son travail, quoique conçu dans une intention louable, n'a pas 
atteint son but, et ne réalise que d'une façon très incomplète le vœu 
exprimé par tant de savants d'avoir enfin une édition lisible du Pen- 
tateuque grec de Gonstantinople f . 

Manchester, juillet 1897. 

Lazare Belléli. 

1 Pour la collation du texte, nous nous sommes servi de l'exemplaire de Paris 
jusqu'à la fin de l'Exode ; de celui de Londres pour tout le reste, sauf les chap. xxvi- 
xxxiv du Deutéronome, pour lesquels nous avons mis à contribution les deux exem- 
plaires d'Oxford. M. Gaster nous a l'ait voir le sien, mais le temps nous a manqué 
pour le parcourir; il ne présentait, d'ailleurs, rien de particulier, comme c'est le cas 
pour tous les autres. Assurément, les variantes offertes par l'exemplaire de Breslau 



156 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Publications de la Société littéraire Israélite de Hongrie : 

1° A Zsidok tôiténete Sopronban (Histoire des Juifs à Sopron-Oedenburg, depuis 
les temps les plus ancieus jusqu'à nos jours), par M. Pollak, Budapest, 
Lampel, 1896; in-8° de 379 p. 

2° Alexandriai Philo jelentése a Cajus Caligulanal jart Kûldôttségrôl (traduction 
hongroise de la Legatio ad Caium, de Philou d'Alexandrie), par Salomon 
Sciiill. Ibid., in-8° de xni-100 p. 

3° Tâlmudi életszabalyok es erkôlcsi tanitasok (Préceptes moraux tirés du Talmud), 
traduits de l'hébreu par Samuel Krausz. Ibid., 55 p. 

4° Evkônyv, Kiadja az izr. magyar irodalmi tarsulat (Annuaires de la Société litté- 
raire israélite de Hongrie), 1895-1897 ; les deux premiers rédigés par MM. Bâ- 
cher et Mezey, le troisième par MM. Bâcher et Banoczy. Ibid., 483, 372 
et 365 p. 



Avant de rendre compte des premières publications de la Société 
littéraire israélite de Hongrie, il nous semble nécessaire de dire un 
mot de la vie intellectuelle des Israélites dans le royaume de Saint- 
Etienne et de l'état des études juives dans ce pays. L'émancipation 
des Juifs hongrois date de l'année du dualisme — 1867 — , mais c'est 
un peu avant les l'êtes du Millénaire — 1896 — que furent votées les 
lois politico-ecclésiastiques qui ont assimilé le culte juif aux autres 
cultes reconnus par la loi : le judaïsme n'est plus toléré, il est, comme 
on dit là-bas, reçu. Pendant les trente ans qui séparent le dualisme 
du Millénaire, la situation des Juifs est devenue tolérable, on pour- 
rait même dire bonne, en faisant abstraction des quelques années 
pendant lesquelles le déplorable procès de Tisza-Eszlar (1882-83) a 
jeté de nouveau le trouble dans les âmes. 

Déjà avant l'émancipation, les Juifs hongrois s'étaient distingués 
par leur patriotisme éclairé. On sait la part active qu'ils ont prise 
dans le mouvement révolutionnaire de 1848-49, lorsque le pays se 
souleva contre le joug autrichien. La rançon que les Israélites durent 
payer, après la défaite, pour leur participation à cet acte héroïque, 
fut assez considérable. Ce n'est qu'en 1876 que le gouvernement la 

comparé à celui de Paris sont intéressantes et indiquent un esprit novateur, elles 
rendent les passages plus clairs et plus conformes au génie du grec. Je ne saurais 
pourtant admettre qu'il s'agisse d'une édition ditlerente, mais je serais tenté de sup- 
poser quelque chose comme la réimpression partielle des premiers feuillets de la 
Genèse, les plus sujets à être abîmés par les lecteurs. L'imprimeur n'aura pas hésité 
à accepter certaines modifications proposées par un maître. Déjà Pexemplaire de 
Paris porte en marge une ou deux corrections laites à la main, qui figurent dans la 
partie imprimée de l'exemplaire de Breslau. Parmi les variantes du livre des Nom- 
bres, la seule qui mériterait quelque considération est celle du chap. v, v. 21, si 
elle existait réellement. D'après M. Hesseling, p. 272, note, l'exemplaire de Paris 
aurait ô 6eb; 6 xûptoç au lieu de ô xûpio; ; je n'y ai rien trouvé de pareil. Les autres 
variantes ou n'existent point, ou peuvent provenir des causes mentionnées par M. Hes- 
seling, p. 5 de l'Introduction. 



BIBLIOGRAPHIE 157 

leur restitua pour la fondation du Séminaire de Budapest. La création 
de cette haute Ecole marque une date. Tandis qu'auparavant, les rares 
jeunes Hongrois, qui se destinaient au rabbinat, étaient forcés d'aller 
faire leurs études à Breslau, en revenaient, en grande partie, germa- 
nisés; que des rabbins étrangers, ne sachant même pas la langue du 
pays, remplissaient leurs fonctions dans les plus grandes commu- 
nautés; qu'un rabbin, hongrois de cœur et d'esprit, comme Loew, 
était une exception, — on forme depuis vingt ans des pasteurs d'un 
esprit magyar, libéral, ouvert à toutes les réformes compatibles avec 
le dogme. Si la partie nord-est du pays reste encore rebelle, boude le 
Séminaire et se contente de chefs formés dans les yeschibot, le centre 
et la partie ouest sont conquis aux idées de réforme. Là, le sermon 
allemand est presque partout remplacé par le sermon hongrois. Les 
barrières que la haine et l'ignorance ont élevées entre les Juifs et les 
autres cultes commencent peu à peu à tomber, et tout présage un 
avenir encore meilleur. 

Les Juifs instruits — médecins, avocats, journalistes et professeurs 
— de la capitale furent les premiers à comprendre que, pour établir 
une bonne entente, le meilleur moyen est le travail intelligent, et 
non des querelles oiseuses. Deux professeurs du Séminaire, M. Bâ- 
cher, bien connu des lecteurs de cette Revue, et M. Banoczy, membre 
de l'Académie hongroise, avaient fondé, à cet effet, en 1884, la Magyar 
Zsidô-Szemle, revue trimestrielle, qui a réuni en un faisceau toutes 
les bonnes volontés. Mais, pour agir plus efficacement, on organisa, 
sur le modèle de la Société des Etudes juives de France, la Société sus- 
mentionnée qui, par des conférences, par l'impression de travaux de 
longue haleine et par son Annuaire, représente, d'un côté, les intérêts 
du judaïsme hongrois, et, de l'autre, donne une nouvelle impulsion 
aux études hébraïques. Cette Société, fondée en 1894, a déjà entrepris 
la traduction hongroise de la Bible, dont certaines parties seulement 
ont été traduites jusqu'ici, par des savants israélites. Le travail est 
distribué entre plusieurs rabbins, anciens élèves du Séminaire de 
Budapest, et tout fait espérer que cette version sera à la hauteur de 
l'exégèse moderne. / 

Les volumes que nous annonçons aujourd'hui montrent, dans leur 
variété, qu'il suffît d'une initiative intelligente pour mettre au jour 
de beaux travaux. Nous tenons surtout à rendre compte du premier 
ouvrage, couronné par la Société, et qui retrace d'une façon très inté- 
ressante la vie des Juifs dans une ville hongroise depuis les temps 
les plus anciens jusqu'à nos jours. 

Il est très probable que lorsque les Hongrois, il y a mille ans, 
prirent possession de l'ancienne Pannonie, il y avait déjà des 
Israélites dans ce pays. Le savant historien des Juifs en Hongrie, 
M. Samuel Kohn, grand-rabbin de Budapest, a même établi que parmi 
les conquérants il devait se trouver des tribus juives. Les Magyars, 
avant d'arriver en Pannonie, étaient intimement liés avec les Kha- 
zares, qui avaient embrassé, au vm e siècle, le judaïsme. Les sources 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

historiques hongroises parlent souvent de familles Khazares qui ont 
quitté leur pays pour se joindre aux Magyars. Mais les documents, 
au moins pour Sopron, font défaut. Ce n'est que dans une ordonnance 
ro3'ale de 1324 que nous trouvons mentionnés les Juifs de cette 
contrée. Le roi Charles-Robert (1308-42), de la maison d'Anjou, 
permet aux Israélites qui étaient alors « liberae conditiouis » de s'é- 
tablir à Soprou. Mais cette ville, à la frontière autrichienne, peuplée 
d'Allemands et non de Magyars, leur a toujours rendu la vie dure. 
Une première expulsion eut lieu sous Louis-le-Grand, fils de Charles- 
Robert, qui, ne pouvant convertir les Juifs, décréta de les chasser 
(1360). Mais l'exil ne dura que quatre ans; la communauté de So- 
pron, qui s'était réfugiée à Wiener-Neustadt, situé sur le territoire 
autrichien, revint alors dans le pays. Jusqu'à la bataille de Mohàcs 
(1526), les Juifs purent y vivre en tranquillité, soumis seulement à 
une taxe, vaquant aux métiers les plus différents. Leur vie intellec- 
tuelle devait atteindre un certain degré. On accuse souvent les Juifs 
hongrois du moyen âge d'être restés ignorants. On ne peut pas 
adresser ce reproche aux Soproniens. D'après les traces que M. Pol- 
lak a trouvées dans les archives, les Juifs de cette ville ont étudié la 
Mechilla , le Talmud babylonien — sans commentaire — , quelques 
travaux de Moïse Maïmonide. Les maigres restes de ces livres em- 
ployés par le magistrat de Sopron à relier les livres de comptes de la 
ville, en font foi. Plusieurs rabbins de la communauté ont été de 
grands savants, tels Meïr, Kalman, Gedl et Juda. Le nombre des 
Juifs, au commencement du xvi e siècle, était de quatre cents environ; 
ils ne vivaient pas dans un ghetto. 

La grande calamité pour les Juifs hongrois, au moins pour ceux de 
Sopron, Presbourg et Bude, commence avec l'avènement des Habs- 
bourg (1526). Le dernier roi de la maison des Jagellons, Louis II, 
avait épousé Marie, fille de Philippe, roi de Castille, et sœur de 
Charles-Quint. Tant que son mari vécut, elle ne put rien contre les 
Juifs, mais après la mort du roi, tombé à la bataille de Mohàcs, elle 
donna libre carrière à sa haine. Les troubles intérieurs qui éclatèrent 
après la victoire des Turcs favorisèrent ses desseins, partagés, d'ail- 
leurs, par son frère Ferdinand I er . Tandis que les Turcs faisaient pri- 
sonniers les Juifs de Bude, la reine, sollicitée par les habitants ra- 
paces et endettés de Sopron, qui accusaient les Juifs de servir les 
intérêts des Turcs, décréta leur exil (1526). Rien de plus navrant que 
les péripéties du procès intenté par la communauté au magistrat de 
Sopron, et qui dura huit ans. C'est la partie la plus intéressante du 
volume, car tous les actes du procès étant encore conservés, M. Pol- 
làk a pu entrer dans les détails de la procédure. Elle ne fait pas 
grand honneur au roi catholique qui, quatre fois, changea d'avis. Le 
jugement du 12 octobre 1527 imposait bien aux Soproniens de payer 
leurs dettes aux Juifs, mais le roi, pour obtenir les bonnes grâces de 
la ville, ratifia finalement (1534) l'acte inique commis huit ans au- 
paravant. La couronne, qui voulait partager le butin, se vit frustrée 



BIBLIOGRAPHIE 159 

de sa part; le magistrat accapara tout. Les Juifs chassés se mirent 
alors sous la protection de deux seigneurs des environs : Mathias 
Teuffel et Jean Weisspriach, qui prirent en mains leurs intérêts; 
toutes les fois qu'ils pouvaient s'emparer d'un bourgeois de Sopron, 
ils l'incarcéraient et le forçaient à payer ses dettes. C'est grâce aux 
seigneurs et aux nobles que les Juifs ont pu rester en Hongrie sous 
la domination des Habsbourg. Souvent on décréta leur exil, mais 
personne ne respectait les édits royaux. La noblesse gardait les Juifs 
parce qu'ils lui payaient régulièrement les impôts et s'occupaient à 
faire rentrer dîmes et corvées. Puis, on avait besoin d'eux pour le 
commerce et les transactions; les habitants de Sopron eux-mêmes, 
qui ne leur permettaient même pas de passer une nuit dans la ville, 
venaient les trouver dans les cinq villages où ils s'étaient établis, 
pour leur emprunter de l'argent. Au xvii° siècle, ces villages — ap- 
pelés plus tard dans les actes mbnp Wnn — firent partie du domaine 
des comtes Eszterhazy, qui, par leur autorité et leur grande in- 
fluence, obtinrent du magistrat de Sopron la permission, pour leurs 
sujets juifs, de venir dans la ville vaquer à leurs affaires, les jours de 
marché. 

L'exil dura ainsi jusqu'à la fin du xvm e siècle. En 1791, deux Juifs 
purent s'établir dans la ville. Les idées propagées par la Révolution 
française trouvèrent un faible écho dans la Diète de Presbourg de 
4790-91. On demandait l'admission des Juifs dans toutes les villes 
d'où ils étaient bannis. Les députés de trois villes seulement s'oppo- 
saient à ce projet; c'étaient ceux de Sopron, Pozsony-Presbourg et 
de Locse — Leutschau — : en somme toutes villes allemandes. Peu à 
peu les Juifs revinrent à Sopron; en 1830, il y en avait 37, et en 
1840, la communauté actuelle put se constituer. Elle prospéra; on 
comptait en 1891, 1632 Israélites, qui ont une belle synagogue, une 
école communale et plusieurs institutions philanthropiques. — 75 do- 
cuments inédits sont ajoutés à ce volume intéressant; ils sont en 
allemand et en latin, donc accessibles à l'étranger. 

Nous n'avons que peu de mots à dire des autres volumes. La tra- 
duction delà iipsajkîa wpèç ràïov par M. Schill, professeur au séminaire, 
accompagnée d'une bonne introduction est exacte, coulante et enri- 
chit la littérature philologique hongroise, car c'est la première œuvre 
de Philon qui soit traduite en hongrois. — Les « Préceptes moraux 
tirés du Talmud » sont la traduction du Traité Dérech Erèç, qui se 
trouve dans les éditions du Talmud. C'est un véritable trésor de phi- 
losophie pratique dont l'étude, selon Zunz, est profitable même de 
nos jours. M. Krausz a traduit le Traité d'après les textes de Tawrogi 
(Kônigsberg, 1885) pour le «Dérech Erèç zuta », et du Machsor Vitry 
(Berlin, 1893) pour le « Dérech Erèç rabba ». — Les beaux volumes 
de l'Annuaire contiennent, outre les actes de la Société, une foule 
d'articles intéressants, où l'utile se mêle à l'agréable. Les poètes juifs 
donnent des morceaux d'un bel élan et des traductions fort réussies 
de Salomon ibn Gabirol, de Juda Halévi, de Juda Alcharizi; une dame, 



160 REVUE DES ETUDES JUIVES 

M lle Irène Cserhalmi, contribue au volume par deux nouvelles de la vie 
juive. Parmi les articles scientifiques nous relevons : (tome I) Bauoczy : 
Toldi et la Bible, où le savant professeur réunit les expressions bi- 
bliques dont le poète national Jean Arany (1817-82) s'est inspiré dans 
sa belle épopée Toldi; Kaufmaun : Un témoin oculaire de la reprise de 
Bude en 4686, élégie d'Isaac Schulhof, qui a décrit le sac de Bude par 
les soldats autrichiens, qui tuèrent et pillèrent les Juifs et brûlèrent 
les Synagogues ; Bernstein : Le rôle des Juifs dans la Révolution de 
4848-49 ; Radô : Traduction envers de Vépisode « Joseph et Putiphar » 
du Schahnaméh; Neumann : L'influence de la religion Zende sur le 
judaïsme ;Weissburg : La philanthropie chez les Juifs d'après le Talmud; 
Bâcher : La Société des Etudes juives en Francs (p. 404-421), fondation et 
travaux de cette Société, qui a servi de modèle aux Juifs hongrois. — 
(Tome II). Bâcher: Ll y a mille ans; aperçu plein d'érudition sur la 
situation des Juifs à la fin du ix e siècle; S. Kohn : Sources historiques 
hongroises concernait les Juifs; l'édition de ces Sources est au pro- 
gramme de la Société et commencera bientôt ; Klein : Pharisiens et 
Sadducéens dans leurs rapports avec les Macchabées ; Bernstein : La 
« Tragédie de VHomme » de Madach et la littérature juive, montre ce que 
Madach (1823-64) doit à la Bible et particulièrement au livre de Job ; 
Waldapfel : La Bible dans la pédagogie moderne; Neumann : Jugements 
des écrivains grecs et romains sur les Juifs, compte rendu élogieux du 
livre de M. Th. Reinach édité par la Société des Etudes juives; Beck: 
Le péché originel dans la littérature juive ; Pollak : Documents pour 
servir à Vhistoire de la rouelle. En Hongrie, les Juifs furent forcés de 
porter la rouelle sous le premier roi de la maison des Habsbourg, 
Ferdinand I (1526-64). Au moyen âge, on n'en trouve pas de trace 
dans les sources historiques. Bùchler : Le Consistoire israélite en 
Hongrie aux xvn e et xvin siècles ; Kecskeméti : La légende du Juif 
Errant dans la littérature hongroise; Goldschmid : L'iconographie des 
patriarches an moyen âge. — (Tome III) Séance solennelle du Millénaire, 
avec un discours remarquable de Karman, professeur à l'Université, 
sur la Vie nationale et confessionnelle; Alexander: Objets du culte 
israélite à l'Exposition du Millénaire; Kecskeméti : Cérémonies funé- 
raires dans l'ancien Israël; Fischer : Règles anciennes sur le maintien 
dans les synagogues ; Acsady : Les Juifs hongrois de 4755 à 4738; 
Bloch : Le Congrès du Sanhédrin en France soies Napoléon L eT ; Krausz : 
Le grand Concile — Ansché Kenèszeth hagedola— ; Frisch: Influence 
szefarde sur les Juifs hongrois. 

La lecture de tous ces mémoires nous montre que cet Annuaire 
est dirigé dans un esprit éminemment scientifique. Souhaitons à la 
jeune Société de poursuivre son œuvre sans obstacle et d'atteindre 
le noble but qu'elle s'est proposé ! 

J. Kont. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



LA PHYSIQUE D'IBN GABIROL 



Bien que l'étude des scolastiques ait plus préoccupé les érudits 
et les théologiens que les philosophes, les docteurs du moyen âge 
ne méritent peut-être pas tous l'abandon et l'oubli. On a trop accou- 
tumé de ne voir, au sein des écoles si fréquentées de ce temps, 
que des tournois logiques, dont le vainqueur fait triompher avec 
lui une nouvelle subtilité nominaliste ou un réalisme un peu plus 
mystique : la lutte de Roscelin et d'Abélard demeure pour beau- 
coup le meilleur tableau de la vie philosophique en France avant 
la grande rénovation cartésienne. Certes, le syllogisme est resté 
longtemps Tunique instrument de recherche ; mais, si la logique 
passe pour être la science par excellence aux débuts de la scolas- 
tique, plus tard elle n'est plus qu'une méthode générale. Le début 
du xm e siècle marque cette véritable révolution, qu'il n'est pas 
illégitime de comparer à la Renaissance du xv e siècle, qu'elle seule 
a rendue possible. Ici et là, les causes sont analogues. S'il est juste 
d'observer que de grands faits contribuèrent largement à déve- 
lopper et à répandre les idées nouvelles entre 1450 et 1600, il n'est 
pas moins vrai que le retour aux pensers antiques fut la raison 
profonde et décisive de cet épanouissement. Vers l'an 1200, la 
carte de l'univers n'a pas été élargie par d'importantes décou- 
vertes; pour longtemps encore les livres sont des manuscrits, 
c'est-à-dire des objets précieux et rares : la diffusion des idées 
nouvelles, très lente, peut être dirigée et restreinte, au contraire 
de ce qui arrivera deux ou trois siècles plus tard : c'est une ré- 
volution qui se fait uniquement dans les idées et par les idées. 
Jusqu'à ce moment, on avait connu la philosophie hellénique 
surtout par le Timée, par deux ouvrages d'Aristote, X Interpré- 
tation et les Catégories^ par V Introduction de Porphyre et les 
commentaires de Boèce. Les discussions sur les universaux avaient 
épuisé l'intérêt des ouvrages logiques, et lorsque le mysticisme 
de l'école de Saint- Victor eut terminé sans peine ces luttes dia- 

T. XXXV, n° 70. U 



162 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lectiques dont l'éclat nous étonne, le dogmatisme de la foi parut 
établi définitivement. C'est alors que tout fut remis en question 
par l'infiltration progressive des écrits grecs, quelques-uns venus 
directement de Gonstantinople, mais le plus grand nombre trans- 
mis d'Orient par les Arabes aux Juifs, qui aidèrent à les tra- 
duire en latin. Traductions, commentaires ou systèmes origi- 
naux, l'influence de ces écrits fut grande ; encore que la plupart 
d'entre eux eussent fortement subi l'empreinte alexandrine, faute 
de critique, on crut y voir la main ou la pensée de Platon et 
d'Aristote, et l'autorité de ces noms leur fut acquise. Ils appor- 
taient à l'Occident, avec les compléments si désirés de la logique 
péripatéticienne, de merveilleuses vérités concernant la nature, 
l'âme, l'être, de sorte qu'aux discussions plus raffinées que va- 
riées de l'époque antérieure ils firent succéder les vastes cons- 
tructions métaphysiques dont l'esprit devait vivre désormais jus- 
qu'à nous. Ne serait-il pas intéressant de pénétrer le sens, de 
suivre la fortune de chacun de ces livres judéo-arabes, ou plutôt 
de sa version latine, de mesurer son influence propre, de le voir 
discuté dans les écoles? Du moins essayerons-nous ici d'exposer 
en partie un de ces systèmes, celui de cet^ Avicembron cité avec 
éloge par Albert le Grand et retrouvé par Munk dans Ibn-Gabirol î . 
Un ouvrage, traduit en latin sous le nom de Fons Vitœ, nous 
donne une bonne part de la philosophie et peut suffire à l'esquisse 
d'une physique d'Avicembron. L'intérêt qu'on peut prendre à con- 
naître cette physique naît de la nouveauté presque complète d'une 
physique au xm e siècle, alors que le Timèe était Tunique théorie 
du monde. D'ailleurs, dans le Timèe on trouvait plutôt une cosmo- 
gonie qu'une physique proprement dite. Or, le Fons Vitœ consi- 
dère les êtres créés, dans leurs substances, dans leurs mouvements 
et dans leurs relations. C'étaient là, pour les docteurs de l'Occi- 
dent, des choses entièrement neuves et capables d'exciter la cu- 
riosité et les passions; pour nous, l'intérêt historique seul subsiste. 
On respectera la pensée d'Avicembron, en la suivant dans son 
double mouvement, du tout aux parties, et inversement des élé- 
ments à l'ensemble. 

Avicembron distingue trois parties dans la science 2 : la pre- 
mière traite de la matière et de la forme universelles, la seconde 
de la Volonté créatrice, la dernière de l'Essence divine ; chacune 

1 Ihu-Gabirol est Doramé par les écrivains latins Avicebron et Avicembron ; la 
transition s'est faite par une forme intermédiaire, Avencebrol, due aux traducteurs 
du Fons Vit a. 

2 Fons Vitœ, éd. Cl. Baeumker, Munster, 1895 ; page 257-ligne 11. 



LA PÏ1YSIUUR D'IBN frAP.IP.OL 163 

est un degré qu'il faut franchir pour atteindre la suivante. La 
Volonté et l'Essence divine échappent au Fons Vitœ, qui porte 
seulement sur la matière et la forme universelles, et de cette pre- 
mière partie, la physique, au sens ordinaire du terme, ne sera 
encore qu'une subdivision. En eîfet, la matière et la forme univer- 
selles n'embrassent pas les seuls corps: tout ce qu'a créé la Volonté 
est composé de matière et de forme ; or, toute forme existe dans 
la forme universelle, comme toute matière dans la matière uni- 
verselle ; celle-ci, en particulier, est douée d'une indétermination 
radicale : tout se retrouve en elle, toute détermination ou forme 
lui est indifféremment applicable. Ainsi, la matière et la forme, 
« ce qui soutient et ce qui est soutenu », sont le tissu de toutes les 
substances, soit intelligibles, soit sensibles. De ce point de vue les 
substances simples ne diffèrent pas des composées; en effet, sauf 
la Volonté et l'Essence divine, il n'existe que des matières et des 
formes, et une forme non soutenue est aussi impossible qu'une 
matière non déterminée par une forme. Les cinq substances sim- 
ples 1 , nature, âme végétative, âme animale, âme rationnelle et 
intelligence, ont chacune leur matière et leur forme, comme les 
substances du monde corporel, dont elles se distinguent profon- 
dément en ce qu'elles ne sont pas objet de sensibilité, mais d'en- 
tendement, du moins à les prendre en soi : la faculté de sentir ne 
les atteint que descendues dans les substances composées qui for- 
ment l'univers des corps. Par rapport à cet univers, elles se pré- 
sentent à la fois comme des substances intérieures et comme des 
causes 2 , comme les supports secrets des choses physiques et 
comme les agents invisibles de toutes les actions qui s'accomplis- 
sent ici-bas. Tout en nous renfermant dans la physique ou con- 
naissance des substances composées il nous sera souvent néces- 
saire de faire appel aux substances intelligibles qui s'expriment 
dans l'univers physique, comme les Idées platoniciennes, qu'elles 
rappellent, se déterminent dans les objets sensibles. 

Dans ses grandes lignes, la philosophie d'Avicembron, mélange 
alexandrin des systèmes classiques, imite la hiérarchie de Proclus 
en superposant à Platon Aristote, en prenant au platonisme le 
monde des intelligibles, au péripatétisme le monde sublunaire. 
Les substances composées dont est formé ce monde se ramènent 
à une substance unique, dite des neuf catégories. Image affaiblie 
du « Factor primus », la substance des neuf catégories est l'extré- 
mité inférieure des choses, l'aboutissement final de l'acte créateur 



1 Op. cit., p. 69-1. 17. 
» 7A„ 129-22. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par lequel, à travers les cinq substances simples, des profondeurs 
mystérieuses de la Volonté jusqu'aux corps visibles émane l'Unité, 
parfaite d'abord, mais indéterminée, puis se déterminant de plus 
en plus en renonçant peu à peu à sa perfection. En sens inverse, 
a substance des neuf catégories est la première des substances 
intelligibles l ; elle rattache le monde corporel au monde spirituel 
et permet de connaître les choses occultes, celles qui échappent 
aux sens. Substance intelligible, elle porte directement les formes 
sensibles; sa forme est la quantité; par suite, elle est passive, à 
la différence des substances supérieures, car une substance n'agit 
que par sa forme 2 , et la quantité, loin de provoquer le mouve- 
ment, lui fait obstacle : c'est malgré la quantité et grâce à l'éner- 
gie spirituelle qui pénètre partout que les corps se meuvent. 
D'ailleurs, toute activité dérive de la Volonté ; la substance des 
neuf catégories, la plus éloignée de la source vive des forces, ne 
garde rien de la spontanéité primitive qui préside à l'émanation : 
elle est inerte. Elle l'est nécessairement, car l'ordonnance des 
choses exige au-dessus du moteur mobile un moteur immobile, 
au-dessous un mobile non moteur : ce système mécanique, em- 
prunté à Aristote et fondé sur la finité absolue de l'univers et du 
mouvement, élimine du monde sensible toute spontanéité ; la subs- 
tance des neuf catégories ne serait motrice qu'à la condition de 
mouvoir une substance inférieure, laquelle, en fait, n'existe pas. 
Le dernier moteur est la Nature, qui est pour la substance non 
motrice à la fois une cause et un « lieu ». Mais qu'est-ce que le 
lieu d'une substance, qui n'étant pas corporelle, ne peut s'étendre 
en autre chose? 11 faut distinguer du lieu sensible, ou lieu des 
corps, le lieu intelligible ou lieu des simples; le premier sup- 
pose la quantité, qui existe par la substance des neuf caté- 
gories sans pourtant lui être applicable , ' puisque cette subs- 
tance est inconnue à la faculté de sentir ; le second lieu est le 
rapport qui se découvre entre la cause et l'effet, entre l'Idée 
qui explique et celle qui est expliquée ; c'est le sens tout spirituel 
dans lequel nous disons qu'une propriété réside dans une série de 
nombres, un état d'âme dans l'âme ; c'est aussi la manière dont 
toutes choses subsistent dans la science du créateur, dont les 
substances intelligibles sont situées les unes dans les autres, dont 
la substance des neuf catégories a pour lieu la Nature et, par 
delà la Nature, les autres substances simples. Le lieu intelligible 
expliquant l'essence de la chose située, il y a une relation perpé- 



1 Op. cit., p. 40-1. 2. 
a là., 237-25. 



LA PHYSIQUE D1BN GABIROL 165 

tuelle entre ce que les sens perçoivent et ce que comprend l'esprit : 
les sensibles sont constamment les signes directs des noumènes. 
Les neuf catégories de l'univers corporel signifient neuf existences 
dérobées aux sens et retrouvées par l'intellect au sein des subs- 
tances spirituelles. Renouvelées d'Aristote, les catégories ne ren- 
ferment pas toute la réalité ; en effet, si elles épuisent le monde 
sensible, ce dernier n'épuise pas la totalité du réel ; chacune des 
catégories imite une entité supérieure et plus riche d'être l : le 
tempus est l'expression terrestre de l'éternité ; Yagens, celle de 
l'activité créatrice : le patiens, de la réceptivité générale des 
matières qui permet la création ; la relatio symbolise les rapports 
de cause à effet organisés parmi les noumènes ; la qualitas est 
l'image des différences qui distinguent les sphères supérieures. . . 
Loin d'être indifférent, le lieu métaphysique de la substance des 
neuf catégories révèle l'enchaînement de la création, où tout se 
tient, tout se ressemble, depuis l'Eternel créateur jusqu'à la créa- 
ture inerte qu'enveloppent concentriquement les cercles des 
substances spirituelles. 

Telle est la situation intelligible ou métaphysique des choses 
corporelles : elles s'étendent depuis la Nature jusqu'au centre du 
Tout. D'autre part, le monde des corps ne peut avoir de lieu sen- 
sible puisqu'il est lui-même le lieu, sensible de tous les lieux sen- 
sibles : physiquement, il est en lui-même, ce qui ne nous apprend 
rien. Tout ce que nous pouvons faire est de nous servir de nos 
sens pour observer ce qui, physiquement, répond à ces mots : 
l'univers sensible. Jusqu'où s'étend le plus perçant de nos sens, la 
vue, jusque-là ira cet univers, en quelque sorte par définition. 
Or, la vue embrasse la voûte céleste et ne la dépasse pas ; le ciel 
est donc la limite sensible que nous cherchons 2 . Il sépare les 
formes corporelles des spirituelles 3 , ce qui se voit de ce qui est 
conçu; mais il fait partie du monde physique qu'il enveloppe, il 
appartient à la corporéité, dont il constitue l'une des deux espèces, 
la plus concentrée, celle qui, par sa cohésion et son homogénéité, 
ressemble le plus aux substances simples. S'il n'est pas éternel 
comme ces substances 4 , du moins est-il soustrait aux alternatives 
de la génération et de la corruption 3 . Il est donc un moyen terme 
entre la corporéité terrestre et la spiritualité. Il se meut « en effec- 
tuant des révolutions circulaires sur lui-même G », et sa mobilité 

1 Op. cit., pp. 143 et 144. 

2 lè. t 51-3 et 68-14. 

3 Ib., 310-17. 

4 Ib., 193-13 : cœlum cœpit esse et non est œternum. 

5 lb., 21, pass. 

6 lb., 208-12. 



166 REVUE DES ETUDES JUIVES 

est incomparablement plus grande que celle des autres corps, 
parce qu'il est plus proche de la source de tout mouvement. Rien, 
en effet, ne se meut de soi-même ; toute action émane de l'Être 
qui crée, à travers la hiérarchie des substances ; intermédiaire 
entre les réalités spirituelles et les corps inférieurs, la voûte cé- 
leste transmet des premières aux seconds la force créatrice sous 
forme de mouvement et de vie. Mais l'émanation s'accompagne 
d'une imperfection croissante. Éloignés du « factor primus » infi- 
niment actif, l'énergie divine s'amoindrit jusqu'à disparaître. Les 
mouvements circulaires du ciel sont encore réguliers et simples ; 
ceux des corps sublunaires sont désordonnés autant que com- 
plexes ; enfin, la terre est immobile au centre de la sphère des 
cieux ; et c'est ainsi qu'on retrouve dans la constitution de l'uni- 
vers sensible la théorie générale de l'activité et de l'inertie. Il en 
résulte une autre conséquence pour l'aspect physique de notre 
univers. Si les immenses mouvements du ciel enveloppent l'im- 
mobilité de la sphère terrestre, aux dimensions infinies de la 
voûte céleste doit s'opposer la petitesse de la terre : malgré son 
étendue apparente, elle est un point, qui échappe à toute compa- 
raison numérique 1 . Le monde physique est une sphère considé- 
rable dont le ciel est la surface et dont la terre marque le centre ; 
de la surface au centre s'étend la masse de l'air, livrant passage à 
l'éclat et à la chaleur du. soleil. L'atmosphère joint l'enveloppe de 
l'univers à son noyau, la corporéité supérieure et presque spiri- 
tuelle à l'épaisse corporéité du centre. 

Cette seconde espèce du corps diffère notablement de celle que 
le ciel constitue. Elle est beaucoup plus complexe. L'analyse y dis- 
tingue quatre déterminations, qu'elle ne trouvait pas dans la sim- 
plicité du corps céleste : ce sont les quatre éléments ; leur matière 
commune est l'extension ; leurs formes respectives sont quatre 
qualités qui les distinguent assez profondément pour les opposer 
comme des contraires; ils rendent possibles la génération et la cor- 
ruption, qui nécessitent la fusion ou la séparation de contraires ; 
si le ciel ne se transforme pas, c'est parce que son corps spécial 
est éminemment simple. Les quatre éléments sont superposés dans 
l'ordre classique, du plus épais au plus subtil 2 : terre ou solide, 
eau, air, feu ou lumière du soleil. Avicembron les nomme les sen- 
sibles universels 3 , parce qu'ils se retrouvent dans tous les sen- 
sibles particuliers ou objets, qu'ils forment en se mêlant; mais 
cette union ne dérive pas des éléments mêmes : une force, venue 

1 Op. cit., p. 312-1. G. 
* Ib., 333-24. 
3 Ib., 17-7. 



LA PHYSIQUE DUBN GAB1RUL 167 

d'en haut, les pénètre et les agite, les façonne en figures et en 
couleurs, leur donne des mouvements, les groupe et les tient 
unis *. Tous les êtres sublunaires ont donc pour commune forme la 
corporéité, ou, plus exactement, la deuxième espèce de la corpo- 
réité, celle des quatre éléments. De plus, une matière s'unit à 
cette forme pour constituer la substance de notre monde, tel 
qu'Avicembron l'étudié dans le deuxième livre du Fons Vilœ : 
« de substantia quaa fert corporeitatem ». La matière, la forme et 
les qualités de cette substance sont les instants successifs de la dé- 
composition de l'univers physique. 

Le vocabulaire un peu flottant d'Avicembron confondant parfois 
le terme matière et le terme substance, il s'ensuit pour le lecteur 
une hésitation sur le fond même de la pensée. Un monde fait tout 
entier d'une seule matière n'appartient-il pas à une conception 
matérialiste? Il importe donc d'établir le sens tout aristotélicien 
de la matière chez Avicembron. Pour lui, il n'existe pas une ma- 
tière au sens absolu des matérialistes, c'est-à-dire une substance 
véritable qui se suffise à elle-même et qui crée ses phénomènes. 
La matière n'est jamais qu'un des deux éléments qui concourent à 
produire une substance. Par suite, bien que toute matière parti- 
cipe à l'existence absolue de sa substance, aucune n'existe à part 
de sa forme. Il n'y a donc point de matière en soi ; toute matière 
est la matière de quelque chose : autant de matières, autant de 
substances, et réciproquement. La matière du monde physique ou 
matière corporelle, loin de se confondre avec l'être en soi de 
l'univers, n'est même pas la matière en soi ; elle prend place dans 
la hiérarchie des matières et des formes, où chaque matière est 
forme pour la matière inférieure. Même pour la plus basse des 
matières, pour celle qui ne peut être forme faute d'une matière 
sous-jacente, le terme matière n'exprime qu'une relation, ou, 
pour mieux dire, qu'une position. Par suite, dire avec Avicembron 
que le monde repose sur la matière corporelle exprime simple- 
ment qu'il n'échappe pas à la loi de composition des substances, et 
ne préjuge pas de l'explication générale des choses physiques. 
D'ailleurs, dans l'univers n'est pas perçue la matière, mais la 
forme, car seules les formes et leurs qualités sont objets de per- 
ception. Le caractère fondamental des choses physiques est donc 
constitué par leur forme ; cette forme est la quantité. 

La quantité est spécifique de la substance corporelle, car elle 
ne se retrouve pas ailleurs -. Au delà du ciel, l'esprit découvre les 

1 Op. cit., 1 78-'j . Le terme « relentio » traduit l'ÊÇiç des Stoïciens. 
* Ib. t p. 198-1. 14. 



16* KEVUE DES ETUDES JUIVES 

substances intelligibles, incompatibles avec la complexité, avec la 
quantité. Mais la quantité, parmi les existences physiques, de- 
meure le symbole sensible de l'intelligence. Tout prouve, en effet, 
l'harmonie profonde de ces deux formes, intelligence et quantité l è 
Ce qu'est la première pour la matière supérieure, la seconde l'est 
pour la matière inférieure; si, par la connaissance qu'elle im- 
plique, l'une détermine les substances intelligibles, l'autre, par la 
figure qu'elle engendre, définit les corps ; seule la connaissance 
unit l'Idée à l'Idée, et seule la figure joint ensemble les êtres phy- 
siques ; enfin, les formes de la matière universelle s'offrent à la 
compréhension de l'intelligence, comme les formes de la substance 
portant les neuf catégories s'offrent à l'appréhension de la sensi- 
bilité. La quantité apparaît, dès lors, comme la traduction de l'in- 
telligence extra-physique dans le monde sublunaire ; elle émane 
de l'unité purement intelligible. Ce symbolisme métaphysique, qui 
propose l'identité lointaine de l'intelligibilité et de l'aspect quanti- 
tatif du monde des sens, peut faire penser à la conception pro- 
fonde d'où sortiront la physique mathématique et l'analyse de 
Descartes. Mais il faut avouer qu'entre la construction d'Avicem- 
bron et l'application méthodique des sciences exactes à la con- 
naissance des objets empiriques, il y a la même distance qui sé- 
pare les hypothèses arithmétiques, chères à Pythagore, des calculs 
entrepris par l'astronomie moderne. Il a manqué au philosophe 
du moyen âge la puissance d'esprit nécessaire pour associer, au- 
trement qu'à titre de symbole, l'intelligence et la quantité, pour 
cesser de faire de l'une le signe de l'autre dans un monde totale- 
ment distinct ; suivant à la lettre les enseignements d'Alexandrie, 
il refuse à l'intelligibilité une immanence véritable ; il la chasse 
de l'univers des sens, où il ne laisse d'elle qu'une image pervertie, 
tandis qu'elle-même s'isole dans une lointaine transcendance. Ce 
n'est pas le défaut de pensée métaphysique qui rend stérile le 
rapprochement des formes intelligibles et des formes géomé- 
triques ; pour féconder cette conception, il faudra le progrès des 
mathématiques et l'emploi de la méthode expérimentale. De même, 
Avicembron est incapable de tirer parti de la théorie où il pres- 
sent un parallélisme entre le nombre et la quantité 2 . Tout 
nombre, dit-il, est constitué par la répétition de l'unité ; de même 
la quantité est formée de points. Les principaux nombres se for- 
ment par duplication, 1, 2, 4, 8 : deux points, pareillement, 
créent une ligne ; quatre points limitent une surface ; huit, un 
solide. Il y a donc une correspondance entre le développement 

1 Op. cit., 38 et 39. 

2 lb., pp. 64 et 65. 



LA PHYSIQUE D'IBN GAB1R0L 169 

des nombres discrets et celui de la quantité continue : non seule- 
ment celle-ci est un ensemble de points, mais elle est surtout l'ag- 
glomération d'unités réelles. Le nombre et la quantité ont pour 
racine commune l'unité et résultent d'une génération analogue : le 
monde sensible révèle une origine arithmétique. 

Mais, si la combinaison des unités diversement répétées en- 
gendre le monde physique, une objection nous arrête *. Épuisant 
l'essence de l'univers physique, l'unité élémentaire n'en peut 
laisser en dehors d'elle-même aucune parcelle; il faut qu'elle soit 
assez plastique pour se modeler complètement sur les multiples 
qualités des corps, pour en épuiser les plus petites divisions. 
D'autre part, il n'est si petite quantité qui ne vête un corps 
réel, la quantité n'existant qu'autant qu'elle « informe » une ma- 
tière. Gela posé, considérons la « minima pars corporis » ; par 
définition, elle est indivisible ; mais, également par définition, la 
quantité qui l'informe est divisible, et à chacune de ses parties 
doit correspondre une partie de cette prétendue « minima pars ». 
Voilà une contradiction qu'il importe de résoudre et qui provient 
de ce que nous avons considéré la quantité comme divisible à 
l'infini : c'est sur cette considération que la recherche portera. 
Une première solution s'offre à nous : la divisibilité à l'infini serait 
illusoire, le point pourrait être l'aboutissant de la division poussée 
à l'extrême. Mais il ne répond pas à la double exigence du pro- 
blème : il n'est ni quantité ni corps. S'il était quantité, comme 
toute quantité il serait divisible, ce qu'il n'est pas ; s'il était corps, 
il existerait une parcelle de corps indivisible; mais tout corps est 
multiple, par suite séparable en parties. Il faut abandonner le 
point : ce n'est qu'un accident résidant dans la substance corpo- 
relle, et nous cherchons un fragment d'essence ou d'être. Si la 
« minima pars » n'est pas un accident, est-elle davantage une 
substance? Cette seconde solution ne convient pas, car la « mi- 
nima pars » est une partie de l'univers, lequel n'est pas pure 
substance. Reste donc que la « minima pars » soit à la fois subs- 
tance et accident, et, en effet, cette solution conciliatrice efface 
toutes les difficultés. En tant qu'objet de perception, quantum ad 
sensimi, la «minima pars » reste indivisible; mais intelligible- 
ment, elle se sépare en une substance et un accident. La division 
extensive ne se prolonge pas à l'infini ; elle s'achève par une divi- 
sion intensive ou essentielle qui rend compte à la fois de ce que 
représentent la sensibilité et l'imagination et de ce qu'exige l'in- 
telligence. 

1 Op. cit., pp. .'il sqq. 






170 REVUE DES ETUDES JUIVES 

La manière môme dont Avicembron a résolu cette antinomie 
démontre qu'il était loin de soupçonner la fusion de la quantité 
continue et de la quantité discrète. Les rapports qu'il détermine 
entre l'ordre géométrique et Tordre arithmétique restent super- 
ficiels et grossiers. D'ailleurs, leur origine n'a rien de rationnel ni 
d'hellénique; on la retrouve dans le Sépher Yecira, et c'est, dans 
cette physique éclectique, ce qui rappelle le mieux qu'elle est 
l'œuvre d'un philosophe juif. D'après le Sépher Yecira, le monde 
a été formé par la combinaison des dix premiers nombres et des 
vingt-deux lettres; Avicembron le rappelle dans le deuxième 
Livre : « Compositio mundi non evenit nisi ex lineamento numeri 
et litterarum in aère. » 11 n'entre pas dans le détail de cette opé- 
ration mystérieuse : il ne nous dit pas que les dix nombres 
ont formé les dix infinis; que les trois lettres « principales » sont 
devenues l'air, le feu, l'eau; que les sept « doubles » ont créé les 
planètes; que les douze « simples » ont tracé les douze arêtes du 
cube parfait qu'est l'univers. Cette cosmogonie naïve a fait place 
aux savantes constructions des Grecs, mais sans que le philo- 
sophe ait oublié tout à fait un enseignement traditionnel dans les 
écoles juives. Il en retient l'idée que les choses physiques et les 
nombres sont unis par de complexes rapports, qu'il faut admettre 
un parallélisme entre la numération et les figures de géométrie. 
Mais la conception reste confuse, stérile. Ce n'est que l'embryon 
d'une physique mathématique et mécaniste. 

D'autre part, il était indispensable d'approfondir l'idée du temps, 
afin d'en saisir les relations numériques avec l'étendue et le 
mouvement. Un passage du Fons Vit ce laisse entrevoir que le 
philosophe s'est douté de ces rapports : il affirme qu'un lieu infini 
ne peut être parcouru dans un temps fini *. Ses recherches ne vont 
pas plus loin. Il n'aperçoit même pas de connexion nécessaire 
entre le mouvement et le temps; bien mieux, à tout mouvement 
sensible, in lempore, correspond un mouvement intelligible, in 
« non-tempore »; car le temps n'existe [tas pour l'âme, pour l'in- 
telligence, pour la volonté, pour Dieu. L'éternité leur est ce que 
le temps est à la substance qui porte les neuf catégories; le temps 
est donc le symbole sensible de l'éternel. En lui se déploient les 
changements du monde physique, comme en l'éternité les événe- 
ments du monde intelligible. Le temps est lié indissolublement à 
tout ce qui est nature physique. Seule dans le monde de la quan- 
tité, la lumière fait exception : « Sa diffusion se fait subitement, 
sans mouvement et sans besoin de temps, encore qu'elle soit cor- 

1 Op. cit., p. 95-1. 22. 



LA PHYSIQUE DUBiN GAB1R0L 171 

porelle et sensible ". » L'évidence nous oblige à reconnaître cette 
instantanéité de l'action lumineuse ; pourtant l'harmonie du sys- 
tème n'en est pas brisée ; la lumière, chose physique, jouit des 
propriétés réservées aux intelligibles; mais elle est la représenta- 
tion immédiate de l'énergie créatrice, le lien visible entre l'univers 
des corps et celui des substances simples. Supérieure en cela à 
l'âme et à l'intelligence, qui se meuvent, du moins, « in non-tem- 
pore », elle ignore le mouvement, bien qu'elle produise les mouve- 
ments physiques, car eller essemble au « Factor primus » qui ne se 
meut pas, mais qui meut l'infinie réalité. Immobile, non par inertie 
mais par perfection, la lumière n'est pas exception dans l'univers 
des corps seulement, mais dans le Tout lui-même. Elle manque 
aux lois des intelligibles comme à celles de la quantité; elle 
échappe au mouvement aussi bien qu'au temps. Les mouvements 
de la quantité restent, par suite, tous temporels. 

Poursuivant avec Avicembron l'analyse de la substance des 
corps, on a détaché successivement la matière et la forme de cette 
substance. Mais le travail de décomposition n'est pas terminé, car 
on n'atteint pas encore à l'objet immédiat des perceptions; en effet, 
si la quantité est sensible de sa nature, elle n'est pas sentie dans 
son unité : elle ne l'est que dans ses déterminations accidentelles, 
la figure et la couleur 2 . La première est plus rapprochée de la 
quantité, la seconde est plus près des sens : l'une et l'autre sont 
ce qu'il y a proprement de sensible dans le monde physique; en 
effet, ce ne sont pas des substances, mais des qualités, des formes, 
soutenues dans le corps, qui leur sert à la fois de lien et de ma- 
tière. Véritables types de toute forme , la couleur et la figure 
n'existent jamais séparément de leur support ; réciproquement, 
toute quantité s'accompagne toujours d'une figure et d'une couleur 
sans lesquelles elle ne serait pas perçue. L'union de la quantité 
avec la figure et la couleur est totale, en ce sens que la quantité 
est uniformément pénétrée de ces deux qualités et qu'elle coïncide 
avec elles en chacun de ses points; mais l'union n'est pas absolu- 
ment nécessaire: elle l'est seulement dans la mesure où toute 
quantité appelle, pour se réaliser, quelque figure ou quelque cou- 
leur; pour une part l'union est accidentelle et ne dérive pas de la 
nature de la quantité, en tant qu'une certaine partie de la quantité 
n'exige pas telle figure et telle couleur déterminées. Quelle est la 
portée de cette restriction? Si la quantité était cause de ses propres 
qualités, il faudrait en conclure que les couleurs et les figures ré- 

1 Op. cit., 328-1 6. 
1 /*., p. 56, 1. 2. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sultent du mélange mécanique de parties corporelles. Or, il n'en 
est rien. Si les couleurs et les figures résident dans le corps ou 
substance composée, leur cause est une substance simple, intelli- 
gence ou âme, qui les imprime à la quantité , . Corporelles par le 
lieu et le substrat, les qualités des corps sont spirituelles par l'ori- 
gine, en sorte qu'elles ne sont ni tout à fait corporelles, puisqu'elles 
ne s'expliquent point par le corps, ni absolument spirituelles, 
étant perceptibles aux sens 2 . Leur nature est intermédiaire. Pour 
la comprendre, considérons la lumière du soleil qui, traversant 
l'atmosphère, y reste invisible; mais vient-elle à rencontrer un 
corps solide et impénétrable, elle s'arrête à la surface de ce corps 
et, brisée, irradie splendidement. De même, les figures et les cou- 
leurs existent dans les substances simples, mais y demeurent invi- 
sibles; ensuite, émanant vers le corps, elles se heurtent à cette 
substance dépourvue de subtilité, et c'est alors qu'elles deviennent 
apparentes. Leur nature ne dépend donc nullement de la nature 
du corps qui les porte: ce corps n'était perceptible que vêtu d'une 
figure et d'une couleur, et c'est pourquoi nous ne connaissons pas 
de quantité incolore et sans figure; mais le corps reçoit la couleur 
et la figure qu'il porte sans les déterminer: elles viennent d'en 
haut comme la lumière; aussi peut-on dire que dans toute couleur 
ou figure sensible on retrouve une couleur ou figure spirituelle, 
ou, à proprement parler, que figures et couleurs tiennent à la fois 
de l'esprit et de la corporéité. L'existence d'une couleur n'est donc 
pas définie, comme l'est une partie de quantité; dans le corps elle 
n'est que potentielle; pour qu'elle s'achève, il faut l'adjonction de 
la lumière solaire. Une couleur « actuelle » est la synthèse de la 
« colorabilité » propre du corps et de l'action colorante du soleil. 
La perception d'une couleur est le triple acte auquel concourent 
la lumière projetée par le soleil, celle que l'œil engendre et la 
faculté, que possède la superficie des corps, de recevoir une colo- 
ration 3 . 

La substance corporelle a donc une origine mixte ; sa matière et 
sa forme ne sont pas dérivées de la même manière que ses acci- 
dents ; surtout, ses accidents ne dépendent pas de sa matière et de 
sa forme : ce ne sont pas des fragments combinés de la quantité 
qui produisent les figures et les couleurs. Sur ce point encore, 
l'explication mécaniste n'est pas tentée ; le corps ne produit pas 
automatiquement ses déterminations : il les reçoit d'une activité 
étrangère, grâce à une harmonie encore mal expliquée. Les quatre 

1 Op. cit., 240, pass. 
* 73., p. 112, pass. 
3 Ib., 161, pass. 



LA PHYSIQUE DUBN GABIROL 173 

éléments ou déterminations du corps ne se mêlent pas d'eux- 
mêmes 1 ; ils obéissent à une force supérieure. Par suite, dans la 
production des sensibles particuliers, ces quatre sensibles uni- 
versels sont des occasions, non des causes suffisantes. Ils ne 
rendent compte des individus sensibles ni comme une substance 
explique ses déterminations, car les figures et les couleurs tirent 
leur origine de l'intelligence et de l'âme, ni comme les genres 
expliquent leurs espèces, puisqu'en tout individu ou sensible par- 
ticulier se mêlent les quatre sensibles universels. Sous le rapport 
d'espèce à genre, les individus physiques relèvent des neuf caté- 
gories, ou plutôt des « decem generalia corpora 2 », réunion des 
neuf catégories et de la matière qui les porte. L'énumération des 
dix catégories d'Aristote est ainsi reproduite et complétée par la 
matière qui prend la place de l'être pur. Mais il faut noter une 
double différence. Pour Aristote, les dix genres suprêmes épuisent 
toute la réalité, tandis que pour Avicembron, au delà et au-dessus 
d'eux, il y a tout l'intelligible, toutes les substances simples, la 
Volonté, l'Essence première. La théorie d'Aristote a pour effet 
d'éviter le monisme de Platon et d'assurer aux individus une exis- 
tence rigoureusement déterminée en soi : le résultat obtenu par 
Avicembron est l'absorption des genres, des espèces et des êtres 
dans la substance des neuf catégories, et, par conséquent, dans les 
substances intelligibles qui la portent, et enfin dans l'activité de 
l'Etre divin. L'être ne réside pas dans une multiplicité discrète 
d'individus, comme le soutenait Aristote, mais dans la continuité 
d'une Essence unique ; de cette Essence, il descend, progressive- 
ment amoindri à mesure, à travers les genres et les espèces moins 
réelles que les genres, jusqu'aux choses particulières moins réelles 
encore. Dans les individus, la forme unitive qui les constitue, es- 
pèce et genre, voilà l'être ; les différences particulières, le propre, 
l'accident, voilà le pur non-être. « Genus est esse. . . differentia est 
prseter esse 3 . » Les universaux, réalité unique, ont une double 
existence ; ils sont dans l'intellect, simples et uns ; ils existent 
dans les choses, dispersés et fragmentaires, et les choses n'ont 
d'être qu'autant qu'elles peuvent participer à cette existence seconde 
des universaux. Cependant, la théorie n'est pas purement platoni- 
cienne ; nuancée d'aristotélisme, elle se rapproche des systèmes 
Alexandrins. Avicembron suit Aristote en niant que le « genre 
généralissime » soit l'Etre 4 . En effet, rien n'est qui ne soit com- 

1 Op. cit., 248-15. 
» lb., p. 143-1. 11. 
3 16., 172-15. 
* 16., 269-24. 



17'. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

posé d'une matière et d'une forme ; les sensibles particuliers 
n'échappent pas à cette loi, puisqu'ils ont pour forme l'unité du 
genre ou de l'espèce, pour matière l'accident, la différence, le 
propre. Mais les sensibles ne rentrent dans les genres, dans les ca- 
tégories et dans le genre suprême que par l'unité qui est leur 
forme ; le caractère commun de tous les genres, c^est d 7 être formes 
unificatrices, unités vivantes et actives ; le genre suprême n'est 
donc pas l'être, à proprement parler, mais l'unité *, avec laquelle 
l'Etre ne peut se confondre puisqu'il est double, matière et forme. 
Le fait d'exister physiquement ne complique-t-il pas l'Etre d'un 
non-être, accident irréductible? La science ignore les accidents, 
puisqu'ils ne sont pas congénères aux substances - : les accidents 
ne rentrent pas dans la classification des êtres ; ils ne sont pas des 
parties intégrantes de l'Essence supérieure ; par suite, les sensibles 
particuliers qu'ils affectent gardent chacun quelque chose de stric- 
tement individuel. A l'espèce, au genre et au genre généralissime 
ils empruntent un caractère d'unité formelle ; par leurs accidents 
propres, ils sont des unités qualitatives. 

Le monde physique se compose donc d'individus affectés de ca- 
ractères communs ; ces sensibles particuliers forment des classes, 
espèces, genres, catégories, genre suprême ; mais une part de con- 
tingence subsiste, sous le nom d'accident; l'intelligence n'épuise 
pas une existence dont le propre est d^être corporelle et sensible. 
La sensation prouve l'individu et réfute le panthéisme absolu. 

L'analyse de l'univers sensible a conduit Avicembron à poser, 
d'une part, l'existence d'une substance corporelle, ayant pour 
forme, la quantité et pour accident, les figures et les couleurs ; 
d'autre part, celle d'une multiplicité distincte d'individus rangés 
logiquement dans une classification, mais gardant quelque chose 
d'irréductible. Le monde est-il connu maintenant? On en possède 
les éléments derniers, on sait ce qu'est la quantité, on a défini 
l'être individuel sensible. Cependant, toutes ces distinctions ne pou- 
vaient donner et ne donnent que le spectacle d'un monde immo- 
bile, une statique. Cette quantité, ces êtres n'existent, d'ailleurs, 
que parce qu'ils se meuvent. Les considérer dans leur immobilité, 
c'est oublier les forces qui, tout ensemble, les ont constitués et les 
font vivre. Pour achever de connaître le monde, il reste à pénétrer 
ses mouvements, sa vie et sa création. 

Le mouvement apparaît comme une transformation des êtres ; 

1 Op. cit., p. 270-1. 17 : Constat quod proprietas unitatis, quae de génère dicitur 
generalissimo, non est aliud quam sua essentia. 
» Ib., 232-28. 



LA PHYSIQUE TVIHN f.AHIROL 175 

aucun être, dans le monde sensible, n'étant doué d'immutabilité, 
tout ce qui est contenu dans ce monde est mobile, mais tout mo- 
bile, en tant que mobile, est passif; il ne tire pas de soi-même son 
propre mouvement. En effet, le mouvement n'est pas autre chose, 
comme l'a découvert Aristote, que le passage de la puissance à 
l'acte ; en se mouvant, le mobile, matière encore indéterminée, 
s'efforce vers la forme qui le déterminera parfaitement : materia 
mobilis ad recipiendum formam '. Le mouvement, passage de la 
puissance à l'acte, nécessite quatre causes, conformément à la 
théorie d'Aristote : une forme et une matière, une cause efficiente 
et une fin. 

La matière et la forme sont indispensables à l'existence d'un 
être défini. Aucun n'échappe à cette nécessité d'être constitué par 
ces deux éléments qui se retrouvent unis jusque dans les subs- 
tances intelligibles. Ce n'est pas la moindre erreur reprochée au 
philosophe par ses adversaires que cette affirmation introduisant 
une matière dans l'Ame et dans l'Intelligence. Cependant, Avicem- 
bron n'a rien d'un matérialiste ; dans sa pensée, la matière n'a pas 
le sens d'une substance existant par soi et produisant spontané- 
ment des phénomènes ; elle est simplement l'aspect indéterminé de 
l'être, état rudimentaire d'une existence précaire qui aspire à 
Texistence complète et qui n'y atteindra que par le mouvement. 
La matière est donc indispensable à tout être, sauf à l'être parfait, 
puisque tout être éprouve le besoin de s'élever jusqu'à un degré 
supérieur de développement ; même au delà du monde physique 
ce besoin se fait sentir : il existe pour les substances intelligibles un 
mouvement intelligible, qui est l'exemplaire du mouvement empi- 
rique. Celui-ci a lieu dans le temps et dans le lieu sensible ; celui- 
là s'accomplit hors du temps et hors du lieu. Mais, dans les deux 
univers, le mouvement unit une matière à une forme. La matière 
du monde physique n'est donc pas une substance ; elle est le mode 
imparfait de l'être et veut se parfaire, sans que d'ailleurs elle 
puisse être l'auteur de sa perfection. 

La matière ne se suffit donc pas à elle-même. La forme n'existe 
donc pas davantage isolément. Elle n'est que l'état de détermina- 
tion que désire chaque être et dans lequel il est pleinement réalisé. 
Donc, il n'existe pas d'être purement formel, fût-ce une substance 
simple. Pour constituer un être, il faut une indétermination pri- 
mitive, ou matière, aspirant à se déterminer. Dès lors, la réalité 
n'est pas donnée statiquement, et, en quelque manière, une fois 
pour toutes. Elle est le développement d'une puissance, elle est 

1 Op. cit., p. 316-1. 8. 



176 REVUE DES ETUDES JU1VKS 

une vie qui naît et qui veut s'achever. Ni la matière seule, ni la 
forme prise à part, ne suffisent à l'expliquer. L'une porte le désir 
d'être, l'autre est l'objet de ce désir. 

Cependant, ces deux causes internes, matière et forme, ne pro- 
duisent pas encore le mouvement, puisque le mobile ne se meut 
pas de soi et que les causes internes sont les états du mobile à 
l'origine et à la terminaison du mouvement, c'est-à-dire le mobile 
même. L'intervention des causes externes l est indispensable. Le 
langage d'Avicembron confond la cause efficiente, celle qu'Aristote 
nomme la cause du mouvement, avec le mouvement : motus est 
vis visita a verbo 2 ; il n'en apparaît pas moins que le terme motus 
désigne ici la cause productrice. Cette cause dérive du Verbe sans 
être le Verbe même ; le Verbe est, en effet, la Volonté divine réa- 
lisée dans les substances spirituelles ; la cause du mouvement, 
nouvelle hypostase, est l'activité déterminée par le Verbe dans les 
sensibles 3 . La cause efficiente du mouvement est une copie atté- 
nuée de l'énergie infinie qui produit les êtres ; le mouvement est la 
transformation de cette Volonté, en qui réside, dès lors, toute force 
particulière ; seule, cette Volonté a l'efficience nécessaire pour 
provoquer un changement dans le monde; elle est la véritable 
source de toute vie : conception qui se retrouvera, mieux élucidée, 
dans la « création continuée » de Descartes, dans l'occasionalisme 
de Maiebranche et dans le panthéisme de Spinoza. Ce qui distingue, 
sur ce point encore, la doctrine d'Avicembron d'un panthéisme 
déclaré, c'est l'affirmation expresse que la Volonté n'est pas la 
cause prochaine du mouvement. Le Verbe, première hypostase, 
est déjà un intermédiaire ; il n'est pas le seul. Ce n'est que par une 
substance simple ou intelligible que le mouvement du monde sen- 
sible peut être provoqué 4 ; cette substance est l'âme sensible, lors- 
qu'il s'agit d'un mouvement de translation totale du mobile, l'âme 
végétative, si le mouvement n'intéresse qu'une partie ou plusieurs 
d'entre les parties d'un corps 5 . De même qu'il y a une différence 
entre une source de lumière et les rayons qu'elle émet, différence 
qui grandit avec l'éloignement, de même il n'y a pas une identité 
absolue entre l'Essence divine et la cause efficiente du mouvement 
sensible, mais seulement ce qu'on pourrait appeler, semble-t-il, 
une identité diminuée, plus qu'une analogie. 

Entre le mouvement et l'Etre parfait la cause finale constitue un 



1 Op. cit., p. 301-1. 11 : Causa eiiicieus est extra essentiani causati. 
* lb., 323-28. 
3 lb., 323-12. 
« lb., 112-17. 
5 lb., 250-10. 






LA PHYSIQUE D'IBN GABIROL 177 

second rapport. Avicembron reprend la théorie d'Aristote, mais il 
s'en sert comme d'un cadre dans lequel il fait entrer des concepts 
étrangers au péripatétisme. Aristote eût sans doute désavoué l'in- 
terprétation mystique que son prétendu disciple donne de la fina- 
lité. Aussi bien, des quatre causes énumérées dans le Fons Vitœ, la 
cause finale est-elle la plus profonde et la plus décisive : sans elle, 
les trois autres sont inintelligibles. Pourquoi, en effet, la matière 
se dirige-t-elle vers la forme? Parce que la forme est désirée par 
elle: matériel inquirit applicari formée; oportet ut ejus motus 
sit propter amorem et desiderium quo Uabet ad formam*. C'est 
dans la possession de la forme que la matière cherche son épa- 
nouissement; c'est dans un acte d'amour que les êtres atteignent 
leur achèvement propre. Jusqu'ici Avicembron ne s'est pas écarté 
d'Aristote , qui faisait mouvoir le monde par le simple attrait 
qu'exerce sur lui l'Acte pur. Mais pour Avicembron la Fin su- 
prême de la vie universelle n'est pas la Pensée de la pensée : cette 
Fin est l'infinie Bonté 2 , qui, exerçant sur l'univers sensible la 
puissance de son charme, l'aime comme elle en est aimée. L'union 
de la matière et de la forme s'accompagne d'un frémissement de 
joie 8 , et l'état de la matière privée de forme est pénétré de dou- 
leur*. Ainsi gravite l'univers sensible, non vers l'essence de la 
Volonté , mais vers la forme universelle qu'a engendrée cette 
essence 5 . Nous pouvons comprendre à présent les trois définitions 
du mouvement en les ramenant aux quatre causes : Quod movetur 
est egrediens a potentia ad effectum. — Motus est vis insita a 
Veroo. — Motus est appetitus et amor 6 . 

Telle est la nature du mouvement en général dans le monde 
physique. Il nous reste à en connaître les espèces variées. Les 
divers mobiles ont des mouvements différents, et chacun d'eux 
possède un mouvement propre et un seul 7 . Il est vrai que ce 
mouvement singulier peut être encore soit uniforme ou primaire, 
soit secondaire, et que ces deux modes ne peuvent être que suc- 
cessifs 8 . Mais la contradiction est seulement apparente, car le 

1 Op. cit., p. 317-1. 17. 

8 lb., 317-8: Motus omnis rei non est nisi propter bonitatem, quae unus est. 
3 lb., 316-19 : Appetitus materise ad recipiendum bonitatem et delectationem, dura 
recipit formam. 
* lb., 310-16. 

5 lb., 335-5. 

6 lb., 317-14. 

7 7b. 176-13 : Discipulus : Gur non corpus unum movetur diversis motibus ? Ma- 
gister : Quia diversi motus non sunt nisi ex essentiis diversis. 

8 lb,, 176-17 : Non débet accedere motus secuudus, nisi remotione prioris motus. 

T. XXXV, n" 70 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mouvement primaire concerne le mobile « in non-loco »; il est le 
paradigme intelligible des mouvements « in loco »; le mouvement 
primaire ou uniforme est « unius modi » et demeure étranger à la 
multiplicité de positions dont le mouvement secondaire ou varié 
est inséparable : « Dans un mouvement varié, il y a translation 
d'un premier lieu dans un deuxième, et d'un deuxième dans un 
troisième *. » Tout mouvement physique est une translation dans 
l'espace, et chaque corps n'est vraiment capable que d'un seul 
mouvement, d'un seul passage de la puissance à l'acte. Cette 
« singularité » du mouvement tient à ce qu'il dérive de l'essence 
individuelle : « Diversi motus non sunt nisi ex essentiis diversis. » 
Les mouvements ne diffèrent donc pas comme des quantités plus 
ou moins grandes, mais comme des qualités hétérogènes : on ne 
peut pas les soumettre à une commune mesure. Il faut les ranger 
dans une hiérarchie imitant celle des essences. Le plus élevé est 
celui de la substance qui porte les neuf catégories; étant le pre- 
mier des mouvements « in loco » et « in tempore 2 », il appartient 
au monde physique; mais il touche encore au monde intelligible, 
puisque, dans cette substance des neuf catégories, le mouvement 
uniforme et le mouvement varié se confondent 3 . Le premier 
mouvement purement physique est celui du corps universel; au- 
dessous de lui se rangent par ordre le mouvement de la voûte cé- 
leste et ceux des autres sphères sensibles, puis ceux des quatre 
éléments, ctiacun d'eux ayant son mouvement propre en tant qu'il 
est qualitativement distinct des trois autres. Enfin, les mouvements 
inférieurs sont ceux qui animent les corps particuliers; ils attei- 
gnent la plus grande complexité, et sont aussi les plus lents, étant 
les plus éloignés de la source générale de l'activité; car, à mesure 
que la distance s'accroît, la force qui s'épand au loin diminue, jus- 
qu'à disparaître une fois parvenue au centre du système qu'elle a 
pénétré de plus en plus péniblement. Le centre est fixe, parce 
que les mouvements ralentis des corps particuliers sont impuis- 
sants à l'ébranler. Ainsi se compose la chaîne de moteurs et de 
mobiles, qui commence, au-dessus même du monde intelligible, à 
la Volonté, qui ne se meut pas, dont le premier chaînon physique 
est la substance des neuf catégories, et qui finit, vers le centre du 
monde, aux corps qui ne se meuvent pas. Le centre lui-même est 
immobile, et Avicembron considère comme très importante cette 
inertie due à l'amortissement progressif de la force première, 
puisqu il en fait le point de départ de l'argument aristotélicien du 

1 Op. cit., 84-15. 
s Jb.,p. 79 et 80. 
3 Ib., 85-4. 



LA PHYSIQUE D'IBN GABIHOL 179 

premier moteur. Le monde physique présente donc une double 
hiérarchie : les essences s'y ordonnent du corps le plus subtil jus- 
qu'au plus épais, les mouvements du plus simple et du plus rapide 
jusqu'au plus complexe et au plus lent. Essences et mouvements 
imitent l'essence suprême et la suprême activité avec une imper- 
fection qui croît avec la proximité du centre inerte et grossier. 
Pour qui va du centre à la périphérie il y a un progrès continu dans 
la perfection; le passage n'est pas brusque de l'inertie au mouve- 
ment uniforme, ni de l'épaisseur terrestre à la subtilité céleste ; 
partout des intermédiaires participent des deux termes qu'ils re- 
lient; de même que l'œil ne voit pas où finit une couleur dans les 
bandes concentriques de l'arc-en-ciel, de même l'esprit ne peut 
démêler de limites précises au sein du progrès perpétuel des êtres, 
des qualités, des mouvements. Point de vides, point de sauts dans 
l'univers : tout y est degré et continuité. 

Entre les minéraux, les plantes, les animaux et l'homme, il n'y 
a pas de séparations absolues. Par un côté, les êtres vivants par- 
ticipent de l'état brut : aussi bien que les pierres, ils sont formés 
de parties corporelles rapprochées et maintenues par une force 
de cohésion l . Cette force est extérieure aux éléments quantitatifs 
qu'elle assemble ; ce n'est pas, en effet, une simple proportion de 
parties qui produit les couleurs et les figures : c'est le travail de 
la Nature et de l'Ame sensible associées 2 . Le règne inorganique 
ne diffère donc pas absolument des règnes organiques ; le passage 
de l'un aux autres est insensible. Pareillement, la vie se mani- 
feste dans les plantes, dans les animaux et dans l'homme par 
l'effet d'une même force : c'est l'Ame végétative, commune à tous 
les vivants. Plus puissante que les obscures forces qui produisent 
la cohésion et les changements internes, l'Ame végétative est l'au- 
teur des mouvements externes, tels que l'extension par crois- 
sance, les fonctions nutritives, la génération 3 . Ici se marque net- 
tement le désir de construire un monde physique parfaitement 
continu. Il ne suffit pas, au gré d'Avicembron, que les trois règnes 
de la vie soient reliés aux espèces inertes par la communauté 
d'une force identique, capable de produire la cohésion et les mou- 
vements internes ; il veut aussi qu'entre ces mouvements inté- 
rieurs et les mouvements, il y ait une analogie perpétuelle. Les 
premiers résultent de quatre actions : « attrahere et retinere, 
mutareet pulsare ». Or, le philosophe montre que les deux grands 
mouvements végétatifs s'expliquent par ces actions. La croissance 

» Op. cit., p. 78-1. 14. 
* le., 248-11. 
» lb., 184 et 185. 



180 REVUE DES LTUDES JUIVES 

« meut les parties alimentaires du centre à la circonférence », 
elle est un double courant qui attire les aliments et les ramène 
aux extrémités ; vegetare, croître, revient donc à « attrahere » 
et à « pulsare ». En second lieu, la génération consiste « à tirer 
de soi et à produire une chose semblable à soi » ; elle commence 
par une transformation des éléments absorbés, lesquels perdent 
leur forme pour revêtir celle de l'être absorbant ; generare com- 
prend donc « mutare ». Reste « retinere », quatrième action de la 
Nature; mais il ne faut voir dans l'inertie que la cessation d'un 
mouvement qui s'affaiblit jusqu'à mourir : « retentio est quies 
motus et ejus débilitas » ; si la Nature retient les parties par une 
force de cohésion, c'est parce quelle transmet, en la diffusant, 
l'action de l'Ame végétative. Ainsi, des quatre actions propres à 
la Nature inorganique, Avicembron ne veut laisser aucune isolée; 
aucune ne demeure un fait nouveau, ne fonde un nouvel ordre ; 
toutes, elles se rattachent aux faits supérieurs, qu'elles traduisent 
à leur manière, de telle sorte qu'elles conservent quelque chose de 
spécifique sans cesser d'être congénères aux actions qui les domi- 
nent : « operationes naturae sunt unius generis cum operationibus 
animse vegetabilis * ». Seul un Leibnitz, fort des ressources de la 
science moderne, renouvellera un pareil effort de construction 
philosophique, entrepris pour introduire dans le monde la parfaite 
continuité tout en respectant la qualité et l'individu. 

« Tout ce qui existe dans les substances inférieures existe éga- 
lement dans les supérieures... La végétation et la génération 
appartiennent aussi au règne animal, qui, de plus, possède la sen- 
sibilité et le mouvement de translation 2 . » Les animaux sont 
plantes par leurs fonctions nutritives et reproductives, minéraux 
par la constitution de leur corps ; mais en eux à la Nature et à 
l'Ame végétative se superpose l'Ame sensible. Tandis que l'action 
de la Nature se borne à retenir groupées les particules corpo- 
relles, et que l'Ame des plantes provoque seulement des mouve- 
ments périphériques, l'Ame animale transporte le corps entier d'un 
lieu à un autre lieu *. De plus, elle est capable de se représenter 
les corps étrangers au moyen de sensations, c'est-à-dire d'appré- 
hender les formes sensibles séparément des matières 4 . Tel est le 
propre du règne animal, qui, tout en continuant le règne végétal, 
se prolonge lui-même dans le règne humain. L'homme résume les 
trois règnes en apportant une qualité nouvelle : il a été créé pour 

1 Op. cit., p. 183 1. 14. 
» lf>., 188 et. 189. 

3 lb. % 186-13. 

4 lb., 134-1. 






LA PHYSIQUE D'JBN GABIROL 181 

savoir 1 . Il a une àrae intellectuelle et une âme rationnelle; la 
première saisit les essences par un acte unique; la seconde unit 
les vérités conçues par l'intellect et du rapprochement effectué 
tire une nouvelle vérité. Les sens ne sont plus pour ces âmes que 
des instruments ; l'âme sensible, qui était tout dans la vie men- 
tale des animaux, n'est plus qu'une humble auxiliaire des facultés 
supérieures ; du moins manifeste-t-elle le rapport étroit qui lie 
les hommes aux espèces inférieures et la continuité harmonieuse 
des êtres. Enfin, si l'homme est proche de l'animal, il n'est pas 
définitivement séparé des essences intelligibles vers lesquelles 
s'élancent son esprit et son cœur. Sa fin est de retrouver, par la 
science et le vouloir, sa nature perdue, de sortir de la captivité 
terrestre, des ténèbres, pour retourner dans sa patrie intelligible : 
« Sic anima redit ad suum sseculum altius *. » 

L'univers physique nous est connu dans sa complexité. Il n'est 
pas isolé dans le Tout, car la substance qui porte les sensibles est 
elle-même intelligible et liée aux essences supérieures. Notre 
univers a pour forme la corporéité ; tout ce qui existe sous la 
voûte céleste est corps ; le ciel même est un corps, mais diffère 
des corps terrestres où s'unissent les quatre éléments. Le corps 
des objets sensibles a pour forme la quantité et pour qualités 
les couleurs et les figures que perçoivent les sens. La quantité 
présente des analogies frappantes avec le nombre, sans qu'on 
puisse en tirer des conclusions utiles à la science ; elle est sujette 
à une antinomie qu'on peut résoudre en admettant au terme de 
la partition sensible une division idéale en substance et accident. 
La quantité n'explique pas quantitativement ses propriétés, puis- 
qu'elle a recours à une théorie métaphysique. Elle n'explique pas 
mécaniquement ses qualités, puisque les couleurs et les figures ne 
sont pas dues au mélange automatique des particules corporelles, 
mais à l'action des substances intelligibles. Le mécanisme ne rend 
compte davantage du monde organique ni de la pensée : des âmes 
superposées président à la cohésion, à la vie végétative, à la vie 
animale, aux opérations de la raison, aux actes de l'intelligence. 
Mais ces âmes ne sont pas l'une pour l'autre des étrangères ; elles 
se pénètrent réciproquement, chacune reproduit et perfectionne 
celle qui la précède; si bien que, de l'inertie du minéral jusqu'aux 
intuitions intellectuelles de l'homme, il règne une continuité har- 
monieuse qui révèle l'art profond d'un créateur. Dans cet univers 



1 Op. Ct7., 5-24 : Causa generationis bominis scientia est. 
» lb., p. 5-1. 4. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

physique « continu et plein comme un fruit »*, tout se tient et tout 
se ressemble. Chaque mouvement résume les mouvements infé- 
rieurs, chaque règne plonge ses racines dans le règne voisin. Il 
existe un intime rapport entre les corps les plus humbles et la 
volonté divine qui s'est faite sensible en eux. Chaque être, cepen- 
dant, est un individu réel ; il prend place, il est vrai, dans la hié- 
rarchie des espèces, des genres, des catégories et du genre su- 
prême ; mais ce dernier transmet à l'individu son essence propre, 
qui est l'unité. Chaque individu, image du genre suprême, est 
donc une unité formelle; il est, de plus, une unité réelle par le 
fait de ses accidents, qui, n'étant ni être ni unité, échappent à 
la dassification et constituent l'irréductible de l'individu. Ces ac- 
cidents, qui existent en dehors de l'être et de l'unité, sont aussi 
la déficience des êtres imparfaits. Chacun d'eux aspire à un dé- 
veloppement qui le rapprochera de l'être immédiatement supé- 
rieur, épris lui-même d'une perfection plus haute. Chacun veut 
la forme qui convient absolument à ses puissances, l'homme se 
dirige vers la sagesse ; il désire posséder l'intelligence divine dont 
les plans ont disposé notre univers. Dieu est à la fois le créateur 
et l'architecte du monde physique : il esf aussi l'objet de son 
amour. 

Quelle fut, au juste, l'influence exercée par cette physique ? 
Pour le dire, il faudrait pouvoir nommer les écoles où elle fut 
commentée, par exemple en énumérant les bibliothèques qui con- 
tinrent le Fons Vitœ ; surtout il faudrait pénétrer suffisamment 
les grandes doctrines de la Renaissance srolastique pour y distin- 
guer ce qui est du fait d'Avicembron. Cette recherche délicate 
est toute différente d'un simple travail d'exposition ; personne ne 
saurait l'entreprendre sans se promettre de vivre longtemps avec 
les docteurs du xin e siècle. Mais il est déjà permis d'affirmer que 
l'influence d'Avicembron fut réelle. On connaît quatre manuscrits 
de la version latine faite par Jean d'Espagne et Dominique Gondi- 
salvi. Avicembron n'est ignoré ni de Guillaume d'Auvergne, ni 
d'Albert le Grand, ni de Saint Thomas ; Duns Scot en fait son guide 
et, au xvi e siècle, Giordano Bruno le cite et le suit en l'exagérant. 
Avicembron fut donc célèbre dans les écoles d'Occident jusqu'à la 
Renaissance, et, approuvé ou combattu, le Fons Vitœ, fut cer- 
tainement un des ouvrages les plus commentés, sans qu'il soit 
encore possible d'en dire davantage sur son influence. On a pu 
se demander si la doctrine du Fons Vitœ se survit dans les systè- 

1 lb., 51-2. 



LA PHYSIQUE D'tBN GAB1R0L 183 

mes de l'époque classique. Le fait est au moins douteux. L'esprit 
du cartésianisme est nettement opposé à celui des métaphysiques 
alexandrines. Cependant des historiens ont admis que, « par une 
pente naturelle », la pensée d'Avicembron aboutissait au pan- 
théisme spinoziste; M. Hauréau n'a pas craint d'affirmer que la 
philosophie de Duns Scot, sectateur fougueux d'Avicembron, était 
le spinozisme avant Spinoza. Cette assertion paraît excessive. 
Il est probable que Spinoza n'a connu ni Duns Scot ni Avi- 
cembron ; le Fons Vitœ ne se trouve pas dans le catalogue 
de sa bibliothèque '. D'autre part, il est évident que Descartes 
n'a pu lui transmettre implicitement des réminiscences du Fons 
Vitœ ; certes, malgré le vigoureux effort du doute métho- 
dique, il serait possible que Descartes eût gardé quelques traces 
de la scolastique enseignée par les jésuites de la Flèche ; mais 
cet enseignement n'avait rien de mystique. En fait, le « carté- 
sianisme immodéré » de Spinoza ne ressemble nullement aux 
théories d'Avicembron. Si les deux doctrines peuvent être classées 
dans le genre « panthéisme », elles en sont deux variétés distinctes. 
L'Ethique fait toutes choses immédiatement consubstantielles à 
l'Etre infiniment infini : toute la réalité est la réalité même de Dieu; 
l'individualité n'est qu'une apparence. Au contraire, Avicembron 
a soin de réserver la réalité individuelle et de la placer en face 
de l'Essence divine, en lui attribuant, conformément à la tradition 
d'Aristote, un caractère irréductible. Rien de tel chez Spinoza, 
qui, profondément cartésien, a rejeté toute idée de substance finie. 
Déjà Descartes n'admettait plus que deux substances également 
impersonnelles : Spinoza en fait les attributs de l'unique substance, 
Le problème est complètement déplacé. La métaphysique d'Aristote 
posait l'individu comme un absolu et devait construire l'universel, 
objet de la science ; le cartésianisme part de la réalité impersonnelle 
et tente de construire l'individu. Rien de commun entre Spinoza 
et Avicembron, qui reste surtout péripatéticien dans sa physique. 
Mais un autre cartésien, par un retour singulier, substitue aux 
deux substances de Descartes, à l'unique substance de Spinoza, 
une multitude de réalités absolument distinctes, si distinctes 
même qu'elles n'ont point entre elles de relations, sinon idéales. 
Ces monades, strictement fermées les unes aux autres, s'unissent 
en vertu de la continuité selon laquelle la Volonté et la Bonté ont 
organisé l'univers ; elles sont rangées dans une hiérarchie d'après 
le degré de leur perfection, et toutes s'élancent avec amour vers 

1 A.-J. Servaas Van Rooljen, Inventaire des livres formant la bibliothèque de Bé- 
nédict Spinoza. La Haye, 1889. 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

leur créateur. Ce qui se passe en chacune d'elles est déterminé 
par cette fin suprême : réaliser ses puissances, s'identifier à la Mo- 
nade parfaite. Telle est, à peine indiquée, la pensée féconde qui 
voulut unir tout ce qu'il y a de plus excellent chez les Anciens et 
chez les Modernes ; et c'est aussi celle à qui l'on peut comparer 
prudemment la pensée plus modeste d'Avicembron. Dans la Théo- 
dicée et dans le Fons Vitœ, c'est un pareil effort tenté pour 
maintenir en même temps la personnalité de la créature et la 
gloire du créateur, et les moyens sont analogues : continuité, 
causes finales, amour, création du monde par une volonté bonne. 
Avec les restrictions qu'une telle comparaison comporte, et sans 
oublier quelle originalité géniale se manifeste dans la conception 
des monades, infinis enveloppés et obscurs, on peut se hasarder 
de dire que, loin d'avoir été un Spinoza, Avicembron fut plutôt 
un Leibnitz du moyen âge. 

Maurice Lœwé. 






CONTRIBUTIONS 

A 



LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 



ET DES PAYS VOISINS 



LA FRONTIERE MERIDIONALE DE LA PALESTINE. 

On possède quatre descriptions du tracé de la frontière méridio- 
nale de la Palestine : la première tirée du Livre des Nombres, 
xxxiv, 4-5; la deuxième du Livre de Josué, xv, 2-4; la troisième 
d'Ezéchiel, xlvii, 19, et, enfin, la dernière du Targoum de Jéru- 
salem. Pour les comparer, il convient de les juxtaposer. 



I 

Votre lisière méri- 
dionale ...partira de 
l'extrémité de l'Iam- 
bammélah (mer de 
sel): 



puis elle tournera 
au midi de la mon- 
tée des Akrabbim 
(scorpions), 
et passera jusqu'à 
Sin (Senna, 'Evvàx); 
elle poussera jus- 
qu'à Qadesch-Bar- 
néa, 



II 

La limite du sud 
(des enfants de Ju- 
da) partait du haut 
de l'Iam-hammélah, 
du Laschon, dont la 
pointe est lournée 
au midi, 



passait par la Mon- 
tée des Scorpions. 



traversait Sin (Sena, 

leva), 

montait au sud de 

Qadesch-Barnéa, 

franchissait Hesron 

(Esron, 'Aawpwv), 



III 

au midi, vers le sud 
de Thamar, 



aux eaux de Meri- 

bot-Qadesch, 



IV 

Vous aurez pour 
frontière du sud le 
désert de Rékem 
sur la lisière d'É- 
dom ; cette limite 
aura son commen- 
cement à la pointe 
orientale de la mer 
salée ; 

cette limite méri- 
dionale s'infléchira 
vers la montée d'A- 
krabbim, 

touchera la Monta- 
gne de Fer, 
et aboutira au sud 
de Rékem de Gaya, 



186 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



ira jusqu'à Haçar- 
Addar (èïç ë7rcw).iv 
*Apà8) 



et jusqu'à Asmon 
(Asemona, 'Aas[xa>- 
vôc}. 

De Asmon, elle se 
dirigera vers le tor- 
rent de Miçraïm, 
pour se terminer à 
la mer. 



s'élevait jusqu'à Ad- 
dar (SàpâSa), 

tournait vers Qar- 

qaa (t^v xaxà ôua^àç 

KéSïjç), 

passait à Asmon 

(Asemona, EèXjuo- 

vàv), 

allait au torrent de 

Miçraïm, 

et s'étendait jusqu'à 
la mer. 



et le, torrent, 



jusqu'à la 
mer. 



grande 



sortira vers Dirat 
Adraya, 



et ira jusqu'à Ke- 

sam ; 

de Kesam, la ligne 
frontière déviera 
vers le Nil d'Egypte, 
pour s'étendre jus- 
qu'à la frontière 
ouest. 



Toutes ces descriptions mènent de l'est à l'ouest. 

Le point de départ des tracés I, II et IV est un point de la rive 
occidentale de la mer Morte, en face du cap Molyneux, qui marque 
l'extrémité méridionale de la presqu'île de la Liçan (Laschon); 
c'est donc le Ras-Senin. C'est là que finit la mer Morte aux eaux 
profondes et que commence la lagune qui la prolonge au sud. 

Le point de départ du tracé III ne saurait être différent : rien ne 
permet de supposer que, sur la rive déserte de la mer Morte, on 
ait pu être amené à rectifier une frontière dessinée par la nature 
et consacrée par les siècles. Thamar, la ©a^apoS de Ptolémée 1 , ne 
saurait donc être retrouvée, comme l'a suggéré M. de Saulcy 2 , à 
Qalaat-embarrheg, ruines situées sur la côte occidentale, auprès 
d'une source, à l'ouest-sud-ouest du cap Molyneux; elle doit 
plutôt être cherchée dans l'Oued el Hafaf (vallée des Ruines), que 
le savant explorateur* traversa dans sa marche vers le sud, 
avant d'atteindre le promontoire du Ras-Senin. 

Les descriptions du premier tronçon de l'a ligne frontière s'ac- 
cordent d'ailleurs bien avec les renseignements fournis par les 
voyageurs sur la route qui conduit du Ras-Senin dans l'intérieur 
du pays. 

« De la plage, pour gagner Zoarat el-Foka directement à l'ouest 
du Ras-Senin, il faut grimper par de mauvais sentiers; chemin 
faisant, on peut faire une ample moisson de cailloux ferrugi- 
neux 4 . » — « Après avoir dépassé Zoarat el-Foka, on débouche 
sur le plateau, près d'une masse d'un brun foncé, tumulus à base 



1 Ptolémée, Geographia, V, 16, 8. 

* De Saulcy, Voyage en Syrie et autour de la mer Morte, I, p. 241-245. 

* Ib., I, p. 231. 

* De Luynes, Voyage d'exploration à la mer Morte, I, p. 239-240. 



GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET DES PAYS VOISINS 187 

très évasée, qui porte le nom de Redjom-el-Hadad, ou plutôt 
Hadid, le monticule de fer *-. » Voilà bien la Montagne de Fer du 
Targoum de Jérusalem. 

Le point terminus de la frontière sur la côte de la Méditerranée 
doit être pareillement précisé. Où placer le Torrent de Miçraïm, 
Nil d'Egypte? D'après l'opinion la plus accréditée, ce serait 
l'Oued-el-Arich ; mais un simple coup d'œil jeté sur la carte conduit 
à accorder la préférence à lOued-Gazza, dont une branche passe 
àBeërschéba, bien réputée comme localité frontière. 

L'existence d'un pays de Musri, distinct de l'Egypte, a été dé- 
montrée par divers savants 2 . Sans vouloir reproduire leur argu- 
mentation, on doit observer qu'ils ont négligé deux passages des 
Septante, qui, tout en corroborant leur thèse, conduisent à rap- 
procher son territoire de la Judée. 

Kaî àvsê'^aav o\ Ztcpaloi êx tyjç aù^jxaJSouç 7tpbç SaoùÀ iizi tov (Souvbv, 
XsyovTsç* Oùx i8où Aaut8 X£xpu7rxai 7cap' tjjjuv èv Mecaepà èv toTç ctsvoTç 
èv TYj Kaivvî (I Sam., xxiii, 19). 

KOU £Xa8l(7£V £V Ma<7£p£[X £V T7| épYjJJLCp £V TOTç (7T£VO?Ç, XÛCl IxàÔïJTO £V TYJ 

èp^w èv TtS ôpei Sîcp (I Sam., xxiii, 14). 

Le pays de Messera ou de Maserem s'étendait donc jusqu'à 
Ziph et comprenait le bassin de l'Oued-Gazza. 

Au surplus, l'identification du ruisseau de Musr avec l'Oued- 
Gazza ressort de l'étude des villes de la marche méridionale de % 
Juda. Ces villes, primitivement attribuées aux enfants de Juda, 
puis, en partie, dévolues aux enfants de Siméon, se trouvent 
énumérées au chap. xv, 21-32, et au chap. xix, 1-9, du Livre de 
Josué, et, enfin, au chap. iv, 28-33, du I er Livre des Chroniques. 
Ces listes semblent contenir un nombre de localités supérieur à 
celui qu'accuse le texte hébreu lui-même : ainsi, le chapitre xv 
donne 37 noms pour 29 bourgades, le chapitre xix 14 noms pour 
13 bourgades. Sans arrêter un état définitif, on juxtaposera les 
trois listes, on complétera le tableau par une quatrième liste, liste 
des villes habitées par les enfants de Juda au retour de la capti- 
vité (Néhémie, xi, 25-30), et par les noms tirés des Onomastica 
de S. Jérôme (J) et d'Eusèbe (E); enfin, on fera suivre chaque 
nom de la leçon des Septante. 

» Ibid., I, p. 239. 

1 Consulter a cet égard Winckler, Altorientalische Forschungen, I, p. 24-41 , 



a 



u> b 5 

^ US 



w 






w 



'10 

S3 












w 



tSJ 



S 








O) 


<u 


8 






^5 


H 


3 






in 


S5 


S 




S 


0) 


QJ O 


o 


o 


«3 


S 


«3 «3 




cr. 


ci 


H M 


w 


«< 


-< 


cfl 



o n w ,*< 


J2 «^ 


-h ^h ^1 <N 


ec ce 



i s 



rL -ce ^ o 



^ aâ 



1 III II 



C * SC 



et 

c 5 
"^ =*- 





o 


r. 




> 
^3 










Z> 


9 




b 












er 




< 








f ( 


et 














O 


— 


- 




jf 






ci 




ci 

— 
- 


c 

o 

s 


o 
o* 
ad 


10 

•'o 

1- 


S 

03 
< 


S" 

>1 


Z 
u 



>♦ •♦ «5 iC œ X h 



»»S»5SS5 



* œ s» r« 



f 



ri. > 

v 8 QO. 



•5 '« 

- pa 



- 2 K 3 > 

-s *3 g 8 

<3 .« s < 



PP 



31* 

^ « « a. 

c: ce a? q- 



^3 
8 

< 



< Oh 



fi =3 

W 90 

kl Si 

< < 



cri 


o 


■3 « 




M 


C 


a 


S 


rf "S 


as 


ce 


a o 


fl 


ce 


3 ce 


W 


pq 


W PC 



O ce cfl +- 



©3 
O PQ 



pjfi 






— 






•M 










CJ 




o 


o 


A 




O 
ec) 










O 






— 
O 


-fi 




eo 

-3 










o 
eu 

S 


0) 


— 


g 

-fi 

eu 


— 


C* 

(S 
eo 
ai 

«S 


o 

ccJ 


S 


'S 


c 


a 

i 

a 


7j 




id 


pq 




C/J 


h-3 




co 


-*) 


pq 



PQ 



feC -8* 



o -. «é 

.fi ^ .Q 








° p '2 








Cfi o 4=! 








i b O 

3 cl. w 

^ -10 Si 

O' b --o) 


8 
b 


«3 

-fi 


-8 

8 


S X* PP 


s- 

pa 


'pq 


» 

PP 



2 rL 
eu b 
*I*3 



W 



O 


-8 


:eo 

fi 
O 


P 
o 


«e 
S 

Eh 


-C 


d 


03 


8 




c- 


3 


PP 


PQ 


S 



o 

-fi «5 
44 rL 



u- n pq pq 



03 s 



b 

3 

5 '2 

o — « 

b pq 



rL -m 

PP 



a n « <o r> f oo oo os es o o ««* «-h gq 



S 3 

•S b 



o 



•«3 



3 

a 

C0 -8 & û 

3 3 w 8 

u, b si b 

S « PP pq 



iê 3 

PP pq 



w 



- 8 ^, [V] a> o 

- N w r ffl p? 



SI ■3.* 
S**' 



cd -fi 5 <w 



-- m^> -CD 

3 O <D o- s-. 

g, b ^7 8 «3 

«2 8 a> 8 o 

53 h pq pq ce 



co «o r— r- ao oo 



OS OS O O -ri 



Ul (N M « «* 



bc 



3 ,fi u» _e Pj *° 

yo^S ,, ^ ^ O _ ^ 

XpPMpqpqpq^pqW^W^^pq 



a .8 ^ 



X o3 8 



y-wSS 



X c 

« ^ «g ^ ^ fi 
w i-q -^ c« w < 



fi «> 
o ,3 

I I 



PP 



« _ 






190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ces listes sont orientées, comme les tracés, de l'est à l'ouest ; 
elles respectent l'échelonnement des localités de la frontière 
d'Edom à la mer. On place immédiatement sur la carte Molada au 
Kh.-el-Milh et Beërschéba au Bir es Séba. 

Ciqlag, qu'Achis, roi de Gath, donna en apanage à David, devait 
se trouver au sud de la Philistée. Le site de Zuheilikah satisfait 
aux données du premier livre de Samuel : les ruines recouvrent 
trois petites collines formant un triangle d'un demi-mille de côté. 
On y trouve des restes de citernes {P. JE. F.). 

Avant de poursuivre ces essais d'identification, il convient, d'ail- 
leurs, de remarquer queHaçar, qui signifie bourgade, entre dans la 
composition de plusieurs noms de localités, Haçar-Gadda, la ville 
des boucs, Haçar-Schouâl, la ville des c hacals, lia çsv-Sousim, la 
ville des chevaux ; on est amené par analogie à réunir les 3 et 4, 8 
et 9 de la liste I, pour faire les noms composés, Haçar-Qina, Haçar- 
Itnan. D'autres raisons lient ensemble Aïn et Rimmon. Le nombre 
des localités de la liste I est donc immédiatement ramené à 34. 

Pour parfaire ce travail de révision des listes, on va étudier 
successivement chaque nom de localité. 

1. Cabseël, nom dérivé de xa^a^X « temple d'Bl », donna nais- 
sance à Beneyahou bèn Yehoyada 1 , l'un des héros de David; fut 
occupé au retour de la captivité, sous le nom de Yeqabseël, par les 
enfants de Juda. Le Bou<7eXe-/)À des Septante, corruption de Bet 
Eleël, « maison d'Elell », est évidemment identique à Gabseël. Site 
inconnu. 

2. Eder ou Adar. Site inconnu. 

3. Asor-Qina, le bourg de Qina, sans doute ville des Qénites. 
Ce peuple, qui à l'époque de l'Exode habitait au milieu des Ama- 
lécites 2 , est différencié par la Genèse du peuple des Qénizzites : 
« A ta postérité je donnerai le pays depuis le torrent de Miçraïm, 
jusqu'au grand fleuve de Perath, le Qênite et le Qénizzitte, le 
Qadmonite et le Hittite, le Perizzite et les Réphaïtes, l'Emorite et 
le Kenaânite, le Guirgaschite et l'Ieboussite 3 . » 

4. Dlmona, Dibon de Néhémie, identifié par M. de Saulcy 4 , 
avec les ruines d'Ed-Dheib, sur la route de Zoarat el-Foka à 
Hébron, à deux heures de marche et au sud de Jenbeh, sur le 
flanc méridional de l'Oued-ed-Dheib. 

1 II Sam., xxiii, 20. 
» I Sam., xv, 6, 

3 Gen., xv, 18-21. 

4 De Saulcy, Dictionnaire topo graphique de la Terre Sainte, p. 117; Voyage en 
Syrie et autour de la mer Morte, 11, 85. 



GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET DES PAYS VOISINS 191 

5. Adeâda. M. de Saulcy l a proposé de placer cette localité aux 
ruines de Qasr-el Adadâh, à trois heures et demie de Zoarat el 
Foka, sur la route d'Hébron. 

6. Qadesch, l'un des jalons les plus importants de la ligne fron- 
tière, l'un des principaux gîtes du peuple hébreu dans le désert au 
cours de l'Exode. 

Le Livre des Nombres fournit sur sa situation une première indi- 
cation. « Jahvé s'adressa en ces termes à Moïse : Envoie des gens 
pour explorer la terre de Kenaân... Du désert de Pâran, Moïse 
les fit donc partir. . . En les envoyant pour sonder la terre de Ke- 
naân, Moïse leur dit : Montez par le Nédjeb jusqu'à la montagne... 
Montant, ils explorèrent le pays depuis le désert de Gin jusqu'à 
Rehob, à l'entrée de Hamat. Ils firent route par le Nédjeb et par- 
vinrent jusqu'à Hébron. . . Au bout de quarante jours, ils revin- 
rent de leur exploration et se rendirent près de Moïse... au désert 
de Pâràn à Qadesch. . . Ils racontèrent tout à Moïse : . . .dans le 
Nédjeb séjourne Amalec; dans la montagne le Hittite, l'Iéboussite, 
l'Émorite. . . 2 » 

Dans le récit parallèle du Deutéronome 3 , le nom de Qadesch 
est remplacé par celui de Qadesch-Barnéa. 

On conclura de ces textes à l'identité de Qadesch et de Qadesch- 
Barnéa, à la situation de cette localité dans le désert de Pàran, et 
au sud d'Hébron, et, enfin, à l'existence d'une région du nom de 
Nédjeb, habitée par les Amalécites, laquelle s'étendait entre ledit 
désert et la montagne. 

Le Livre des Nombres nous apprend encore que Qadesch était à 
cheval sur une grand'route : « De Qadesch, Moïse envoya des mes- 
sagers vers le roi d'Edom : . . . nous voici à Qadesch, bourg à 
l'extrémité de tes frontières. Que nous traversions ton pays! Nous 
ne passerons ni par les champs cultivés, ni par les villes ; nous ne 
boirons pas l'eau du puits ; nous marcherons par la route royale, 
sans dévier ni à droite ni à gauche, jusqu'à ce que nous ayons 
franchi ton territoire 4 . » 

D'où partait cette route qui se dirigeait de l'ouest vers l'est, si- 
non d'un port de la mer Méditerranée et, par conséquent, de Gaza? 
Le chemin de la conquête n'est-il pas tracé par le livre de Josué? 
« Tout fut frappé par Josué de Qadesch-Barnéa jusqu'à Gaza 3 ». 

1 De Saulcy, Voyage m Syrie et autour de la mer Morte, II, p. 90. 

2 Nombres, xm, 2-30. 

3 Deut., i, 19. 

* Nombres, xx, 14-17. 
« Josué, x, 40-41. 



192 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

Cette route avait conservé toute son importance à l'époque ro- 
maine : Nabataei oppidum includunt Petram nomine... Abest a 
Gaza oppido littoris nostri DC. M., a sinu Persico CXXKV M. Hue 
convenit utrumque bivium, eorum qui ex Syria Palmyram petiere, 
et eorum qui ab Gaza venerunt *. 

Il convient également de se rappeler que le séjour des Israélites à 
Qadesch fut marqué par un soulèvement provoqué par le manque 
d'eau. D'après le Livre des Nombres, Moïse, ayant frappé à deux 
reprises le rocher de son bâton, en aurait fait jaillir une eau abon- 
dante. La source fut appelée Fontaine de la contestation. « Ce 
sont là les eaux de Meriba, où les Israélites eurent avec Iahvé cette 
contestation qui tourna à sa gloire 2 . » Le campement d'Israël de- 
vait donc se trouver dans une région accidentée présentant des 
hauteurs rocheuses. 

Au surplus, le récit de la campagne de Kedarlagomer, roi 
d'Elam, contre les rois de la Pentapole, confirme ces déductions. 
« Kedorlagomer et les rois qui étaient avec lui vinrent frapper. . . 
jusqu'à El-Pâran, qui est près du désert. Revenant sur leurs pas, 
ils atteignirent En-Mischpat — qui est Qadesch — et frappèrent 
tout le territoire des Amalécites et aussi l'Émorite qui habite Ha- 
çaçon-Thamar 3 . » Qadesch occupait donc un site élevé à Test du 
désert de Pâran. 

En résumé, quoiqu'on ne puisse indiquer l'emplacement exact 
de Qadesch, l'on voit que cet emplacement doit être cherché au 
sud d Hébron, à l'est ou au sud-est d'El Milh, sur une route natu- 
relle conduisant de Gaza à la mer Morte, et dans une région mon- 
tagneuse; par conséquent, sur le versant occidental du Djebel 
Umm Rudschùm, à proximité du chemin d'El Milh au Ras ez 
Zuwera. 

1. Haçor-Itnan, transcrit par les Septante 'Aaopicovatv, au lieu 
de 'Acopiôvaiv, peut être Kh. et Tuany et Tell et Tuany, à l'est de 
Kh. Maïn. 

8. Ziph, pour les Septante Maivàjx « les camps ». Peut-être San* 
porté sur la carte du P. E. F. au sud-est de Kh. et Tuany ; peut- 
être aussi Jenbeh, où se trouvent des ruines importantes 4 . 

9. Telem Bealoth, pour les Septante un seul nom BaXjxatvàv, c'est- 
à-dire le nom porté par une ville de Ruben, Baal-Meon. 

» Pline, Naturalis Eistoria, 1. VI, c. XXXII. 
* Nombr., xx, 13. 

3 Gen , xiv, 5-7. 

4 De Saulcy, Voyage en Syrie et ait tour de la mer Morte, p. 98. 



GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET DES PAYS VOISINS 193 

M. de Sauicy 1 a reconnu dans cette localité Télem, le lieu de 
rendez-vous assigné par Saùl aux Israélites pour marcher contre 
les Amalécites 2 . 

On propose de chercher cette double localité au Kh. el Kurié- 
tein, où se trouvent les vestiges d'une grande ville. 

10. Haçor Hadattha, « le quartier neuf », Qeriyoth « la ville », 
Hesron « les hameaux », dont l'ensemble constitue Haçor et pour 
les Septante « les villes d'Hesron ». Cette agglomération fort 
importante se trouvait, d'après le Livre de Josué, sur les confins 
du pays. Le rapprochement entre les tracés du Livre de Josué et 
du Livre des Nombres, indiquant l'un deux localités : Hesron et 
Addar, l'autre une seule localité, Haçar-Addar, pour les Septante 
'ApàS, l'impossibilité de retrouver dans les bourgades ci-après en- 
visagées une ville d'Addar, l'importance d'Arad au temps de 
l'Exode, accusée par le Livre des Nombres 3 , l'incorporation 
presque forcée de cette ville dans le territoire de Juda, tout con- 
court à écarter, d'une part, identification proposée par Robinson 
d'Hesron avec le Kh. el Kuriétein, à mettre en avant, au con- 
traire, l'idée de chercher Hesron à Tell Arad. 

11. Amam, E-^v, site inconnu. 

12. Schéma ou Scheba :, SaX^aà, peut-être Kh. Kuseifeh, au 
nord-est du Kh. el Milh. 

13. Molada, Kh. el Milh. 

14. Haçar-Gadda, le village des boucs. 

Heschmon, que donne ensuite le Livre de Josué, en hébreu, 
Iesimôn « désert », ne semble pas être un nom de localité. C'est 
peut-être un qualificatif du nom d'Haçar-Gadda. Il y aurait donc 
eu une « Gadda du désert ». Cette ville doit correspondre aux 
ruines du Kh. Meshash, situé sur la lisière du désert, au pied 
d'une colline escarpée que couronnent les ruines d'El Ghurra. 

15. Bet Pélet, la maison du salut ; ethnique Phaltite (II Sam., 
xxiii, 26) ou Phalonite (I Chr., xi, 27). 

L'armée de David comprenait, on le sait, indépendamment des 
Guïbborim, les Krétites ou Kréti et les Plétites ou Pléti. On a 
d'abord voulu voir dans ces deux derniers noms ceux des troupes 
spéciales, les coupeurs et les légers, de même que notre organi- 
sation militaire française a comporté, à une certaine époque, des 

1 De Sauicy, Dictionnaire topographique de la Terre Sainte,^. 299. 
* I Sam., xv, 4. 
3 xxi, 1. 

T. XXXV, N tt 70. 12 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

grenadiers et des voltigeurs. Mais on a dû renoncer à cette inter- 
prétation, devant l'emploi fait de Kréti comme terme géographique, 
désignant tout ou partie de la Philistée (I Sam., xxx, 14 et 16; 
Ezéchiel, xxv, 16 ; Sophonie, n, 5); dès lors, les Pléti pourraient 
très bien être rattachés à Bet-Pélet. 
On assignera pour site à cette ville Kh. Saoua. 

16. Haçar-Schoaâl, la ville des chacals. Les Septante la dé- 
nomment Esersal, Arsouala, Ghola, Seola. On sait que ir désigne 
une ville close à donjon, et que le fossé qui était parfois creusé au 
pied de la muraille était appelé chêl. Schouâl n'occupait donc pas 
un site naturellement fort. Tel est le cas du Kh. Hora, dont les 
avenues étaient protégées par des tours de garde. 

1*7. Beërschéba subsiste encore sous son nom. C'était une loca- 
lité frontière, célèbre entre toutes; de là la locution de Dan à 
Beërschéba (II Sam., ni et xvn, 11), qui, après la formation du 
royaume d'Israël, devint «de Beërschéba à la montagne d'Ephraïm» 
(II Chr. , xix, 14) . C'était la porte du désert la plus fréquentée : Elie, 
fuyant la colère d'Achab, se dirige sur Beërschéba, y laisse son 
serviteur et s'enfonce à une journée de marche dans le désert 
(I Rois, xix, 2). 

De Beërschéba partait donc une route, qui traversait le désert; 
la carte de Peutinger trace effectivement une voie de Helya Capito- 
lina (Jérusalem) à Aila par Elusa et Eboda. Cette voie passait for- 
cément par Hébron ; or, Hébron, Beërschéba et El Chalasa, où se 
voient les ruines d'Elusa, se trouvent sur un alignement. 

Beërschéba était donc un lieu d'échanges pour les populations 
situées de part et d'autre de la frontière, et l'importance de ce 
centre d'attraction se trouvait encore accrue par le culte rendu à 
des divinités étrangères : « Eux qui jurent par le forfait de Scho- 
meron (Samarie) et disent : Vive ton Elohim, ô Dan ! vive le che- 
min de Beërschéba! Ils tomberont pour ne se redresser plus » l . 

Bizyotheya, qui ne se trouve pas sur la liste des Septante, 
devait être une dépendance de Beërschéba, peut-être Kh. Buteyir. 

Pour faciliter les recherches, on passera tout de suite à l'analyse 
des renseignements que l'on possède sur Çiqlag, quitte à revenir 
ensuite sur les noms que Ton commence par sauter. 

24. Çiqlag. David, persécuté par Saùl, se réfugia chez le roi de 
Gath, qui lui assigna pour résidence la ville de Çiqlag, située sur 

1 Amos, vin, 14. 






GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET DES PAYS VOISINS 195 

les confins méridionaux de la Philistée. Pour entraîner ses par- 
tisans, par goût ou par nécessité, David fit de nombreux ghraz- 
zous contre le Gueschourite, le Guirzite ! et l'Amalécite habitant 
le pays entre Olam et Schour 2 et la terre de Miçraïm. Mais il avait 
soin de cacher les objectifs de ses expéditions. « Contre qui as-tu 
fait aujourd'hui une incursion, lui demandait Akisch&Contre le 
Nédjeb de Juda et contre le Nédjeb du Ierahmeélite ('kd^eyà) et 
contre le Nédjeb du Qénite (KevsÇl). » 

Lors de la campagne contre les Israélites, dans laquelle Saùl 
périt, David accompagna d'abord le roi de Gath, puis, devenu 
suspect aux Philistins, il fut renvoyé à Çiqlag. Il trouva son bourg 
incendié et ses femmes enlevées par les Amalécites. Avec six 
cents de ses partisans, il se lança à la poursuite des ravisseurs : 
deux cents s'arrêtèrent épuisés sur le bord du Nahal Bessor (Boabp). 
Continuant la chasse avec les autres, il saisit un esclave aban- 
donné par les Amalécites. « Je suis, leur déclara celui-ci, un 
Miçraïte, serviteur d'un Amalécite ; mon maître m'a abandonné, 
il y a trois jours , parce que j'étais malade. Nous avons fait 
une incursion dans le Nédjed du Krèti (XeXsêi) et dans celui de 
Juda et dans celui de Kaleb (KsXoùç), et nous avons incendié 
Çiqlag. » Guidé par ce captif, David put atteindre le parti ama- 
lécite et le razzier à son tour. Il distribua le butin à ses compa- 
gnons et envoya des parts de dépouilles aux Zeqènim de différentes 
villes de Juda : Bethel, Ramot du Nédjeb, Iattir, Aroër, Siphmot, 
Eschtemoa, Rakal, les villes du Iahremeélite, les villes du Qénite, 
Horma, Koraschan, Atak, Hébron et tous lieux visités par lui et sa 
bande ; d'après les Septante, io1ç h Baiôaoùp, 'Pa^avo-rou, Tsôop^ 
'ApoYjp, 'A(/.(i.aSî, Sacpt, 'Eaôis, Teô, KipiàG, Sacpex, ©Tj^àô, Kap^vjXoj, èv 
xaY; "KÔXsci tou 'IepEjxsYjX, k\> tocÏç TioXecrt tou KeveÇ?, év 'Iepijxouô, Biqpca- 
êee, Nojxêè, Xeêpwv. 

Ces renseignements vont permettre de reconstituer la géogra- 
phie de la région de Çiqlag. 

Çiqlag a été plus haut identifié avec Kh. Zuheilikah et le Nédjeb 
du Krèti avec le sud de la Philistée. La direction du ghrazzou ama- 
lécite précité était donc l'ouest-est; le Nédjeb de Kaleb doit être 
cherché à l'est de Çiqlag, ainsi que le Nédjeb du Ierahmélite, 
et celui du Qénite ou plutôt du Qénizzite, car les Septante se ser- 

1 Nom inconnu des Septante, d'Eusèbe et de S. Jérôme. 

1 Aux mots « Olam et Schour • les Septante, Eusèbe et S. Jérôme substituent le 
nom Guélamsour. Olam peut, d'autre part, être rapproché de Beërschéba, d'après un 
passage de la Genèse (xxi, 32) : • à Beërschéba Abraham planta un tamaris et y 
invoqua le nom d'iahvé El-Olam. • Les incursions de David auraient donc eu pour 
théâtre le territoire compris entre la ligne Beërschéba-Schour et l'Egypte. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vent ici du terme Keveft, et au Livre de la Genèse 1 , ils distin- 
guent touç Xsvaiouç, les Qénites, et toùç KeveÇafouç, les Qénizzites. 

Dans notre Etude sur la Schefèla et la montagne de Juda*, 
nous avons appelé l'attention sur un ensemble de ruines groupées 
autour du Kh. Kannas. Ce massif montagneux doit correspondre 
au NédjeJ) du Qénizzite, les ruines qui s'y trouvent aux bourgs 
des Qénizzites. 

S'il en est ainsi, Horma, 'Iepijxoùô, doit être retrouvé dans le 
voisinage. Que l'on rapproche les trois textes suivants : A. « Dans 
ce temps, Josué alla trancher les Anaqites de la région monta- 
gneuse de Hébron, de Debir, de Anab, de la montagne de Juda 3 » ; 
— B. « Le roi de Debir, un ; le roi de Guéder (r<x8èp), un ; le roi de 
Horma ('Epjxàô), un ; le roi de Arad (A8èp), un » 4 ; — C. Les fils de 
Qéni, beau-frère de Moïse, étaient montés de la ville des Palmiers 
avec les enfants de Juda jusqu'au désert de Juda, situé au midi 
de Arad, suivant le peuple d'Israël dans sa migration, et mêlés 
partout à lui. Continuant sa marche avec Siméon, son frère, Juda 
frappa le Kenaânite qui séjournait à Ç^phat. Les vainqueurs 
vouèrent la ville et la nommèrent Horma (la vouée) *. » 

On devra tout de suite assigner pour ligne de marche au con- 
quérant Hébron, Debir, Anab, Horma, et, tenant compte que le 
nom de Çephat indique un site élevé, on sera naturellement 
amené, d'après les sites précédemment assignés 6 aux trois pre- 
mières de ces localités, à identifier Horma avec les ruines dé- 
nommées Oumm er Roumanin, qui se dressent au sommet d'une 
montagne. 

Koraschan ou plutôt, suivant la rectification de Saint-Jérôme, 
Borasan, la citerne d 'Asan, doit être cherché à l'est d'Horma ; 
le Kh. Oumm er Suwaneh, qui offre des citernes antiques, est 
dans la direction convenable. 

Enfin, le No^ês des Septante, à l'est de Borasan, s'identifie sans 
hésitation avec Anab. 

Dans notre étude précitée \ nous avons montré quelque répu- 
gnance à placer la seconde ville du premier groupe de la mon- 
tagne Yattir, 'Ie0£p,au Kh. Attir, situé dans la direction de Malata. 
Le roi de Guéder, FaBèp, qui, sur la liste des rois vaincus, figure 

1 Gen., xv, 19. 

2 Revue des Etudes juives, XXXIV, p. 64. 

3 Jos., xi, 2t. 

4 Jos., xii, 13-14. 
s Juges, i, 16-17. 

6 Revue des Études juives, XXXIV, p. 63-64. 

7 ld„ p. 65. 



GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET DES PAYS VOISINS 197 

entre le roi de Debir et celui de Horma, devait commander à une 
ville dont le site doit être cherché entre Edh Dhaheryeh et Oumm 
er Roumanin : TaSèp et 'Ieôso semblent d'ailleurs identiques. On est 
ainsi conduit à jeter les yeux sur les ruines d'Oumm Jureideh. 

Les identifications qu'on vient de faire, en se servant tantôt du 
texte hébreu, tantôt de la version des Septante, ont bien établi 
l'ordre suivi dans l'énumération des villes auxquelles des parts 
de butin furent attribuées par David, et montré dans quelle direc- 
tion il convient de poursuivre les recherches. 

On est ainsi fondé à placer le Nédjeb du Ierahmélite dans la 
haute vallée d'El Muleihah ; il est toutefois possible que ce pays 
s'étendît à l'est, de façon à englober la chaîne au nord du mas- 
sif d'Oumm Kannas, et avec elle les ruines de Kh. Oumm Hâre- 
tein, Kh. el Weibedeh, Resm esch Schakkâk, Deir el Mus, Kh. 
Jeimar, Kh. OummKhuschram, Kh. Beit Murrân, Kh. Bidghusch, 
et, enfin, Deir Muheisin, Kh. Hôrân et Beit Mirsim 1 . Certains de 
ces noms rappellent la descendance de Iehrameël : ainsi Khusch- 
ram, Kisseram « le siège de Ram»; Ram était l'aîné de Iehra- 
meël ; ainsi encore Deir Mus, Maaç était l'aîné de Ram. 

Kaleb étant frère d'Ierahmeël, le Nédjeb de Kaleb était sinon iden- 
tique au Nédjeb dn lehrameélite, du moins très voisin de celui-ci. 

Rakal, qui peut être lu Dakal, semble pouvoir être rapproché 
de Oumm Dabqal. — Les Septante substituent à Rakal une liste de 
noms : Geth, Kimath, Saphec, Themath et Garmel. Un seul d'entre 
eux s'identifie immédiatement, Geth avec le Kh. Abu Gheith. 

De même, aux deux noms Siphmot Eschtemoa, les Septante 
opposent Ammadi, Saphie, Esthie. Ammadi se retrouve au Kh. 
Oumm Ameidât. 

Aroër semble pouvoir être rapproché de Tell Abou Harireh ou 
des ruines voisines de Oumm Jerrah, qui couronnent une colline 
au sud de Zuheilikah. 

Gethor devrait être cherché à l'ouest du Kh. Oumm Jerrah au 
Kh. Oumm Adrah. 

Les deux bourgades qui occupent la tête de la liste des bourgs 
dotés par David d'une part de butin, Bethel et Rama du Nédjeb, 
et qui, d'après les considérations précédentes, devaient se trouver 
dans les environs immédiats de Zuheilikah, Bethel et Rama du 
Nédjeb sont évidemment identiques à Bethel et Erma qui, sur les 
listes de Juda et de Siméon, précèdent Siceleget que l'on va main- 
tenant envisager. 

1 Ces ruines ne correspondent à aucune ville de la montagne de Juda. 11 en résulte 
que tout le pays n'avait pas été occupé par Juda lors de la conquête. 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

23. Rama du Nédjeb. Il est question de cette localité dans un 
passage du Livre de Josué, qui paraît avoir été jusqu'ici mal in- 
terprété. 

« Aïn, Rimmon, Ether, Aschan : quatre bourgs et leur terri- 
toire. Il faut y joindre toutes les dépendances qui entouraient ces 
bourgades jusqu'à Baalat-Beèr, dans la hauteur du Nédjeb l . » 

Les Septante traduisent : 

'Ep£|X(Juov, xat SaXyoL, xaî 'Ieôèp, xal 'Aaàv rcoXeiç TÉcuapeç, xal al 
xco[/.at aùxôW xuxXco twv TrôXewv aùxtov ecaç BaXèx 7rop£uo(X£vcov BajxeO 
xaxà Xiêa. 

Ce passage présente une erreur de lecture : BaXèx, pour BaXèô ; un 
lapsus calami: Ba^ô pour 'Pafxlô. Baleth n'est, d'ailleurs, pas un 
nom propre, il désigne un chêne, en arabe ballût. Ce chêne se 
dressait-il sur les bords du puits de Ramot du Nédjeb, ou fai- 
sait-il simplement l'ornement d'une localité appelée Beramot du 
Nédjeb? Dans un cas, il aurait existé, dans la même région, Aïn 
Rimmon ('Epe^wv, 'Epwjxwô) et Rama du Nédjeb, et dans l'autre 
trois Rama. On écartera donc cette dernière solution, et l'on 
traduira : « Il faut y joindre toutes les dépendances de ces bour- 
gades jusqu'au chêne du puits de Ramot du Nédjeb. » 

On est alors conduit à placer cette localité au Kh. Oued el Ftis 
(ruines sur une étendue de 1800 mètres environ de pourtour; dans 
le lit de l'oued, puits antique, donnant une eau de bonne qualité). 

22. Bethel. La comparaison des listes de Juda et de Siméon 
conduit à l'égalité Bethel = Chsil ; la comparaison des textes 
hébreu et grec des listes de villes dotées par David mène à cette 
autre égalité Bethel = Bethsur, et ces identifications sont con- 
firmées par les étymologies de V Onomasticon : « Chisil robustus. 
Bethsur domus robusti. » 

Bethsur, devant être cherché dans les environs de Zuheilikah, 
se retrouve au Tell esch Scherîah. 

18-21. L'exploration de la région comprise entre Beërschéba et 
Tell esch Scherîah a révélé l'existence de cinq grandes ruines, Kh. 
el Lekîyeh et Kh. er Ras voisines l'une de l'autre, Kh. el Muweilêh, 
Kh. Abu Samârah et Kh. Zubâlah. Il paraît naturel de les assigner 
pour sites respectifs aux quatre villes de Siméon, Bala, Anim, 
Asom et Eltolad. 

25. Madmèna. Eusèbe rapporte que c'était une petite place ap- 

1 Joi., xix, 7-8. 



GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET DES PAYS VOISINS 199 

pelée de son temps Mênôis et voisine de Gaza. Ce renseignement 
est pour nous moins précieux que celui qu'ont recueilli les Sep- 
tante, qui substituent au nom de Madmena celui de Bet-Mar- 
chaboth, dans lequel on reconnaît sans peine Bel ha Marhabot, 
la maison des chars. Cette localité se trouvait donc dans une 
plaine, le long d'une route fréquentée. Bien que la carte de Peu- 
tinger et les itinéraires d'Antonin ne fassent passer par Gaza que 
la voie suivant le littoral, on ne peut s'empêcher de reconnaître 
que le terrain se prête à la circulation des chars entre Gaza 
et l'ancienne Gath. En s'avançant dans cette direction, on laisse, 
en effet, au sud les derniers contreforts de la montagne et l'on 
n'a guère à franchir que de simples ondulations de terrain ; l'on 
arrive ainsi au Kh. Beit Mâmîn, que l'on identifiera sans hési- 
tation avec Madmena. 

26. Sansanna, aussi appelé Haçar-Sousim, la ville des che- 
vaux, nous reporte à l'époque des tablettes de Tell-el-Amarna, 
dans lesquelles huit chefs, dont Japachi de Gezer, Jitia, prince d'As- 
calon, Jabnilu, prince de Lakis, prennent le titre de « maître des 
cavales royales ». La ville des chevaux était donc un relai établi 
sur une route pratiquée par les courriers que le roi d'Egypte en- 
voyait aux chefs tributaires ou aux souverains des contrées loin- 
taines, Babylone, Mitani, Alasya etc. II est naturel de placer San- 
sanna entre le Kh. Beit Mâmîn et Gaza : on est ainsi conduit au 
village de Simsim. 

2*7. Lebaôl, Bet-Lebaoth, la maison des lionnes ^ ou encore Bet- 
Bireï, semble pouvoir être retrouvé au village de Bureir, situé à 
une faible distance à l'est de Simsim *. 

28. Scharaïm, les deux portes. Ce nom est singulièrement ins- 
tructif, car il prouve par lui-même que les villes closes n'avaient 
d'ordinaire qu'une porte, la porte étant toujours le point faible de 
la place. Les villes à deux portes étaient donc une exception, qui 
se présentait si rarement qu'on pouvait sans crainte d'erreur dési- 
gner une ville par cette particularité. Cette dérogation à la règle 
générale devait se justifier non seulement par la traversée d'une 
route, mais encore par la nécessité de maîtriser cette communi- 
cation. Scharaïm était sur une route comme Madmena, comme 
Sansanna. On se trouve donc en présence des localités corres- 
pondant au premier tronçon de la voie suivie par les armées égyp- 
tiennes pénétrant en Palestine. 

* 

1 Ou encore au Kh. El Bir à l'est de Gaïa. 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Cette constatation nous reporte aussitôt au tableau de la salle 
hypostyle de Karnak, représentant le retour triomphal de Seti I er * . 

Le roi franchit le canal frontière en un point défendu par une 
tête de pont fortifiée; les prêtres et les grands viennent au-devant 
de lui et le saluent de leurs acclamations. Devant le char marchent 
trois rangées de captifs, et, enchaînés au char, trois chefs Schasous 
s'avancent parallèlement au prince ; au-dessous du char et des 
chevaux trois forteresses sont figurées, qui indiquent la route 
suivie par le roi. La première derrière le char et au bord d'un 
réservoir planté d'arbres, Uati de Seti Minphtah, le puits de 
Seti Min Phtath; la seconde derrière le char, à hauteur de la 
croupe des chevaux, Pa magadil en Seti, la tour de Seti ; la 
troisième derrière les membres antérieurs des chevaux, Ta-â- 
pamàouy la demeure du lion avec deux bouquets d'arbres en- 
tourant une pièce d'eau; à hauteur des files moyennes des prison- 
niers, Pa-Khtoum-en-Tsar ou Tsal, la forteresse de Tsar ou 
Tsal. Une bande horizontale d'une eau poissonneuse s'étend sous 
les pieds de la file inférieure des captifs; une bande verticale d'eau 
peuplée de crocodiles limite la peinture à droite. Cette eau nommée 
ta tena, le canal, est franchie par un pont fortifié défendu, du 
côté de la Syrie, par une première tour, puis par une enceinte 
extérieure flanquée de deux tours; sous la construction la légende 
le réservoir de Hazina. 

Reportons maintenant le tableau dans son cadre réel. 

Presque au point où l'Oued Gazza, peuplée de crocodiles, se jette 
dans la mer poissonneuse de la Méditerranée, se dresse sur la rive 
droite le Tell Ajjul aux flancs retaillés de main d'homme, et sur la 
rive opposée le Tell Nujeid. Voilà le Zarou ou Zalou des Egyptiens. 

Le Léontopolis inconnu, qui marque la première étape, c'est 
Lebaôt « la ville des lionnes », c'est Bureir avec son bouquet de 
bois. 

La Migdol de Seti, qui marque la seconde étape, ce peut être, 
dans le prolongement de la ligne Tell Ajjul-Bureir, Migdal-Gad. 

Le Puits de Seti, c'est El Bireh au nord de Tell Djezer, où les 
explorateurs du P. E. F. signalent des fondations et des monceaux 
de pierre, en indiquant la possibilité d'y voir l'emplacement d'une 
ville antique. 

Et la grande voie militaire se poursuit par Mejdel Yaba, Kh. el- 
Khareyeh, Kh. Suffin, Kh. Nesha, Kefr Sa, El Mejdel et Taiyibeh, 
Furdisia, sur Irtah et le village de Feraoun. 

1 Guyesse, Inscription historique de Sati 1 er dans le tome XI du Recueil des tra- 
vaux ; Lenormant, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, II, p. 239 ; Maspero, 
Histoire ancienne des peuples de V Orient classi L ue, II, p. 370. 



GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET DES PAYS VOISINS 201 

Cette interprétation du tableau est sans nul doute plus satisfai- 
sante que celle, jusqu'ici admise, qui place Zalou au Sile des Iti- 
néraires, à xxii milles romains de Peluse et, par conséquent, de 
la mer. 

On ne saurait cependant taire une objection que suggère le récit 
de la campagne de Toutmès III contre Mageddo. « L'an XXII, le 
4* mois de Pirit, le 25 [voici que S. M. se trouva àl T'or, en sa 
première campagne [victorieuse pour élargir] les frontières de 
l'Egypte. Or, pendant la durée de ces an[nées le pays des Lotanou 
avait été en] discorde, chacun [se battait] contre [son] voisin 
[grand ou petit jusqu'à ce que] se fussent produits d'autres temps 
[pour] les gens qui étaient là dans la ville de Scharouhana, à par- 
tir de la ville de Jerza 1 , jusqu'aux régions lointaines de la terre, 
qui en vinrent à se révolter contre S. M. 2 . » 

Ce texte fait de Zalou et de Scharouhana deux localités dis- 
tinctes, tandis que les Septante, en traduisant par SaXv], le Schil- 
him du texte hébreu, lequel correspond incontestablement au Scha- 
rouhana égyptien 3 , en font une seule et même ville. Si l'on pouvait 
faire de Scharouhana, dont il est également question à l'époque 
de l'expulsion des Pasteurs d'Egypte, un canton au lieu d'une 
ville, tout s'expliquerait, même le texte cité, qui ne laisse pas que 
de présenter une certaine obscurité ou, pour le moins, une cer- 
taine incorrection ; si Ton rejette cette manière de voir, il faut 
assigner à Scharouhana un site à l'est d'Ajjul, à cheval sur une 
route venant d'Egypte, et Ton est alors conduit à jeter les yeux 
sur le Kh. El Mendur. où se trouvent des traces d'une vieille ville. 

On remarquera l'emploi simultané des formes Silchin, Scharou- 
hana, qui trahit le voisinage de l'Egypte dont l'alphabet ne dis- 
tingue pas les lettres l et r. 

29. Ramot. Les Septante ne font qu'une ville 'EpwjxwG d'Aïn et 
de Rimmon du texte hébreu. Cette ville, son nom l'indique, occu- 
pait un site élevé. On sait, d'autre part, par Sozomène, qu'à cinq 
milles de Gaza se dressait près d'un torrent la ville de Rabatha, qui 
est évidemment la même que celle qui est en ce moment consi- 
dérée. L'identification de Ramot avec le Kh. el Meshrefeh s'im- 
pose. 

1 Aujourd'hui Beit Jerjah. 

2 Maspero, Le récit de la campagne contre Mageddo, dans le Recueil des travaux, 
t. II, p. 45-50. 

3 Brugsch, Geographiscke Inschriften, t. II, p. 32 ; F. Lenormant, Histoire ancienne 
de r Orient, t. IL, 158; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique^ 
t. II, p. 88. 



202 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ramot fut cédée à Siméon ; elle fit partie d'un groupe de quatre 
localités, comprenant : 

©aX^à, ©oxxà ou Thokèn, 
'Ieôèp, Acxàv, Ether ou Etam, 
'Acràv, Aî<ràp ou Aschan. 

Dans le canton à l'est du Kh. el Meshrefeh les ruines de Kh. 
Sihan, Kh. Oumm Adrah, et Kh. Kutschan peuvent, marquer les 
emplacements de ces trois bourgades antiques. On doit toutefois 
observer que, d'après les indications de distance d'Eusèbe et de 
Jérôme, Thalcha devrait être cherché à Tell Abou Dilakh au 
nord-est de Zuheilikah. 

Si les recherches qui viennent d'être exposées laissent dans 
l'indécision les sites d'un trop grand nombre de bourgades, elles 
prouvent, du moins, que toutes les localités à l'ouest de Beërschéba 
se trouvaient au nord du torrent qui passe par Beërschéba, et elles 
établissent, par conséquent, que le torrent de Miçraïm, impropre- 
ment appelé le Nil d'Egypte, se confond avec l'Oued Gazza. 

La Genèse nous apprend " qu'Abraham étant parti pour le pays 
du Nédjeb s'établit entre Qadesch et Sur et séjourna à Gerar. On a 
proposé de retrouver Gerar au Kh. Umm Djerar sur la rive gauche 
de l'Oued Gazza ou à Tell Jemmeh situé sur la rive opposée, ce 
qui semble préférable. On a circonscrit, d'autre part, la région 
dans laquelle il convient de chercher l'emplacement de Qadesch- 
Barnèa. On pourrait en déduire l'emplacement approximatif de 
Sûr; l'on retomberait sur le Tell Ajjul, que d'autres considérations 
ont amené plus haut à identifier avec le Tsal des Egyptiens. 

Colonel G. Marmier. 

* Gen., xx, 1 



LA TRILITÉRALITE DES RACINES 

y y ET ry 1 



Hayyoudj, le véritable créateur de la grammaire hébraïque, a 
posé le principe absolu de la trilitéralité des racines. Môme les 
racines qui apparaissent dans certaines formes réduites à une ou 
deux lettres ont, en réalité, trois consonnes et c'est par suite de 
contraction qu'elles ont perdu l'une ou l'autre radicale. Hayyoudj 
parait avoir suivi ici l'exemple des grammairiens arabes, qui ad- 
mettent toujours pour les racines faibles trois consonnes pri- 
mitives. 

Le principe établi par Hayyoudj semble, chez ses successeurs, 
n'avoir guère rencontré d'opposition, quoiqu'il restât longtemps 
ignoré dans divers pays, par exemple dans la France du Nord. 
Seul, Ibn Ghiquitilla paraît avoir admis que les racines Y'* n'ont 
que deux consonnes *. 

Ibn Ezra et les Kimhi vulgarisèrent la théorie de Hayyoudj, 
qui fut adoptée par tous les grammairiens juifs postérieurs, ainsi 
que par les chrétiens qui, lors de la Renaissance, s'adonnèrent à 
l'étude de la grammaire hébraïque. 

Bôttcher, à notre connaissance, est le premier qui ait remis en 
question la trilitéralité des racines *"* et f*. D'après lui, les 
formes nominales et verbales tirées de ces racines qui ne montrent 
pas trois consonnes n'ont jamais été véritablement trilitères. 
Elles ont eu leur flexion spéciale, imitant la flexion des racines 
fortes, mais non pas identique avec celle-ci. Les formes qui n'ont 
pas trois consonnes sont primitives, celles qui en ont trois sont se- 
condaires. Ainsi, n» est primitif, rntt ne l'est pas; bp_ est primi- 
tif, Mû ne l'est pas. Il y a, d'ailleurs, quelques verbes l'y et •*"* qui 

1 Une partie de ce travail a été lue au dernier congrès des Orientalistes. 
1 Voir Poznanski, Ibn Chiguitillo, p. 43, note 9. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sont absolument trilitères, mais ceux-là ne perdent jamais le 
vav ou le yod. 

Les idées de Bôttcher ont été adoptées par un grand nombre de 
savants modernes, et la dernière édition de la grammaire de Ge- 
senius, publiée par M. Kautzsch, leur a donné une sorte de consé- 
cration. Nous devons toutefois rappeler que Wright, dans ses 
leçons de grammaire comparée, et M. Konig, dans sa grammaire 
critique (1881 et 1896), se sont refusés à les admettre. 

Nous allons examiner en détail les arguments de Bôttcher, aux- 
quels les autres grammairiens ont ajouté peu de chose. 

A la page 4*76 de sa grande grammaire, Bôttcher, après avoir 
exposé la flexion des verbes géminés, rappelle que d'ordinaire on 
explique le redoublement de la seconde radicale par la réunion de 
deux consonnes semblables primitivement distinctes. « Ceci, dit- 
il, est très bien sur le papier, dans l'écriture morte, mais ne ré- 
pond pas à la vie réelle des sons, dans l'usine du langage. Que 
mms devienne ma et bsw3i-r\ bïfcïn cela se conçoit parce que les deux 

t : -t -t •• t : • : •• t • ? x * 

consonnes pareilles ne sont pas séparées par une voyelle. De même, 
des noms peu importants, comme les terminaisons d'une particule, 
l'augment, Vu du diminutif, n'ont pas empêché dans les langues 
occidentales, notamment en grec, la réunion de deux consonnes 
semblables (cf. 7cappYi<7ta, à7tiréfju|/ei, xàxÔavs, de uapap., àTi07r., xaxeô., 
l'allemand Pille, de pilula, etc.). Mais, en hébreu, on sait que la 
moindre voyelle intermédiaire empêche la réunion de deux con- 
sonnes semblables, par exemple ^jrt, Spna, KiaM, ûTittttb. Or, que 
des voyelles fortes intermédiaires, bien plus, des voyelles signifi- 
catives, puissent disparaître et que "»a*aao devienne "^ao que abo 
et ïjabo deviennent ab, *ab. que de nbo^ sorte ab" et de naon 
noïi ? ceci ne peut s'expliquer par aucun phénomène semblable 
dans la langue hébraïque et on trouverait difficilement ailleurs 
des cas analogues. Il faut donc admettre que la flexion brève qui 
redouble la consonne est primitive et que c'est de là que dérive 
la flexion pleine par dédoublement des consonnes sur le modèle 
des racines fortes, parce que la séparation et la répétition des 
consonnes ont paru équivaloir au redoublement, quand on a eu 
besoin de deux syllabes. Ainsi, au lieu de bbp, que fournissent 
les dictionnaires, la forme qui est sortie immédiatement du 
germe de la racine bp était bp_ (avec daguesch ; cf. pour l'aoriste 
paX, le présent jkXX), d'où est sortie (avec la voyelle du mode) la 
forme verbale qalla, yeqaliu, opposée à la forme nominale 
(avec la voyelle de cas) qalïu, qalli. Ces formes se sont abré- 
gées ensuite en bfc (parfait), bp* et b£ (adjectif). Mais, pour pro- 



LA TRILITÉRALITÉ DES RACINES 9"9 ET -\"9 205 

duire un nom comme î"D"n, un verbe comme 1%y^ il fallait, à la 
place de bjP ? plutôt des formes nbbp et b'Vj?"» de bbp. Que tel a été 
le processus, c'est ce que montre 1° l'analogie phonétique. Si la 
contraction avait été la cause du redoublement, celle-ci devrait ap- 
paraître uniformément dans toutes sortes de sons. Mais de même 
que, dans les autres modes de redoublement, ce sont principale- 
ment ou exclusivement les consonnes les plus sonores qui y sont 
disposées (liquides et sifflantes), de même parmi les 212 racines 
9"9, 113 se terminent par des consonnes de ce genre (bttï'i, 
TDSSio), les quatre premières, qui sont tes plus aptes au redouble- 
ment, en comptent à elles seules 77, tandis que les racines à con- 
sonnes explosives (nai, ssn, Dp) n'en ont que 83 et les consonnes 
aspirées ïi, n, *, n'en ont que 16 (et 9 et n sont très usitées à n'im- 
porte quelle place de la racine). 2° L'analogie de la formation 
des racines : on reconnaît dans toutes les langues que la période 
de décadence amène des abréviations, mais que dans la période 
de développement et d'épanouissement, les racines vont de la 
brièveté à l'extension. 3° L'analogie de la formation des mots 
dans la langue hébraïque, qui, pour renforcer le sens, au lieu du 
procédé primitif et général de redoublement interne, emploie dans 
une période postérieure la répétition des consonnes, sans que ces 
consonnes reviennent ensuite au redoublement. 4° L'analogie 
de la formation des racines et des mots dans les langues occi- 
dentales, qui, à côté du redoublement ou du renforcement, em- 
ploient aussi la répétition (cf. edo, eBojxai, IcOuo, loVjBea^ai, àSwBVj, 

yev£(7Ôai, yevvav gignere, àpa>, àppa> (d'où àpco, comme (3aÀoo de fiàXAco), 

à côté de àpapov (aor.), àpap«rxa>. 5° La disproportion de difficulté 
entre la flexion brève et la flexion pleine (§ 1117) qui existe, de 
même que la circonstance que ce sont justement les formes les 
plus récentes (infinitif et participe) qui ont le plus souvent la 
forme pleine. » 

Dans le § 1117 se trouve ce qui suit : « Du reste, cette triple 
manière de résoudre la tâche (c'est-à-dire de conjuguer des 
verbes géminés) est une dernière preuve que la flexion brève est 
primitive et ne provient pas de la contraction. Car, si la racine dé- 
veloppée aao et, par suite, la flexion, aussi simple que juste, îimo, 
nsnD avait existé en premier, on s'en serait sûrement tenu là, 
sans recourir à des expédients comme ninp et des formes muti- 
lées comme nb? » 

Tt " 

Voilà, rendus aussi fidèlement que possible, les arguments de 
Bôttcher quant aux racines géminées. Reprenons-les pour en voir 
la portée. 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

D'abord, dit ce grammairien, nous voyons qu'en hébreu une 
petite voyelle suffit pour empêcher la contraction de deux con- 
sonnes semblables, par exemple, ^pprr, ïpna , Niarn ? donc une 
voyelle aussi importante que celle de 350 n'aurait pu disparaître. 
Mais Bottcher n'a pas réfléchi que, dans les mots qu'il a cités, 
les deux consonnes appartiennent à des éléments distincts, et, si 
elles avaient été combinées, l'ensemble du mot aurait été défiguré. 
La moindre petite voyelle suffit à empêcher alors la réunion des 
consonnes semblables. Mais, dans les racines géminées, ies deux 
lettres appartiennent au même élément, il n'y a donc pas d'incon- 
vénient à les réunir. 

Bottcher appuie ensuite son idée que MO vient de no sur les 
cinq preuves suivantes : 1° Si les racines géminées étaient primi- 
tivement trilitères, elles se termineraient par n'importe quelle 
consonne ; or, elles se terminent surtout par des liquides et 
des sifflantes, qui sont les plus aptes au redoublement. Mais la 
question n'est pas de savoir si les racines géminées sont trili- 
tères depuis l'origine des temps. Il est évident qu'elles sont sor- 
ties de racines bilitères antérieures et que 4a répétition des con- 
sonnes est venue du redoublement. Ce que les partisans de la tri- 
litéralité prétendent, c'est qu'il y a eu une période où les racines 
géminées étaient tout à fait trilitères et que nos formes irrégu- 
lières actuelles dérivent des formes qui pendant cette période 
étaient régulières. La prépondérance des liquides dans les ra- 
cines géminées ne prouve donc rien contre la trilitéralité pré- 
sente de ces racines. Le deuxième argument, à savoir que, dans 
la période d'épanouissement, les mots s'allongent et ne s'a- 
brègent pas, n'a pas plus de valeur, car il s'agit justement de 
savoir si les formes sémitiques actuelles n'appartiennent pas à la 
période de décadence. Cette supposition est en elle-même très 
vraisemblable. 

En troisième lieu, Bottcher remarque que, dans certaines 
formes, on voit que la répétition a succédé au redoublement (par 
exemple, le piel anifc pour 5W) 9 il doit donc en être de même 
pour les racines géminées. Ce raisonnement, comme les précé- 
dents, est juste, mais ne s'applique pas à la question qui nous oc- 
cupe. Les racines géminées sont postérieures aux racines bili- 
tères préhistoriques, mais les formes bilitères actuelles peuvent 
néanmoins provenir de racines trilitères. 

4° On trouve dans des langues occidentales le redoublement 
et la répétition des consonnes. Nous ne voyons pas nettement 
comment Bottcher tire de là une conclusion pour la bilitéralité 



LA TRIL1TERAL1TE DES RACINES y"y ET Y y 207 

des racines géminées, surtout que la répétition dans des mots 
comme éSwBiq porte sur la racine entière, tandis qu'en hébreu, il 
s'agit d'une seule consonne, et, en tout cas, cet argument n'a pas 
plus de force que les précédents. 

Les deux dernières preuves de Bôttcher sont : 1° Si l'on avait eu 
la forme trilitère nano on n'aurait pas été chercher des formes 

T : - t 1 r 

insolites comme niap ou mutilées comme l'araméen mo. De tels 
raisonnements négatifs n'ont, en général, qu'une valeur médiocre. 
La forme nnao peut plaire aux modernes et n'avoir pas paru eupho- 
nique aux Hébreux et aux Araméens d'une certaine époque. Il est 
tout naturel que dans mno le second a se soit affaibli et ait fini 
par disparaître. Quand on pense qu'un mot latin aussi euphonique 
que habitum a pu se réduire en français à la voyelle u (écrite eu), 
il n'y a pas à s'étonner que naao soit devenu niâû ou nao. 

Enfin, Bôttcher fait valoir que les formes trilitères des verbes 
y"y se retrouvent dans les infinitifs et les participes, tandis que 
les autres temps, qui, d'après Bôttcher, sont plus primitifs, 
présentent des formes bilitères. Mais, d'abord, il est bien difficile 
de démontrer le caractère secondaire de tel ou tel temps. Com- 
ment sait-on si le parfait a précédé le participe? Ensuite, l'infinitif 
ab et le participe b^ présentent aussi bien des formes bilitères 
que le futur atn et le parfait b£ et inversement, le parfait aao 
est trilitère tout comme rmo et aaib. La distinction entre les temps 
primaires et secondaires, si même elle était justifiée, ne donnerait 
ici aucun résultat. 

En résumé, l'erreur de Bôttcher consiste à avoir identifié les 
formes bilitères actuelles avec les formes bilitères primitives. 
C'est comme si l'on voulait prétendre que le verbe français « finir » 
vient directement du latin « finire ». Cette dérivation paraît natu- 
relle à ceux qui n'ont pas étudié les langues romanes, et cepen- 
dant elle est inexacte. Le verbe français « finir » vient du bas latin 
finiscere, qui lui-même dérive de finire. La racine latine s'est 
d'abord allongée, puis cette nouvelle racine s'est abrégée en fran- 
çais, de sorte que le verbe français ressemble beaucoup au verbe 
latin primitif, mais n'en vient pas directement. Nous croyons qu'il 
en a été de même pour les verbes géminés. Ces verbes sont sortis 
de racines qui étaient d'abord bilitères, mais qui sont devenues 
trilitères par la répétition de la seconde radicale. Puis, la troi- 
sième radicale est tombée dans un certain nombre de formes, qui 
se sont trouvées ainsi rapprochées de leur type primitif. 

Au sujet des verbes Y'3>, Bôttcher s'exprime ainsi (p. 496 et 
suiv.) : « Si pour cette raison (parce qu'il existe des verbes où le 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vav se maintient), on admet que, dans des verbes comme ûp T ,nfc, 
le vav a été introduit, puis rejeté, de sorte que Dp viendrait de 
ûip, qawam, qa-am, qaam, qâm, n» de mç ou m», mawit, 
ma-it, mail, met, tout parle contre cette théorie : 1» les langues 
sémitiques répugnent à l'hiatus, de sorte que certainement, s'il y 
avait eu jamais des formes comme bgp r , nnjp, celles-ci auraient été 
conservées (avec l'allongement de i en ê) et n'auraient pu être 
abrégées et ensuite contractées. Nous voyons bien dans les formes 
nominales des mots comme iv, ït, ni et dans les verbes ïwj, 

* T T »"T • O T :t 

ï|^, etc. ; 2° le yttp que l'on suppose comme syllabe protonique 
dans trip T , etc. est inadmissible, car il se produit seulement quand 
la vocalisation est entièrement développée, tandis que, par exemple 
ji^, à côté de bp$i, ne montre pas trace du ynp de 3, parce 
que "ji^ vient directement de yinkwan, non pas de yinhawan, 
yinhaan ; 3° il est également possible ou plus probable, d'après 
l'analogie des verbes y"y (qui répondent aux i'y et ^"y comme 
<7cpàXÀo), ffxsXXw à cpai'veD, cp8ei'ça>), que des formes telles que dp, ntt 
doivent s'expliquer par le simple allongement de la voyelle 
propre, sans admettre l'introduction d'un vav, dont il ne reste 
aucune trace orthographique, car Yélif de l'arabe a dans qârna, 
élif dont l'hébreu présente quelques exemples, mais en partie 
douteux, n'est que la marque habituelle de la prolongation qui se 
retrouve, par exemple, dans la terminaison nominale an, dans 
des abstraits (1) comme Mtàb, etc., sans la moindre trace du vav. 
Mais, de même que dans les verbes y"y une partie des formes, et 
précisément la plus ancienne, a renforcé la racine par le simple 
redoublement, tandis que la partie la plus récente des formes a 
remplacé le redoublement par la répétition des consonnes, là où 
la flexion l'exigeait, de même pour les Y'* on a pu se contenter 
d'abord d'allonger la voyelle propre de ùïj, n?p, et c'est, dans la 
suite, là où la voyelle significative le permettait ou le demandait, 
qu'on a été plus loin et qu'on a allongé les formes au moyen du 
vav. En arabe, à la vérité, la flexion de qâma, qoumta, etc. paraît, 
à cause de You de qoumta, indiquer que le vav s'était introduit au 
parfait du qal, sans pouvoir se maintenir à cause de la double 
consonne à l'état de au ou ou. Mais cela prouve seulement que, en 
arabe, de même qu'on a poussé plus loin la répétition de la con- 
sonne dans les fy, de même dans les l'y on a étendu l'emploi du 
vav, pour rendre les formes plus pleines, comme cette langue l'a 
fait pour le participe qal et pour toutes les formes qui appartien- 
nent à nos quatrième et cinquième conjugaisons. Au parfait actif 
qal, l'hébreu a encore conservé la forme ancienne et authentique 



LA TRIL1TERAUTÉ DES RACINES ?"y ET l"y 209 

qamla, conforme à la voyelle significative, et l'arabe qoumta en 
est visiblement l'altération, ayant été modelé sur l'imparfait ya- 
qouloûna, yaqoulna, impératif qoûloû, qoulna ; 4° maintes formes 
des rares racines i'y où l'allongement interne de la voyelle est 
dû à l'affaiblissement de la consonne médiale ne s'expliqueraient 
pas du tout, si, pour chaque ynj>, il fallait supposer un vav qui 
aurait été rejeté, cf. le chaldéen "jrp, Tjintt en hébreu ^brn, «jbrtp 
part, yj* à côté de yb&i, "yà sans doute de iw, cf. n33. » 

Bottcher combat ensuite la théorie d'Olshausen d'après laquelle 
le i de oia% ^is>^_, proviendrait d'un ancien a long. Comme Bott- 
cher reconnaît lui-même que ©ia*, "ps*; ont un rai? radical, ce 
qu'il en dit n'intéresse pas la question de la bilitéralité des ra- 
cines i'y. Nous allons donc seulement reprendre ses quatre pre- 
miers arguments : 

I/horreur des langues sémitiques pour l'hiatus aurait, d'après 
lui, empoché qawam et mawit de devenir qaam, mait. Mais, 
d'abord, qawam a pu donner directement qâm, et mawit, met, 
sans passer par qaam, mait, l'affaiblissement du vav coexistant 
avec la fusion des deux voyelles. Et, ensuite, il n'y a pas plus 
d'hiatus pour un Sémite dans qa-am que dans qawam, car devant 
le second a de qaam, il vient tout naturellement un alef, Bottcher 
lui-même admet que l'arabe qâim vient de qâwim, donc qa-am 
pourrait venir de qaam, et ma-it de ma-wit. 

Le second argument de Bottcher est peu clair. Veut-il dire que, 
nulle part, dans les verbes i'y, on n'aperçoit de trace de la voyelle 
a qu'aurait eue la première radicale? cela n'aurait rien d'éton- 
nant dans l'hypothèse de la contraction. 

En troisième lieu, Bottcher invoque l'analogie des verbes gé- 
minés. Nous avons vu ce qu'il faut en penser. Il s'appuie aussi 
sur la distinction entre les temps primaires et les temps secon- 
daires, mais cette distinction n'est pas plus fondée pour les 
verbes i'a> que pour les verbes y"y, car le participe ûp T est bilitère 
comme le parfait 3p. 

Le quatrième argument est tiré de l'araméen t|ïr>, "jïi:? = 
^fbfp, ^bïitt, pour ne pas parler de ya, tô, dont la dérivation indi- 
quée par Bottcher est plus que douteuse. D'après Bottcher, ce verbe 
prouverait que tout y^p ne suppose pas un vav, puisque, dans ce 
verbe, c'est un lamed qui a été rejeté. Mais il nous semble que ce 
verbe prouve contre la thèse de Bottcher. Car, si l'on reconnaît 
que yv vient de "jbrn, on nous autorise par là même à soutenir 
que dans les verbes qui montrent des traces de vav, le ytop pro- 

T. XXXV, n° 70. H 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vient d'une contraction de deux voyelles entre lesquelles le vav a 
disparu. 

En résumé, si pour les verbes y"y Bottcher a fourni quelques ar- 
guments spécieux en faveur de la bilitéralité des racines, pour les 
verbes i'y les raisonnements du savant grammairien sont obscurs 
ou inadmissibles. 

Afin d'appuyer la théorie de Bottcher, on a fait valoir un autre 
argument. On a soutenu que certaines formes des verbes auraient 
été difficiles à prononcer sans contraction , par exemple ûip 
qwoumK Mais on peut répondre que des formes semblables se 
trouvent en latin. Or, les Sémites avaient le gosier au moins aussi 
souple que les Aryens. Il n'y a pas une forme verbale ou nominale 
dans les racines i'y qu'il ait été impossible d'articuler, quand ces 
racines étaient traitées comme les racines fortes. 

Enfin, il y a des raisons qui me paraissent militer très forte- 
ment en faveur de la trilitéralité absolue des racines hébraïques. 
Je ne parlerai pas ici des formes trilitères qu'on trouve en arabe 
ou en éthiopien. On pourrait répondre avec Bottcher que l'arabe 
ou l'éthiopien ont poussé la trilitéralité plus loin que l'hébreu, ré- 
ponse très commode, car là où nous n'apercevons pas la troisième 
radicale on nous dit qu'elle n'a jamais existé, et là où elle se 
montre, on nous dit que c'est une forme secondaire. De cette 
façon on se tire toujours d'embarras. Mais, je demanderai pour- 
quoi on admet seulement la bilitéralité des racines y"y et i'y, quand 
on reconnaît la trilitéralité des racines Y'd et *'b. En quoi celles-ci 
sont-elles moins vocaliques que les i'y"! Si l'on admet que le vav 
est tombé dans aç^, pourquoi n'aurait-il pas disparu dans nr^? 
Et si b-p_ est plus primitif que as&, pourquoi "I2D"» où le yod radical 
est invisible, ne serait-il pas plus original que la forme poétique 
l'W? Les partisans de la bilitéralité auraient dû déduire de leur 
théorie toutes les conséquences qu'elle comporte. 

Ensuite, en ce qui concerne les verbes géminés, on dit que la 
forme Vp_ est plus ancienne que la forme aaD. Mais on sait que la 
forme brève appartient aux verbes qualificatifs ou d'état, tandis 
que la forme longue est réservée aux verbes d'action. Ceux-ci ne 
sont certes pas plus modernes que ceux-là. Il lïy a donc pas, 
dans bp et nao, deux stades successifs d'une même forme. aaD ré- 
pond à bcap et hp à Tas, Or, las étant trilitère au même titre que 
bap, comment se fait-il que ano soit trilitère et bp bilitère ? Dans 

1 C'est aiDsi que nous comprenons l'assertion de M. Kautzsch [Grammaire hé'- 
braïgue, p. 190, note), qui dit qu'on arrive à des combinaisons de sons invraisem- 
blables, quand on ramène les formes verbales des '["y au type Qip. 



LA ÏRILITÉHAL1TÉ DES RACINES 9"2 ET l'* t\\ 

la théorie de la contraction l'explication en est toute simple. La 
voyelle a, qui est très forte, a empêché la réunion des deux con- 
sonnes, tandis que la voyelle i, propre aux verbes qualificatifs, 
étant très faible, n'a pu le faire. Sababa est donc devenu sabab; 
mais qalila est devenu qalla, puis qal. De même, au participe, la 
voyelle longue de sàbib a empêché la contraction, mais qalil est 
devenu qal. 

Pour les verbes Y'?, on prétend établir une distinction entre les 
véritables verbes l'y et Y'*, qui conservent toujours leur vav ou 
leur yod, comme mn ,tQ9 et les verbes vocaliques ûip ,û^b. Mais 
on n'a pas remarqué que tel verbe est vocalique dans une langue 
et consonantique dans une autre. Ainsi, on ne peut raisonnable- 
ment séparer le verbe n* « se réfugier » du verbe arabe 'oioiza 
« manquer (d'une chose) ». Faudrait-il dire que la racine m est 
restée bilitère en hébreu et est devenue trilitère en arabe? In- 
versement ana « périr », répond à l'arabe djaa « être affamé ». 
Ici c'est le mot arabe qui est bilitère et le mot hébreu qui est 
trilitère. 

Sans aucun doute, ce sont des raisons d'euphonie qui ont em- 
pêché la contraction de quelques racines i'i et ^'>. On comprend 
très bien que, lorsque la troisième radicale était un yod, il était 
impossible que le vav médial disparût. C'est pourquoi les verbes 
*», "n% *nb, etc. ne peuvent pas perdre leur vav. Les autres 
verbes hébreux qui maintiennent le vav ont tous une gutturale 
dans la racine. Ce sont *na, mn, b"i2, nv, rn*, mst, mi, sntû et 
tp>. Sur ces neuf verbes, plusieurs peuvent être, en outre, des 
dénominatifs et quatre d'entre eux ne sont usités qu'au piel : bi3>, 
iiy, m? et 9yè m 

L'influence de la gutturale se montre aussi dans les noms ïwï, 
ïtms, htm, ïWtt) (dont on trouve l'état construit riania). Tous les 
noms de la même forme tirés de racines Y'* qui n'ont pas de gut- 
turale sont contractés. Il n'y a donc aucune différence à établir 
entre les verbes vocaliques et les verbes i'y. En règle générale, il 
y a contraction, exceptionnellement le vav et le yod se main- 
tiennent. 

Enfin, comment expliquerait-on, si les racines Y'3 n'étaient pas 
devenues absolument trilitères, qu'un certain nombre d'entre elles 
soient devenues sf*, notamment en araméen, par exemple yn == 
fflm, «la == nrn ; cf. ama et amm = nâr et notôr ? Dira-t-on là 
aussi que l'araméen a été plus loin que l'hébreu dans la voie de la 
triiitéralité ? Il est infiniment plus simple de reconnaître que les 
Y'* sont trilitères. 



212 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

En résumé, il n'y a pas, à notre avis, de raisons sérieuses pour 
abandonner en grammaire sémitique le grand principe de la trili- 
téralité des racines : il y en a, au contraire, pour rester fidèle à 
la théorie proclamée par Hayyoudj, il y a maintenant près de dix 
siècles. 

Encore un mot. Si la contraction des racines géminées Y'* et *"* 
s'est produite dans toutes les langues sémitiques, elle n'a pas suivi 
partout des règles identiques. On n'a qu'à comparer l'hébreu 
md et l'arabe sabba, l'hébreu et l'araméen qamta avec l'arabe 
qoumta. On peut en conclure que, lorsque les langues sémitiques 
se sont séparées, les racines faibles n'avaient pas encore subi de 
contraction; elles avaient donc été jusque-là traitées comme des 
racines fortes. 

Mayer Lambert. 






LES SOURCES TALMUDIQUES 
DE L'HISTOIRE JUIVE 



ALEXANDRE JANNEE ET SIMON BEN SCHETAH. 

Que de mal se sont donné les savants, depuis Krochmal jus- 
qu'à notre regretté maître Joseph Derenbourg, pour découvrir 
dans les sources talmudiques des renseignements sur l'histoire 
juive avant l'ère chrétienne, et que restera-t-il un jour de ce 
labeur prodigieux! Quand on reprend froidement tous ces textes 
sur lesquels on a cru pouvoir édifier des constructions historiques, 
on est tout surpris d'en reconnaître la fragilité : ce sont très sou- 
vent de simples agadol, des anecdotes imaginées de toutes pièces 
en vue de l'édification ou même de l'amusement des lecteurs. La 
démonstration de cette thèse exigerait un volume : je voudrais, 
pour illustrer cette observation, étudier seulement un récit relatif 
à Alexandre Jannée que tous les savants juifs considèrent comme 
authentique. Il est ainsi conçu : 

Baraïla : Trois cents naziréens montèrent [à Jérusalem] au temps 
de Simon b. Schétah; cent cinquante trouvèrent une porte (pour se 
dispenser de l'offrande réglementaire du sacrifice), cent cinquante ne 
le purent pas. 

[Récit, en araméen] : « Il alla chez le roi Jannée et lui dit : Il y a ici 
trois cents naziréens qui ont besoin de ueuf cents sacrifices l . Donne, 
toi, la moitié, sur tes biens, et moi je fournirai l'autre, sur le mien. 
Le roi lui envoya quatre cent cinquante bètes. — On vint accuser 
Simon de n'avoir rien donné -. A cette nouvelle, le roi s'emporta. 
Simon, l'apprenant, s'enfuit. 

1 Berèschit Rabba,, xci, et Kohélet Rabba, vu, 11, ajoutent: « et ils ne les ont pas ». 
8 Bar. et Koh. liab. : « Sache que tout ce qu'ils ont oti'ert venait de loi, mais que 
SJmou b. Sch.étah n'a rien donné du sien ». 



214 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Quelque temps après, des princes de l'empire parthe vinrent [en 
Judée] et, pendant le repas, dirent au roi : Nous nous souvenons 
d'un vieillard qui disait devant nous des paroles de sagesse ("pb^E 
î-ftD^m) 1 . — Le roi leur conta alors l'histoire de Simon. — Fais-le 
venir". 

Le roi dit à la reine de le mander 3 . — Donne ta parole, et il 
viendra '. 

Simon arriva et se plaça entre le roi et la reine. Jannée lui demanda 
pourquoi il s'était ainsi moqué de lui. — Je ne me suis pas moqué 
de toi : toi, tu as donné ton argent, et moi, ma science. — Pourquoi 
t'es-tu enfui? — Parce que j'avais appris ton irritation et je me suis 
appliqué ces versets : « Cache-toi un peu de temps, que soit passée 
la colère », et « L'avantage de la connaissance de la sagesse, c'est de 
nourrir celui qui la possède 5 ». — Pourquoi t'es-tu placé entre le roi 
et la reine? — Parce qu'il est dit dans le Livre de Ben Sira : « Élève-la, 
et elle t'élèvera et te placera entre les princes » 6 . — Prends une coupe 
et dis la bénédiction. — On lui donna une coupe et il dit : Bénissons 
[Dieu] pour la nourriture prise par Jannée et ses convives \ — Tu es 
donc toujours aussi entêté 8 ! — Que fallait-il dire? « Béûissons Dieu 
pour la nourriture que nous n'avons pas prise 9 ? » —Qu'on lui serve 
à manger, commanda le roi. — Après avoin mangé, Simon récita : 
« Bénissons Dieu pour la nourriture que nous avons prise 10 . » 

M. Derenbourg, s'appuyant sur ce récit, dit : « Les senti- 
ments de la reine, ouvertement favorables aux Pharisiens, con- 
trebalancèrent pendant les premières années de ce règne l'a- 
version que ce parti inspirait au roi. Simon b. Schétah s'attira 
le premier le ressentiment de Jannée ». Fut-il le premier ou 
le dernier, nous l'ignorons, et ce texte ne le dit pas. Il nous 
apprend seulement que Simon était au mieux avec le roi, qu'il 

1 Ber. et Koh. Rab. : Nn^TlNI " l b^ « des paroles de la Loi », altération ma- 
nifeste. 

* Manque toute cette phrase dans B, et K. R. 

3 « Il dit à Salmaté, sa sœur (sœur de Simon], femme de Jannée. » K. R. 

4 t Et envoie-lui ton anneau. Ainsi fit-il. • B- et K. R. 

5 Le deuxième verset manque dans B. et K. R. 

6 K. R. ajoute : « Tu vois combien je t'honore. — Ce n'est pas toi qui m'honores, 
mais ma science, car il est dit : Élève-la et elle t'élèvera ». Cette addition n'est 
qu'une sorte de reprise de la phrase précédente, et provient sans doute de Berachot, 
i8a. Elle n'est pas dans B. R. 

7 « Je n'ai jamais entendu le nom de Jannée dans la prière. » B. et K. R. Autre 
addition, probablement. 

8 Autre version dans K. R. : « Quelle bénédiction dirai-je ? Béni soit celui qui a 
permis a Jannée de manger ? » 

9 « Béni soit (Dieu) pour ce que nous avons mangé? Je n'ai rien mangé. » B. et 
K. R. 

10 J. Berachot, 11 b- j. Nazir, 54 5; Bcrèschit Rabba, xci ; Kohel et Rabba, sur 
vu, 11. 



LES SOURCES TALMUDIQUES DE L'HISTOIRE JUIVE 215 

était un des familiers de sa maison, son convive des grandes 
cérémonies, et que, pour lui avoir joué un mauvais tour, il fut 
obligé de s'enfuir. Ce récit ne nous présente donc pas l'exil 
de Simon comme une conséquence de l'hostilité montrée par 
Alexandre Jannée aux Pharisiens. Il faut recourir à une autre 
« relation » pour apprendre que Simon ben Schétah fut obligé 
de se cacher afin d'échapper aux persécutions dont les Phari- 
siens eurent à pâtir sous le règne d'Alexandre Jannée. C'est le 
fameux passage du Talmud, biffé par la censure, où il est ra- 
conté que, lors de l'exécution, par ce roi, des Pharisiens, Simon 
fut mis en sûreté par la reine, sa sœur, tandis que Josué b. Pe- 
rahia et Jésus s'enfuyaient à Alexandrie 1 . Seulement, ce texte 
lui-même condredit nettement les raisons invoquées par le Tal- 
mud de Jérusalem : ici, c'est la malice de Simon, là, c'est la lutte 
de Jannée contre les Pharisiens qui amène la retraite de Simon. 
Si tant est qu'une de ces deux sources soit historique, celle de 
Soia paraît plus digne de foi. 

Nous admettrons, si l'on veut, que la reine avait caché son 
frère tout près du palais royal : on a besoin de lui, il arrive 
incontinent, sans qu'on ait eu le temps même de se lever de table ! 
Mais pourquoi a-t-on besoin de lui ? Pour satisfaire au désir de 
princes ou d'ambassadeurs parthes, qui, semble-t-il, viennent fré- 
quemment honorer Jannée de leur visite. Ces relations entre la 
cour de Parthe et le roi hasmonéen sont-elles vraisemblables et 
n'a-t-on pas commis ici un anachronisme, car les Parthes ne 
viennent que bien plus tard en Judée? Nous ne nous arrêterons 
pas à ce détail, et nous concéderons, si on le veut encore, mal- 
gré le silence de Josèphe, que l'éclat de la grandeur des Hasmo- 
néens avait attiré en Judée les envoyés des Parthes. Mais que 
désirent ces hauts personnages? Entendre de nouveau les paroles 
de sagesse snto^m ^12 du savant juif. Or, nous savons exacte- 
ment ce qu'on entendait par « paroles de sagesse ». Dans le 
langage du Talmud et du Midrasch, ces mots signifient toujours 
« bons tours, traits d'esprit, malices ». C'est précisément le terme 
dont se sert le Midrasch sur les Lamentations dans ce chapitre 
bien connu où sont relatés les bons mots, facéties, reparties spiri- 
tuelles des Jérusalemites. 

1 Sota, Ma et Sanhédrin, 107 h. Et ce passage lui-même est en contradiction 
avec Haguiga, II, 2, où, au lieu de Josué b. Perahia, c'est Juda ben Tabaï qui se re- 
tire à Alexandrie et que Jérusalem redemande à la communauté juive d'Alexandrie. 
Les circonstances diffèrent, cela va sans dire : c'est par modestie que Juda, pour ne 
pas être nommé Nasi, s'exile à Alexandrie; mais on le rappelle avec la même for- 
mule que Simon emploie pour Josué : la communauté de Jérusalem écrit à sa sœur 
cadette de lui renvoyer son fiancé, qui se cache près d'elle. 



216 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Un exemple seulement : Un Jérusalemite, se trouvant à l'étran- 
ger et sentant sa tin approcher, confie ses biens à son hôte en lui 
disant : Si mon fils vient de Jérusalem et fait trois « choses de 
sagesse » an^m )^12 nbn, tu lui donneras ma fortune, sinon tu 
la garderas. Or, chacun s'engagea, dans la ville, à ne pas indiquer 
l'adresse du dépositaire. Après la mort de son père, le fils arrive 
aux portes de la ville. Il y voit un homme portant une charge de 
bois, il lui demande s'il veut la lui vendre ; l'homme y consent, et 
l'étranger lui dit de la porter chez l'hôte de son père. Et il le 
suit. Grand étonnement de l'hôte, qui reconnaît là le premier bon 
tour convenu : ann sb^n an. 

Aussi bien, le rôle de Simon b. Schétah est celui d'un plaisant 
qui s'amuse de la naïveté de ses interlocuteurs et paie son écot 
avec ses malices. Le roi fournit son argent pour les sacrifices des 
naziréens, lui sa science. On l'appelle, il se met à la place d'hon- 
neur. Mais on ne lui offre rien ; patience! il se fera servir grâce 
aux bons tours qu'il a encore dans son sac. 

C'est l'esprit des fabliaux, et il ne serait pas difficile de décou- 
vrir dans la littérature du moyen âge des. parallèles nombreux. 
Mais ce serait peine inutile : la littérature juive de Palestine nous 
a conservé des traits d'une ressemblance étonnante avec ceux 
dont nous nous occupons. Et c'est encore le Midrasch sur les 
Lamentations qui nous les offrira. 

« Un Athénien vint à Jérusalem et y rencontra un enfant. 11 
lui donna quelques pièces de monnaie en lui disant : « Apporte- 
nous des figues et du raisin. » — « Tuas bien dit (à nous], riposta 
l'enfant, à toi pour ton argent, à moi pour mes jambes. » 

Dans l'historiette que nous avons rapportée plus haut, le Jéru- 
salemite, par sa malice, réussit également à bien se régaler à 
table au grand désappointement de ses convives. On sert cinq 
pigeons, et le maître de la maison lui dit de les partager : il en 
met un entre l'homme et sa femme, un autre entre ses deux 
fils, un troisième entre ses deux filles, et les deux autres devant 
lui — c'est le deuxième tour. 

Le soir, on sert une oie grasse. On lui demande encore de pro- 
céder au découpage : il donne la tête au chef de la maison, les en- 
trailles à sa femme, les deux cuisses aux deux fils, les deux ailes 
aux deux filles, et le restant, il le garde, — c'est le troisième tour. 

Le maître de la maison se décide alors à l'interroger sur les 
motifs de sa conduite: inutile de les dire, tout le monde les con- 
naît, car ces facéties se sont répandues dans tous les pays '. 

1 Voir Benley, Orient mid Occident, I, 144, 



LKS SOURCES TALMUD1QUÈS DE L'HISTOME JUIVE 217 

Notre anecdote n'est donc qu'un récit populaire, sans préten- 
tion, et dont il ne saurait être fait état pour l'histoire. Elle est 
probablement un produit de l'imagination palestinienne. Aussi, en 
passant en Babylonie, a-t-elle perdu sa pointe. Voici, eu effet, 
comment elle est contée dans le Talmud de Babylone (Berachot, 
48 a): 

Le roi Jannée et la reine prenaient leur repas ensemble. Mais 
comme il avait tué les rabbins, il n'y avait plus personne pour dire 
la bénédiction. Il dit à sa femme : Qui nous donnera quelqu'un 
qui fasse la bénédiction pour nous? — Jure-moi, lui dit-elle, que si 
je t'amène quelqu'un, tu ne le molesteras pas. — Il lui en fit le 
serment. Alors elle fit venir son frère, Simon b. Schétah, et le plaça 
entre le roi et elle. — Le roi dit à Simon : Vois l'honneur que je te 
fais. — Ce n'est pas toi qui m'honores, mais la Loi, car il est dit: 
Elève-la et elle relèvera (Prov., iv). — Le roi dit à la reine : Tu vois 
qu'il n'a aucun respect. — On lui donna une coupe pour qu'il fît la 
bénédiction. Il dit : Gomment réciter ? Béni [soit Dieu] pour ce qu'a 
mangé Jannée et ses convives? Il but alors sa coupe; on lui en 
donna une autre, et il prononça la formule ordinaire. 

Il est visible que ce récit n'est qu'une altération de celui du 
Talmud de Jérusalem. S'il en fallait une preuve, les mots et ses 
convives la fourniraient, car ces mots ne se comprennent que 
dans la version qui ne fait pas dîner le roi en tête à tête avec sa 
femme. 

L'altération — intentionnelle ou non — a surtout pour objet 
d'expurger le récit des traits qui semblent trop plaisants pour un 
docteur aussi vénéré que Simon b. Schétah, dont la gloire est 
restée si populaire qu'elle a, pour ainsi dire, éclipsé celle de tous 
les docteurs de la période hasmonéenne. Simon b. Schétah est, en 
effet, demeuré le type du rabbin en lutte avec les princes Mac- 
chabéens ; voilà pourquoi il apparaît tout le long de l'histoire de 
ces rois de Judée l . 

Le récit babylonien n'est donc pas une tradition parallèle à 
celle du Talmud de Jérusalem et pouvant la corroborer 2 . Il nous 
reste donc, pour écrire l'histoire de la rupture d'Alexandre Jannée 
avec Simon b. Schétah, une anecdote populaire, destinée à l'amu- 
sement du lecteur : ce n'est pas un document de haut prix. 

1 C'est lui qui, par exemple, est substitué à Saméas dans le fameux récit du ju- 
gement d'Hérode, Sanhédrin, 19 a. 11 est vrai qu'Hérode — si toutefois c'est bien 
lui — est l'esclave de Jannée. C'est également lui qui fait des reprocbes à Honi» 
contemporain des luttes d'Aristobule II et d'Hyrcan 11. 

2 Le trait de l'exécution des rabbins était connu de l'auteur de ce récit par la 
relation que nous allons étudier dans le chapitre suivant, 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

II 

La rupture de Jannée avec les Pharisiens. 

Le nom de Simon b. Schétah est mis encore en relation avec 
celui de Jannée dans un récit qui offre avec ceux que nous ve- 
nons de citer un contraste remarquable. Nous ie reproduisons 
à cause des observations qu'il suggère *. 

tac omsi "laifcatt irvbnisb *ys/ivû "p*** 1 "^ra îio^td Nron 

■nsan Sab t^npi rtVna ï— in^ii: rm® r-rr: immai BB"*3rp fe^tt 
&pio? tnitD iwn û^mbia û^bsna vn wias terrb t:** u *tn^ 
iVyfn i^mn^b ^^t ùTnbtt b^î« isn qa c-man r**î plia 
:n 2b yb ©*K ififl BE rr»m ibasn afn bia m:nbio b* trmbtt 
fbtàfi ifci^b ?iWiâ p wbs nEfioi iM m^is in nrrbNi b^ba 
*p«# ji^ «p^ ûnb dp:-; rto^tf rtfai *pb$ û*Wia bt) a ab ^iîoîl "w 
yato ri^-ra p rt*nrm iii« pî bha tfifi rr? ^ao y^a Bfib n^pn 
n:n mabB nna *|b m ^bTorî \\r "jbm wb ït't'm la nivrr nttari 
©pia^i stii'^ jv»at?a i^n a^aiat rno pris bï) i**ltb iflaifta ifq 
rrwia p wbà i73Èr*i d»tà b»*w ifcan îbwi n£7û:j r**bi n^n 
■jri5i ^b?: rrn«i îri Klh "73 î*8*it^aœ ûv»l!rî Y-'-" "^r ^b' 3rr * Nr - 
ir-mm aottin Tisijb jtdits ftfia bfci ïï:;'n r-;7:i ^pi r**nn -p b-n^ 
111393 n^mM ba ït-it ppa rnn:i7:i nama nn mb* t^nn nia 
Sa imrpi rïY»J1fe p iî*btf tr b* nrnn psfcini î^ 2 "rlttb^i Nia*» 
Tmrr naœ loferas Nais 1* bfôirrSJto abirn IWi bar:^ "^an 

,rt51Dl^ rrnnn ns 

Baraïta. Le roi Jannée était allé à Gohlit du désert et y avait con- 
quis soixante villes. A. son retour, il manifesta une grande joie et, 
appelaut les sages d'Israël, leur dit : Nos ancêtres mangèrent des 
herbes salées lorsqu'ils travaillèrent à la construction du temple, 
mangeons-en aussi en souvenir de nos ancêtres. On servit donc des 
herbes salées sur des tables d'or, et le repas eut lieu. Là se trouvait 
un homme railleur, au cœur méchant, vaurien, nommé Eléazar, fils 
de Poèra. Celui-ci dit au roi Jannée : Roi Jannée, le cœur des Phari- 
siens t'est hostile. — Que faire? — Lève-toi devant eux avec la 
plaque frontale (insigne du grand-prêtre). — Il le fil. — Parmi les 
assistants était un vieillard du nom de Juda, fils de Guedidiah. Ce- 
lui-ci dit au roi Jannée : Roi Jannée, qu'il te suffise de la couronne 
royale ; laisse la couronne pontificale à la postérité d'Aron, car on 

1 Kiddouschin, 66 a. 

* Ici insertion d'une remarque faite à ce propos par R. Nahman b. Isaac. 






LES SOURCES TALMUD1QUES DE L'HISTOffiE JUIVE 219 

disait que sa mère avait été faite prisonnière à Modine. On fit une 
enquête sur la chose, sans résultat. Alors les sages d'Israël se sépa- 
rèrent avec colère. Eléazar, fils de Poèra, dit au roi Jannée : Roi Jan- 
née, un simple Israélite aurait tel droit, et toi qui es roi et grand 
prêtre, tu ne l'aurais pas ? — Que faire ? — Si tu veux suivre mon 
conseil, foule-les aux pieds. — Mais quel sera le sort de l'étude? — 
Elle est ouverte à tout venant; que ceux qui le veulent, s'y vouent ! 
Aussitôt la persécution fleurit à l'instigation d'Eléazar, fils de Poèra, 
et les sages d'Israël furent exterminés. Le monde resta dans la 
désolation jusqu'à la venue de Simon b. Schétah, qui rétablit la Loi 
dans son ancien état. 

On sait que ce récit ressemble beaucoup à celui que Josèphe 
(Antiquités, XIII, 10, 5-6) nous fait de la rupture de Jean Hyrcan 
avec les Pharisiens. 

Dans Josèphe aussi, c'est à la suite de ses expéditions heu- 
reuses que le roi invite les Pharisiens à un repas. Un docteur lui 
demande également de renoncer au pontificat pour ne conserver 
que le pouvoir politique. Ce conseil est motivé par le bruit qui 
court et d'après lequel la mère de Jean Hyrcan a été faite pri- 
sonnière sous le règne d'Antiochus. Ce bruit n'était pas fondé. 
Un Sadducéen prend prétexte de cette insulte pour exciter le roi 
à sévir contre les Pharisiens. Le roi, cédant à son conseil, se sé- 
pare des Pharisiens. 

Les variantes sont, il est vrai, nombreuses. D'abord, la rela- 
tion talmudique remplace Jean Hyrcan par Jannée, c'est-à-dire 
Alexandre Jannée. Mais cette divergence s'explique sans peine. 
Pour les docteurs de la Mischna, il n'y a eu qu'un roi hasmo- 
néen hostile aux Sadducéens, c'est Alexandre Jannée. Les sou- 
venirs laissés par ce tyran étaient dans la mémoire de tous. Ils 
étaient, d'ailleurs, si accablants pour ce roi, que l'auteur du récit 
copié sottement par Josèphe, et qui était un ennemi des Phari- 
siens — c'est vraisemblablement Nicolas de Damas ' — n'a pu 

1 M. Renan, Histoire du peuple d'Israël, V, p. 117, dit : « L'histoire de ces temps 
nous a été transmise par les pharisiens, cancaniers, exagérateurs, se plaignant tou- 
jours. > Il est impossible de se tromper plus lourdement. Ce n'est assurément pas un 
Pharisien qui déclare que les Pharisiens « avaient offensé le roi lorsque, non con- 
tents de lui faire la guerre eux-mêmes, iis avaient appelé l'étranger à leur secours, 
sans compter d'infinis outrages qu'ils lui avaient faits » ; que, au moment de mourir, 
Alexandre conseilla à sa femme de gagner par la dissimulation l'affection des Phari- 
siens, qui n'agissent que par intérêt et qui disent du mal d'autrui uniquement par 
envie ou par haine ». Ce n'est pas non plus un Pharisien qui raconte que ceux de 
son parti, trompés par les démonstrations de Salomé, et sur la seule promesse qu'ils 
auraient toute autorité, changèrent en affection la haine qu'ils avaient conçue contre 
le roi t ; qui ajoute : • Salomé n'avait que le nom de reine, les Pharisiens jouis- 
saient de tout le pouvoir que donne la royauté ; seuls les Pharisiens troublaient 
l'État, etc. ». — M. Renan dit encore, p. 108, à propos du meurtre d'Autigone par 



220 UEVUE DÈS ETUDES JUIVES 

passer sous silence les persécutions cruelles qu'il fit subir au 
parti qu'il détestait. Par une loi presque constante de la poétique 
talrnudique, Jannée a concentré en lui tous les traits de ses pré- 
décesseurs et de ses successeurs, comme certains héros du bien 
ont abso-bé, en quelque sorte, toutes les qualités de leurs émules. 

D'ailleurs, la ligne de Kiddouschin où il est parlé de Simon 
b. Schétah montre suffisamment que ce docteur n'a exercé son 
activité bienfaisante qu'à une époque postérieure, sous un autre 
règne assurément. 

Autres divergences : parmi les villes ou provinces conquises 
par Jean Hyrcan n'en figure aucune qui porte le nom de Cohlit. 
Le Pharisien ne s'appelle pas Guedidiah, mais Eléazar, ni le Sad- 
ducéen Eléazar, mais Jonathas ; enfin, d'après Josèphe, Jean 
Hyrcan n'alla pas si loin que Jannée : il se contenta de rompre 
avec les Pharisiens, à abroger les lois que ceux-ci avaient impo- 
sées au peuple et à décréter des peines contre ceux qui continue- 
raient de les observer. 

Ces divergences sont, à la vérité, notables, mais elles ne dé- 
passent pas celles qui s'observent souvent dans les récits paral- 
lèles qui se ressemblent le plus. Elles sont néanmoins assez 
importantes pour qu'on écarte l'idée d'un emprunt fait par la ba- 
raïta, nous ne dirons pas à Josèphe — les Juifs des premiers 
siècles n'ont pas connu l'ouvrage de leur compatriote, — mais 
même à la source où a puisé le célèbre historien. L'auteur du récit 
que nous étudions avait, pour cela, entre autres, une raison ma- 
jeure : il ne devait pas être friand de la lecture d'é;rits hostiles 
aux Pharisiens. Or, tel est incontestablement le caractère de 
l'ouvrage que Josèphe a copié, en racontant cet épisode de l'his- 
toire de Jean Hyrcan. Car voici dans quels termes il entre en 
matière : « Le bonheur d'Hyrcan lui attira Yeavie des Juifs, mais 
particulièrement de ceux de la secte des Pharisiens ; ils ont un 
tel crédit parmi le peuple qu'il embrasse leur sentiment, lors 

Aristobule : • Les pharisiens, furieux du mauvais succès de leur intrigue, présentè- 
rent la chose sous un pur odieux et répandirent sur Aristobule les plus noires ca- 
lomnies. Les crimes dont on chargea la mémoire de ce prince paraissent avoir été 
des inventions de ce parti rogne et malveillant, dont toutes les malignités étaient 
accueillies par l'opinion avec beaucoup de légèreté. » Or, le même récit qui noircit 
ainsi Aristobule raconte que la reine, c'est-a-dire Salomé, se montra plus cruelle 
encore que son mari, en auira:it Antigone dans le guei-apens où il devait trouver la 
mort. Un membre du parti qui célébrait si hautement les vertus de Salomé, la vraie 
reine selon le cœur des Pharisiens, aurait ainsi l'ait de leur idole une criminelle 
odieuse ! Que Josèphe ait utilisé, pour écrire l'histoire d'Aristobule, deux ouvrages à 
tendances opposées, l'un sévère pour ce roi, l'autre louant sa douceur, sa modestie 
et l'éclat des services qu'il rendit à ses sujets, l'hypothèse peut se soutenir; mais, 
sans aucun doute, celui qui met en scène Salomé rivalisant 4e cruauté avec son mari 
ne peut avoir été écrit par un Pharisien, 



LES SOURCES TALMUOIQUES DE L'HISTOIRE JUIVE 221 

même qu'ils sont contraires- à ceux des rois et des pontifes. » 
Cette façon de parler n'est certainement pas d'un Pharisien. 

L'analogie de notre relation avec celle de Josèphe n'en est que 
plus digne d'attention. Examinons-en les détails. 

C'est au retour d'une expédition heureuse, signalée par la 
conquête de villes, que le roi hasmonéen invite les Pharisiens à 
sa table. — On sait avec quelle parcimonie les traditions rab- 
biniques nous ont conservé le souvenir des faits et gestes des 
princes Macchabéens. En particulier, la mémoire de leurs cam- 
pagnes n'a pas dû être entretenue avec amour par les docteurs 
pharisiens : une des raisons de l'hostilité de ce parti à l'égard des 
princes régnants a justement été sa répugnance pour ces nou- 
velles mœurs militaires introduites par les descendants des Mac- 
chabées. Tous les historiens sont d'accord sur ce point. 

D'autre part, les traditions conservées dans les baraïtot, sur- 
tout quand elles se rapportent à cette époque lointaine, sont géné- 
ralement très vagues et ne manifestent aucun goût pour ces dé- 
tails circonstanciés. En particulier, les renseignements géogra- 
phiques y font ordinairement défaut. Le nom de mbrro, Cohlit, qui 
ne se retrouve nulle part ailleurs dans le Talmud, n'a donc pas été 
emprunté au vocabulaire géographique où l'on pouvait puiser au 
hasard. Sa présence dans notre récit est déjà la preuve certaine 
de la singularité de ce document. Les noms des personnages qui 
jouent les premiers rôles en cette circonstance ne sont pas moins 
curieux, ce ne sont pas ceux qu'on invente d'ordinaire pour don- 
ner plus de couleur au récit, ce ne sont pas des Eléazar ou des 
Simon quelconques : Eléazar, fils de Poèra, et Juda, fils de Gue- 
didiah n'apparaissent que dans ce passage l . 

Autre particularité à noter, c'est le seul passage où le titre de 
Pharisien ne comporte pas d'idée malveillante. On sait que cette 
qualification n'est jamais prise par les Pharisiens 2 ; ce sont tou- 
jours les Sadducéens qui l'emploient. On la rencontre, d'ordinaire, 
dans les controverses entre Pharisiens et Sadducéens ; ces der- 

1 Dans j. Maaser Schèni^ 56 tf, fin, et j. Sota, 24 a, des rabbins rapportent, au 
nom de R. Josué ben Lévi (m e siècle\ une tradition qui l'ait vivre à l'époque des 
rois hasmonéens un certain Eléazar, tils de Pahora, et Juda, fils de Petora (ou Pa- 
chora). Mais, outre que la ressemblance entre ces noms et ceux de notre récit n'est 
pas sensible, il est visible que ces deux personnages ne sont pas Pun un Phari- 
sien, l'autre un Sadducéen ; ce sont probablement des prêtres coupables d'excès. 
Voici le passage: ÏTOW -|tB*tt mîT rOlieîTP "»lb p TOIÏT ,h 1 Ûtt5Û... 

ù-n^b uyibtti -isriaô te^bun ï-mbi nairrb "na^b iB^bra n^pbn niabrab 
rvnns p i-mi-fn rrnna p nT^bx s^aOT tmb^i-pa rs-na û*nanbi 
...j-nra "jm» ;pbana (var. rmas) 

* Sauf pour désigner des catégories spéciales de Pharisiens, qui se distinguent de 
la masse. 



222 RRVUK DES liTUDKS JUIVES 

niers interpellent leurs adversaires, en leur disant : « Vous autres 
Pharisiens ». A quoi ceux-ci répondent : « Vous autres Saddu- 
céens ». Et ces controverses ont toujours eu lieu. Ici, il est vrai, 
c'est un Sadducéen qui se sert de l'expression « Pharisiens », 
mais il n'apostrophe pas ses adversaires. Le ferait-il, que le récit 
devrait être tenu pour aussi authentique, au moins, que ceux où 
les deux partis sont mis en présence. 

Plus dignes d'attention sont le style et la langue de notre 
baratta. Où trouve-t-on, dans tout le Talmud, des expressions ou 
tournures semblables à celles-ci : MM ib b n , n ,b:^bn m nb yb m* 
r;3nrï ynm ,yhs M, ûnb, "p^n dr»b dpn, t^n ? Bien plus, le langage, 
comme celui de Ben Sira, ne répugne pas au pastiche, témoin la 
phrase : tf^ttD nVi "-flirt Xûïpsn (imitée d'Esther, h, 25). Enfin, et ce 
détail est le plus caractéristique, l'emploi du passé historique, 
avec le vav conversif, qui a complètement disparu dans la langue 
néo-hébraïque de la période talmudique, est presque constant 
dans ce morceau : ^flarn, rapine, ib^m, "prim, wfn. 

Le texte, bien qu'il ait passé sous le niveau de la syntaxe tal- 
mudique — comme les vers de Ben Sira cités par les rabbins— a 
conservé tant de vestiges de sa forme primitive que force nous est 
d'y voir, non pas une tradition orale semblable à celles qui ont été 
fixées dans des Mraïtot, mais bel et bien Veœtrait d'une chro- 
nique rédigée en hébreu sur le modèle des livres historiques de 
la Bible. Toutes les particularités linguistiques que nous avons 
relevées en sont la preuve indéniable. 

La page du Talmud est donc le restant d'une chronique qui ra- 
contait l'histoire des rois hasmonéens. Et cette chronique était 
l'œuvre d'un Pharisien, témoin l'expression bantu*' ^csn «les sages 
d'Israël », qui désigne les docteurs, et témoin aussi l'esprit qui y 
règne. 

Quelle était cette chronique? Etait-ce le « Rouleau dn la dy- 
nastie des Hasmonéens », qui, au dire des Halachot Guedolot, 
aurait été écrit par « les anciens des deux écoles de Hillel et de 
Schammaï 2 »? Ce n'est pas impossible, mais il serait téméraire de 
l'affirmer. 

En tout cas, la baratta de Kiddouschin est un document his- 
torique, une page détachée d'un ouvrage aujourd'hui perdu 3 , un 

1 Celte expression est tellement insolite qu'on ne sait en rendre compte. 

2 Voir Revue, t. XXX, p. 214 et suiv. 

3 Elle est citée par Abbaï, rabbin babylonien du iv« siècle, qui déclare que Jean 
[Hyrcan] et Jannée sont une seule et même personne. Dans sa pensée, donc, il s'agit 
bien pour lui, dans ce passage, de Jean Hyrcan, peut-être parce que le contexte de 
cet extrait l'exigeait. Le contemporain et compatriote d'Abbaï, Rabba, lait une dis- 
tinction entre Jean et Jannée et ajoute que celui-ci fut toujours mauvais (== hostile aux 






LES SOURCES TALMUDIQUES DE L'HISTOIRE JUIVE 223 

des rares spécimens — le seul peut-être — de la littérature histo- 
rique en hébreu postérieure à la Bible. A ce titre, il permet de 
contrôler tant soit peu la valeur des matériaux dont s'est servi 
Josèphe dans la construction de ses Antiquités. Il montre égale- 
ment que toutes les relations historiques du Talmud n'ont ni la 
même valeur, ni le même caractère. 

Israël Lévi. 



Note additionnelle au ch. I. — Parmi les récits, en petit nombre, dont 
Simon b. Schétah est le héros, en figure un qui offre avec celui que nous 
avons étudié un air de parenté frappant. Ce docteur veut mettre fin aux 
méfaits de quatre-vingts sorcières qui ont élu domicile à Lydda. Pour cela, 
voici le stratagème dont il s'avise. 11 choisit quatre-vingts jeunes gens et 
les munit de vêtements frais, qu'ils enferment dans un pot, dont chacun se 
couvre la tête. Cela pour se protéger contre la pluie, dont c'est la saison. 
En cet équipage, ils arrivent près de l'antre des sorcières. Simon convient 
avec ses acolytes qu'au premier coup de sifflet, ils passeront leurs habits 
frais et, au second, qu'ils s'empareront chacun d'une sorcière, qu'ils soulè- 
veront en l'air, car ces magiciennes perdent leur pouvoir quand elles ne 
touchent plus terre. Lui se dirige vers la caverne des sorcières et dit : 
« Ouvrez-moi la porte ; je suis un des vôtres. — Comment as-tu pu venir 
jusqu'ici par un temps pareil ? — J'ai marché entre les gouttes. — Que 
veux-tu? — M'instruire et instruire : que chacun de nous montre son sa- 
voir ». — Les sorcières se livrent à leurs meilleurs tours : elles font appa- 
raître magiquement des mets de toute espèce. — « A toi, maintenant, lui 
disent-elles. — Moi, je n'ai qu'à siffler deux coups pour vous amener 
quatre-vingts jeunes gens qui vous divertiront. — ■ Fais-le». — Deux coups 
de sifflet, et ses compagnons sont là, s'emparent des femmes et les pen- 
dent (j. Haguiga, 77 d). 

Tel est le rôle que l'imagination populaire ne craint pas d'attribuer, en 
cette occurrence, à Simon b. Schétah : ce sont, de nouveau, de bons tours. 
Or, cette légende a la même origine que le récit précédent, elle est pales- 
tinienne, comme le montre le dialecte dans lequel elle est rédigée. Comme 
l'autre invention, elle est destinée à commenter une baraïta laconique — 
qui se borne à imputer à Simon b. Schétah l'exécution de quatre-vingts 
sorcières à Lydda. Comme l'autre aussi, elle est analogue à tous ces traits 
d'habileté que le Midrasch sur les Lamentations cite avec satisfaction pour 
vanter la supériorité des Jérusalemites ; elle est même conçue sur le même 
patron qu'une histoire presque semblable, où un rabbin, Josué b. Hanania, 
trompe de la même façon les sages d'Athènes [Bechorot, 8 b). 

Ces coïncidences corroborent singulièrement l'interprétation que nous 
avons donnée de notre récit : ce n'est pas de l'histoire, c'est une fiction 
populaire. 

Pharisiens), tandis que Jean ne l'était pas au commencement {Kiddouschin, 66a). Ce 
docteur, mieux renseigné encore que son collègue, avait peut-être une chronique 
moins altérée que celle d'Abbaï et où le nom de Jean n'était pas remplacé par celui 
de Jannée. 



NOTES CRITIQUES 



SUR 



LA PESIKTA RABBATI 



III 



R. SABBATAÏ, 



On se rappelle peut-être que, pourcorrober l'hypothèse que la 
ville de Bari, mentionnée dans la Pesihta Rabbati, est la cité ita- 
lienne connue, j'avais fait remarquer la mention, dans le même 
ouvrage, d'un agadiste nommé Sabbataï, qui pourrait bien être, lui 
aussi, d'Italie. 

Ce nom, évidemment, n'était pas porté uniquement par les Juifs 
de cette contrée ; mais, comme Ta montré Zunz, il y a des noms 
qui à certaines époques étaient choisis de préférence dans chaque 
pays. Or, Sabbataï est un de ceux qui, au x e siècle, étaient com- 
muns dans la péninsule. Si donc un R. Sabbataï s'exprime en 
termes inconnus aux anciens rabbins et paraît avoir vécu long- 
temps après eux, il ne sera pas trop aventureux de chercher sa 
patrie dans la région où ce nom était répandu. 

Un Sabbataï, il est vrai, figure encore dans la Pesihta Rabbati; 
il est facile de s'en assurer, l'éditeur de cet ouvrage ayant pris soin 
de dresser l'index des noms propres. Mais précisément le passage 
où figure ce rabbin fortifie l'impression que laisse la citation de 
l'opinion de son homonyme. Là, l'auteur de la Pesihta Rabbati se 
bornant à reproduire le Talmud palestinien, le dire de ce R. Sab- 
bataï se comprend sans peine : il est exprimé dans la langue ordi- 

* Voir Revue, t. XXXIL 278, et t. XXXIII, 40. 



NOTES CRITfQUES SUK LA PESIKÏA UABBATI 225 

naire des anciens docteurs. A la page 149 &, où le rédacteur ne 
transcrit plus un texte connu, les paroles dont se sert l'autre 
R. Sabbataï ont une allure singulière, comme on va bientôt le voir, 
qui accentue le contraste. 

Enfin, il est vrai encore que le Talmud cite plusieurs rabbins de 
ce nom : il suffit d'ouvrir le Séder Hadorot pour s'en convaincre ; 
mais tous ces docteurs sont des halakhistes, qui ne s'occupent ja- 
mais d'agada. Et cette coïncidence est encore frappante. 

Etudions maintenant le passage où apparaît le nom de ce R. Sab- 
bataï, que nous avons soupçonné d'appartenir à une époque récente 
et probablement à l'Italie ; voyons s'il doit être, au contraire, 
rangé parmi les docteurs du Talmud ou les anciens rabbins. 

Dans le Sifré, sur Deutéronome, xvi, 18, R. Eléazar ben Scha- 
moua donne aux mots : « Tu établiras des juges et des commis- 
saires chargés de l'exécution des arrêts x » le commentaire suivant : 
« S'il y a des commissaires, il y a des juges ; mais point de com- 
missaires, point de juges. » 

Ce texte est ainsi reproduit dans Tanliouma (sur le même ver- 
set, § 2 de l'édition ordinaire, g 3 de celle de Buber) : 

« R. Eléazar dit : s'il n'y a pas de commissaire, point déjuge ». 

Puis vient ce commentaire : « Par exemple, l'une des parties a- 
t-elle été condamnée par le tribunal à payer à l'autre, s'il n'y a 
pas là de commissaire pour faire exécuter la sentence, le juge n'a 
pas le droit de le faire lui-même. Il faut que le juge livre le con- 
damné au commissaire, et c'est celui-ci qui exerce la contrainte ». 

Tanhoama cite ensuite un dire de R. Eléazar ben Pedat qui 
montre que Joab tenait l'emploi de commissaire pour les cas jugés 
par David. « De même Job : Il disait : « J'étais un père pour 
les pauvres, j'étudiais la cause de l'inconnu, je brisais les mâ- 
choires de l'injuste et arrachais la proie d'entre ses dents (Job, 
xxix, 16-17) 2 ». 

Voici ce que devient ce texte dans la Pesikta Rahbali (p. 149 ô) : 

1 Nous traduisons d'après l'interprétation du Talmud. 

* Ce texte est visiblement tronqué, car Pexemple de Job est invoqué à l'appui 
de celui de David et pour conûrmer l'opinion de R. Eléazar, et, en réalité, il les con- 
tredit, car Job est à la fois juge et exécuteur de ses sentences. 

T. XXXV, N° 70. 19 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ta*i« riT avN na nsits s-inwB ""sb spe ^biï5« twî»i Si* mybntt 
"i53Nn û^bi V" 1 b? [rrtiM] ira *p«* ai™ ^a bsi -ptaan bma 
n^n aima &*ba n* t**bi twrn ba> vapa pa nVn t<b p n\^ rrniçi 

■ibk Y- pr û^tjt^i désira min m»8 pia ievû n^n t*nm ûdip 
^airam ■pnn *i« p [OMisn] as va ps naiia px dm TrrbN "pi 
■»dS bp»n ^sb Nrptt pin ^ns ^nais ■on ^:k ."j^n na nïî??a 
t^bnj ïiananrti bpw.m mon kï-p Nba b^tito t.ïï ^h rianmn 
pin n« n^i? nïtuj pin b? ïwk ftmnn m\s n£N ^^tu^i] 
w>n "vjn Ntb« p vrça* t^b ^n bïan n« ar^iE sn^a Tjicm 
■wwi t>tb "DDb nma» navan wra ts b? ejni navan w>n -osn p^nrr 
■*3« ■pnn n« p vi^nie "p-o t^bis bîan n« ç^am tsiïTO va ppaa 
Sun nN tspviîa t^stihb rra n« naioxn ■jbTan bi \nvin n^i^ 

.'vn rnaio&n 

Rabbi Tanhouma W3 ouvrit par ce verset sa prédication : C'est 
là ce que dit l'esprit saint par la bouche de Job : « Je brisais 
les mâchoires de l'injuste et arrachais la proie de ses dents, a Tu 
trouves que Job était un homme considérable et riche, et quiconque 
est grand et riche ne se préoccupe pas du droit des pauvres. Tu 
croiras que Job était ainsi? Non. Au contraire, il se dévouait pour 
la justice. Bien plus, il était à la fois juge et commissaire. Ainsi dit 
le Pentateuque : Tu établiras des juges et des commissaires. R. Eléa- 
zar dit : S'il n'y a pas de commissaire, point de juge. Le juge rend 
l'arrêt et le commissaire l'exécute. R. Sabbataï dit : Le juge doit être 
selon le bâton, selon la lannière (qui sert à fustiger) et selon ce qu'il 
est (sic), pour qu'il ne soit pas soupçonné et le bâton et la lannière 
grands et bons (sic). Job disait : Le Pentateuque ordonne sévèrement 
au juge de juger et au commissaire de faire rendre le vol; moi je 
n'agissais pas ainsi : j'étais à la fois juge et commissaire. Malgré 
la présence du commissaire, je n'attendais pas son intervention, je nie 
jetais sur le voleur, lui brisais les dents pour lui arracher le vol. 

Dans Tanhouma, première altération du texte primitif : 
R. Eléazar, ben Schamoua, un Tanna, devient R. Eléazar, un 
Amora. L'erreur a passé à la Pesili'a Rabbaii. Mais le rédac- 
teur de ce recueil, selon l'ordinaire, a commenté son auteur, 
il ajoute donc : "pin na nœa>5a TOTOm \*ln n« p ESTOn « le juge rend 
la sentence et le commissaire l'exécute ». 

Il fait intervenir, en outre, un Rabbi Tanhouma, qui se sert 
d'une formule que Zunz a eu raison de considérer comme de basse 
époque et que lui, auteur de la Pesikta, répète à tout bout de 
champ : « C'est ce qu'a dit l'esprit saint ». Ce Rabbi Tanhouma, 
on le devine aisément, c'est, pour lui, l'auteur du Tanhouma. 

On voit, par cet échantillon seulement, les procédés du rédac- 
teur de la Pesikta Rabbati. 



NOTES CRITIQUES SUR LA FES1KTA RABBATI 227 

Non content de développer à sa façon le texte du Tanhouma, en 
se servant d'une langue qui lui est propre, il ajoute la mention 
d'une opinion d'un R. Sabbataï qui s'exprime en des termes presque 
incompréhensibles. 

Que dit maintenant ce R. Sabbataï ? Que le juge doit répondre 
au bâton et à la lannière, et à ce qu'il est, c'est-à-dire à ses attri- 
buts. En d'autres termes, sa conduite doit être digne de ses fonc- 
tions, afin qu'il ne soit pas suspecté et qu'on ne dise pas que seuls, 
ses instruments de justice sont d'un juge. 

R. Sabbataï reprend donc à son compte une opinion relatée dans 
Debarim Rabba (ch. 5), Midrasch postérieur au Tanhouma *. 

û"Wttn wa[3] asi^s naitûïi ssiï-pœ "n^N pan ûnavan trasnia 

Des juges et des commissaires. — Les rabbins disent : le commis- 
saire doit être comme le juge, afin que les exécuteurs (sic) répondent 
au bâton et à la lannière et que celui qui frappe ne mérite pas lui- 
même d'être fustigé. 

L'auteur de Debarim Rabba s'est rappelé une parole de R. Yo- 
hanan, qui, commentant ces mots : « Je donnai ordre à vos juges 
en ce temps », s'exprime ainsi : mî ann ïwam bptt *ï:ûd « Il faut 
être zélé (ou circonspect) du bâton et de la lannière » [Sanhé- 
drin, 7 b). Ayant oublié le nom de l'auteur de cette interprétation, 
il le remplace par un terme vague « les rabbins ». C'est un usage 
fréquent dans les Midraschim récents. En outre, il paraphrase à sa 
façon cette parole et la commente. 

La paraphrase est paraphrasée à son tour par notre R. Sabbataï, 
qui s'attribue ou à qui on attribue la paternité de la sentence des 
« rabbins ». 

Que l'auteur de la Pesikta Rabbati ait de son autorité propre in- 
venté le nom de ce rabbin, ou que ce soit un Sabbataï en chair et 
en os qui ait mis sa griffe sur cette opinion tombée en déshérence, 
peu nous importe : ce nom nous ramène à une époque relative- 
ment récente et tout probablement en Italie, dans la patrie de 
l'auteur. 

Et c'est ce que fait également celui d'un autre rabbin Sabbataï, 
ainsi que l'a remarqué le savant éditeur et commentateur du Mi- 
drasch sur les Psaumes, M. Salomon Buber. Cet autre Sabbataï, 
s'exprime comme le nôtre en des termes qui trahissent une époque 
déjà moderne. Qu'on en juge par ces mots : 

1 Ou, d'après M. Epstein, qui est le véritable Tanhouma. 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mm c^n ûmasca ba imti iiaan fca^on itban "wiata ^-Y'n 
m*3M3 ïrpnnri 'p*' 1 ^"-" 1 ~> n:n s^mro dios bwJnîg ù^wi ^n 
ï-i M apm iT2 aba pkth inâaa f©*^ tdd« \s "O Emmai tr^yna ûm 
1-*w *p:ai 'ïh b* M*nm ':- asaian ^b ib* imunii ^23 naiN 
ndi Dm^Dïîw b$ *imr bibœ Nia-» 'a© *nn y^h tjdn ■>« û'naia* 
■p* faa ûnb "pj^xa ^maa i-ra-in n-nroa ûmasaa b* ab» -na*a 
■ppnma na b? rrob paain "jn nms yam jïio vrai û^ rvnaoa 



Ceux qui ont quelque habitude de la langues des anciens Midra- 
schim souscriront sans réserve à l'observation de M. Buber, à 
savoir que ce morceau est d'un auteur très récent 2 . M. Buber se 
demande quel est ce R. Sabbataï dont le nom ne parait pas dans 
les Midraschim 3 . Nous ne répondrons pas : c'est le même que cite 
l'auteur de la Pesihta Uabbati. Mais la coïncidence n'en est pas 
moins frappante. Et nous remercions M. Bâcher, qui nous a si- 
gnalé ce passage, d'avoir ainsi fortifié notre thèse. 

Israël Lévi. 



P. S. Dans le numéro de septembre de la Monatsschrift, notre savant 
collaborateur, M. Samuel Krauss, discute longuement notre hypo- 
thèse, acceptée par M. Bâcher, sur l'identification de la ville de Bari, 
dont parle la Pesihta Rabbati. Pour lui, ce nom désigne l'antique Béry te 
(Beyrout d'aujourd'hui), située en Phénicie, et la Pesihta Rabbati a 
conservé le souvenir d'un épisode qui marqua le retour sanglant de 
Titus. Le fils de Vespasien arrive à Béryte, où il célèbre la fête de 
son père. Ce qu'il fit, en celte occurrence, nous l'ignorons; mais 
deux siècles plus tard [sic), les Juifs, au souvenir de ces tristes 
jours, racontaient ceci, en gémissant : Titus (= Nabuchodonosor) était 
assis sur un navire — Beyrout, n'est-il pas un port? — près de lui se 
tenaient les grands de son entourage, avec toute sorte de musiques, 
— n'était-ce pas le jour de fête de l'empereur? — devant lui, dans la 
poussière, les rois de Juda — Simon ben Giora et les chefs de l'in- 
surrection — portant des chaînes de fer et mai chant nus le long du 
ileuve —le Béryte. Sur l'ordre du tyran, de plus cruels sévices furent 
infligés aux malheureux, et tout Israël se mit à gémir. Alors, la pitié 
des habitants fut émue, — ceux de Béryte et des autres villes qui 
étaient venus dans la cité pour assister à la fête — et ils s'écrièrent : 

1 Psaumes Rabba, 149, 5; p. 540 de l'éd. Buber. 

a ™a nm«a «nma nasana tm oan. 

3 D^umaa *DT2 nà -o i»«a an an no» "Wiata 'n mn "<a anv W. 



NOTES CRITIQUES SUR LA PES1KTA RABBATI 229 

« Voilà le peuple de Dieu, ceux qui sout sortis de son pays ! » — De 
telles paroles ne pouvaient être prononcées que par des étrangers. — 
Les Juifs de la cité vinrent au secours de leurs frères, — car, Béryte 
étant ville libre, les Juifs, eux aussi, jouissaient de la liberté. — Ils 
obtinrent de Titus que les malheureux prisonniers recevraient des 
vêtements. Pour prix de leur charité, Dieu leur accorda une grâce 
plus grande qu'à tout le reste (sic) de la Palestine : ils furent favo- 
risés d'un beauté extraordinaire. 

Ce roman ne manque pas de saveur. M. Bâcher a soufflé dessus, 
dans le numéro suivant de la Monatsschrift, en montrant que les 
tours de force auxquels s'est livré notre contradicteur ne sont que 
des tours de force, qu'aucune de ses déductions n'est fondée et que 
parfois même ses arguments en prenuent trop à leur aise avec le 
dictionnaire (ainsi le mot ïma « créature? - , personnes » pris pour un 
nom propre de ville). 



UN MIDRASGH 
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES 1 



De la Palestine, patrie de la littérature midraschique, nous 
arrive la première édition d'un petit écrit midraschique, inconnu 
jusqu'ici, mais qui s'était conservé, avec beaucoup d'autres pro- 
ductions de la vieille littérature juive, dans les gnenizot des syna- 
gogues du Caire. Le manuscrit arriva du Caire, en 1889, à Jaffa 
et tomba ensuite entre les mains de M. L. Grùnhut, directeur de 
l'orphelinat israélite de Jérusalem, qui, par son traité sur les 
sources et la date de la rédaction du Midrasch Kohélet (Franc- 
fort, 1892), a montré sa compétence dans le domaine de la litté- 
rature agadique. 

Le manuscrit que M. Grùnhut, par la présente édition, a rendu 
accessible aux savants est intéressant déjà par son ancienneté, 
car, dans un appendice, le copiste, Juda ben Sabbataï ben Juda, 
nous apprend qu'il termina son travail en lyyar 4907(^114"/). 
Ce manuscrit offre le Midrasch complet sur le Cantique, sans 
autres lacunes que celles qui proviennent de l'écriture, assez sou- 
vent effacée et obscurcie. Ces lacunes, l'éditeur les a marquées par 
des points ou comblées d'après le Yalkoui, qui a beaucoup em- 
prunté à notre Midrasch. En outre, M. G. a divisé le texte en 
chapitres et versets, d'après la Bible, y a mis une ponctuation, 
a indiqué les citations de l'Ecriture et signalé dans des notes les 
sources ou les passages parallèles de la littérature talmudique et 
midraschique. Ces indications sont utilement complétées par des 
notes de M. Buber, insérées dans l'Introduction (p. 25-35). Dans 
cette Introduction, M. Grùnhut parle de l'usage que fait le Yal- 

1 Û^Tlïïn "PIE \D~n72, Midrasch Schir Haschirim, édité pour la première fois 
cPaprès un ms. du xn e siècle, découvert en Egypte, examiné au point de vue cri- 
tique avec l'indication des sources et précédé d'une introduction par L. Grùnhut. 
Jérusalem (1897), in-8° de 38 + 102 pages. 



UN MIDRASCH SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES 23! 

kout de notre Midrasch, des vestiges qu'on en retrouve chez des 
autorités plus anciennes, de ses sources et de la date probable de 
sa rédaction. 

On voit que l'éditeur a pris sa tâche au sérieux et qu'il s'est 
appliqué à présenter sa découverte avec l'appareil scientifique 
requis. Abstraction faite des nombreuses fautes typographiques et 
d'une certaine lourdeur et obscurité dans les notes, il faut recon- 
naître que M. Grùnhut a fourni un bon travail et mérité la grati- 
tude de tous les amis de la littérature agadique. 

Le Midrasch sur le Cantique des Cantiques appartient à ces 
productions de la littérature midraschique qui ont laissé des 
traces dans divers écrits avant qu'ils eussent éprouvé la fortune 
de tant d'ouvrages anciens, en disparaissant pour plusieurs siècles 
ou pour toujours. On rencontre des traces de ce Midrasch chez 
des auteurs des xi°, xn e et xni° siècles. Comme le montre M. G., 
Raschi le connaît et le cite, ainsi que Tobia b. Eliézer, l'auteur du 
lexique talmudique tn&mïïan trwn ^im (qui est, d'après Epstein, 
Monatsschr., XXXIX e année, p. 400, Juda b. Kalonymos de 
Spire ^ et son disciple Eléazar b. Juda, auteur du RohéaJi, Moïse b. 
Nahman (dans son commentaire sur les Nombres, xiv, 9), R. Hil- 
lel, auteur d'un commentaire sur le Sifré, et, le dernier au point 
de vue chronologique , Menahera Recanati (commencement du 
xiv e siècle). M. G. établit avec assez de vraisemblance que des paï- 
tanim, comme Simon ben Isaac et Meschoullam ben Kalonymos, 
ont utilisé également notre Midrasch. Mais c'est principalement le 
Yalliout Schimoni qui a emprunté de nombreux morceaux, longs 
ou courts, à notre Midrasch. La plupart de ces auteurs appellent 
ce Midrasch simplement tP^rWi ^Ptf) ra-ra, et comme le ms. n'a 
point de titre, M. G. a conservé cette dénomination. Cela n'est 
pas, à vrai dire, le nom de l'ouvrage, mais seulement l'indication 
de son contenu ; aussi l'auteur des tram'ENi a\Wi ^"im le dési- 
gne-t-il ainsi : MttbiD miri b^nntttt tn"Wi TtfJ "imttm « Dans le 
Midrasch du Cantique qui débute par les mots : Et Salomon de- 
meura » (voir /. Q. Â\, VIII, 315) -. Et, de fait, le Midrasch édité 
par M. G. commence de cette façon. 

Tant par le contenu que par la forme, ce Midrasch diffère 
essentiellement des deux Midraschim connus jusqu'ici sur le Can- 
tique, le Midrasch ffazita, qui a pris place parmi les Rabbôt, 

1 M. Grùnhut, ne connaissant pas l'article de M. Epstein, prétend que l'auteur de 
l'ouvrage est inconnu. 

* Le même auteur désigne le Midrasch puhlié par M. Schechter sous le titre de 
ùvptiîln "Ptïî r\im et par M. Buber sous celui de NLD1T EHlE, sous le nom de 

-i^in ina 'i b^nnEttî t^-pun -p"0 «mn (/. Q. fi-, vu, 735). 



232 REVUE DUS ÉTUDES JUIVES 

et celui qu'ont publié dans ces derniers temps simultanément 
M. Schechter et M. Buber. Notre Midrasch offre beaucoup de 
points de contact avec le Midrasch Hazita, auquel il emprunte un 
certain nombre de passages, bien qu'il les présente sous une autre 
forme ; mais la plus grande partie de l'ouvrage est tirée d'autres 
sources ou ne se retrouve pas ailleurs. Quant à la compilation 
agadique sur le Cantique publiée par M. Buber sous le nom de 
Midrasch Zoida, notre Midrasch n'a que de minces analogies 
avec lui; en tout cas, le Midrasch Zouta paraît plus récent. 

Ce qui caractérise la forme du Midrasch Schir ha-Schirim, 
c'est l'emploi continuel de la forme introductive. Le verset du 
Cantique est mis en rapport, au moyen de la formule ^tttftf) irn 
airott « C'est là ce que dit le verset », avec n'importe quel autre 
texte biblique, qui est ensuite expliqué et rapproché du premier 
verset. Cependant, l'emploi de cette forme, qui est la forme con- 
nue du « proème » midraschique (anrrnD), est ici, en quelque sorte, 
inorganique et diffère de l'usage qu'on en fait ailleurs. Car, d'or- 
dinaire, cette forme d'introduction ouvre un chapitre, une péri- 
cope. De même, dans le Midrasch sur les Psaumes, en tête de 
chaque psaume, se trouve une formule introductive ou la locution 
mrorr Tnaia niiî « C'est là ce que dit le verset ». Par contre, notre 
Midrasch offre de ces formules pour certains versets du Can- 
tique. Par exemple, chap. i, versets 1, 9, 14, 15; chap. n, 2, 5, 
6, 8, 9, 10, 11, 16 (2 fois) 17 ; chap. m, 1, 9, 11 ; chap. iv, 3, 6, 7, 
9; chap. v, 2, 3, 8; chap. vi, 5* ; chap. vin, 1, 15. Cet emploi 
de l'introduction comme procédé d'interprétation est une marque 
spécifique de notre Midrasch et constitue une de ses originalités. 
Si une partie seulement des versets du Cantique est interprétée 
par cette voie, c'est que l'auteur de notre Midrasch n'y a recours 
que lorsque s'offre à lui un texte des autres écrits bibliques. 

Le compilateur de notre Midrasch a puisé aux sources les plus 
variées. En premier lieu, dans le Talmud de Jérusalem; mais il 
utilise beaucoup aussi le Talmud de Babylone. Parmi les Midra- 
schim auxquels il a eu recours et que l'éditeur signale, il y a 
encore, en dehors du Midrasch Hazita : Genèse rabba, Lêvi- 
tique rabba, Echa rabbati, la Pesihta, le Tanhoiima. Il utilise 
également les Midraschim tannaïtiques, tels que la Mechilta 
et le Sifra, et, enfin, les Abot de R. Nathan*. Notre compila- 

i Au lieu de : 'd^ n72NO ^iT, il y a là ntttfnîn N?j5. 

* Pa?e2a : D^D1D72 Û!"TC3 D^31 Û^ttlN WlïT '"H ITS^bN 'm S'^tÛI 

n»i53>rn mn r\inra tn^o nvoi -p-^nm amp? '-ib -ibaro nman p 

TlN ÎO]£"P. Dans la deuxième version des Abot de R. N. fcb. mi), R. Eliézer (ben 
Hyrkanos) applique seul la parole de Job, xxvm, 11, à Akiba ; dans la première, 






UN MIDRASCH SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES 233 

teur ne respecte pas scrupuleusement les textes qu'il reprend, 
mais en use souvent avec beaucoup de liberté. Ainsi, il traduit en 
hébreu le récit araméen du Talmud de Babylone (Ketoubot, 111 b) 
sur Rammi b. Yehezkel, de même celui qui est relatif à Josué ben 
Lévi (il)., 112 à); voir i, 12 (14a-&). D'autre part, il n'est pas 
toujours facile d'établir si le passage midrascbique en question 
était sa source ou si elle n'est qu'un passage parallèle, attendu que 
l'auteur a beaucoup emprunté à des ouvrages qui se sont perdus. 
Beaucoup des passages qui ne se trouvent que dans le Midrasch de 
M. Grùnhut contiennent des assertions qui ne se trouvent point 
ailleurs et ils peuvent être considérés, en partie, comme un vieux 
fonds agadique. Cela est vrai surtout de ceux qui sont précédés du 
nom de Fauteur. Car ces indications d'auteurs ne font nulle part 
l'impression d'une pseudépigraphie ; pour quelques-uns même, on 
peut en prouver l'authenticité. C'est ainsi que nous rencontrons, 
sur Cant., iv, 12, la discussion suivante : !TOM 'n Tibs vnna b*i*3 p 
ainn •pj^ab s-wn am& ïrnnîi it nbD Tnr?» bw p tan in n:ïï '-n 
-mio mrorr rrattaa n^tf im „.rtm« nriD'n d^n «M i* 1 . Hanania et 
Mana appartiennent aux plus jeunes d'entre les Amoraïm pales- 
tiniens, beaucoup de leurs controverses halachiques sont consi- 
gnées dans le Talmud de Jérusalem (voir Frankel, Mebû 
HayerouscJialmi, 88 fr); l'on trouve aussi une controverse non- 
halachique dans j. Rose h Haschana, 56 a, sur II Clir., ni, 2, 
...T/3N ïWirn ...TON ^n nsïï '-n îTSan 'n. Il est donc hors <ie doute 
que la discussion rapportée dans notre Midrasch entre Hanania 
et Mana est authentique et puisée à quelque source ancienne, 
peut-être aux parties perdues du Talmud de Jérusalem. De la 
Agada des Tannaïtes notre Midrasch a conservé trois discussions 
entre Juda et Nehémia, lesquelles ne se rencontrent pas ailleurs : 
sur i, 6 (9a-b rrttra '"Ti "pr 'n, utilisé par le Yalkout) ; sur i, il 
(13a ïraro 'ni min"' 'n), et sur m, 3 (27 b, îrpfcna '-n rmrp 'n) 2 . 
Ces trois exemples s'ajoutent à ceux que j'ai réunis sur Juda et 

c'est Tarphon (voir éd. Schechter, p. 29). Comme l'observe M. G., le ms. est à cet 
endroit presque illisible, et il Ta complété. Peut-être à l'origine, Eliézer et Josua 
étaient-ils nommés dans un rapport différent, et ce comme dans la première version 
des Ab. d. B. N., où immédiatement après la parole de Tarphon, Simon b. Eléazar 
(donc N31I3~1, dont on a fait 5T£3""0 dit, en forme d'observation sur une compa- 
raison : yiairp 'Ti "îtanba '"ib -mpy 'n ûnb iwy "p. Le mot ajouté 

"P^P^rn de notre Midrasch transporte l'éloge, qui, primitivement, était décerné à 
Akiba seul, à lui et à ses compagnons de la science secrète. Voir Pesikta,39 b. 

1 Le Yalkout ne reproduit que la première opinion sans citer l'auteur et, au lieu 
des derniers mots, a : îirïnQI !TîlD73 N3U5 12- 

s La même discussion (sur le sens de tPT3"r»25!-î) se retrouve v, 17 (39 a). 
L'éditeur n'a pas remarqué l'identité et ne corrige point la faute 27 b, n, 4, où 
pVDb» est devenu ntf£tt- 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nehémia dans Agada d. Tannaïten, II, 225-2*74, et où j'ai donné 
quelques controverses de ces docteurs sur des versets du 
Cantique. 

Notre Midrasch contient, en outre, de nouvelles assertions des 
Amoraïm suivants : de Yohanan sur Osée, n, 1 (22 «sur n, G), sur 
ni, 4 (27 b), sur iv, 10 (35&); d'Isaac, sur Deut., xxxiii, 27 (11 a-b 
sur i, 8) ; de Hiyya ben Abba sur Isaïe, i, 18 (33&,) sur iv, 3, la 
même explication est attribuée dans j. Yoma, 43, aux « doc- 
teurs », ^3sn) ; de Hama (tfftri 'n, nom indéterminé) * sur Moïse 
et Aaron et les services qu'ils ont rendus à Israël (13 b) ; de Houna, 
Amora palestinien du iv e siècle, trois phrases séparées l'une de 
l'autre (29 a, 30 a, 30 b) sur l'action déprimante du péché. Cha- 
cune de ces phrases commence par ces mots : mawi lrrap ï-jttD, 
qui sont introduits, dans la première phrase, par les mots de Nia 
rwm. Toutes ces explications agadiques avec noms d'auteur por- 
tent la marque de l'authenticité, et l'on peut hardiment les ajouter 
à l'œuvre agadique des docteurs mentionnés. 

Relevons une parole attribuée à Yohanan et renfermant un 
terme intéressant que l'éditeur n'a pas compris et qu'il a altéré 
par une conjecture. Au sujet de Cant., ni, 4, Yohanan dit [21b): 
...bin^b r^în r-i"2pî-;b tsém k"iï-î Dnott nt si-pïï. Voici comment ces 
mots sont alors développés. Dans ce verset, dit l'interprétateur, il 
y a Dieu, d'un côté, qui parle : bien qu'Israël ait souvent enflammé 
mon courroux, je ne l'abandonnerai point, jusqu'à ce que je 
l'aie conduit en Terre Sainte, suivant Ezéchiel, xx, 22; d'un autre 
côté, Israël dit : puisque Dieu a été longanime envers nous, nous 
ne l'abandonnerons point, jusqu'à ce qu'il nous ait conduits en 
Palestine, d'après Ex., xxxin, 15. Mais que signifie alors riî anp'n 
D1DE?M. G. intercale une lettre et obtient DTiDia. Mais ce terme, 
dont use volontiers le Tanna Yoschia (Agada d. Tann., II, 357), 
désigne un verset qui, pour être interprété, nécessite la disloca- 
tion et la transposition de ses éléments. Or, ici il n'est pas ques- 
tion d'une pareille opération. Yohanan estime que ce verset peut 
se comprendre de deux façons, comme discours de Dieu ou comme 
discours d'Israël. Le terme cnott signifie donc double et vient du 
grec v][j.i<7u<,\ Les paroles de Yohanan citées plus haut répondent à 
celles au moyen desquelles les docteurs (j. Berach., 12&; Gen. r. t 
ch. lxxxii) expliquent le mot DWïj (Gen., xxxvi, 24) : vattl ID'W 
ono faâri Twn. Le mot grec dont il s'agit est employé encore pour 
indiquer l'étymologie d'un mot biblique et d'un mot mischnaïque 

1 Peut-être faut-il changer JN72Ï1 '1 eu N:ir» '""). Ce serait alors Houna qui 
■vient après. 



UN M1DRASCH SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES 233 

(isttn, Deut., i, 28, et •owwn, j. Maaserot, 4&d). Notre DiSiï est donc 
ou une formation hébraïque dérivant du mot grec et doit se lire 
onDtt, ou une abréviation de aïo^ln (= tj|ju<ti>ç). Il est possible 
aussi que oiOtt ne soit pas autre chose que le grec picot (donc 
éiDto), dans le sens de : indéterminé, vague ou neutre. Ce sens 
s'applique très bien à l'expression DiDtt sopto, pour désigner un 
verset qui peut s'expliquer à la fois comme discours de Dieu et 
d'Israël. Le neutre de [lisoç, )*\o^ {= picov), se trouve quelquefois 
dans le midrasch palestinien (voir Levy, III, 107 a-b). 

Les passages nouveaux qui se trouvent sans nom d'auteur dans 
notre Midrasch (et ils forment la grande majorité) méritent aussi 
très souvent l'attention pour leur contenu. Certes, il est impos- 
sible de distinguer avec exactitude ou seulement avec vraisem- 
blance la partie appartenant à un vieux fonds agadique des 
parties qui sont l'œuvre du compilateur ou de son temps. Je con- 
sidérerais volontiers comme expression des sentiments de l'auteur 
les passages où l'on reconnaît plus ou moins clairement une ten- 
dance polémique contre le christianisme. Tel, avant tout, ce qui 
est dit au sujet de Cant., v, 3 (38 a), et que le Yalkout a reproduit 
sous une forme très abrégée. Le verset du Cantique est présenté 
comme une réponse d'Israël aux nations qui la poussent journel- 
lement à abandonner sa religion, avec emploi de Ps., cxix, 51 : 

tn-ittiN benicn bvnw nN bvoa û"p baaœ bbi*tt mm« iba 
r-iN w\d Kima d*tn ©* "on nstsab» rop ,, « Toro na iztotd &rsb 
tien min mm n-«p3 jrobn t<b» aoabbi mmb bi^ ir&o TTia 
isn fbnsfi fcïw 'nb yVraa iswib in^E *ai abnyrj nixnab bentDi 
•pioi* T5« bR i"Dï»bN naa^a irona ina ^nbtîs rrbnyn n« Trçnîib 
rwab wrroaa vma nrnm rf'aprs nïrro î-te b* ï*nav i3« p 
.t"j ^7ja iban yma wa "man 173a ■'ban na visrn abiy 

« Ce sont là les non-Juifs qui journellement veulent pousser 
Israël vers Terreur. Israël leur dit : j'ai ôté ma tunique, comment 
puis-je la remettre? Mais arrive-t-il qu'un homme qui s'est dé- 
vêtu ne puisse plus remettre ses vêtements ? C'est que la Tora s'ex- 
prime dans un langage chaste. Eu réalité, Israël parle ainsi aux na- 
tions : Est-il possible qu'après avoir été circoncis à l'âge de huit 
jours, nous remettions le prépuce : la tunique une fois ôtée, pouvons- 
nous la remettre ?. . . » 

L'expression de « ôter la tunique » est donc un euphémisme * 
pour la circoncision ; l'impossibilité de revêtir de nouveau la 

1 Notre Midrasch emploie encore la règle de ï"mn ma*ï ÏT^pD *pttïba pour m, 
1 (27 a). Sur ^p3 ■p'fljb ou mp2 "plûb, voir Levy, II, 528 b ; III, 438a. 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tunique c'est l'impossibilité d'annuler les effets de cette opéra- 
tion. Le sceau de l'alliance, une fois imprimé sur le corps, y est 
pour toujours (Gen., xvn, 13). Il est probable qu'au sceau de 
l'alliance est opposée l'eau du baptême, désignée sous le nom de 
rm ï-maa* ^ (Yalkout, d^ba Ta.) — De même le passage relatif 
à Ps.,xcvi, 15, semble être dirigé contre les peuples chrétiens : ni 
ï-Ttb m V 3 i^n csïi imt irrrïa* "^av d'nart Sau: ^y^nhb ainar: 
(sur ii, 3, 19 fr). La paraphrase de vu, 12 et suiv. (46 a), est évidem- 
ment tournée également contre les chrétiens, qui prétendent pos- 
séder la religion véritable : ' ^mnna d^snaîn ïba &"nsaa na^ba 
Wi i *db , n ibN taronab s-rapaiM .mm b^ma ana bf un ïiNiai 
-ib^DN ,m-iid*h Ton p**7i: ûirra f<£73a un iDan nma un i-nsna ïth 
no ...apaisa d"W73i massa rb*a dïra^a ©•* on ..naara a^apata ppa 
n"iN "pab rra n?a rwin. Rome et la Grèce désignent la chrétienté 
de l'Orient et de l'Occident. 

Des autres passages de notre Midrasch relatifs à Israël, j'en re- 
lèverai deux, qui sont particulièrement curieux. L'un est ainsi 
conçu : De tous les peuples parmi lesquels Israël vit en exil, il n'en 
est aucun qui n'ait point reçu quelque chose du parfum d'Israël ; 
c'est pourquoi les peuples de la terre s'appellent «jardins » (Gant., 
vi, 2) : iba btno-o lioVi ïtoin *)b "para ûb-ian m»ns ib« d^asa mmb 
barrer bia a*» irm pina :abpa Nbia arpa-a. (42 a). L'autre passage 
(sur vu, 14) est une observation inspirée par la psychologie des 
peuples et mentionne les qualités qui se sont ajoutées aux qua- 
lités héréditaires d'Israël par suite des avanies et des persécutions. 
Si, de tout temps, les Israélites furent compatissants, pudiques, 
charitables 3 , ils sont encore devenus, par les souffrances, patients, 
doux , obéissants : ™b;a rrianaii nmbtt iba d'nafà ba laTina ban 
■pnis trvor* tassai d:> tptnn t-ivrEiarn irrnatn i h n b? ^djti©"" 
dmr^ drabao va* a ta û^snn zrnon "«bttia tp*w«a trwm abi??: 
d"»an^ar 4 (46 a). 

Dans de nombreux passages de notre Midrasch , l'auteur se 
préoccupe de l'étude de la Loi. Nous n'en citerons que quelques- 
uns : « Sans la Tora, Israël aurait disparu parmi les nations », 
ntonah 'pa "pba banci vn itwi abttb&ra) (46 c, survtn, 3). — La 
maison de ma mère (vin, 2) désigne les écoles établies hors de la 
Palestine ; le vin aromatisé l'ait allusion aux « nouveautés de la 

1 Voir Eroubin, 21 b. 

* Peut-être faut-il lire rTPdbtt. 

3 Sur ces trois qualités ou ces trois dons qu'Israël a reçus de Dieu, voir j. Sanh., 
23 d -, b. Yebarnot, 29 a. 

4 *in" n £ désigne d'ordinaire le défaut des femmes d'être curieuses. Voir Gen. r., 
18 et 45. 



UN MIDRASCH SUH LE CANTIQUE DES CANTIQUES 237 

Tora 1 » découvertes journellement dans ces écoles et qui, comme 
ce vin, répandent au loin leur parfum (46&). — Le bon vin (vu, 
10) signifie les paroles de l'Agada ; a^ia" 1 *) (ib.) indique les sa- 
vants qui, au moyen de l'Agada, conduisent le peuple dans le 
droit chemin (û'nia'i'?, 45 b) ». L'expression suivante, appliquée à 
l'école de l'ancienne Jérusalem, paraît avoir été un proverbe : 
« Cette école était pour l'étude ce que le marché est pour les mar- 
chandises », rmnob pn©a minb ûta-rro ma s-pî-ra a^an na -ut» by 
(44 &, sur vu, 5). 

Enfin, il se rencontre dans notre Midrasch bien d'autres pas- 
sages encore qui méritent d'être signalés. J'en relèverai seule- 
ment un certain nombre, auxquels j'ajouterai à l'occasion mes 
observations. 

Sur i, 1 (1 6, et dans le Yalkout, § 980 à la fin) : tï*VWtn ba rrabi 
■rçnœctt avol 2 ina*© na nn© "H"' *"ay aô» inpim wm toTn-™ 
a^ttior:. Le mot ûTm-ra a le même sens qu'ici dans j. Schebiit, 
34 &, et ailleurs (voir Levy, IV, 432 a), où on lui oppose le mot 
tTDTïn. Ici son opposé est p"im. Voici donc ce que signifie ce pas- 
sage : « Dans les autres morceaux poétiques de la Bible (et aussi 
dans les Psaumes, Proverbes, Job) 3 , il y a des blancs, des inter- 
valles ; mais on n'en trouve pas dans le Cantique. C'est que, par le 
fait que les mots sont ainsi pressés les uns contre les autres, on 
veut symboliser la pression exercée sur Israël par les persécu- 
tions. » rrn signifie, en effet, « intervalle, espace » (Genèse, xxxn, 
1T), et aussi « liberté, délivrance » (Esther, iv, 14). 

Sur i, 10 (13 a). « a-nnn veut dire poètes » dW*Dïi \n nba. Peut- 
être mn a-t-il déjà ici le sens de « rime ». Pourtant on peut ad- 
mettre que nn indique l'action de ranger des lignes par ordre 
alphabétique, même s'il n'y a pas de rimes. Ainsi, on lit dans 
Schir rabba (introd., 37) : «ma asba vzy la Hùbfw y+tii. Notre 
Midrasch lit donc trmn comme s'il y avait nvi-in 

T * 

Sur ii, 5 (20 b) : Trfaa mnanna bin\ir>b a^ann )^v~i*n vu rmiDwna 
taaa73 r:ujpaa bàh©*» ïnb -™k pwn lania f-pa .ïmbtfa nrmn 
rrrana "nana aba iinmn ba. Ce passage a pour source les assertions 
connues des agadistes Isaac (Pesikla, 101 b) et Lévi (Schir. r., sur 
vu, 5), d'après lesquelles la foule, appauvrie et opprimée, montrait 

1 ÏTTin ^laiT^n. C'est probablement le plus ancien exemple de cette expression, 
qui eut ensuite un sens littéraire. Le singulier, ?mn laiTTI, dans Lévit. r., 
ch. xin, § 3, a une autre signification. 

* L'éditeur, pour combler la lacune du ms. qui se trouve après T7J"1U3, ajoute : 
©Sl^b Û'HTS'ia '» mais 1 Q Yalkout a seul la leçon exacte : "na^UÎ 13 î72"Tia. 

3 Voir Masséchet Soferim, xm, 1 : "Ôia^T aVÊO iba D^b^n *p"|... Les frag- 
ments récemment découverts du texte hébreu de Ben Sira sont aussi écrits dans 
cette manière stichique, manifestement d'après les Proverbes. 



238 REVUE DES ETUDES JUIVES 

un goût de plus en plus prononcé pour les homélies appuyées sur 
l'Agada, et s'intéressait de moins en moins aux conférences ha- 
lachiques (Voir Agada der palœslin. Amoràer, II, 211 et suiv.). 

Sur ii, 11 ('24 a). « Les habitants de Jérusalem faisaient usage, 
dans le courant de l'année, de quatre sortes de maisons l (loge- 
ments) : pendant les mois de Nissan, lyyar, Siwan, ils habitent des 
maisons de marbre; en Tammouz, Ab et Elloul, des maisons de 
verre; en Tischri, Marheschwan et Kislév, des maisons en bois 
de cèdre ; en Tébet, Schebat et Adar, des maisons d'ivoire. » Ce 
passage, qui est rattaché à Arnos, m, 15, répond à l'assertion de 
Juda ben Simon, lequel affirme que chacun des princes royaux 
avait à Samarie deux maisons pour l'été et deux pour l'hiver 
[Midrasch Sam., ch. n ; Koh. r. sur vi, 3 ; Esther r. sur i, 2). 

Sur n, 14(25&). Notre Midrasch raconte l'histoire d'un homme 
qui avait une femme vertueuse, mais laide, et portant le nom 
gracieux de Hanna. En songe 2 il formule le souhait qu'elle soit 
belle. Son vœu est réalisé. Mais, étant devenue belle, Hanna est 
devenue en même temps hautaine et orgueilleuse. Le mari, dans 
un autre songe, désire alors qu'elle redevienne laide. 

Sur ni, 7 et suiv. (29 6). Il y a là une Légende relative à Salo- 
mon qui contient des traits qu'on ne trouve pas habituellement 
dans les sources plus anciennes. Cette légende est précédée de 
l'agada qui, dans j. Sanhédrin, 20c, a pour auteur Josué ben 
Lévi et où la lettre yod profère des plaintes contre le roi Salo- 
mon. La formule introductive de cette agada est : '^lyQ 'n iap ; le 
nom de '^yw n'est pas, comme le croit l'éditeur, une altération de 
3WP (= Josué ben Lévi), mais de Jianûtt), c'est-à-dire Simon ben 
Yohaï, selon lequel le Deutéronome adressa à Dieu des plaintes 
contre Salomon. Ici, les paroles de Simon ben Yohaï sont ratta- 
chées à celles de Josué ben Lévi comme dans Exode r., ch. vi, 
au commencement (voir Die Agada der Tannailen, II, 123, note 4). 

Sur iv, 13(316, aussi dans le Yalkout). Autour de Jérusalem 
étaient 364 champs arrosés artificiellement (û^nbiç Tin pour expli- 
quer le mot du texte "pnbt»), dont chacun produisait toute sorte 
de plantes aromatiques, où les prêtres s'approvisionnaient pour 
les besoins du sanctuaire. Ce passage est précédé des mots ns 

1 53T13 bia û^os'j 'n pnb .tpws vïw trbiai-n wwi twm nna pi 

hïia bai- Au lieu de D^DD^, il faut lire ÙiO*>D^^ (t^iç). 

8 Le songe est personnifié sous le nom de Û12n,"7 bj>3, et est censé posséder le 
pouvoir de réaliser les vœux du songeur ; voir la même chose dans la baraita de 
Sanhédrin, 30 a (dans la Tosefta Maaser schèni, v, 9, il y a D 15 fin ÏÎ^N, et dans 
j. Maaser schèni, 55 b, simplement DlbrD lb Ï"IN"12 I. Dans Bcrachot, 10*, on lit 
niElbîlH b3>2, sous l'influence de Genèse, xxxvn, 13; mais on trouve aussi la le- 
çon Dlbntt b3>2. Cf. Dikduké Soferlm, I. 42. 



UN MIDRASCH SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES 239 

arvfl, comme celui que nous avons cité plus haut au sujet des 
maisons des habitants de Jérusalem. 

Sur vu, 6 (45a). Les mots « ta tête sur toi comme le Garmel » 
font allusion aux rois hasmonéens, qui étaient remplis de science 
et de sagesse, comme le Carmel est rempli de bons produits. nVr 
yn$r\ désigne Ilérode (il traduit peut-être « l'abaissement de ta 
tête ») ; il est ittanao, c'est-à-dire rouge (dvja), car il descendait 
d'Edom « le rouge ». Par les mots « un roi captif», le Cantique 
prédit que les rois hasmonéens seront prisonniers des rois (em- 
pereurs) romains, lantsm désigne les rois de Rome qui ressemblent 
à « de grands et puissants cours d'eau » (Isaïe, vin, 4). Notre Mid- 
rasch, en interprétant ainsi le mot -jïti, pense probablement au 
sens de la racine araméenne « courir, couler ». — Cette remar- 
quable interprétation, d'après laquelle le Cantique des Cantiques 
parlerait des Hasmonéens et d'Hérode, semble être de date 
ancienne. 

Sur vin, 4 (46 &). La triple adjuration (n, 7 ; ni, 5 ; vin, 4) fait 
allusion à la triple construction du temple, du temps de Salomon, 
du temps d'Ezra et dans les temps futurs. Pour ces trois cons- 
tructions, Dieu adjure les peuples de prêter leur concours, afin 
qu'Israël dise : « Du moment que les peuples agissent ainsi par 
crainte, nous devons agir à plus forte raison par amour; puisque 
les peuples travaillent pour les autres à l'édification du temple, à 
plus forte raison devons-nous y travailler pour notre propre 
compte. » — Cette Agada, qui se base sur le fait que le roi de Tyr 
aida à la construction du premier temple et le roi des Perses à 
celle du second, naquit peut-être à l'époque de l'empereur Julien, 
quand celui-ci voulut relever le temple de Jérusalem. Voir à ce 
sujet mon étude dans J. Q. R., X, 1G8. 

Appelons encore l'attention sur la longue interpolation du récit 
des dix martyrs, à propos de i, 3, qui diffère du récit du Midrasch 
îpstto (Beth Hamidrasch de Jellinek, 2 e vol.). 

Les passages que nous venons de citer du Midrasch Schir lia- 
schirim, édité par M. Grùnhut, prouvent surabondamment qu'il 
s'agit là d'un produit important de la littérature midraschique. 
Outre les anciennes traditions agadiques qu'on y rencontre, cet 
ouvrage contient encore bien des passages intéressants. L'éditeur, 
en nous le rendant, nous a fait connaître en même temps, pour la 
première fois, une source fréquemment utilisée par d'anciens 
ouvrages et surtout le Yalkout; il s'est donc acquis, par cette pu- 
blication, la reconnaissance de tous ceux qui s'intéressent à cette 
littérature. 

W. Bâcher. 



JACOB B. SIMSON 



Lfs ancipns historiens de la littérature rabbinique ne connais- 
sent pas le nom de Jacob b. Simson. Conforte (Korê ha-Dorot, 
]0fr et ne] ne sait rien de lui, sinon qu'il est mentionné dans nos 
Tossafot. Ce ne fut que par la publication du îrttn aro, de Moïse 
Tachau, que l'attention des savants modernes fut appelée sur ce 
rabbin. En effet, Tachau écrit (Ozar JSechmad, III, 59) : npr« f tr\ 
^"^t imaso Tpm buj iTnbn mn nihi ma& 'on DTDtD itûeib ~ia 
b"kî np:n "tf-o-i b^ inm « Et R. Jacob, fils de Simson, qui a com- 
menté le traité Aboi ; c'était un disciple de Raschi et le maître de 
R. Jacob (Tam). » D'après cela, Jacob a vécu à la fin du xi e siècle 
et dans la première moitié du xn e . Zunz, qui autrefois avait placé 
J. b. S. vers 1160 [Zur Geschichle, 51), abandonna cette opi- 
nion lors de la publication du dwi aro ; mais, quant à l'asser- 
tion de Tachau, à savoir que J. b. S. aurait été le maître de Ja- 
cob Tam, il ne voulut pas la considérer comme fondée (Litg., 
p. 459). En effet, J. b. S. n'est mentionné nulle part par Jacob 
Tam. Toutefois, un pareil argument a siientio ne nous autorise 
pas à douter de l'assertion d'un savant de la première moitié du 
xm e siècle. 

M. Berliner (dans ses additions à l'Introduction de M. Hurwitz 
au Machsor Vilry, p. 186) dit, sans en donner toutefois aucune 
preuve, que J. b. S. était un contemporain de Jacob Tam. M. Ber- 
liner s'est laissé guider probablement par la première assertion 
de Zunz, peut-être aussi par Michael. En effet, Michael, citant ces 
mots du Semag, yzn m^brr, n° 78 : ran *d ïiiDEia tïoti apy lïon 
"ttbo •panfc riDK « R. Jacob et R. Simson fils de Jonas ont interdit 
nos pilons », remarque à ce sujet : "i^m wn tTirùi ûïî» rotp n*nn 
un « Peut-être résulte-t-il delà qu'il vécut du temps de R. Tam » 
(û^rn TlK, p. 608). Comme J. b. S. connaissait Simson b. Jonas 
(voir plus loin, n° 7), il ne peut avoir vécu avant Jacob Tam. Mais 
la déduction de Michael n'est nullement justifiée, car il arrive sou- 



JACOB B. SIMSON 241 

vent qu'on cite côte à côte des personnalités de diverses époques, 
et parfois même les plus modernes avant les plus anciennes 1 . 
Au contraire, mainte circonstance indique que Simson appar- 
tient à une époque beaucoup plus ancienne (Zunz, Litg., 162, et 
Gross, Gallia Judaica, p. 3 1*7). Pour répondre à cette question 
d'une manière positive, il faut consulter avec soin notre littéra- 
ture. En effet, on y découvrira assez de preuves du fait que J. b. 
Simson était un disciple de Rasclii et qu'il a vécu dans le premier 
quart du xn e siècle. Par contre, il ne se trouve nulle part trace 
d'un J. b. S. ayant vécu postérieurement. 

Je vais citer ci-après tous les passages et faits connus se rap- 
portant à J. b. S. qu'il m'a été donné de recueillir. 

1° J. b. S. écrit, dans son Commentaire sur Abot vi, TOttri 
ib TOpui ^stt ,b 7 itoia vtn bi law î-prj "pb ...trwp « Cinq acquisi- 
tions. . . C'est pourquoi notre maître disait quatre.. . » 

Par "ira^ « notre maître » Jacob veut sûrement désigner 
Raschi , car Raschi corrige et lit précisément (dans Pesachim, 
SI a) twsp îWin (voir npinn, i, 92, 191). Celui qui appelle 
Raschi wn « notre maître » tout court a dû sans doute être son 
disciple. 

2° Le recueil contenu dans le ms. n° 326 de la Bibliothèque 
nationale, f° 80, porte 2 : 

in^aro» Sa : fczpb^ mna ?y pm^ ■— in Mttbu: t^m bra iïïM 

1 Dans le Semag, cette circonstance est due sans doute à ce que Isaac b. Sa- 
muel dans sa Consultation (Or Zaroua sur Aboda Zara, n° 298) discute d'abord 
l'opinion de Jacob Tarn et passe ensuite au Séder de Simson. Cette « Réponse • 
était sans doute sous les yeux de l'auteur du Sem,ag. 

2 Je me sers de la copie que M. Cbwolson a mise obligeamment à ma disposi- 
tion. Voir sur cet intéressant ms., Neubauer, dans Monatsschrift, 1887, p. 502, et 
Cbwolson, dans T^ b^ V-^P' ^896-1897. L'auteur n'est pas Jacob b. Abraham, 
comme l'acrostiche du poème sur msntû m^bn dans le ms. de Paris paraît l'in- 
diquer. Le poème en question est défectueux dans ce ms. et ne donne que les 
treize premières lignes avec les initiales ï"n^N ""D 3p3^ ^Dfc*. On a cru que la 
ligne suivante qui manquait commençait par un £). Mais il n'en est rien. J'ai trouvé 
ce poème bien conservé dans un Siidour allemand sur parchemin (écrit vers 1340) 
que je possède. L'acrostiche y porte : "pûNT pîM i"lbn H1DN "D Sp^" 1 "^N 
ïlbo "J93N- La 11 e ligne n'y commence pas par ^bl\D3, comme dans le ms. de Paris, 
mais par "*b"llZ3 et le U3 est la seconde lettre du nom de H1Z5N. L'auteur est pro- 
bablement Jacob b. Ascher ha-Lévi, qui a été un des signataires des D"lttî mspn 
de l'an 1220 (Méïr de Rothenbourg, Consult., éd. Prague, vers la fin). Peut-être est- 
ce le père d'Ascher b. Jacob ha-Lévi qui a écrit en 1290 le petit Arouch et un com- 
mentaire sur les prières. Nous connaissons encore deux autres compilateurs dans cette 
famille : Eléazar b. Ascher ha-Lévi, l'auteur du mSTIDTn 'Q, et Isaac b. Juda ha- 
Lévi, l'auteur du NT") rft^D (voir Jubelschrift %u Grât* 10. Geburtstage, p. 18). Il est 
digne de remarque que le ms. de Paris contient un dbl3> 110 de forme spéciale, qui se 
trouve aussi dans n"Û "H Dîïl'O (imprimé dans les Anecdota Oxoniensia, de Neubauer, 
I, 463), sur lequel M. Neubauer appelle l'attention dans Ifonatsschr., 1887, p. 504. 

T. XXXV, n° 70. 16 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

t^friBtttttt : ains tk^îdi -ripa (« ^ fnpio&a ?) nbra s-nposa "nia 
«mia fnat i3\s ta"<ba -iwan meai (i. nnypn) rmm ^aa û^bart na 
■*nana lafcn a"?û iran ^bN nm na .pb û*np nrna» iiNn hyw ^ban 
■ra^an wan mai Iïwdi ""raïi iwnw na np^-« 15» v*n naon b.y 

-1D1 bra nasa ^b rima rçam rnan a^a^a Taab p widj "laan p nuîi^ 
nmnwm nnnrt *^ba bau> nab niïi arm mi ,1:^1 ^ca wntttt i?aa 
Swim n*c ba m uibsb Tnta t^ba ybia ira imrTn nyea 12 
inmm» d^fil iLap^^ Nb^ -nrir pb .amp bp^ -iab rr7ûn *on pi 
banfcia 'n Ej&n -nsa "ûnb?3 abna "pao M, 3 û^barr ba m -inab nbia-n 

« Au nom de R. Salornon b. Isaac sur la purification des vases : 
Suivant ses ordres, j'ai fait des recherches dans ses Piskot (mes Pe- 
soukot ?) et j'ai trouvé ceci : pour la purification des vases comme les 
écuelles, les cuillers et autres ustensiles, le vase qui est sur le feu 5 
n'a pas besoin d'être purifié préalablement. Ainsi me dit notre maître 
O^an), de sainte mémoire et j'ai écrit (ses paroles) sur le papier avec 
de l'encre, moi Jacob b. Simson. Plusieurs fois j'ai vu notre maître 
procéder ainsi et moi-même je l'ai souvent fait en sa présence 
(T^sb). Et je te communique la raison de la chose telle que je l'ai 
apprise de la bouche de notre maître. . . ». 

On le voit, Jacob b. Simson a composé cette Consultation telle 
qu'elle lui a été dictée par Raschi G , et il rapporte ce qu'il a en- 
tendu de la bouche de Raschi. En outre, Ahron de Lunel dit clai- 
rement que la Consultation était adressée par Raschi à son dis- 

1 Je voudrais lire ibtïî mp1DD13 et je suppose que Raschi a été prié par sou cor- 
respondant de lui communiquer le passage en question d'après les Halachot Pesou- 
kot que Raschi possédait. 

s Sans doute une corruption de a" 1 ^ = YW2 ÏT^P Ûlp73ïlî voir Zunz, Zur 
Geschichte, p. 311. 

3 De même dans "irPÏTl ^TO^tt fms. Merzbacher), f« 41 a : pN Ù^ba b^WiïTt 

ï-inrpm» ^b-mii ï-rnpïi mn s^bu: nîim î-rbnn bilan S w^ia ^nat 

naina tPa>b2D1 D'HT'imZJ "<Db. Pareillement dans Pardès, n° 126. L'opinion con- 
traire fut aussi rapportée au nom de Raschi (voir Mahzor Vitry, p. 255, et Pardès, 
no 124 ; cf. Tour Orah Hayyim, n© 452). On connaît encore d'autres cas où des opi- 
nions contradictoires sont rapportées au nom de Raschi, voir Monatsschrift, XLI, 
261. Dans le Pardès, n° 257, les deux opinions sont juxtaposées, l'une est rapportée 
au nom de Haï Gaon et l'autre sans nom d'auteur. Cette dernière, qui est mention- 
née encore dans le n° 126, est sans doute empruntée à l'écrit de Schemaya ; voir 
Monatsschrift, l. c. 

4 Samuel b. Méïr fut un disciple de Raschi, son grand-père, par conséquent, le 
collègue de J. b. S. Tous deux sont nommés ensemble dans Tossafot, Menahot, 64 <\ 

3 Pour faire bouillir l'eau. C'est dans cette eau bouillante qu'on plonge les petits 
vases pour les purifier. 

6 Nous connaissons encore deux autres Consultations de Raschi qu'il a dictées et 
que ses disciples mirent par écrit; voir mon article intitulé Schemaya der Schiller und 
Secret air Raschïs, Monatsschrift, XLI, 259 ; tirage à part, p. 3. 



JACOB B. SIMSON 243 

ciple Schemaya *. On ne peut donc douter du fait que J. b. S. a 
été un disciple de Raschi 2 . 

3° J. b. S. doit avoir vécu avant Jacob Tam, car il est déjà cité 
par Schemaya, le disciple de Raschi qui vient d'être mentionné 3 . 
Schemaya, à son tour, est cité plusieurs fois par Jacob Tam 4 . 

4° J. b. S. commence ses calculs pour le calendrier, dans le *bo 
■wp^ai-r, par l'année 1123 (ms. d'Oxford, 692) ; il doit donc avoir 
vécu vers cette époque. Il est donc certain qu'il a fait ses calculs 
pour les années suivantes et non pour les années écoulées 5 . 

5° Le lieu qu'habitait J. b. S. ne peut être déterminé avec la 
même certitude que l'époque où il a vécu. Méïr de Rothenbourg 6 
l'appelle tynsïï *pU)ïïU5 ia npr> irai «Jacob b. S. de Paris ». A sa 
suite, Zunz [Zur Geschichte, p. 51) et Gross (Gallia Judaica, 
p. 514) le placent à Paris. Mais cela n'est pas sûr, car ce passage 
est cité dans Mordechai, Bèça, n° 672, et il y est dit : npy 'n 
anb&tt (1. Iitûm) 1v»ïd *n «... de Falaise ». Nous avons donc 
le choix entre Paris et Falaise (cf. plus loin, n° 1). Il résulte de 
cette citation, qui se rapporte à Bèça, 16 a, que J. b. S. a com- 
posé un commentaire sur Bèça. Le ms. d'Oxford 1101 a cette sus- 
cription : "prau) la spjn 'n nnti \n (1. swa) tpim btt ^p&D « Règles 
de Bèça de R. Jacob b. Simson ». La citation de Méïr de Rothen- 
bourg s'y trouve-t-elle ? 

6 e Dans le Malizor VUry, p. 73, on cite un np3>i r l niïi Tïïfiio 
ÏTO2U3 ,ta û. De là provient aussi ce qui est cité, ibidem, p. 152, 
153, 278, au nom de notre Jacob. Je ne puis établir si ces cita- 
tions proviennent de l'auteur du Mahzor Vitry ou si ce sont des 
additions postérieures , lesquelles sont nombreuses dans cet 
ouvrage. 

1 Orhot Hayyim, 1° 74 c : '*-|b n^ïTIi i-mtf5rû b"T W"~\ïl pOD *p1 

b"T rp^OT. 

2 M. Berliner (Einleitung tu M. F., p. 187) a mal compris les paroles de Jacob b. 
Simson dans le ms. de Paris et dit : « Il est évident que le mot t notre maître » ne 
se rapporte pas à Raschi, mais à un autre qui était le maître de J. b. S. ». Je ne 
m'explique pas comment M. Berliner a pu arriver ainsi à méconnaître le sens des 
paroles si claires du ms. de Paris. 

3 Schemaya sur Tamid, 26 a : 1 p3>ÏÏt5 "13 3p3>i '"1 btt> "liTiriM "im&n 

•pbnjta "p 3 bu: "1-172^ Kin Fi^oaiû troiE rmw b^n b"£T (1. •pu:*]©) 

S"Ubà ^"y "D 'PT-ITl « J' a i vu dans le commentaire de R. Jacob, fils de Simon 
(lire Simson)... ». Il résulte de là que J. b. S. a composé un commentaire sur 
Tamid ou sur Ezéchiel (voir Raschi, sur Ez., xli, 7). 
« Monatsschrift, XLI, 260. 

5 D'après M. Berliner (Einleitung, p. 15), J. b. S. aurait écrit son livre plus 
tard qu'en 1123 ; voir mon compte rendu sur son introduction dans la présente 
Revue. 

6 Consulta éd. Prague, n° 655. 



244 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les quatre citations suivantes paraissent également provenir du 
Mahzor de J. b. S. 
1° Samuel de Falaise écrit * : 

nrm ûwia ru ûbir ^pî "«asa 

Le fait que Samuel s'en réfère aux atfjibaa ûbu "^pt « anciens de 
Falaise » semble indiquer que J. b. S. a vécu à Falaise; voir plus 
haut, n° 5. 

8° Lihkoutè Pardès, 12 & (éd. Amsterdam) : 

ta^-n^an ût a-i^a t*tat&a (1. )wnxn) ti^m -ia apjn 'nn ara»-. 

tav iy s — rr bmcD toTtt ■ma Sa Iki inoasïi r-nab fcp&o 

p "piia (i. KStnrpN) tanma "pnbna rmab irb^ «an to'h'ttûrt 

ûm^D ùt» naiN rrîi c^b-i swnn TDsb -naua *i»nN ump ris ti^m 
,nbo3i ainaa «bi pus ^w t^bi isn nay\a 

« Au nom de R. Jacob b. Simon (lire Simson) : ... la veille de Kip- 
pour..., on dit Kol Nidrè » depuis ce Kippour jusqu'au prochain », 
ainsi ai-je entendu dire par une sainte bouche, et non « depuis le 
dernier Kippour. . . ». 

Par tDVip î-id on a sans doute voulu désigner Méïr b. Isaac, le 
célèbre officiant de Worms. Car Ascher b. Jacob ha-Lévi rapporte 
aussi que Méïr a effacé le mot ainaa 3 , et Raschi s'en référant à 
Méïr, dit également p^tt ima ^att wmi « J'ai appris de ce 
juste » (Zunz, Lit g., 610). On pourrait conclure de cette citation 
que J. b. S. alla à Worms. Toutefois, il est possible que J. b. S. 
ait écrit ce passage sous la dictée de Raschi (voir plus haut, n° 2) 
et que la remarque à ce sujet ait été omise dans Lihkoutè Tardés. 
Si ma conjecture est exacte, la déplorable correction dans Kol 
Nidrè Nain trmsna ai* 1 1* rn a^TiD^a ara « depuis ce jour de Kip- 
pour jusqu'au Kippour prochain », au lieu de la formule usitée 
précédemment nï a^ia^a ûv i* nasniî a^sna ara « depuis le jour 
de Kippour dernier jusqu'au Kippour présent », devrait être at- 
tribuée à Méïr. Jacob Tam attribue cette correction à son père 

1 Or Zaroua, II, 116 5. De même Méïr de Rothenbourg, ibid., n° 439 et Tossafot 
Sens sur Pesahim (ms. Oxford, 2358) ; cf. Gross (Revue, VII, 52) et Neubauer, sur 
le ms. mentionné. M. Gross dit que dans ce ms. on cite, entre autres, Jacob b. Simson 
de Paris. Je ne sais si la mention « de Paris » se trouve dans le ms. ou si elle est 
de M. Gross. M. Neubauer ne l'a pas. 

2 Méïr de Rothenbourg a VlDDa , ÏTttîl. 

3 Dans son commentaire mentionné (ms. Kaufmann), f°236£ : iaTlD "'n^totUI 

tayaa -lEiN i-nîi NbwN toe r-rnna ainaa ' — i^a-iN imtt t^tb b"T -r&wa 

'lai nbDDT manata Nb Nnsnaim rW^bti). La même chose chez Zunz, Litg., 
p. 126. 



JACOB B. SIMSON 245 

Méïr. b. Samuel (Se fer ha-Yaschar, n° 144). Comme celui-ci a 
sûrement vécu à Worms à une certaine époque l , il peut avoir eu 
connaissance de l'innovation de Méïr le Chantre. Le père de Jacob 
Tarn rapporta aussi beaucoup de choses de Lorraine en France 2 . 
9° Tascïïbaç, n° 143 3 : 

baa rnaio btt \wni b^ba aprr ^ib wi \wfty) "n ap*i i^rn 

.1318 ïitu: n?2N ^T3>ïi iaN 

Cette citation se trouvait dans le livre d'Eliézer ben Joël ha- 
Lévi, voir n° 14. 

10° Ascher b. Jacob ha-Lévi, Commentaire, f° 3 : 

,ta n a-im {Berakhot, 11 &) ^1 mffr pi "ppirt n^aa- ■« i-ina 

..■pimau) *-ia ap*i 

11° J. b. S. a écrit des Explications sur les Pioutim en langue 
araméenne, et lui-même a composé un poème dans cette langue 
(Zunz, Litg., 458). Il est vraisemblable que ces deux travaux 
étaient contenus dans son Mahzor. 

12° Tossafot Menahot, 64 & : 

•■nn Nip^'oi (i. intt) "p^OT ia ap:^ "nîn ywi ...Tn» 
13° Tossafot, Arachin, 28 ft : 

*wn T"Dbi ^'«tb *p ,,,a^ri i^N-i) izjt-pb "W-i irwB &'*'« ...frôi» 
nvattiN "^a i^n (33 b) i^Tipn p"D3 Nrrw nïi "pia»!» m ap:n 'n airt 
■pa^fi b'"-i "paum Tiia^b 'paizn ; cf. Tossafot, Houllin, 54 &. 

14° Dans tnnaana m-o ÏFDT, p. 125 4 : 

S-nx» bu: dis n^ntt) toaniub un rvmtûna tt'^n&n r^tt aiun 

•nain pbin tne na ap^ 'n ba&* "p^aia na ap^ 'n ^m ibN 

15o Tossafot de Juda de Paris dans niBbTOtt n^a, 42 d : 
beurrai 'n -«s ibu: ûbi? Tioa utpd (i. 'piiîttiD) iiyota m apsn '-n 

Ou bien J. b. S. a composé un ouvrage indépendant sous le nom 

1 II était, en effet, comme Raschi, un disciple d'Isaac ha-Lévi de Worms (Par- 
dès, n° 44). 

* S. ha-Yaschar, n° 325 ^pmb'E T&M3 /tm \ ÉTaft p (ainsi porte mon ms. de 
ce livre). 

3 De même dans Hagahot Maïmoniot, Ï-D")D, VI, 200 ; Hagahot Semak, 28 b (éd. 
Cracovie) ; ALudraham, Souccot. 
. 4 De même dans Mordechaï Yoma, n° 727, avec ces mots de préambule : a^lttïl 

•pionra *ia apyi wi. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de ùVi* Tio, ou on veut parler ici de l'introduction historique à 
son commentaire sur Abot. 

16° L'auteur du ms. d'Oxford n° 1104 écrit : ^bon airû ^nairto 
^m-nm î-n^ nso uris'nn (1. ïiibeiû) "p*»© —n npsn "h a-fil 
tWW bioiïtn. J. b. S. a donc composé un commentaire sur le 
Yeçira et la Baraïta de Samuel. 

17° J. b. S. composa l'ouvrage mentionné sur le calendrier *idd 
■wpbatti qui ne se trouve pas au complet dans le ms. d'Oxford 
692. Voir, pour plus de détails à son sujet, Berliner dans Hurwitz, 
Einleitung zu M. V., p. 15 (nouvelle pagination). 

18° Il écrivit un commentaire détaillé sur Aboi. Voira ce sujet 
Schechter, Introd. à son édit. des Aboi de R. Nathan, ch. n ; 
*ipim, I> 92, 191, et catalogue Halberstam (!n»bi» nbïip), n° 69. 

Tels sont les textes que j'ai pu recueillir touchant l'activité lit- 
téraire de J. b. S. Parmi les autorités que cite J. b. S. (voir 
Berliner, l. cit.), Raschbam (plus haut, n° 2) est la plus récente. 

Le résultat de ces recherches permet donc d'affirmer avec cer- 
titude ceci : J. b. S. était un disciple de Raschi (n 0s 1, 2) ; il a 
vécu à Paris ou à Falaise (n° 5) ; peut-être a-t-il séjourné à une 
certaine époque à Worms (n° 8); il a déjà exercé son activité 
littéraire en 1123 (n° 4); il a composé un ouvrage sur le calen- 
drier, "WTpVfifrî 'o (n° 17); un Mahzor (n° 6) ; un ouvrage historique 
appelé ùVtf Tjd (n° 15); des commentaires sur Tamid ou Ezéchiei 
(n° 3), sur Abot (n° 18), sur quelques traités du Talmud (n° 8 5, 
12, 13), sur le S. Yeçira (n° 16) et, enfin, sur la Baraïta de Samuel 
(no 16). 

Gomme on le voit, la science de J. b. S. était variée. Il a, sans 
doute, été le premier écrivain juif du Nord de la France qui se 
soit occupé de sciences mathématiques. Et pourtant il est tombé 
pendant les derniers siècles dans un oubli complet. C'est à notre 
époque que revient le mérite d'avoir fait revivre le souvenir de ce 
savant et de ses mérites. Puisse ma notice stimuler des recherches 
approfondies sur ce rabbin français 1 

A. Epstein. 



INNOCENT III ET LES JUIFS 



OPINIONS D'INNOCENT III SUR LA. VIE ET SUR LE JUDAÏSME. 



Innocent était issu de la noble famille des Gonti. Il monta sur 
le Saint-Siège dans sa trente-huitième année. Il était très versé 
dans l'étude des auteurs grecs et latins, et surtout dans la connais- 
sance de l'Ecriture, qu'il interprétait d'une façon aussi large que 
possible. Dans ses dissertations homilétiques sur l'Écriture, il ne 
reculait devant aucune extravagance, pourvu qu'elle servît à ses 
desseins. Il avait apporté cette méthode de Paris, où Pierre de 
Gorbeil la professait. Son maître exerça sur lui une influence 
durable. Il semble avoir étudié Flaviu* Josèphe, car il rapporte 
une fois, dans son De contemplu mundi, la fameuse histoire 
de la mère qui, pour calmer sa faim, tua son enfant, et, à ce 
propos, il cite « Josephus de judaica obsidione », autrement dire 
le « De bello judaico l ». 

Sa conception de la vie nous est révélée par un écrit qu'il com- 
posa peu de temps avant son avènement au pontificat et dont le 
titre suffit à indiquer le contenu. Ce livre est intitulé « Mépris du 
Monde ». Innocent, qui alors s'appelait encore Lothaire, suit la 
vie humaine depuis le moment de la conception jusqu'à celui de la 
mort. La conclusion à laquelle il aboutit, c'est que seuls doivent 
être proclamés heureux ceux qui meurent avant de naître, car vie 
est synonyme de douleur. — Où nous conduisent tous nos efforts 
et tous nos actes? Il y a des pauvres, il y a des riches, mais ni les 
uns ni les autres ne sont heureux. Le pauvre est soumis à toutes 

1 Migne, Patrologie, IV, 716. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sortes de privations, et il lui faut mendier le secours d'autrui. Mais, 
tandis qu'il est à mendier, la honte le prend ; s'il cesse ses suppli- 
cations, la misère l'attend. A l'indigent tout fait défaut, même 
l'ami, car seul l'homme heureux est entouré d'amis. D'ailleurs, 
c'est sur notre degré de bonheur que les autres mesurent leur estime 
pour nous, en sorte que la préférence est donnée au riche sur 
l'homme de bien, au méchant sur le pauvre. Si, d'autre part, nous 
considérons l'existence du riche, elle est également remplie de 
peines et de soucis; s'il est marié, il craint pour sa femme et ses 
enfants; est-il célibataire? Satan ne lui laisse aucun repos, excite 
ses désirs, allume le feu dans ses veines et le livre au péché. 

A la perversité terrestre répond la punition céleste, qui varie 
avec la qualité de la faute. Sous le n° 6 il nomme ceux qui, mar- 
chant dans les ténèbres, ne peuvent arriver à la vraie lumière, 
jusqu'au Christ. Une épaisse obscurité extérieure et intérieure en- 
veloppera ces hommes, par lesquels Innocent entend les Juifs. Pour 
preuves de cette affirmation il cite Psaumes, xlviii ; I Rois, n et 
Job, x. 

Les Juifs pouvaient se tranquilliser jusqu'à un certain point, car, 
d'après cette échelle, il y avait toute une série de personnes dont 
le sort devait être beaucoup plus terrible ». 

Toutes les opinions d'Innocent montrent que ses sentiments res- 
semblaient à ceux qu'à cette époque entretenait tout bon chrétien. 
Plein de mépris pour ce mondp, on voulait par la foi gagner le 
monde meilleur *, le connaître exactement par l'Ecriture et con- 
templer Dieu face à face 3 . Dieu est mis dans le plus étroit rapport 
avec ce monde détesté. L'Eglise et l'évêque romain jouent le rôle 
d'intermédiaires. Ceux qu'ils unissent sur terre demeurent unis 
dans le ciel, ceux qu'ils dissolvent demeurent dissous pour l'éter- 
nité. 

Très haut au-dessus de la terre plane le summus pontifex, qui 
est en relation avec Dieu par l'intangible communauté qui existe 
entre lui et l'Eglise. Innocent a pu se demander sur quelles raisons 
se fonde cette idée ; il répond : c'est ma croyance la plus ferme 
que je crois en catholique *. 

A présent, nous allons donner un ensemble d'assertions de ce 
pape sur le judaïsme, car il nous faut connaître le point de vue 

1 Migne, I, De contemptu mundi sive de miseria condicionis humana, p. 702 et 
suiv. Innocent ne tenait pas l'incrédulité pour le plus grand péché, puisqu'il dit : 
minus malum existât viam Domini non agnoscere quam post agnitam retroire. Mansi, 
XXII, 1058. 

» Migne, 656. 

a Migne, IV, 1096. 

* Migne, 656-658, 664. 



INNOCENT III ET LES JUIFS 249 

théorique d'Innocent à lVgard du judaïsme, afin de comprendre 
son attitude envers les Juifs. 

La loi divine, dit-il, fut donnée d'abord aux Juifs; c'est pourquoi 
ils ont été très puissants. Ils avaient le Temple et les prêtres, la 
doctrine et la prophétie. C'est de la Synagogue que sont sortis les 
premiers croyants qui annoncèrent le plein salut dans le Dieu fait 
homme 1 . Le Christ a renouvelé l'ancienne Loi* : celle-ci était 
gravée sur des tables de pierre, la nouvelle l'est dans le cœur a . 
La loi ancienne enseignait œil pour œil, dent pour dent; la nou- 
velle veut l'amour même pour celui qui nous a fait du mal. Juifs, 
s'écrie Innocent, quittez les ténèbres de votre fausse croyance et 
de votre ignorance, regardez non pas seulement avec l'œil du corps, 
mais aussi avec l'œil du cœur 4 . Peu importe la circoncision du 
corps, c'est celle du cœur qu'il faut, afin d'être Juif en esprit et non 
par le corps 5 . Qu'attendent donc les Juifs? Il leur faut rougir, s'ils 
pensent que le Messie ne soit pas venu et qu'il ne puisse être un 
Dieu, alors que l'Ecriture et de nombreux miracles en portent té- 
moignage, miracles que le Messie accomplit, pour ainsi dire, corpo- 
rellement et qu'il accomplit encore spirituellement, quand il rend 
la vue aux aveugles d'esprit, instruit les ignorants et pousse ses 
détracteurs mêmes aux bonnes actions 6 . 

Pourquoi la Synagogue ne se fond-elle pas avec l'Eglise ? C'est, 
d'une part, l'erreur où elle est plongée et, d'autre part, l'envie qui 
l'en empêchent. L'envie vient à la Synagogue de voir l'Eglise déte- 
nir la puissance et la prêtrise, le temple et l'autel, la loi et la force, 
tous biens pris aux Juifs. Quant à l'erreur, elle tient à ce que les 
Juifs refusent de croire qu'un Dieu se soit laissé martyriser, cruci- 
fier et tuer. Ils ne peuvent admettre que Dieu ait supporté des 
traitements indignes I Eh bien ! cela ne doit pas être une pierre de 
scandale, mais nous inciter à honorer Dieu davantage ; cela ne 
doit pas être une pierre de scandale ni un champ de zizanies, car 
sur cette pierre repose le bonheur de l'humanité, sur elle est 
fondé le sanctuaire du Seigneur T . 

Comme lesvJuifs, les philosophes païens avaient marqué de la ré- 
pugnance pour notre doctrine; ils soutenaient qu'un même être ne 
peut pas être en même temps Dieu et homme, mortel et immortel, 
simple et composé, éternel et temporel. Mais Dieu a changé leur 

1 Migne, IV, 964, 386. 
1 Ibid., 330. 
3 Ibid., 332. 

* Ibid., 923, 530. 
« Ibid., 964, 392. 

• Ibid., 335. 

' lbid., 386, 505. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sagesse en folie et réfuté leurs idées, car le Sacrement divin est là 
qui s'érige en argument contraire '. Du reste, le Christ est ressus- 
cité comme Moïse et Elie *. 

Quittez vos erreurs, telle est l'exhortation sans cesse répétée 
par Innocent, quittez l'incrédulité juive et embrassez la foi chré- 
tienne ! Alors le monde sera racheté, car le Christ n'a abandonné 
que momentanément la Synagogue et la race juive, dont il est issu ; 
il rassemblera Israël et le conduira au salut 3 . Par le baptême les 
Juifs recevront le salut, qu'ils ont perdu en Judée. Les cérémonies 
juives déplurent à Dieu comme l'idolâtrie 4 . Sion devint l'Église en- 
tière, qui pénètre Dieu par la foi jusqu'à ce qu'elle le contemple 
face à face 8 . L'Eglise a été bâtie par des Juifs et des païens con- 
vertis : par la conversion de tous les Juifs le salut sera achevé. 
Après la conversion d'Israël naîtra la génération des hommes mo- 
ralement bons, et Jésus apparaîtra pour la seconde fois dans la 
splendeur de sa majesté 6 . Que doivent faire cependant les croyants 
pour amener cet âge d'or? Ils doivent tous réciter cette prière: 
Dieu, dégage la Synagogue du voile de l'erreur et que les Juifs 
atteignent à la vraie connaissance 7 1 

Le pontife se prononce avec beaucoup plus de rudesse contre les 
hérétiques. Les péchés des hérétiques, dit-il, dépassent ceux de 
tous les hommes. Ils sont plus perfides que les Juifs et plus cruels 
que les Sarrazins, car les Juifs n'ont crucifié Jésus qu'une seule 
fois, tandis qu'eux se déchaînent sans cesse contre lui. Et alors que 
les Juifs, malgré leur aveuglement, pensent que Dieu le père a 
tout créé, le visible et l'invisible, les hérétiques prétendent que 
c'est le diable qui est l'auteur du monde visible. 

Quand les Sarrazins sont emportés, ils tuent les chrétiens; mais 
les hérétiques ruinent le corps et l'âme, arrachent subrepticement 
l'homme à Dieu et ainsi le mènent à l'anéantissement. En outre, 
les Juifs et les païens ne reconnaissent pas Jésus ; par là ils ont une 
certaine excuse, quand ils pèchent. 

Cette excuse manque aux hérétiques, car ils ont été chrétiens et 
ils se sont laissé prendre aux pièges des faux dogmes s . Innocent 
les traite de loups dans la peau de moutons, qui mêlent le vrai 
au faux. Il voit en eux l'écume de l'humanité, des démons qui se 

* Migne, IV, 336. > 
» Ibid., 377-378. 

* Ibid., 935. 

* Ibid., 509. 
8 Ibid., 1096. 

« Ibid., 1096-1097. 

7 Ibid., 386. 

8 Brétjuigny, Epistolœ, lib. VIII, p. 726, année 120!'. 



INNOCENT III ET LES JUIFS 251 

présentent comme des anges de lumière, pour corrompre les inno- 
cents, en leur offrant dans une coupe d'or un mortel poison *. 

On devine aisément la raison de cette diversité d'attitude d'In- 
nocent à l'égard des Juifs et des hérétiques : les motifs allégués 
plus haut par lui ne sont que subsidiaires ; le vrai motif, c'est que 
les hérétiques étaient les ennemis déclarés de la papauté, ce qui 
n'était pas le cas des Juifs. De plus, Innocent se flattait d'enter le 
rameau juif sur le tronc chrétien, alors qu'il considérait les héré- 
tiques comme des plantes parasitaires se nourrissant au détriment 
de l'arbre chrétien. 

Tout le développement qui suit corrobore cette manière de voir; 
tandis qu'Innocent préparait la croisade contre les hérétiques, il 
travaillait à la conversion des Juifs. Nous allons étudier les 
moyens et les efforts qu'il employa pour y atteindre. 



II 



PROSELYTISME DU PAPE INNOCENT III. 

Toute la politique du pape à l'égard des Juifs s'inspire du désir 
de convertir ces derniers. On s'étonne de que ce pape si fier a bien 
voulu supporter de la part des apostats. Quand l'un d'eux le me- 
nace de retomber au judaïsme, sous prétexte de n'être pas suffi- 
samment soutenu par ses nouveaux coreligionnaires, le pape n'a 
aucun mot de blâme pour le baptisé, il écrit une lettre pressante 
au directeur de la paroisse et ne laisse pas de suspendre des peines 
sévères sur ceux qui négligent les apostats 2 . Même la curie con- 
descendit à discuter avec les candidats au baptême 3 et alla jus- 
qu'à excepter les apostats de certaines prescriptions canoniques. 
Tandis que, en effet, les mariages entre beau-frère et belle-sœur, 
admis chez les Juifs, étaient défendus chez les chrétiens, Innocent 
déclara ne pas réclamer le divorce dans des cas de ce genre, 
« vu que les nouveaux convertis étaient encore chancelants dans 
leur foi 4 . » Il est encore intéressant de noter que les Mahomé- 

» Migne, IV, 335, 605. 

s Baluze, Epistolœ, I, p. 469. Le retour au judaïsme par suite de manque de se- 
cours arrivait souvent. Cf. Baluze, II, 493. 

' Baluze, II, 789 : ...ad nostram duxit praesentiam accedendum; quem post mul- 
tas collationes super lege ac Prophetis habitis cum eodem venerabilis frater... bap- 
tizavit. 

4 Mansi, Concilia, XXII, p. 730, lv ; Baluze, I, 604 : Deus qui ecclesiam, etc... 
Quia vero in matrimoniis contrahendis dispar est ritus eorum a nostro, cum in con- 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tans qui s'étaient convertis pouvaient garder plusieurs femmes l . 

On voit combien le changement de croyance était commode et 
lucratif, et nous devons avouer qu'il se trouva nombre de Juifs 
pour faire ce « commerce ». Le Se fer Hasidim renferme des allu- 
sions à cet état de choses. Cependant, nous ne nous en servirons 
guère, parce qu'on ne sait si ces passages ont appartenu originel- 
lement à ce livre et parce que nous disposons de documents dus à 
la main du pape, qui sont beaucoup plus probants*. Je vais tra- 
duire ces écrits de la curie, vu que jusqu'ici on n'en a donné que 
des extraits 3 et qu'on les a négligés le plus souvent. 

A Tévêque d'Autun Innocent écrit : « Nous croyons t'avoir 
exhorté à soutenir le porteur de cette épître, P., qui, autrefois Juif, 
a adopté la foi chrétienne par l'influence du Christ. Et comme tu 
as pris connaissance de cela, les plaintes réitérées de P. démon- 
trent que tu n'as pas observé convenablement nos prescriptions. 
De pareilles gens, afin que la pauvreté qu'ils ne peuvent supporter 
ne les contraigne pas à coqueter de nouveau avec l'incrédulité 
juive, doivent être puissamment secourus par tous les fidèles, sur- 
tout par les évêques qui doivent avoir pour principe de secourir 
les indigents. Dans le cas présent, ce devoir t'incombe particulière- 
ment, attendu que c'est toi-même qui nous avais recommandé P. 
Si nous n'éprouvions pas une sympathie personnelle pour toi, la- 
quelle a tempéré quelque peu notre mécontentement, nous ne 

sanguinitate vel affinitate distinctionem canonicam non attendant, et relictas fratrum 
indistincte sibi consueverint copulare, ne propter hoc a bono proposito sicut hactenus 
retrahantur, cum nec quidem eorum voluerint credere nisi relictas fratrum eorum 
pateremur retinere; nec vos eos, nisi taies dimitterent, recipere volueritis ad bap- 
tisma, propter novitatem et infirmitatem gentis ejusdem concedimus ut rnatrimoniis 
contractis cum relictis fratrum utantur, si tamen fratribus decedentibus sine proie, 
ne taies sibi de cetero, postquam ad finem venerint, copulent prohibentes. . . C'est là 
un exemple de l'importance attachée par Innocent à l'opportunité, car nous savons 
combien le pape se montrait rigoureux sur ces points, même à l'égard des plus puis- 
sants rois. 

1 Lettre à l'évêque de Tibériade, Baluze, p. 604. Sur les mariages mixtes, voir 
plus loin. 

' On adressa de nombreuses questions au pape sur le baptême. Ainsi, l'évêque de 
Metz demanda si un Juif qui, se croyant à l'article de la mort, alors qu^l n'y a que 
des Juifs autour de lui se jette à l'eau en criant : • Je me baptise moi-même au nom 
du Père, du Fils du Saint-Esprit » doit recevoir encore une fois le baptême en cas 
de guérison. A cela Innocent répond, le 28 août 1 206 (Bréquigny, II, 972) : • Il faut 
établir une distinctio personarum entre le baptisé et celui qui va l'être. Si ce Juif était 
mort après le baptême qu'il s'était administré lui-même, il serait allé au ciel pour sa 
foi, non pour son baptême. Pour que le baptême soit vraiment efficace, il faut, à l'ins- 
tar de la naissance charnelle où il y a un engendreur et un engendré, lors de la 
naissance spirituelle un engendreur spirituel et un engendré. (Cette lettre se trouve 
partagée en deux morceaux parmi les Décrétales, lib. III, tit. XLII, de bâptismo, etc.) 
Cf. aussi, p. 29, 3, Livoniensi episcopo. 

3 Erler, Die Juden in M. A., dans les Archives du droit canon catholique, t. 
XL VIII, p. 395. 



INNOCENT III ET LES JUIFS 253 

t'aurions pas envoyé pour ta désobéissance une nouvelle admones- 
tation, mais une punition proportionnelle. S'il est connu qu'à 
l'ordinaire tu te signales par ta vertu et ta piété, pour laquelle 
l'apôtre a promis le monde présent et futur, comment peux-tu né- 
gliger, voire dédaigner un commandement apostolique ? Donc, afin 
que ledit P. ne se voie pas trompé dans notre vigilance aposto- 
lique et que tu ne demeures pas davantage dans une blâmable 
somnolence, nous te donnons, à toi notre frère, l'ordre sévère de 
secourir P., pour que lui et sa fille M., qui a reçu le baptême avec 
son père, reçoivent sans retard par ta libéralité nourriture et vête- 
ments. Tu auras soin qu'on ne les moleste point à cette occasion, 
car Dieu aime celui qui donne avec joie. Sinon, tu sauras que 
nous chargerons notre vénérable frère, bien-aimé fils, l'abbé de 
Saint-Martin, à Nevers, d'accomplir l'ordre non exécuté par toi, 
en t'y contraignant par la force de l'Eglise, sans que tu puisses 
répliquer ni en appeler l . » 

Une deuxième lettre, du 5 décembre 1198, est adressée à l'abbé 
et au couvent de Saint-Marie-de-Prato, de Leicester : « Plus le 
peuple juif attend l'accomplissement superficiel de la Sainte-Ecri- 
ture et, dédaignant la vraie sagesse, demeure dans les ténèbres 
de l'erreur, plus il faut se réjouir de ceux qui reconnaissent la 
Vérité chrétienne et en réclament la propagation, de ceux qui, par 
la grâce du Saint-Esprit, se détachent de l'aberration juive, pour se 
tourner vers la lumière du christianisme. Dans de pareils cas, il faut 
veiller à ce que ces nouveaux fidèles ne manquent de rien parmi 
les fidèles du Christ; car il arrive fréquemment que les néo-chré- 
tiens, par manque du nécessaire, tombent dans la perplexité et se 
voient forcés de retourner au judaïsme. La faute en revient à ceux 
qui, nageant dans l'opulence, ne veulent point par avarice secourir 
un pauvre chrétien. — Le R. en question s'est soumis au baptême 
sur les exhortations d'un homme noble et sans se préoccuper de 
ses biens matériels 2 . Depuis que cet homme noble, qui procurait 
l'existence à celui qui est redevenu pauvre, s'en est allé le chemin 
de tout mortel, R. manque des ressources les plus indispensables. 
C'est pourquoi nous vous prescrivons par cet écrit apostolique, au 

1 Baluze, I, 469 ; date : nonis Novembris = 5 nov. 1198. 

* Cette assertion visiblement paradoxale du pape, qui précisément comblait les 
apostats de biens matériels, trouve son explication par le passage suivant des décisions 
du 3 e concile de Latran sous Alexandre : « Si qui praeterea Deo inspirante ad fidem 
se converterunt Cbristianam, a possessionibus suis nullatenus excludantur, cum mê- 
lions conditionis conversus ad fidem esse opporteat, quam antequam fidem accepe- 
runt, babebantur. Si autem secus t'actum fuerit, principibus vel potestatibus eorun- 
dem locorum sub poena excommunicationis injungimus ut portionem haereditatis et 
bonorum suorum ex integro eis faciant exbiberi. • Mansi, XXII, 231. C'était l'usage 
aussi en Aragon de confisquer les biens des apostats jusqu'à Jacques I. 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nom du respect de celui par qui le Juif a reçu la lumière de vérité, 
de lui procurer subsistance et vêtement. Sachez que nous serions 
mécontent et que nous vous ferions sentir notre mécontentement, 
au cas où vous ne suivriez point notre pieuse prescription 1 . » 

Une troisième lettre est encore plus intéressante. Innocent 
s'emploie en faveur d'un apostat qui l'avait manifestement trompé 
auprès de l'archevêque de Sens. Le pape nous fait connaître les 
rapports mensongers de l'ex-juif dans l'épître en question, « parce 
qu'il lui plaît d'annoncer les grandes actions de Dieu ». 

Voici ce que nous apprenons par cette lettre : dans la maison 
d'un Juif habitait une femme chrétienne, qui, séduite par les 
Juifs, avait peu à peu abandonné le catholicisme. Tout imbue 
du judaïsme, elle avait déclaré que le Christ ne pouvait ni lui 
profiter, ni lui nuire, et qu'une miche ou un morceau de pain 
avait la même importance que l'hostie sur l'autel. Gomme la 
femme craignait une punition, au cas où elle se séparerait publi- 
quement du christianisme, elle se rendit lors de la fête de la Ré- 
surrection avec les autres chrétiens à l'église et communia. Cepen- 
dant, elle n'avala pas l'hostie, la garda dans sa bouche et la donna 
au père de notre apostat, chez qui elle habitait. Elle dit à cette 
occasion : Voilà le Sauveur, comme le croient les chrétiens ! Le 
Juif prit l'hostie, et, comme on l'appelait, il la mit dans sa caisse. 
Quand il revint, il trouva, à la place de son argent, la caisse rem- 
plie d'hosties. Saisi de terreur, il convoqua ses amis; on résolut 
d'écarter la première hostie et d'annuler ainsi la transformation. 
Les Juifs croyaient pouvoir la reconnaître, parce qu'elle s'était 
humectée dans la bouche de la femme. Mais ils n'y réussirent point. 
Alors ils délibérèrent si, après ce miracle, ils ne devaient point se 
convertir à l'Eglise; le fils du Juif prit une rapide résolution, em- 
mena sa femme et ses enfants chez le maréchal du roi, et courut 
lui-même à Rome. 

I\ avait conté toute cette histoire merveilleuse au pape ou bien 
il avait déjà préparé sa duperie et il voulait la mettre en valeur 2 . 

i Baluze, II, 493. 

2 Les apostats eurent souvent recours à ces duperies au moyen âge. Ainsi un Juif 
de Tolède prétendit avoir trouvé, lors de la culture de sa vigne, un écrit où il y avait 
en hébreu, grec et latin ces mots : Depuis Adam jusqu'à l'Antéchrist il y a trois 
mondes; dans le troisième est né de la vierge Marie le fils de Dieu, qui souffre la 
mort pour le salut de l'humanité. Henr. de Knyghton, Canon. Lycestr., chez Twys- 
den, 1, 2433. 

Le même auteur raconte l'histoire d'un Juif qui, le sabbat, était tombé dans un 
cloaque. Il n'avait pas permis que ses coreligionnaires vinssent à son aide le jour du 
repos ; là-dessus le comte de Richmond de Sainte-Claire avait défendu aux chrétiens 
de lui porter secours le dimanche, et ainsi ce Juif était mort. Ce récit qu'il rapporte 
à la page 2437 paraît déjà invraisemblable, en ce que les Juifs n'avaient pas besoin 



INNOCENT III ET LES JUIFS 255 

Que les autres Juifs n'avaient pas été bouleversés par le soi-disant 
miracle, c'est ce qui ressort déjà du récit, car, selon ce récit, ils 
n'avaient rien vu qu'une caisse pleine d'hosties. Le pape, quel que 
fût son penchant pour les miracles, aurait dû s'arrêter devant 
cette contradiction interne, n'était qu'au moyen âge on tenait pour 
vrai tout ce qu'il était commode de tenir pour tel. Y avait-il des 
contradictions, on les conciliait tant bien que mal. Bref, Innocent 
crut à tout ce récit. Il s'entretint beaucoup avec l'apostat sur le 
Pentateuque et les Prophètes; puis l'apostat fut initié au culte 
catholique et, enfin, baptisé par l'évêque de Tusculum. Avec le 
baptême, la chose était terminée pour le pape, mais aucunement 
pour l'apostat. Chaque fois qu'il lui manquait de l'argent, il 
s'adressait directement au pape, jusqu'à ce qu'enfin celui-ci écrivit 
à l'archevêque de Sens, lui raconta toute l'histoire et lui déclara 
qu'« à la jeune plante la rosée de la sagesse ne suffisait pas pour 
être féconde, mais quUl lui fallait encore des bienfaits temporels. » 
Innocent ordonne donc qu'on soutienne l'apostat de telle sorte 
qu'il ne se voie plus forcé de s'adresser au siège apostolique. 
Chose curieuse, le pape engage l'archevêque à éprouver encore 
une fois la vérité de cette histoire miraculeuse et à adresser son 
rapport à ce sujet au siège de Saint-Pierre. Innocent ne deman- 
dait probablement qu'une simple confirmation, car il ne doutait 
pas du miracle, vu qu'il en parle comme d'« une grande action 
de Dieu l ». 

Connaissant les moyens du pape pour convertir les Juifs, nous 
ne nous étonnerons plus outre mesure si beaucoup de Juifs se 
convertissaient officiellement au christianisme, pour recevoir les 
secours réservés aux apostats, mais pratiquaient en secret les 
rites juifs. De ce point de vue nous comprendrons ces mots du 
pape : « C'est un moindre mal de méconnaître Dieu, qu'après 
l'avoir connu, de retomber dans l'incrédulité. » 



Léopold Lucas. 



(A suivre.) 



du secours des chrétiens le dimanche ; mais elle le devient encore plus, quand on y 
compare une histoire semblable du Emeq habacha, p. 44, pour l'année 1272, laquelle 
histoire est tirée « d'un livre latin composé par un Allemand •. Là on raconte que les 
Juifs n'avaient pas voulu secourir leur coreligionnaire le samedi, malgré ses plus 
poignantes supplications. Le pape avait alors ordonné que quiconque observerait le 
samedi devrait observer également le dimanche sous peine de mort. — Tout cela a le 
caractère d'une invention tendancieuse des chrétiens, parce que ce récit se trouve 
rapporté à différentes époques et à des lieux différents. 

1 Baluze, II, 789 : quia delectat Dei magnalia enarrare ; voir aussi Raynaldus, XIII, 
n° 68 et 69, ad an. 1213. Spondanus, 1213 num. marg. 25. 



QUATRE ÉLÉGIES 






SUR 



LA MORT DE R. NATHANAEL TRAROTTO DE MODÈNE 



Ce fut un triste Rosch Haschana que celui qui ouvrit l'an 5414 
dans le ghetto de Modène. Le deuxième jour de cette fête, le 
mardi 23 septembre 1653, le pasteur âgé et universellement 
estimé de cette communauté, R. Nathanaèl b. Benjamin Trabotto, 
quitta ce monde. Par sa pieuse activité et sa grande science, il 
avait jeté un nouvel éclat sur le nom de sa famille, l'une des plus 
distinguées du judaïsme italien. Telle était son autorité, qu'il ne 
s'agitait point de question tant soit peu importante parmi les 
Juifs d'Italie, sans qu'on eût recours à ses lumières. Une foule 
d'élèves s'était rangée autour de sa chaire, et tous conservèrent 
l'habitude de demander conseil à leur maître vénéré sur les diffi- 
cultés qu'ils rencontraient dans l'exercice de leurs fonctions. 

Bien que, sur le déclin de sa vie, son foyer fût devenu désert et 
malgré la perte de sa vue, il continua ses travaux. Lorsqu'il lui 
fut impossible de faire ses cours à la synagogue, ses disciples se 
réunirent chez lui *. Il ne voulait point que ses souffrances fissent 
tort à l'étude de la Tora pour laquelle il avait fondé, le 23 no- 
vembre 1638, une association qui porte encore aujourd'hui son 
nom à Modène 2 . 

Il avait perdu de bonne heure sa femme, Judith, qui possédait 
un grand talent musical et qui faisait passer un soufïïe d'art dans 
la maison du pieux rabbin, quand elle rendait les chants de la 
synagogue sur les cordes de sa cithare 3 . Il n'avait pas eu de fils 4 . 

1 Magazin de Berliner, XIV (1887), ma IStlN, p. 14, 1. 13-14. 
s Mortara, rVÛÎft, 16, note 1. 

3 MonatsscArift, xxxix, 356 : itdtv m» rf'aswn vra» rrrnan un 

* iï.,-17 : btnu^ îBVip i*»b wia ^nna rranb "•ri'Oï «b m>aiz) im 
•njatz» ^yn bbcnnb ûsb "W b&* rua "mion. 



QUAÏHE ÉLÉGIES SUR LA MORT DE R. NATHANAEL TRAROTTO 257 

Quant à sa fille, qui avait épousé Joseph Baruch d'Urbin, fils 
de Yedidia Zacharie de Cento l , d'après Graziano, excellent philo- 
sophe, poète et astronome, elle avait quitté Modène depuis long- 
temps. Dans la décrépitude de la vieillesse il se traînait sur un 
bâton, il eut parfois besoin du secours d'autrui et il finit par être 
privé de la vue -. Dès lors, il dut renoncer à paraître à la grande 
synagogue ; il choisit la petite maison de prières de Gerson San- 
guini pour ses dévotions, et là on continua à le considérer comme 
rabbin de la communauté et à l'appeler le troisième à la lecture 
de la Tora 3 . Il avait presque quatre-vingt-six ans quand, dans 
l'été de 1653, une grave maladie lui fit comprendre qu'il touchait 
à sa dernière heure. Pendant dix jours il resta sans connais- 
sance ; mais, avant de mourir, il devait encore prononcer des 
paroles d'élévation et d'adieu, exprimer ses suprêmes volontés 
devant la communauté réunie. Le matin du sabbat Ekèb il s'était 
comme ressaisi par miracle ; aussi fit-il assembler autour de 
son lit la communauté, ses collègues et les administrateurs. Cette 
scène fut si impressionnante, que Samuel-Isaac Belgrado consi- 
gna de mémoire chaque parole de cet émouvant adieu 4 . 

Gomme s'il avait voulu bénir jusque dans la mort l'homme qui 
avait été la joie de ses dernières années, il recommanda pour 
son successeur Abraham-Joseph-Salomon Graziano, fils de son 
cousin Mardochaï 5 . Selon le mot de l'Écriture, il posa son esprit 
sur lui et lui jeta son manteau de prophète. Jamais élève ne se 
montra plus reconnaissant que Graziano envers son maître. Il ne 
continua pas seulement son activité, mais il recueillit et conserva 
ses traditions et son héritage spirituel. Il sauva de l'oubli tout 
fragment du maître qu'il découvrait, tout usage, toute décision 
que celui-ci avait établi. Tous les manuscrits et toutes les gloses 
de Graziano sont pleins de communications destinées à perpétuer 
le souvenir de R. Nathanaël Trabotto. 

1 Dans ses gloses manuscrites sur le Schoulhan-Arouck (cf Jewish Quarterly 
Rcview, IX, 235), Graziano, .II, 20 b, l'appelle : "miDm £]1D"lb"«D £p"P YTinttm 

rp-OT n"nn btë i:a s-mio b":n "Ta "jiwn *jnn laïa-naa naian bran 

laa^a b"T- Cf. Mortara, BPbREPR " , ?ûDn rH3T33, P- 67, note 1. De même, Sab- 
bataï Béer dans ses Consultations appelées p'OJP "IfcO, n° 67, dit : S-DJ^n ^21ip 

v»n lïrnna "p"nntt )im- Dm b"£î tina-nN ^na tpv -i"nm^D. 

2 Magazin, Le. 14: yim "p 171 T^niU S^P ï"W33 HT "O Dna>T Dnfcn 

•rçiszna min y^annb inbnai Nbi iriN "pat ûa w *n«i Tia^ra by. 

3 Sur la loi de Graziano dans ses gloses sur le Schoulhan- Arouch, I, 7 b : "03^*1 

f 5a tannnsa i-fnïruaa "paun ^w spoa rpï-rosiD aa-pro aman nsan ns? 
"pï mm nob *fi*\n mn 7a"7ai mn wn ^o b"T "pTa^a -fjaaa b"p-iitT 
inauîa na\a -n-ja b"T ■otaïo ynma nïY'ïaa bt» nâa ■noibtD. 

4 Publié par Mortara, d'après le ms., Magasin, l. ç., 11-20. 

5 Kaufmann, Monatss., XXXIX, 351, note 1. 

T. XXXV, n° 70. 17 



258 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Mais Graziano ne fut pas le seul à traduire la douleur que causa 
la mort du rabbin de Modène. A côté de l'élégie de Samuel-Isaac 
Belgrado, qui rédigea les suprêmes volontés de Trabotto 1 , nous 
possédons quatre autres élégies que nous a conservées Isaïe-Sabba- 
taï Rafaël b. Mardochaï délia Rocca 2 . Lui-même en a composé une; 
deux autres sont d'Abraham Lévi, dont le recueil de Rocca nous 
donne encore d'autres poésies; la quatrième vient d'un membre 
de sa famille même, car Samuel Mondolfo était neveu de Trabotto. 

Peu de temps auparavant, une autre illustration du judaïsme 
italien, oncle également de Samuel, à savoir Sabbataï Rafaël Jo- 
seph Haï Mondolfo, était mort le jeudi (?) 29 elloul 1653 à Pesaro 3 . 
Son père, comme lui une autorité en la science rabbinique, l'avait 
précédé dans la tombe, le jeudi 26 janvier 1634. Graziano célèbre 
également ses oncles dans les deux grands maîtres de Pesaro, 
frères de sa mère Patience, et il les cite fréquemment à côté de 
Trabotto comme des sources de la tradition rabbinique 4 . Tous 
deux étaient les fils de Samuel et Mazaltob Mondolfo de Pesaro ; 
dans cette maison il y avait à côté de ces deux fils devenus illus- 
tres deux autres fils, Elischa et Abraham, ainsi que cinq filles, 
Sulamith, Eve, Fiora, Hanha et Iochebed 5 \ Quand Mazaltob Mon- 
dolfo mourut en mars 1639, Yehiel, Abraham, Hanna et Iochebed 
avaient déjà quitté ce monde. L'auteur de notre élégie sur Tra- 
botto était le fils d'Abraham Mondolfo 6 . 

David Kaufmann. 



,î-pntt"i&n wwwTa rtaan t^m ,**ph& r-nrr buîitt 'tjd t « row pT 

» Magatin, l. c, 20-22. 

* Kaufmann, dans Hebr. Bibl., de Brody, II, 97 et suiv. 

3 J'emprunte ces données aux élégies et poésies du pn^ nîl^pb, I (ms. Zim- 
mels), où dix élégies sont consacrées au seul Yehiel Mondolfo. 

4 Kauimanu, Jcwish Quarterly Review, IX, 2o7, note 4. Dans ses gloses sur le 
Schoulhan-Arouch, Graziano nomme les deux Mondolfo, par exemple, I, 21 a, 44 ; 
II, 39 a. 

5 D'après l'élégie sur la mort de Mazaltob, pn^" 1 ni^pb, I, qui a pour auteur 
son fils Sabbataï. 

6 A l'occasion du mariage de Samuel avec Belladonna, fille d'Abraham de Porto, 
Sabbataï Béer composa un poème, ib. Ces données complètent celles de Zunz sur les 
Mondolfo dans Literaturr/csch., 440. 

7 pn^ niJipb, 1 (ms. Zimmelsï. 



QUATRE ELEGIES SUR LA MORT DE R. NATIIANAEL TRABOTTO 259 

,nbiD-< s^b "Tèiâ dnaa .é^titth "pacn rr"rr ^iap "ja ^Nap ■»sB'a 8*31 
5fc Mftrrifti ia-n bpn^T l'ofaiàSta ^foft TnfflïS taabian aann 
s-n buj 'n Ëi">â /înbun ^aaa t^j ofiBS nriiS '■'pba npb td /rfi^tfâ 
moni wnon hN ï^b?:"< 'n /hj'5 'H nnao'n irrn HarB ?RhS 
Stfmrr' Sabn nab pau; '^aira û^m ^n ^"SSS ffl "jb r^nantt 

laTis r«*y»Twb bnp iid ttatfi ttrw 

■»3^n»7H ^39 ba>?a ttv» ^a futfti br 

nattJsa a*na7a "pa nabi ^nN yrvfb laN p^ias 

briana an bs a^ nba> b'MtniD^Ta ïpT nïasa 

13^1"! •paw na nnpb -laaa w na^N 

laab îairo» natin y-iNn "pa Ton sp« 

ifirrin bab a^sti^n rrH "j^tt ipoa y* 1 ! 

5Sana a-i bu ba i"iba> b^nus^^a aan "isba 

wsn ni^y nbsa ^a bsiiab y^nn naan SS 

TÎTiS naa îtw naa baana iTaron p^az ipî 

la^pba aa> a^usb Sî* "na? ma Ton m» 

'iai bs bN nba> btnwa va* niaaa 

■oœàffl tn» ^ttîm ant d*v na-w 

la^nb b* nanwn nîn nbiba naan pb 

WW*a p^z- spaa ">a rraa iroun biT bnpai 

•Si b&nuna pi*» nasa 

vjaiaatt pn src&m nra^an lab trtt rra 'n tôt 

T«as ba>7a ï-ij'Tan ns nn*n û^mrab mntt a>ba 

luftea ny ïrbs* ^aa bfins^fc otim TTP 

'ian bcnia^a Ton n^aa 

un 



II 



TBWïa baana "-ni-ïwo ftawi "laanb na^p 

nba>an man t^a-m» a\am b"£i 

,rnn /na nabrmE bataio ^nrinaû 

im ,a^pba dmx npb ^a ,ûw û^bna inb Demain a-nnn ba> 
fyva* w$ fb9 rtfin naan ^a« raaïa? ■'na nnnna ^ab *^aa ribaa *aa 
.d^anibn dib\ab ">n"»ip ,dw ba» 3 î^nia ûtïi ^ïr»n ^auin vr b* nu:N 

1 Is., xxxviii, 12. 

2 Gen., xxxviii, 30. 

3 Allusion à la dénomination : d^lia d^W 1 . 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

r-iNE y&a mm ,3101 *p [E|l(a)napb pn ,ma fw ,ù^aro7a ^b MiMob 
p*nas '^pbarj ^yw npba ^d ■>3" , y» ^naiû Twm /wan ibma -^Taun 'n 
ûron ; t^bD"ittn 'pfcttfi fin /^àp p ^aap ijea ©i« '->pbN nam bran*: 
to-m*] 'i»3H f-nn /rra mna ^cb wn *p» ^bio* 1 r*«*b mais 
m-ifi^D nwa ainn ïrop ans /ïrrv»b*a trb imns 'pis rtrottinn 
nsio ,bpbp û^as r<b t^orn ,bpa innab nn bpistt ama b^an: 
y-ian bs «ba iTitt maion d^b ,bp na> ba> nsn ,bptt»i rraaa bp"iU5T 
ib nnb mo d">m^ n*n wn 'n mao^n ma snba> "mttbn /maù 
i-inan ,-nnb tntt-i m->n ma c<b /nonb tnbm» iabi /im narras 
^nï-ndjo ■pbàna bp /■parafai issr^b» bsian nab >on-n ,-im nbu5"> 

: ban^b t<T> bNbbrra broDina 

manna "n::*! "n^a watt rmioars ma m wr baa 

m&rxa nba moian rtana r-nam» iab d'WiETa irt 

■pnan mfnb baana anrr frist ^aatN ba> rsrsN pa»:£H 

->bnpb TJ'n î^d n»Nn n7a ^bptttfb bpia» «itt n7aan un 
■'bas» bs7a ■•pbnb mn ^bnjaa sot *<nan dan 

'•oi nnN pa>£N 

d"ba>D an taa "Daa>b ïjitj mbïTtt nui-n iana»b ^brt 

d*>bnaïi b:a ytei nana» d^ba ba ^asb înnp» Ipn 

'idt nt-JN pa^a 

d"nnaa nraip man ma?a b"ntû» nma maa rrba» 

d-nso ■'SB d^mba mrî» tzpmso ixbtt "mi» mao 

nns pa>iTN 

û^aïuN naira maan n^ia* D^aaon mna ûmba a"<ttN 

caizan aw db-.yb *ja»b û^m a« b^ imai "jann 

miaffi abn inan ^3 ^a> rsiNsn bptt ii7au:a û3»n 

rr-ip^ U5sa ûibun >i3n Nm3 p^by b« nEn*o ntna 

mmm mTiû n^aîb ^bn mi^n nTanuî y^iai p^ic 

nYnrtb arj bM nrnauj:a n^y miaai nfi n^a rasa 

b«nN nani b^iab N^m ba iria ma ©^ b^nrib nb? 

un 

1 Z^. r M c. 33. 
* Dan., yi, 11. 



QUATRE ÉLÉGIES SUR LA MORT DE R. NATHANAEL TRABOTTO 261 



III 



'nan 'wft baana Tiïtod "p&uî-r "idDïib în3ip 

n&i "nb 'maa iïÏ73d -iNis73n 

"Win "pum urina 

1 tza^^TDT» m w^p» /aab bs> vnb*ïia panpa ipin ta** 

d^nttj s^ibn nna s^sb ,rrp*K drppi ,rrv*3ï« ^d 1^ 

■twbatîai t^bi ^riMi ■piûia 03i ,nrdNi ywn «a 

fcpaw s^nrr snan ^a ,^m d^N inai-i m batana "J73T3 

'û^ntBirûb t^b rb;ni ,nT-noK >*b î^r ,nrpK?2 wd 

d^n73 ban ïibnbn ,î-ran!-: nva^ypbi ,ïiwribi mwb 

a^sa piDON û5i ,* sri-m ^na rsn3 /rw^d "pipa 

d^QNT !m«i ^aab ^ai-iNi £^id-!73 pa ,^dbrtti ms tt5(i)»fi 

d^73U}a puab ,dbiNd «"na inb ,dbiy iio** p^a u^n 

û'nrrca »»to , 5 naa-i»a omi ,tta^i rtantt !t»« 

dMbttmna laviKata ,naa>ba na^b* ,r:3au ba n»m 

a^a ^sa ^id^sn ,ïiri3«b istoid ^ona ,ïiropb bs nb*iao 

•û^Tab tra "pa b^dM «b /lavna maia ïibann oiai /îawia xb ^a -nN 

ïMvb i3b vn / i3H3^ 7 ^n basm ,"ia3>T bfiôna 

8 &^t *b ïw r*<bi ,baai '■na^a ba narca ,baab i^no -pria 

d^73 ^d&n "jn^ ^73 ,ïwwk y* bai ^^ûuîn rrbb^ bip 

d^3TN mbatr dm ,!-n*n tbe>3 bai ,na-np ï-nat -<a ^in 

9 fc^liÊa ^ru» /la^ao iabn ,137373 ipm ^a ma 

ld^-p narn dip73b ^"niaaa nas ,dman Dïronti 

d' i 3n73 nbnnftd .nrraiB a>ai£)a / mm373b dï-nsbfi 

d^73 nmv "Wi .înïiîart rraiûTa nTai© ,maîN i-iba 

d^ "pan dnb pa ">d /i:m ib^du:n ,1273^1 isnprj 

d" | 73 bd b* wiï / ri3>ap3 'nmab /° mjaaatt *nNs 

d^3n73 Iinau5i ^dbd n^.^ia ujn ^aNd bi^^ ^d i-jn^ 

t^73i dnb ^\d73i ," d^3373 nsj* ïnas ^^3173:3 ynsa d3r: 

I D'après Hosée, vi, 2. 
8 Chr. v, 13. 

» II Sam., m, 34. 

4 Michée, n, 4. 

5 ffaguiga, II. 

6 Gen.,1, 7. 

7 Mondolf'o. 

8 Jos., vin, 20. 
8 Is., xxviii, 9. 

*o Ex., xxxix, 28. 

II Jér., xlix, 7, 






262 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ûwa ba -ibcai ,» naa» maaa ba&o ,in^p t*<ON "jab 

trsbn br qi-pi piTroiJa p« /mrib ib dot 

ûMbttw main ^nna ,122b b3> nna'n /îrpbsb nbnN 

&ibn ba> mnntûan ,îiyi mm ,ïnawn irwn atai 

, 8 ûTi3>aiB rrnïnb ,ïi»nïn m» inïti ,inttinb "iab rrti 



un 



IV 



îa-ii b^ana nnïiïïa j-usan nsoïnb fia^p 
'rcsn 'ma» ^ri^a 'nan 

im&at*a 5«a ttSfifâ pana» ba» /w nnpt: 

5naa»bst pa ~ip;n ptijan to»s piasa mn^ 

15>ujd i-pam m»i&a , 5 nana» na anaps /ha iwijCmnBi) nas p-ns 

■marin 

«■«mwaty ba i[D](33)m ■'anps 13b na^a 

todid ba> nsarn nïïn /«pin anb pa^ij n?an-: 
rçm&tts fcpîaaa. ,t*ma ^nba» ,s*opa bKana 

Tmaanaa "jdin nan mnab 13b mmo» l©n 
Tïiyfti snats ,mana tBfctt jtnaa» ût "o ->iw\ 
'iai aab naiûa 

•vnawbï] nia» n\Ni pnn nœaîn pn ris nan 

m ma* ba naiian /îïïiptttt pna>a /ttanna p^nx 

8 ^rnnaa ba manarpi ,^aïa *p«n t y*xi "*ban 



\-rmp:> irrarm ,!-mK >072i 
'iai ^nb natta 



nnca 



rar 



vnnatt ïnba -iTsan ,trô snfcan min ,0 nn: 
■•nwha ba» ■row ,ïnana> rsbina .nap :na^ai 



1 Michée, i, 8. 

* Is., xxx, 32. 
3 Is., xxx, 26. 

* Lév., vi, 3. 

5 ls., lviii, 13. 

6 Jér., xxm, 9. 

7 Exode, xiv, 25. 

8 Ps., xlv, 9. 

9 Comp. Job, xxvi, 



11 



10 Les mots soulignés sont les dix sphères de la Cabale. 



QUATRE ÉLÉGIES SUR LA MORT DE R. NÀTHANAEL TRABOTTO 263 

wrttn bs mn ibl ^bia nis^U ,ùb^ *no* 

Tna» mnnp ivrti /bantai bwb ,bN!-i s**a ^m 

Tin^iN b3 Tnna ^boîa ùsna ^bip e>« yw 

in^^li bi tppn D5i ,rpw: mn , 3 rp^ i-p-)Nta 

'"D1 5|DV nnaia 



1 Cant., vin, 9, 10. 
s Ps., xxxiii, 2. 
3 Amos, v, 15. 



Dn 



UNE SECTE JUDEO-MUSULMANE 

EN TURQUIE 



L'une des plus étonnantes figures de l'histoire juive des temps 
modernes est incontestablement le faux Messie de Smyrne, Sab- 
bataï Cevi (1626-1676). Cependant, bien que cet imposteur ait 
paru en pleine lumière sur la scène de l'histoire et que les sources 
authentiques abondent à son sujet, plusieurs points sont encore 
dans l'obscurité. On manque surtout de renseignements précis 
sur les sectes qui sont nées du mouvement provoqué par Sabbataï. 
Aussi m'a-t-il semblé intéressant de réunir ici les informations 
verbales et écrites que j'ai pu recueillir et qui, peut-être, contri- 
bueront à jeter une nouvelle lumière sur cette agitation messia- 
nique. 

Nous allons d'abord nous occuper de la secte des Deunmèh. On 
sait que cette secte se composa, à l'origine, de partisans de Sab- 
bataï qui s'étaient convertis à l'islamisme et auxquels les Turcs 
donnèrent le nom de Deunmèh. Nous ne connaissions jusqu'à pré- 
sent cette secte que par les rares informations de Niebuhr et de 
Graetz. Moi-même j'ai publié autrefois sur eux quelques rensei- 
gnements, dont la source m'est pourtant suspecte l . Cette pénurie 
d'informations provient de la rareté des documents relatifs aux 
Deunméh et du soin jaloux avec lequel cette secte cache ses faits 
et gestes. Le hasard a mis, il y a quelques années, un de mes 
amis, M. Samuel Lévy, en possession d'un document concernant 
ces sectaires. Ce document est très important parce que, non seu- 
lement il corrobore quelques-unes des informations déjà connues, 
mais qu'il élucide un certain nombre de points encore obscurs ; 
nous allons donc le publier ici. Mais, auparavant, il nous paraît 
utile de donner quelques détails sur les Deunméh. 

Ces crypto-sabbatiens, appelés par les Turcs Deunméh ou 
« convertis », se désignaient entre eux sous le nom de û^raNtti 

1 Toldot Abraham, p. 119-120. 



UNE SECTE JUDÉO-MUSULMANE EN TURQUIE 265 

« vrais croyants 1 », ou tr^an, « compagnons », ou encore, par 
métaphore, « les maîtres du combat ». A Andrinople, on leur 
donnait le sobriquet de Sazanicos, « carpillons », dont il est diffi- 
cile d'expliquer l'origine. Peut-être les appelait-on ainsi, dans 
cette ville, parce que leur première mosquée était située près du 
Marché aux poissons, ou en souvenir de ce fait singulier que Sab- 
bataï avait placé un poisson dans un berceau en déclarant que les 
Juifs seront délivrés sous le signe zodiacal des Poissons. Aujour- 
d'hui, les Deunméh ne forment plus un parti compact; ils se sub- 
divisent en trois groupes, qui se haïssent mutuellement. Ce 
sont : les Tarpouchlis, qui se reconnaissent à leur turban, d'une 
forme spéciale ; les Cavalieros, qui portent une chaussure poin- 
tue, et les Honiosos ou « Camus », qu'on distingue à leur nez 
court et plat. Il existe une étroite solidarité entre les divers 
membres de chaque groupe, qui s'entr'aident avec le plus grand 
dévouement. Vivant parmi les Musulmans , auxquels ils sont 
obligés de faire croire qu'ils pratiquent l'islamisme avec une 
scrupuleuse conscience, ils ont pris peu à peu l'habitude de la dis- 
simulation. Pourtant les Turcs ne se laissent pas prendre tout à 
fait à leurs artifices, ils sont loin d'être convaincus de leur ortho- 
doxie et éprouvent pour eux une certaine répulsion. Mais, en 
apparence, leurs rapports sont amicaux. Par contre, il existe une 
grande tension dans les relations entre Israélites et Deunméh, les 
premiers qualifiant les seconds d'apostats, et les Sabbatiens re- 
prochant aux Israélites, qu'ils nomment tmD"û ou « mécréants », 
de se moquer de leurs croyances. 

Les Deunméh parlèrent sans doute pendant longtemps le judéo- 
espagnol. Ce qui nous le fait supposer, c'est d'abord leur origine 
sephardi; ensuite, le document dont nous nous occupons ici 
contient bien des passages écrits en ce langage. Les premiers 
Sabbatiens paraissent même avoir considéré le judéo-espagnol 
comme un idiome sacré, car ils rédigeaient des pioutim en ce lan- 
gage. Une partie des Deunméh connaissaient aussi l'hébreu, ils 
savaient du moins lire cette langue, car il leur était prescrit de 
réciter tous les jours les Psaumes. Les comprenaient-ils? C'est 
une autre question. En tout cas, l'auteur de notre document, où 
pullullent les fautes d'orthographe, n'était pas fort en hébreu. 
Leur idiome usuel est maintenant le turc, et vraisemblablement, 
leurs prières sont traduites aujourd'hui dans cette langue. 

Les Deunméh ne comptent plus aujourd'hui qu'un millier de 
familles. Les divisions qui régnent entre eux et l'usage suivi par 

1 Cf. IDSriN nro ^ittNtt, E, 213. 



266 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

eux de ne se marier qu'entre membres de la secte font prévoir 
que leur nombre diminuera de plus en plus. Il est probable que, 
quand leur effectif sera plus réduit, ils se convertiront purement 
et simplement à l'islamisme. 

Après ces quelques préliminaires, nous allons examiner le do- 
cument en question. Il comprend : 1° Les prières que l'on doit 
réciter en commençant le jeûne et en le terminant ; 2° les dix- 
huit ordonnances ou articles de foi (tWrfc, SNDDawnp^a) ; 3° la 
liste de leurs fêtes. 



I. Prières. 

: mil) Tn^n 
r^ma^ï-ra "h "nizip nbn bantai r-riNsna bsnw ^piba 'r-i toiaa 

Snpma (po pjip rsb^b nb^ab nmDbïa t^œarn msi fcm tp»« 
s-ibyTab TPa^n JHWB ^"^ W^K ^ imaJnïi ïlï pyiai tarama 
'Nm's^û "H "map nbna jpatQiiïaï'i ba "ibnp^o matai nm^p nn i?aa 
linwa 5 n"7a ri^i ï-r$$ ban nin ûvn ^rnainsb 3 û^ibN in "paw 
s-ibaw imab?a i^prm Tpft tzn^ £"Œ ^bîafi wnn Sa *r?abn 
La^bi^r: ^pnom û'wni 6 wnïï Wi« Tiaa b-qrça, |pp •pco ïibaw 
■n?© i3b nnsnra n^yni t-rra om 'nysanaq "Wi "obn BW n n RIS 
TiSpi ïrnflfe rtVWE isrnN ^nsb nâbôm "lapns rr^OTa "iab nb;am nm 
. itynsn ^ii '- speb ^ab fWTl ^§ -hen "panb 

nbn Vim«n maarq piizîrt bnwttH *pnba ^n»N ^Vn a^arr ûuîn 
iF**33tnR ni iis-m t^KniD bapma in Twain 2 «msîo^ina "H "•nusp 
9*vi ^jb^r; wim bva i^bn ife*na 9 "n bi nwn* bapnu) imb *bio 
nn^i mwiynflf nïa rirn ëto 7 n^snsuD na*n ^abn 10 m*"w iiiïi ûit 
tas evçi rwa b-m oa PWDyua ttaai ^as-bi ns^b ipvnop "rma <>a 
itroa vwi Di-p wû« miBE labsna iarr©7a wabte a* p ia ^brarr naaviK 

2 Nm373^tt. 

3 trpibN. 

* ma*nnb. 

5 Dan». 

6 -marna. 

7 ayranau:. 

8 anriïia. 

9 aan. 

u rma. 



UNE SECTE JUDÉO-MUSULMANE EN TURQUIE 267 

jgp pbrq twttMîa s» ipTiN br: ùan -i3$3> ™*p *p 5rn B^jjiîirig 

fonra mmaa nsb ribtoia mabsùi û^03 naaiisai in "ps*^ «pi^ngi 

.marifinp ^ îTabao farv^ ^ /jen n73N3i "pin w pi ien 

: ïrrtyO 1*1 W»to *n ttb^Dn 

rrttja isbNia "îarwoia la^btt £"^ ^b^n iwui n ftW$ nb nao^N 
nb ncaû^ ^dio pa "O nb^ttb ab#»b nmDbw wni rf'-r th»» 

Pour commencer le jeûne : 

« Au nom de l'Eternel, Dieu d'Israël 2 , par la gloire d'Israël, (par) 
les trois liens de la foi 3 , qui forment l'unité sublime de Notre Sei- 
gneur-Roi Sabbataï Gevi, notre Messie, notre Rédempteur, le vrai 
Messie, que sa magnificence soit élevée et que sa royauté soit exal- 
tée à l'égal de YEn-Sof k . Puisses-tu agréer avec miséricorde et fa- 
veur ce jeûne de Notre Seigneur S. C. Que mon jeûne soit (reçu) au 
ciel comme le parfum de l'encens. En (récompense du) mérite de 
ceux qui croient à l'unité divine des trois attaches de la foi et qui, 
en l'honneur de Notre Seigneur, ont reçu Tordre du savant Barzilaï, 
élève de Notre Seigneur-Roi S. G. 5 , que sa gloire s'élève et que son 
règne soit très hautement loué à l'égal de YBn-Sof, d'observer an- 
nuellement Je jeûne de ce jour, puisses-tu tenir compte, dans ton im- 
mense miséricorde, de la diminution de ma graisse et de mon sang, 
qui se sont aujourd'hui amoindris à la suite de cette abstinence, et 
qu'il te plaise de nous ouvrir les portes de l'intelligence et de nous 
envoyer notre Messie juste, notre Rédempteur, pour nous tirer des 
ténèbres à la lumière. Que les paroles de ma bouche et la médita- 

1 q-IO pK!3, 

2 D'après Jacob Emden, les Sabbatiens appliquaient ces mots « Dieu d'Israël >, 
non pas à Dieu, mais à Sabbataï Cevi ({Sttî^Tp fcObî2 b:33 iniN fT3lD7aU3 !"»73 
"OIE TÛïïjb "irij"D b^lllî" 1 iplbNl). Cardoso émet la même assertion sols une 
autre forme (nWlD tpnâS «b» ...mb^T! bS nV»* WÉI b&nttJi "^pbwS 
ÎT31D tlDO.). Au dire de certains témoins, ce blasphème remonterait jusqu'à Sabba- 
taï lui-même (D^pnbtf fitlîltD 17aï£3> 23> 1128 2£"lBtt5]. On a accusé Eibeschùtz d'avoir 
considéré également Sabbataï comme l'incarnation de la divinité. Cf. Graetz, His- 
toire des Juifs, trad. i'r., V, 237 (à propos de Hayyim Malakh), et 246. 

3 On sait que, dans les élucubrations sabbatiennes, ces « trois liens de la foi » 
représentent tout simplement la Trinité enseignée par Hayon et dont les trois per- 
sonnes sont : le saint ancien (N1D"Hp Np^n^), le roi saint (fcttZJ'Hp £Ob?a) et son 
émanation (ÏTrù^lDl) , qui ne forment ensemble qu'une seule et même personne 
et à laquelle on doit penser en récitant le Schéma ♦ ♦ .btfH'lD' 1 3>731Z33l 'p'Db ^"HSCl 
fctmS^ÏTE^ "Htfîp nbnb). Du reste, le dogme de la Trinité, adopté par Hayon, 
est ensuite devenu une des croyances fondamentales des]Frankistes. 

4 \JEn-Sof, ou être inlini des cabbalistes, est supprimé par les Sabbatiens, qui 
font occuper sa place par le Roi saint (Sabbataï Cevi). 

5 Les lettres S. C, en hébreu, 2£"ia désignent Sabbataï Cevi et ont été inscrites 
déjà du vivant de l'imposteur dans un grand nombre de temples. Les néo-Hassidim, 
par un système de permutation de lettres, désignent Sabbataï par |m, au lieu 
de 3C"tt3- 






268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion de mon cœur te soient agréables, ô Eternel, mon rocher et mon 
Sauveur! » 

A la rupture du jeûne : 

« Au nom du Tétragramme, le vrai Dieu, le Dieu d'Israël, qui 
siège dans la gloire d'Israël (et par) les trois liens de la foi qui 
forment une unité, puisses-tu recevoir avec pitié et agrément le 
jeûne que je viens d'observer, comme tu reçois le jeûne du savant 
Barzilaï, élève de Notre Seigneur-Roi S. G., que sa magnificence soit 
élevée, et tenir compte de la diminution de ma graisse et de mon 
sang causée par ce jeûne. Qu'elle soit pour Dieu comme l'odeur 
agréable de l'encens. De même que tu as opéré en ce jour un 
grand miracle en faveur de Notre Seigneur-Roi S. G-, notre roi, notre 
Messie, notre Rédempteur, le vrai Messie, que sa gloire soit exaltée ! 
lorsqu'il était descendu dans le profond abîme, ainsi opère des 
signes et des miracles pour nous et tous nos frères, les fils de ceux 
qui croient dans l'unité des trois attaches de la foi, ainsi qu'à Notre 
Seigneur, en nous envoyant promptement de nos jours notre Sau- 
veur, Amen. Ainsi soit-il, Amen ». 

Et Von récitera le Psaume xl. 

Prière à table pour le repas : 

« Voici le repas de Notre Seigneur le Roi S. C., notre roi, Messie et 
Rédempteur, le vrai Messie, que sa magnificence s'élève et que sa 
royauté soit exaltée très hautement à l'égal de YEn-Sof. 

Voici la table de Notre Seigneur, notre 

Comme on voit, les deux premières prières ont pour objet le 
jeûne. On sait que l'abstinence et les mortifications jouèrent un 
rôle important dans l'œuvre de propagande de Sabbataï. Son rival, 
Mordekhaï d'Eisenstadt, encouragea encore plus les pratiques 
ascétiques en jeûnant parfois des semaines entières. Il est vrai 
qu'à un certain moment, Sabbataï abolit môme quelques-uns des 
jeûnes institués par le Talmud, tels que le jeûne du 10 Tébet et 
ceux du 1*7 Tammouz et du 9 Ab, pour les remplacer par de vraies 
orgies. Plus tard, les Sabbatiens revinrent aux macérations. Mais 
à quelle date avait lieu le jour de jeûne dont il est question dans 
ces prières? C'est ce qu'il ne nous est pas possible de déterminer. 

La troisième prière était récitée au moment du repas, qui, chez 
les Sabbatiens, avait un caractère de sainteté mystérieuse. Ils 
prenaient à la lettre ces mots d'Abot, m, 4: btt> lifiVni)» "to* ib^D 
DTptt « . . .c'est comme si on mangeait à la table de Dieu ». 

D'ailleurs, à côté des jeûnes, les prières aussi servaient chez les 
Sabbatiens de moyen de propagande. Dès le début de l'agita- 
tion, les partisans de Sabbataï avaient fait imprimer des Rituels 



UNE SECTE JUDÉO-MUSULMANE EN TURQUIE 269 

(d^ipTi) en hébreu, espagnol et portugais, contenant le portrait 
de Sabbataï avec des versets rappelant la mission du Messie et des 
emblèmes indiquant que Sabbataï était ce Messie. Dans plusieurs 
communautés, notamment à Hambourg, Amsterdam, Smyrne, on 
récitait une eulogie spéciale (^rrnuî i») commençant ainsi : « Bénis 
Notre Seigneur et Roi, le saint, le juste, S. C, le Messie du Dieu 
de Jacob. » 



IL Les Ordonnances. 

larTOtt Tûbïï IMYT» 1*1 ON03*n3^]ip3\N 18 Otfb pO ONûd^ 

"rn&mp b-n riDi^N nb ^« Di'ïfirnâ&p» i^oo *p o\n riD^-iD nb 

ï"13 "W Y«*1 -pa S^N ^ ONTHIDN ^ TÎMTKM ">8 131N 0\X b"W ">p 

rmaH-nâ bans cpk ip rpro» io *pa i^mp ">p o^n srnai;po fib 
■""i "nacwitt /^o nriC30"»fi<ri7a S^* ^ oktwib» niTan ■«« pa \s 

,n"n^ in ma "n "p^o io ,$ w œ 
■pat ^ m"^ S^ -na^ia 10 pa yn\i p3 ^p o^n cna "H nb 
■naa^N ^-i-p^o id *h -na^ia ■•p ï-rpaai» "pa ^vn lo ^ ">nn^Di3j 

.■paâtarw "pa ''N b*w 

•^p "^D3N ^N 5 n"-»U: b"H ^07213 Sn friil» "<p 0\N ITJ&Op 1*7 fïb 
">N b^K Ï1N , JNl33"'733\N ib Tl3N1p *pN mtt» 10 il "na7313 ntf *p-nai8 

•pN nan 10 "p on?:j "na&na o\n ip S^n y™ i-ra ■pnaiN ip "<03K 

'Ktt'WfcKûa'li'W "ptf 1£35^tt«a51»i« "H iN^^â ^p 0\N 1p3^0 "H îlb 

.miûE Vh TL3np">o b^N 'pa ^io^-nao^ ns ■>« -iKaaip'H tib 
oab "H ib"«Dis ^-i-nNaatt dy*^» ■pa fare lia *p u^o n nb 

,&Y*aTO rsN •pomaa oib y ib^BN .mwnN 
pasiia ^o ^p "nboo u^o ^ o^t vj ïwt b^N pN ^«d ^i !ib 
■n^aNBianp io na -ma map 'paaipi-i ^p ^nn \x ïitnp ïi3in pa oiïia 
i-i3i73N srrb n iû^^o S^n *pa ^^3^3^ ->pib ■»« n^aa^o n p ib 

«n^73 S" 1 "! 

T^na.anp iink p^aîa«a /mat oi^b^ ^aa^ w^n ia ip ,iaiN ^ rtb 
û^m'ÏNb 01b ^T ^niiTa mo nao^N nihaanp nanna ^ rtnst» rrao-'N ip 

.pS-'âNpN 10 ">p -)"»ao^3^73'> ta iN 

1 i^irt ot-i\ 

8 nnjcrt ou n^«3», 

4 TV^O*. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

STft^ûinxi i"»b5«D 13 w tf-ram» "pa mn* *pi 13 **p ,"-5"W7a ->j nb 
pbo^à ïhn ^d^n ■pa-nfcr» *o ia "*p ^ YW5K57âip ion i5iS nï^p 

.BWQKH *i"lD "p Dlb lb"»DN 

■jiàra ïin nanarpa *iid 6iw , wo'*b8i 110 lia ^p ^"n "H nb 
ms p^àa o\n i^pN ib^N npia nb "H nm^N nb *j->n *na72iN 
■n S\x njob^s nb "«i D^mnbNs Dib **i o\n -<p n^ta ^p Àô'vaftè 
■po n^ba no in iKoyiViâ "jip \x ■n^bsïâip "poamp lip "nas*» vin 

.rV7N3 ^1 D31N }W1 

13 *-8 D'H'rôwnaip D"p">b\x narra *m "te "»p /nma "H nb 

,rt"io o\n 13 ->p nnp ■p*-o , Hâip 
"rbora "H 0"»» nsn 16 T N W"-* h^a ïèuns "<p d\n wi i*i nb 

■Hîfina namrnba •jip 
1*1 *p*r^bib ">p ■»« *-aD"w "jip tjdwW non *jsaN -<p /•jn-ib "H nb 

.l&attb^â 10 i7û"ip lan no "H TNai-ibrn nb tîn 
r-iïn-p » iravri Dtrr^ipcPN Hb }*« fHbi» n pmaap n nb 

.nan 
nmb nb 11 nas'^Datt b\N pTE ip o*^ n^ap pa* /nmp *i nb 
bio b\s ijarj'v-©^» oar.Np oio n3ib nb ">ab"n *.p hb^sn ■jNaNô ip -<n 

.D^OMD ^p D"»Wtt) far-O "-N 

D^ana oib "H lana» pa p^aa*pa* ^d n oto »io \n D->n -H nb 
S*a* ns \n ,01™ Dib o^îw^o iid d\n îaû'w ">p Dipma oib ^ 
b"»« ma loriN i« nbrnai "H loanaas^a* D^b pn "»p ■jatfràwn ■»*! rnin 

nnp ïiïw pînd *«ô na ^0 rrjniDT]^ 13 ^oibâfipS Dibs ^t« "«p pmp 

i^nb ib •'p nrjo^b nb^ ^oiiip ^o s p 

D1D 1"<N 13 ,D1^b\N 'Jlp ^1^1D31p 13 "»p /^""O \S O^T ^7 nb 

Ér^râ Dio \n ypu: iio d-p^n n p .d^ji^i): did 1"»n 13 DN^'ia 
.n^smrjNp "jip i^tn^ ;>>« li^bs» n'a^n \nid i^b^ ^-iâio \n .ynus 
mb^û ri*>na i^tn ^t p'râsp^ ^o ^p o s 'N lin» ^ s^t ^ rrb 
S^n ""iniD "ïi i^id^i S" 1 ** "-ifih^a b^N 'nns \n bir» did ïin 

.1-J3ND ibâ'ïKS 

■otôIb ^p tjnànp iinn j^ntaeib ^aaib^â 1 »» ûmo is di-jd^n "»p 
ï-rb i^bs?2ip ^d 13 mr«« ^piis .n^ia ^ ^b -n "po Di^b^N ^ 
^n t372 "poo Sn-iuj^ ^i onrN "«1 ï-tos^S -in^3^5 ïtjdnd .n^o 
13 ,nnn 13 ■«« ^-iid^wX i3 ,i3in Tiira nn*^D d^osiud^ 2 nrj^a io 

^7D Ï-1N 'JN'I^OlSip Dl^b" 1 » D'HIC? ^^ ^t^Ett^b 13 \X irj3^72N31p3^ 

1iD ^p oib dnan ûibs oib«T3»p« \n ^nas^i ï-nrjo« ip^ ^ 
nb d^k "«p nprj ïib ^ rj^p^o V N 'p^&nrji-'N )v -n d^a^roRS 
•;i3 ip # nib^at« ^ n^na »b into-i^n ^ i"»Tâ«pN ^d ^p n7:nb73 
•<n£33Nb"» , i3 ,, N "'NN ^ *>« r^wiâipû^ b^ isto^tj nrjDNa nnp £*\ay»îa 
ï-tn^d .o^b^irjN orna into ^n dnt^5 -n biânis b\s ■p» yi ^jD'ôy w ^d 

.1»n laons i^nâipo^ ^o ^p irtW'ia 

1 D^nn. 
* nn-^a. 



UNE SECTE JUDÉO-MUSULMANE EN TURQUIE 271 



Traduction. 

Au nom de Sabbataï Gevi. 

Voici les dix-huit Ordonnances de Notre Seigneur, Roi et Messie 
S. G., que sa gloire s'élève! 

N° t. La première est que l'on conserve avec soin la foi du Créa- 
teur, qui est un et unique, et en dehors duquel il n'y a point de 
Dieu ni de Providence ; point de supérieur ni de juge hormis lui. 

N° 2. La deuxième est que l'on croie à son Messie, qui est le vrai 
Rédempteur ; il n'y a point de sauveur en dehors de lui, Notre Sei- 
gneur, notre Roi S. G., qui descend de la maison de David, que sa 
gloire soit exaltée ! 

N° 3. La troisième est que Ton ne prête point de faux serment au 
nom de Dieu ni de son Messie, car le nom de son Seigneur est en 
lui, et qu'on ne le profane point. 

N° 4. La quatrième est que l'on honore le nom de Dieu et qu'on 
le vénère ainsi que le nom de son Messie quand on le mentionne. 
Que l'on respecte également quiconque est supérieur à son prochain 
par sa science. 

N° 5. La cinquième est que l'on aille de réunion en réunion pour 
raconter et pour proclamer le secret du Messie. 

N° 6. La sixième est que l'on ne tue personne de n'importe quelle 
nation, quand même on en serait détesté. 

N° 7. La septième est que le jour du 16 kislev, tout le monde se 
réunisse dans une maison et y raconte chacun à son voisin ce qu'il a 
entendu et compris du mystère de la foi dans le Messie. 

N° 8. La huitième est que la fornication ne règne parmi eux; bien 
que ce soit un précepte de la Beria (= création), il faut quand même 
être bien réservé sur ce chapitre à cause des larrons. 

N° 9. La neuvième est que l'on ne dépose pas de faux témoignage, 
que l'on ne dise pas de mensonge contre son prochain, et que l'on ne 
médise de personne, même auprès des Croyants fD^ttatt). 

N° 10. La dixième est qu'il n'est pas permis d'introduire quel- 
qu'un dans la foi du turban, même celui qui y est entré par force, 
car celui qui appartient au groupe des maîtres du combat y entre 
spontanément, d'un cœur complet et par la volonté de l'âme, sans 
contrainte d'aucune façon. 

N° 11. La onzième est qu'il n'y ait pas d'envieux parmi eux et 
qu'ils ne convoitent pas ce qui ne leur appartient pas. 

N° 42. La douzième est que l'on célèbre par de grandes réjouis- 
sances la fêle du 16 du mois de kislev. 

N° 4 3. La treizième est que l'on soit charitable l'un envers l'autre 
et que l'on s'efforce de faire la volonté du prochain comme sa propre 
volonté. 

N° 14. La quatorzième est qu'on lise chaque jour les Psaumes en 
cachette. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

N° 15. La quinzième est que l'on observe chaque mois la nais- 
sance de la lune, et que Ton prie pour que la lune tourne son visage 
vis-à-vis du soleil et qu'ils (ces deux astres) se regardent face 
à face. 

N° 16. La seizième est que l'on fasse attention aux usages des 
Turcs, car par là on leur crève les yeux (= on leur jette de la 
poudre aux yeux). Et pour le jeûne du Ramazan, qu'on l'observe 
sans aucun scrupule. Pour le sacrifice qu'ils (les Turcs) font aux 
diables, il n'importe pas qu'on le fasse. Toute chose qui se re- 
marque, il faut l'accomplir. 

N° 17. La dix-septième est que l'on ne doit contracter alliance 
(avoir des rapports) avec eux (les Musulmans) ni dans leur vie ni 
dans leur mort, car ils sont une abomination et leurs femmes sont 
des reptiles, et c'est à ce sujet qu'il est dit : maudit soit celui qui 
couche avec un animal. 

N° 18. La dix-huitième est que Ton ait soin de circoncire les fils et 
de lever l'opprobre du peuple saint. 

Conclusion. Ces dix-huit Ordonnances, je les ai prescrites, bien 
qu'une d'entre elles appartienne à la Loi de Beria (= création), 
parce que le trône ne s'est pas encore affermi au point qu'Israël 
puisse tirer vengeance de Samaël et de sa légion. A cette époque-là, 
tout deviendra égal : point de défense et point de chose permise, 
point d'impureté et point de pureté, et tous me reconnaîtront, de- 
puis le petit jusqu'au grand. Et préviens les collègues qui sont 
croyants et qui ne sont pas entrés dans le mystère du turban qui 
est la bataille, qu'ils aient soin d'observer la Beria et le Açilout 
(= émanation), dont ils ne doivent rien diminuer jusqu'au temps de 
la révélation. Et alors ils pénétreront sous l'arbre de vie et tous de- 
viendront des anges. Que la volonté (divine permette) qu'ils se ré- 
vèlent bientôt, Amen. 

Pour bien comprendre ces dix-huit ordonnances, il ne sera pas 
inutile que nous les fassions suivre ici de quelques explications. 

Le nombre dix-huit paraît avoir été choisi intentionnellement, 
parce que les lettres ti qui représentent ce nombre forment un 
mot hébreu qui signifie « vivant ». On rappellerait donc ainsi 
le dogme de l'immortalité corporelle de S. C, dont nous aurons 
encore l'occasion de parler plus loin. Ce qui semble prouver qu'on 
a tenu à arriver à ce nombre dix-huit, c'est que plusieurs ordon- 
nances ne font que se répéter et auraient pu être fondues en une 
seule. Quant aux mots du début, £"izn « au nom de S. C. », ils sont 
certainement une imitation de l'arabe Usmi 'llahi « au nom de 
Dieu », que tout bon Musulman place en tête de tout ce qu'il 
écrit. 

N° 1. D'après ce que nous savons des croyances sabbatiennes, il 
ne serait pas impossible que l'affirmation de l'existence de Dieu 






UNE SECTE JUDÉO-MUSULMANE EN TURQUIE 273 

et de la Providence fût tout simplement la proclamation de la 
divinité de Sabbataï. Car, en bien des passages, lui ou ses par- 
tisans ont affirmé qu'il est Dieu et qu'il dirige l'univers dans 
tous ses détails. Mais il serait téméraire d'interpréter ainsi cet 
article. 

N° 2. Ce paragraphe reproduit presque littéralement la recom- 
mandation de David Yiçhaki, nrmm f ft Tirro nrniftn Ywsrh imrrai», 
« il faut croire au Messie comme à l'unité de Dieu et à sa Loi »; 
il paraît imiter un article de la profession de foi des Musulmans : 
Dieu seul est Dieu et Mahomet est le prophète de Dieu. Du reste, 
le titre même du credo sabbatien (am^rm) armsno rappelle le 
titre arabe irjïittJ du credo musulman, et, comme ce dernier, le 
credo des Sabbatiens contient cinq articles. Ces analogies suffi- 
sent pour démontrer l'influence exercée par Vany Effendi sur 
l'esprit de Sabbataï. 

N° 3. La fin de ce passage rappelle les deux versets bibliques 
mpa roi» "fc (Exode, xxxm, 21), et li-ntem aVi (Lévit., xxn, 2). 
Le respect dont on doit entourer le nom de S. C. est motivé par 
la même raison que le Talmud, commentant le premier verset, 
allègue en faveur de Métatron [Sanhédrin, 38 b). Du reste, bien 
des Sabbatiens attribuent à leur chef le même rôle que celui qui 
est joué par Métatron, à savoir d'être le médiateur entre Dieu et 
l'homme. 

N° 4. C'est la reproduction de la sentence de R. Akiba : 'tt ha 
ton Tttbn mmb a 1 ™ ^ppba « Tu révéreras ton Dieu, et pareille- 
ment le docteur de la loi » (Baba Kamma, 41 b) ; les Sabbatiens 
y ont seulement ajouté le Messie. 

N° 5. Ici encore on trouve des réminiscences bibliques et talmu- 
diques. C'est d'abord le Vn >a Vntt (Ps., lxxxiv, 8), commenté 
par Lévi (Moed Katan, fin) : unwi mnb dd^dstï mntt n&m te ; 
c'est ensuite ce passage de la Haggada de Pâque : ï-wtoïi tel 
mtBtt ï-jî "m ùnatto n&or^ Tsob, « celui qui raconte beaucoup de 
la sortie d'Egypte mérite des éloges ». Quant au « secret du Mes- 
sie » dont parle ce paragraphe, c'est là le caractère fondamental 
de la cabbale et surtout du sabbatianisme, qui est représenté 
comme le fruit de la noix enfermé dans une triple écorce. Les 
Sabbatiens, comme les Deunméh, du reste, s'efforcent de dérober 
leurs croyances aux yeux du vuigaire. Mais il se peut aussi que 
ce soit simplement le messianisme de Sabbataï Cevi qu'on recom- 
mande de prêcher. 

N° 6. Cette ordonnance peut paraître surprenante, quand l'on 
songe que Sabbataï avait permis de tuer les renégats ou û'^D'D, 
c'est-à-dire ceux qui ne croyaient pas en lui, même un samedi. 

T. XXXV, n° 70. 18 



274 REVUE DES É1UDES JUIVES 

Mais les Sabbatiens ne se piquaient pas de mettre toujours leurs 
actes en conformité avec leurs paroles. 

N° 7. Nous parlerons plus loin de cette fête, appelée Pourim. 

N° 8. Le vague de cette ordonnance confirme ce que nous sa- 
vons déjà des mœurs un peu relâchées des Sabbatiens. On con- 
naît le mariage de Sabbataï avec une aventurière polonaise, la 
belle Sara, dont la conduite avait été très déréglée et dont la 
beauté n'était pas un des moindres attraits pour les partisans de 
son mari. On connaît aussi l'action désastreuse du mouvement 
sabbatien sur la chasteté et la décence de la jeunesse juive à 
Smyrne. Parmi les excentricités de Sabbataï, il faut compter 
l'usage qu'il a établi de faire appeler le samedi sept jeunes filles à 
la Tora, au lieu de sept hommes. Aussi ses premiers partisans 
de Salonique pratiquèrent-ils le communisme dans le mariage 
(ttjïa nm î-ittîD l-pm; ïin îiî ûïr'miûi is^fitt, etc.). Pour donner 
une explication mystique de leurs dérèglements, ils prétendaient 
symboliser par leurs multiples liaisons l'union de l'élément mas- 
culin et de l'élément féminin dont se compose la divinité. Cette 
ordonnance semble surtout recommander la discrétion dans la 
fornication « à cause des larrons ». Mais qui sont ces larrons? Ce 
sont sans doute les ù^bid, c'est-à-dire les Juifs, adversaires du 
sabbatianisme, car il est difficile d'appliquer cette épithète aux 
Turcs, que nos ordonnances nomment en toutes lettres (n« 16). 

N° 9. Cette ordonnance ne fut guère suivie des Sabbatiens, et 
surtout des Frankistes, qui ne craignaient pas d'émettre les, plus 
odieuses accusations et les plus abominables calomnies contre les 
Juifs. 

N° 10. Les « maîtres du combat » sont les Deunméh ; la « foi 
du turban » est l'islamisme. Les Sabbatiens ont mis en usage cette 
expression « coiffer le turban » (nsiittttn unb) pour désigner la 
conversion à l'islamisme. Pour ce qui concerne le fond de cette 
ordonnance, la discrétion qui y est prescrite constitue l'essence 
même du nouveau sabbatianisme. Les Deunméh n'admettent au- 
cun profane dans leurs mystères ; un étranger non initié ne peut 
donc entrer dans leur groupe. C'est là une des causes qui amène- 
ront leur prochaine disparition. 

N° 12. Les réjouissances forment un des fondements de la doc- 
trine sabbatienne. On sait que Sabbataï aimait la bonne chère, la 
musique, etc., et préconisait partout les danses. Voir plus loin 
aux Fêtes. 

N° 13. Cette ordonnance indique un des traits distinctifs des 
Sabbatiens qui était de se soutenir entre eux ; chez eux, la charité 
était élevée à la hauteur d'un dogme. Ici encore, le sabbatianisme 



UNE SECTE JUDEO-MUSULMANE EN TURQUIE 275 

a imité l'islamisme, qui a inscrit l'aumône parmi les cinq articles 
de son Credo. Mais les deux doctrines ne semblent avoir prescrit 
la charité qu'à l'égard des coreligionnaires. La fin de notre para- 
graphe rappelle cet aphorisme talmudique (Abot, n, 4) : ïtib* 
^pitt^D taist"!, « fais sa volonté comme la tienne ». 

N° 15. Déjà le Talmud et, d'après lui, le Zohar attachent une 
grande importance à la néoménie et aux actions de grâces qu'on 
doit réciter en voyant la nouvelle lune. Les Deunméh ont, sans 
doute, voulu également flatter les Turcs en paraissant donner à la 
lune une si grande importance, car on sait que le calendrier 
arabe est calculé aussi d'après les phases de la lune. Peut-être 
peut-on encore voir dans cette prédilection pour la lune une façon 
de proclamer le caractère messianique de Sabbataï. Car, à l'épo- 
que des persécutions byzantines, on annonçait, d'après le Talmud 
(Rosch Haschana, 25 a), l'apparition de la nouvelle lune par ces 
mots : trpi ^n banur "jbtt YH, « David, roi d'Israël, est toujours 
vivant ». Or, ces mots répondaient excellemment à la croyance 
des Sabbatiens que leur chef vivait encore et régnerait de toute 
éternité. 

N° 16. Cette ordonnance est l'expression même de la règle de 
conduite suivie par Sabbataï, qui, tantôt, pratiquait scrupuleuse- 
ment le judaïsme, tantôt observait les pratiques musulmanes. Ce 
double jeu lui réussissait admirablement auprès de ses partisans, 
qui trouvaient d'excellentes raisons pour le justifier. Moïse aussi, 
disaient-iis, est resté longtemps déguisé en Égyptien. Cette dupli- 
cité est imitée par ses adeptes de Salonique. 

Il est surprenant qu'à côté du Ramazan et du sacrifice, ce para- 
graphe ne mentionne pas également le pèlerinage de la Mecque, 
que Jacob Quérido, successeur de Sabbataï, aurait fait, au dire 
de Tobia Cohen, vers 1690. 

N° 17. Ce paragraphe est une traduction presque littérale d'un 
passage du Talmud relatif au pan û3>. Voici ce passage (Pesahim, 
49 &) : jmrvfia !wn piû Jjrpmiwi pu? }to ^ece pan *w nn aiai nVi 
i-ftm bs û* n^iuî *mN *ftnK. Les Deunméh continuent-ils à se 
montrer aussi exclusifs pour les mariages? D'aucuns prétendent 
que non. 

N° 18. Ce paragraphe confirme ce qu'on savait déjà, que les 
Deunméh pratiquent la circoncision sur leurs enfants, comme les 
Juifs, à l'âge de huit jours. 

Conclusion. — Pour comprendre le galimatias de cette conclu- 
sion, il faut se rappeler certaines conceptions de la Cabbale. 
D'après cette doctrine, l'Infini ou En-Sof s'est d'abord manifesté 
dans un prototype de la création, le Macrocosme ou Homme 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

céleste (Adam Kadmon), qui n'est autre chose que l'ensemble des 
dix Sefirot. De cette première émanation a rayonné la création 
en quatre degrés ou mondes : 1° mb^a ; 2° ïw-n ; 3° ïTW ; 
4° ïrfa*. Le mot mb"^a, pris dans son acception générale, désigne 
le monde de l'émanation, composé des seules sefirot. La ï-j&mn est 
le monde des esprits purs dont l'ensemble s'appelle le Trône glo- 
rieux (toidîi KDS ou êtûTD). Le monde de la formation ou dbi? 
ïTWii, qui le suit, est occupé par les sphères célestes et présidé 
par l'ange Métatron, ainsi nommé parce qu'il se trouve immé- 
diatement après le trône. Or, d'après les Sabbatiens, le culte 
pratiqué par Israël en captivité n'est que transitoire, puisqu'il 
s'adresse à Métatron, au lieu de s'adresser à Sabbataï Gevi, qui 
doit être l'unique objet des hommages religieux. Car Israël ne 
peut pas pratiquer un culte pur tant qu'il est en exil parmi les 
nations, appelées aussi ms^bp, qui constituent les sefirot de gau- 
che, émanées de Satan, et forment proprement le règne de &tt ^ttD 
(batto) ou Samaël et son cortège. Cet état de choses sera changé 
après la chute de ce royaume maudit, qui sera combattu par les 
sefirot du côté droit, et sur les ruines duquel on établira le Trône 
divin. C'est alors, après la délivrance, que Sabbataï apparaîtra de 
nouveau, car il est toujours vivant. En ce temps-là, les pratiques 
du judaïsme, les règles relatives à ce qui est permis ou défendu, 
pur ou impur, disparaîtront (mi»fc *"9 ïmnn *w ibanm). On sait, 
du reste, que les Sabbatiens considéraient l'abolition des pra- 
tiques religieuses comme une des conséquences les plus impor- 
tantes de l'avènement de leur Messie. Jonathan Eibeschùtz fut 
même accusé d'avoir partagé cette croyance ; on lui attribue ces 
mots : rmnn d^pVi mtiwarr mrcjb yiz ^n « il ne sera pius né- 
cessaire d'accomplir les lois et de mettre en pratique la Tora. » 



III. Tableau des fêtes. 



.to'njntt *i mb 






.mas w» 


ypo 


14 


.tri» ^"y mj»a 


— 


21 


riîïi dvîi diwn tob Wû 


— 


24 


.ttBSi umbrs nbnnrt 


nfcn 


9 


.ïrmrrb •puî&o 


— 


17 


.nvnMQîi an 


— 


23 


'.mxp rûia 


— 


24 


.mMBDn ma* nbnnii 


UN 


3 






UNE SECTE JUDÉO-MUSULMANE EN TURQUIE 277 

.nbtts — 15 

.ù^ns Tbos 16 

.^bw dv *na 21 

.Vwtihb dv — 28 

^4 Sivan ; /<ete cte Za croissance. 

Que signifie au juste le mot trais ? On a peut-être choisi ce mot 
parce qu'il rappelle, par une association d'idées, le surnom ïatt de 
Sabbataï avec lequel il se trouve dans un même verset (Isaïe, 
iv, 2) : TOdbï lasfcb 'n Itatt rtm Mais il n'est pas possible de dé- 
terminer l'événement que cette fête doit rappeler. On peut aussi 
y voir une désignation de la Pâque, fête qui, d'après une tradition 
talmudique, verra l'avènement du Messie, appelé rtox 

21 Sivan : date de sa consécration par Élie. 

Élie désigne ici le pseudo-prophète Nathan de Gaza, qui se 
présentait comme l'incarnation du Tisbite et faisait une active 
propagande en faveur de Sabbataï. 

24 Sivan : il vous Va donné en ce jour. 

Gomme la lecture de nins ne donne aucun sens, j'ai lu iani « il 

: t 1 ° t i 

l'a donné », prenant comme sujet Dieu ou Nathan ; le complément 
désignerait Sabbataï. Le sens en serait que Nathan l'aurait pro- 
clamé officiellement Messie trois jours après l'avoir oint. L'ex- 
pression ïiïfï ûrn air^n est un reflet de ce style pompeux et vide 
dans lequel Nathan excellait. A un certain moment, j'avais songé 
à corriger tDb en dfib « pain ». Mais en quoi aurait consisté cette 
distribution de pain? Y a-t-il là une allusion à la subvention 
donnée par Raphaël-Joseph Ghélébi, du Caire, et que Sabbataï a 
répartie entre les habitants de Jérusalem ? 

9 Tammouz : commencement de V habillement de l'âme. 

La racine unb est assez fréquemment employée dans la termi- 
nologie sabbatienne ; elle signifie « inspirer » (tznptt tTTD tinbm), 
« s'incarner » (fi-D awn iiasw unbmb) et « se convertir » sur- 
tout avec ndi^a. Nous ne savons pas à quel incident ces mots 
font allusion. 

4 7 Tammouz : le premier jour de sa conception. 

Comme on voit, cette fête a lieu un jour de jeûne juif. Il y en 
a qui prétendent que Sabbataï n'a institué cette fête que pour 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

proclamer l'inutilité des jeûnes. Ici, on lui attribue une autre 
cause. 

23 Tammouz : la fête des illuminations. 

Dans la littérature sabbatienne, le mot itytm « luminaires » 
signifie « émanations » de la cause première. Faisait-on peut-être 
des illuminations la veille de la solennité dont il sera question 
dans le paragraphe suivant ? 

24 Tammouz : samedi saint. 

On sait que, pour habituer ses partisans à l'abolition du ju- 
daïsme traditionnel, Sabbataï avait institué, le 23 tammouz, une 
nouvelle fête désignée sous le nom du grand samedi, qui n'est 
autre que le samedi saint, bien qu'elle eût lieu un jour plus tôt. 

5 Ab : commencement de la couronne de gloire. 

C'est encore une fête dont l'origine est inconnue. Elle rappelle 
peut-être le début de la mission de Sabbataï, quand il s'est rendu 
au Caire auprès du Saraf-Bachi pour solliciter son intervention 
en faveur de Jérusalem, voyage au sujet duquel Moïse Haguès a 
dit : « Ce fou est parti comme missionnaire et revenu comme 
Messie », rro» Km mbu) ^bï-i i-tcmaîi î-jt. 

9 Ab : fête des réjouissances. 

Ce jour, qui rappelle une des plus terribles catastrophes de 
l'histoire juive, est devenu chez les Sabbatiens un jour de fête 
parce que, disent-ils, leur Messie est né ce jour-là ; ils s'y livraient 
aux manifestations de joie les plus bruyantes. Il se présente pour- 
tant une difficulté. C'est que ce tableau indique le 21 adar comme 
jour de sa naissance. 

4 S Ab : ila été salé. 

C'est là un des premiers soins donnés au nouveau-né (Ézéchiel, 
xvi, 4). Cela semblerait prouver que c'est bien le 9 ab que Sabba- 
taï est né. 

46 Kislev : Pourim. 

Cette fête paraît avoir été très importante, car il en est fait men- 
tion dans deux ordonnances (n os 1 et 12). Mais quelle en est l'ori- 
gine ? Voici ce que dit Ricaut : « Nathan eut la hardiesse de pro- 
phétiser que dans un an, à compter du dix-septième du mois de 
kislev, on verrait le Messie paraître devant le Grand Seigneur, le 



UNE SECTE JUDÉO-MUSULMANE EN TURQUIE 279 

priver de sa couronne et le mener en triomphe et chargé de 
chaînes ». Cette date conviendrait bien à notre fête, à un jour 
près. Un an après cette prédiction (en 1666), il y eut des réjouis- 
sances extraordinaires à Smyrne, le 27 du mois de kislev. Ce 
sont les seules indications que nous ayons sur l'origine de 
cette fête. 

21 Adar : jour de sa naissance. 

Nous avons signalé plus haut la contradiction existant entre 
cette donnée et la date indiquée par d'autres auteurs (9 ab). 

28 A dar : jour de sa circoncision. 

Nous avons fait observer plus haut (Ordonnances, n° 18) que 
les Deunméh, en abjurant la foi mosaïque, ont conservé l'usage 
de circoncire leurs enfants le huitième jour, bien que leur Messie 
y eût dérogé en ne faisant circoncire son fils adoptif Ismaël, à 
l'exemple des Musulmans, qu'à l'âge de treize ans? Remarquons 
que cette opération n'est mentionnée ici et dans les Ordonnances 
qu'à la fin. Est-ce un simple hasard? 



IV. Une Poésie sabbatienne. 



Nous connaissions des poésies anti-sabbatiennes en hébreu, 
telles que les satires d'Emmanuel Francès réunies dans un opus- 
cule intitulé mto ^nit et éditées récemment dans le T b$ yaip, 
I, 101 et suivants, ainsi que les vers mordants insérés dans notre 
rvnbin, p. 122, et qui s'adressent, très vraisemblablement, à Abra- 
ham-Miguel Cardoso. Mais les Sabbatiens ne se sont pas fait faute 
de riposter à leurs adversaires et ont composé également des épi- 
grammes contre eux. De ces poésies, aucune n'a encore été éditée 
jusqu'à présent. J'en.ai trouvé une dans un des manuscrits d'Is- 
raël Nagara dont j'ai parlé déjà (Recueil de Romances judéo- 
espagnoles, p. 5); elle est écrite en cursif judéo-espagnol, non 
datée, mais porte au f° 390 b cette notice bibliographique : m'ro© 
*i"rftD ypy> n tû'w ifittaw vûwi* in^ibn a^a? bania^ mTtttfc btxiw 
•pa ©"na "pa îTiû^k *m nb -nu m •»« "nasiE ib -na ip Vw ma Vw 
«fin b^i ^"ba np3>"> têwsk ïdn tr-in « Scheêril Israël, des chants 
d'Israël (mélodie d') Adjem Achiran. Ce (recueil de) Nagara appar- 
tient à Jacob ben Daniel. Que celui qui le trouve et ne le lui 
restitue pas soit (mordu par un) serpent et frappé d'anathème. 
Moi l'humble Jacob ben Daniel ». Bien que cette note soit d'une 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

autre écriture que la poésie, ce Jacob ben Daniel qui, soit dit en 
passant, était un ignorant (on le voit par ses fautes d'orthographe : 
y^T, au lieu de bfiPïr; dnn, pour û'in ; Tassa pour watï-j), était 
sans doute sabbatien, comme Jacob Israël Duchan et Daniel 
Israël Bonafoux. 

Voici le texte de cette poésie, dont les cinq premiers quatrains 
donnent en acrostiche les mots : ^aarsi [yû]id d^a (Le M de ^aatii 
désignerait-il Dieu comme dans la signature connue de S. C. : 
5t"à ûa^ba 'rt ■« ?). 

.d-iOTn aa ib d-onttb ba .d^n ianp ^i *o!rt w p 

.•os îo^a nai?aN a ai .laata ja-ia bab in idti 

.benroi da> itta> ">53 ba .bantti ain i):\a inaia 

.«£n : ^natb ifn tina ima ^a .S^n ïrnN i^u) dpn «a 

.rraiD* mm b«a N^pbi .rnaaf rnaar b^n rp©7a 

.«rn : ^aata bp an nns bina ^a .^eiû tts^p^ bantûi rmeb 

/nia aa mca "niDaîo bip /*w l^ar nnn ba> ata 

.uî^n : ^da: wa nna nam ^a (?"mtt) S-ni» pnar ïtti» ibin t ba> 

•û^iNna d"p bd -pas m&nb .tmp» b&ma-> ^aarn 

,oti : ->aar tpoNb i?aNa ^a nû*»yï in-p ïmasa Nat-> 

♦îoaaïi *jna "nba «an ,*raa ma» p rmri *pu) zrara 

paaz pbitt) tina i-6a*» "O .-on -un mbab patata 

Traduction. 

Voilà le fils de David, élève sa corne. Dieu, conserve ceux qui 

espèrent en lui. 
Donne vite à tous la foi en Cevi, et la croyance au bel homme. 
Sabbataï est son nom, il est le Rédempteur des enfants de son peuple, 

la nation d'Israël, 
De grâce, exalte son nom, ô Dieu, car tu as. élu mon ami pour la 

gloire . 
Le Messie divin germera et il exultera de proclamer Dieu. 
Pour racheter Israël, il sanctifiera ton nom, car tu es grand et viens à 

pas légers, comme le cerf. 
Là-bas, sur les montagnes de Sion, ma ville, la voix de mon bon 

apôtre (dit) : ma lumière est venue. 
Par l'entremise d'un homme, guidé par la justice, mon maître, car 

tu chéris la ville belle. 
Israël attend le Cevi, il désire toujours voir son visage. 
Qu'il sorte avec la couronne et que les affligés voient que Cevi est 

fidèle à rassembler (les exilés). 
Encore une fois, nous apporterons un chant de grâce, lorsque Nathan, 

le prophète, viendra à lui. 
Nous crierons à Elie : mon père, mon père, car tu vas relever le 

sultan Cevi. 



UNE SECTE JUDÉO-MUSULMANE EN TURQUIE 281 

Malgré l'enthousiasme dont cette poésie déborde pour le faux 
Messie, elle manque d'élan. Il y a bien plus de verve et d'entrain 
dans la poésie de Francès, laquelle rime aussi avec ^ait : 

■pfcNN ddm tM wttiûK *pa 
inttïi iip b* roitt dama d» 

A quelle époque cette poésie a-t-elle été composée? Probable- 
ment entre la Pentecôte de 1665 et janvier 1666. Il y a un fait qui 
détermine le terminus a quo, c'est qu'elle parle déjà des visions 
de Nathan de Gaza, qui y a le titre d'Elie le Tisbite (6 e quatrain). 
D'un autre côté, elle ne peut pas être postérieure au départ de 
Sabbataï pour Constantinople (janvier 1666), puisqu'elle ne parle 
de son futur couronnement (mt3*a 8ïfc\ 5 e quatrain) et de son titre 
de sultan (^att labiti), fin), prédits par Nathan, que comme de 
choses futures. Si cette poésie était postérieure à cette date, elle 
aurait parlé des souffrances de S. C. et de sa détention dans la 
tour d'Abydos ; ce furent là des événements trop importants pour 
qu'on les passât sous silence. 

L'auteur paraît être de Jérusalem, car, malgré la déclaration 
de Nathan que Gaza remplacerait Jérusalem comme ville sainte, 
notre poésie parle avec enthousiasme de Sion. Serait-ce peut- 
être Samuel Primo, secrétaire de Sabbataï, qui prêtait aux agi- 
tateurs messianiques son style emphatique ? Cette supposition 
trouve un appui dans ce fait que les deux premiers vers du 
deuxième quatrain commencent par les mots ittU) et ba, c'est-à- 
dire barora. 

Abraham Danon. 



NOTES ET MÉLANGES 



LA DISCUSSION DE IL JOSUÉ ET DE B. ELIÉZER 

SUR LES CONDITIONS DE L'AVÈNEMENT DU MESSIE 



Le Talmud de Babylone (Sanhédrin, 97 b) eite dans ces termes 
une discussion entre R. Eliézer et R. Josué touchant l'avènement 
du Messie : 

tDNi "pbNM i-mtan y*w ban^n &n imin ^rrj^bN *i "WDrù 
abat ■pb&w: *pN mni»n 'prai* *p N tzas 3>ttnm *i b"a "pbawa "pa i«b 
miian •pian* bfiwn ï^ro mrap vmnmD ^btt pb t 732:0 ti"3prt 

.(ntaittb ■p'nnE'i) 

[La discussion qui vient d'être rapportée ressemble] à celle de ces 
Tannaïm : R. Eliézer dit : Si Israël fait pénitence, il sera sauvé ; 
sinon, il ne le sera pas. R. Josué lui dit : Et s'il ne se repent pas, ne 
sera-t-il pas sauvé [tout de même] ? Mais Dieu lui suscitera un roi 
dont les décrets seront aussi cruels que ceux d'Aman, et alors Israël 
fera pénitence (et Dieu lui rendra le bonheur). 

Cette discussion roule évidemment sur cette question : l'ère mes- 
sianique sera-t-elle la récompense de la conversion d'Israël, ou un 
événement se produisant mécaniquement, en quelque sorte, en 
vertu d'un décret divin ? 

Au surplus, c'est bien l'interprétation de cette controverse telle 
qu'elle ressort d'une autre relation de la discussion des deux cé- 
lèbres Tannaïm. 

« R. Eliézer dit : Si Israël fait pénitence, il sera sauvé, car il 
est écrit : « Revenez (faites pénitence), ô fils égarés, et je guérirai 
vos infidélités (Jérémie, ni, 22). » 



NOTES ET MÉLANGES 283 

» R. Josué lui dit : « Mais cependant il est écrit d'autre part : 
« Vous avez été vendus pour rien, et vous serez rachetés sans ar- 
gent (Isaïe, lu, 3) ». C'est-à-dire : vous avez été vendus pour votre 
idolâtrie (les idoles n'étant rien), et vous serez rachetés sans ar- 
gent, sans pénitence ni bonnes œuvres. 

» R. Eliézer répliqua : Il est écrit d'autre part : « Revenez à moi 
(par la pénitence), et je reviendrai à vous (Malachie, ni, 7)». 

» R. Josué riposta : Il est dit : « Car je vous violenterai et vous 
prendrai un d'une ville et deux d'une famille, et vous amènerai à 
Sion (suite de Jérémie, ni, 22) ». 

» R. Eliézer repartit : Il est écrit aussi : « Vous serez sauvés par 
le repentir et par la paix (Isaïe, xxx, 15) ». 

» R. Josué répondit : Il est dit aussi : «Ainsi a parlé l'Eternel, le 
libérateur d'Israël et son saint, à celui qui est méprisé d'âme, dé- 
testé du peuple, à l'esclave des dominateurs : Les rois verront et 
se lèveront, les princes se prosterneront à cause de l'Eternel qui 
est fidèle et du Saint d'Israël qui t'a élu (Isaïe, xlix, 1) ». (C'est- 
à-dire, malgré ton abaissement moral, Dieu te sauvera.) 

» R. Eliézer dit : Il est écrit : « Si tu reviens (fais pénitence), 
Israël, parole de l'Eternel, [si] tu reviens vers moi, si tu ôtes tes 
abominations de devant moi, tu ne seras plus errant, etc. (Jéré- 
mie, iv, 1 et 2) ». 

» R. Josué repartit : « Il est dit encore : Et j'entendis l'homme vêtu 
de lin, qui était au-dessus des eaux du fleuve et il leva la droite et 
la gauche vers le ciel et il jura par le Vivant éternel qu'au temps 
des temps et un demi-temps, quand il aura achevé de briser la 
force du peuple saint, toutes ces choses seront accomplies ». (Da- 
niel, xn, 7). 

» Là-dessus, R. Eliézer ne répliqua pas. » 

Nous ne voulons pas dire maintenant ce que signifie, pour nous, 
le silence de R. Eliézer, mais on voit, par cette longue discussion 
où les deux adversaires se combattent à coup de citations, que 
pour l'un — R. Eliézer — la délivrance d'Israël est liée uniquement 
à sa conversion, et pour l'autre — R. Josué — elle est l'effet de la 
grâce divine. 

Que veulent donc faire entendre ces mots du premier texte où 
R. Josué, concédant à R. Eliézer que la pénitence est une condi- 
tion indispensable du salut, amende son opinion en supposant que 
la grâce divine se manifestera dans l'envoi de persécuteurs qui 
amèneront Israël à se repentir? Ce moyen de concilier les deux 
conceptions est tout au moins contraire à la deuxième baraïta, qui 
constate le triomphe complet de R. Josué. 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Toute difficulté disparaît si nous nous reportons au passage pa- 
rallèle du Talmud de Jérusalem (Taanit, 63 &) : 

'arc fbNM TN î-muîn 'ptûiy Sniï) 1 ' "pt* fcDN iein wb« "n 

^b» tmb* twjb ï-r"apn N*"n nb *-i7a« ■pbMa ir« ï-td-iuîd n©ji 
rtiat n:n (s**»*u ma) pbfiwa tfn n:wn ■pun* p toi ï»ns ïiiap 

Là, R. Josué objecte à R. Eliézer, comme dans Sanhédrin : 
« Eh quoi, si les Israélites ne font pas pénitence, ils ne seront pas 
sauvés? » Mais là, c'est R. Eliézer qui réplique : « Dieu leur sus- 
citera un roi aussi cruel qu'Aman qui les amènera à se repentir, 
et alors ils seront sauvés. » 

Ce texte représente probablement la bonne leçon 1 . Reste à se 
demander d'où provient la variante du Talmud de Babylone. Elle 
s'explique bien simplement : un copiste lisant a'i'b'tf ou a'Va 
a Eliézer lui répondit », n'a pas vu les signes d'abréviation ; il a 
donc pris aba pour l'adverbe « mais ». R a ainsi complètement dé- 
naturé la controverse des deux rabbins 2 . 

Quant au triomphe de R. Josué, il fut bien précaire, car il n'a 
pas empêché les docteurs qui l'ont suivi de reprendre l'opinion de 
R. Eliézer a . D'autres ont réconcilié les deux conceptions opposées 
en les unissant simplement, tel R. Elazar, qui, à la suite de notre 
passage du Talmud de Jérusalem, dit : « Les Israélites ont dû d'être 
délivrés de l'Egypte à ces causes : à leur détresse, à leurs suppli- 
cations (ou plutôt à la miséricorde divine), au mérite des pa- 
triarches, à la pénitence et à la fin (c'est-à-dire à la promesse faite 
par Dieu de les délivrer à une date fixée d'avance) ; ce seront les 
mêmes causes qui leur vaudront le salut final 4 ». D'autres, enfin, ont 
accordé les deux opinions en supposant que la pénitence pourra 

1 C'est la version qu'a suivie l'auteur de Tanhouma (éd. Buber, III, 111) ; seule- 
ment, il a remplacé certains versets par d'autres et modifié quelque peu le texte. 

2 La discussion, dans le Talmud de Jérusalem, se distingue nettement de celle 
que relate le Talmud de Babylone, en ce que, dans celui-ci, chacun des interlocu- 
teurs produit pour arguments les versets qui confirment son opinion, tandis que dans 
celui-là, c'est R. Eliézer qui subit l'assaut et qui est obligé d'expliquer d'après son 
hypothèse les citations faites par R. Josué. Autre différence : les textes invoqués ne 
sont pas les mêmes. Par contre, les deux passages s'accordent à faire cesser l'entre- 
tien sur la citation de Daniel. Ce sont donc deux documents qui ne se copient pas 
l'un l'autre et qui témoignent de la réalité de cette controverse. 

8 Tel l'auteur du commentaire homilétique d'Isaïe, xxi, 12, reproduit dans j. Taa- 
nit, 64 a. 

4 Ce texte du Talmud de Jérusalem nous est parvenu dans un état déplorable ; il 
faut le corriger d'après Debarim Babba, n, qui avait un exemplaire bien meilleur 
que celui dont s'est servi l'éditeur. C'est ce qu'a bien vu déjà M. Buber, dans son 
commentaire sur Psaumes Eabba, 106. 



NOTES ET MÉLANGES 285 

faire anticiper l'avènement du Messie. Tel R. Josué b. Lévi, au 
rapport de R. Alexandre (Sanhédrin, 98 a). Le Midrasch Schemot 
(ch. 25) fait dire explicitement à R. Yohanan : « Dieu a déclaré à 
Israël : bien que j'aie assigné à la fin une date fixe que vous fas- 
siez pénitence ou non, si vous vous convertissez, ne fût-ce qu'un 
jour, la fin arrivera avant son temps ». 

Ainsi s'est continuée la doctrine des Prophètes, malgré les cal- 
culs de Daniel prédisant, d'après la tradition, la date fatale de 
l'arrivée du Messie ; ainsi également l'espérance messianique n'a 
rien perdu de sa vertu éthique, de sa puissance réformatrice. 

Israël Lévi. 



LA LEGENDE DE L'EXORCISME D'UN DÉMON 

PAR SIMON B. YOHAÏ 



Dans cette Revue 1 , MM. Israël Lévi et J. Halévy ont fait de la 
légende de l'exorcisme du démon Ben Talmion (ou Ben Tema- 
lion), par Simon b. Yohaï [Meïla, 17 b), l'objet d'une étude péné- 
trante. M. Israël Lévi ramène le nom du démon que Simon b. 
Yohaï chasse du corps de la fille de l'empereur à celui de l'apôtre 
Bartholomée, qui, suivant les histoires apocryphes des apôtres, 
guérit dans l'Inde la fille du roi Polymnius de la possession. 
D'après M. Lévi, la priorité appartient à la légende chrétienne ; ou 
plutôt, comme il le prétend dans son deuxième article, le récit 
talmudique aussi bien que le récit chrétien se rattachent, en der- 
nière analyse, à un ancien récit indien, où un brahmane délivre 
du démon la fille du roi. 

Quoi qu'il en so'it du nom du démon, toujours est-il qu'il existe 
une grande analogie entre la légende de Simon b. Yohaï et celle 
de Bartholomée. Mais il y a une autre légende chrétienne qui 
offre une affinité plus étroite encore avec celle de Simon b. Yohaï, 
parce qu'elle implique, bien qu'imaginé, le même fonds historique, 
c'est la légende de saint Abercius, évêque d'Hiérapolis en Phry- 
gie, telle que la raconte Siméon Métaphraste (x e siècle) et telle 
qu'elle se trouve dans les Acta Sanctorum 2 . 

1 Hevue, VIII, 200-202 ; X, 60-65, 66-73. 

* Acta Sanctorum, Octobre, t. IX, (1S96), au 22 octobre. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cette légende, qui a gagné en intérêt par la découverte ! de 
l'inscription tumulaire d'Abercius, renferme l'épisode suivant de 
la vie miraculeuse de l'évêque. Le chef des mauvais démons appa- 
rut, en songe, à Abercius et le menaça de lui montrer Rome 
contre son gré * Le démon s'y prit de la manière que voici. 11 s'in- 
troduisit dans la fille de l'empereur Antonin (Marc-Aurèle) 3 , la- 
quelle était âgée de 16 ans. L'empereur et l'impératrice Faus- 
tine usèrent de tous les moyens pour chasser le démon du corps 
de leur fille. Mais en vain. Le démon cria lui-même, par la 
bouche de la jeune fille, qu'il ne s'en irait qu'après qu' Abercius, 
l'évêque d'Hiérapolis, serait venu à Rome 4 . L'empereur mande 
Abercius à Rome. En chemin, un vigneron du nom de Trophi- 
nion se joint à lui. Arrivé dans la capitale, l'évêque, par ses 
prières, déloge le démon. Pour prix de cette guérison, Abercius 
n'accepte rien, sinon qu'à Hiérapolis on construira des thermes 
à l'endroit où jadis il avait fait jaillir des sources d'eau chaude 
par ses prières et qu'on distribuera du blé aux pauvres. 

Ce qui, dans cette légende, nous intéresse pour le récit de Simon 
b. Yohaï, c'est que nous y apprenons le nom de l'empereur et de 
sa fille, lesquels noms ne sont pas donnés dans le récit talmu- 
dique. Car, dans ce dernier récit, il ne saurait être question que 
de Marc-Aurèle Antonin et de sa fille Lucilla, qui était la fiancée 
de Lucius Verus. Comme l'ont établi les savants éditeurs de la lé- 
gende d'Abercius 5 , l'âge que cette légende attribue à la princesse 
concorde avec celui que présente l'histoire. En effet, Lucilla était 
née en 147 après Jésus-Christ et elle avait 16 ans en 163, lors- 
qu'elle se maria avec Lucius Verus. Il faudrait donc poser l'an- 
née 163 comme celle où se passa l'événement dont parlent les 
deux légendes. Naturellement, l'on n'est pas forcé d'admettre, 
malgré cette date précise, qu'il y ait eu guérison réelle par un 
thaumaturge venu d'Orient. Mais un point est incontestable, à sa- 
voir que la légende chrétienne attribue à Abercius, l'évêque phry- 

1 Voir Dietrich, Die Grabschrift des Aberkios, Leipzig, Teubner (1896), et l'article 
sur cette étude dans le supplément de la Mûnchener Allgemeinc Zeitung, du 
11 août 1897. 

1 Cf. la légende de Simon b. Yohaï, d'une version probablement ancienne, dans 
Beth-Hamidrasch, IV, 117 : Û^-p^ ntB 'WMN Dlbn[n] "lb ÏTÉnrÛ. 

3 Acta Sanctorum, l. c. p. 504 : . . . et; 'Pcôpiv cpoixa xoù ttjv toO (ïa<u)ito; "Avtw- 
vtvou rcoùSa ... EterSûeTat xoù auxtxa éx^atvei. Cf. Haschi sur Meïla, Mb : bN3> 
ïiran^SI nO^p*! ÏTTTiaa. Dans la « Agada • du En Yacôb, tr. Meïla, le démon 

dit : janizjrn no^pi irrvna bim 

4 De même dans Rascbi, ib. (d'après une Agada) : nTûlNI npyiit nrHÏ"!! 
Ï12U5 bî33 ^TîV p *p2tttf) '"1 P.N ^b "Won. Cf. Beth-Hamidrasch, IV, 117 : 

■rwaiz) 'i "pa^iû »*i ^araa p*s«n... 

• Acta Sanctorum, l. c. t p. 487 (§8). 



NOTES ET MELANGES 287 

gien, la même cure que la légende juive attribue au docteur pales- 
tinien Simon b. Yohaï. De même, le rôle du démon est pareil dans 
les deux récits, en ce sens que, selon les deux relations, le démon 
part exprès pour Rome et s'introduit dans la fille de l'empereur : 
d'après la légende chrétienne, pour contraindre Abercius à s'y 
rendre, d'après la légende juive, pour présenter Simon b. Yohaï 
comme thaumaturge et pour le soutenir dans sa mission. D'autre 
part, le salaire qu' Abercius reçoit pour sa guérison ressemble 
à celui de Simon b. Yohaï : celui-ci obtient l'annulation du dé- 
cret qui menace les Juifs de Palestine, celui-là reçoit des pro- 
messes de bienfaits pour sa ville d'Hiérapolis. Abercius et Simon 
b. Yohaï deviennent à cette occasion les protecteurs de leur 
pays. Une autre analogie curieuse, quoique fortuite, c'est que le 
docteur juif passe pour le restaurateur des thermes de Tibériade 1 
et qu'Abercius s'emploie en faveur des thermes d'Hiérapolis. 

On ne saurait formuler d'hypothèse sur le rapport de ces deux 
légendes qui offrent le même fonds, d'autant que la légende 
d'Abercius telle que nous la possédons ne remonte qu'au x e siècle. 
Toutefois, ce n'est pas au hasard qu'est dû le récit, pareil dans les 
deux légendes, de l'exorcisme du démon dans le corps de la fille 
de Marc-Aurèle. Un même noyau historique a dû exister à la 
base de ces deux légendes, à moins que l'une n'ait emprunté des 
éléments à l'autre. Je ferai remarquer, sans y insister, comme 
chose singulière, que le nom de "TO ^n présente à l'oreille une 
certaine affinité avec Abercius et que le nom de *p*b:an -d (ou 
•j-piïbn nn) n'est pas sans analogie avec le nom du compagnon 
d'Abercius, Trophinion. 

W. Bâcher. 



wi m p"Df 



On sait que dans certaines éditions du Séder Olam, à la suite 
de plusieurs résumés d'histoire juive, se trouve un abrégé d'his- 
toire romaine en quatre pages, écrit en hébreu, au milieu du 
xn e siècle, par Abraham b. David de Tolède (il a été traduit en 

1 Graetz, Gesck. d. Juden, IV, 2 e éd. 198, 474. 

2 Note lue à l'Académie des inscriptions, le 22 octobre 1897. 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

latin par André Zeller, Stuttgart, 1724). On ne s'arrête presque 
jamais à ces pages, qui n'apprennent rien d'historique, et qui sont 
loin d'être un modèle d'exactitude et de précision 1 . 

Cependant, ce résumé est intéressant au point de vue de la phi- 
lologie, par ses transcriptions naïves des noms propres, écho de 
la prononciation vulgaire à cette époque, ensuite par quelques 
étymologies inattendues ou, au moins, curieuses. 

Les transcriptions hébraïques des noms latins sont capri- 
cieuses. Tantôt la désinence latine a été maintenue, par exemple 
Romulus, Tarquinius, Brutus, Octavianus, Augustus ; tantôt elle 
a été modifiée, par exemple Gassio, Domitien, Antonien, Macrin, 
Aurelio, Néron, Commodo, Thodos. Est-ce qu'avec la même incon- 
séquence, en français, nous ne disons pas, d'une part, Gassius, 
Titus, etc., et d'autre part, Tibère, Hadrien, Antonin? Trop 
souvent le copiste ignorant a estropié la lecture des noms propres. 
Pour Tarquin, il écrit OTOTita, lisez orDma, et encore le premier i 
est peut-être à placer avant le i ; sinon, ce serait la preuve que 
déjà on ne prononçait plus le v (= u) médial avant Vi. — Pour 
Brutus, il y a wm, soit ■* ■= n. — Honorius = «ma», lisez 
wnîiK. — Claudius : omata ; corrigez n et n en 3 et t 7. — Albinus : 
unwbK ; lisez a pour a. Pour expliquer ces derniers noms, André 
Zelier s'est donné beaucoup de mal, sans succès : il s'est demandé 
quel est ce Belores, et que signifie Algenosï II a vu dans le mot 
■noYï le latin Desider = Didier, l'avant-dernier roi lombard, au 
lieu de corriger en TWl, Recared (I er ). Ce dernier nom est aisé à 
deviner ; l'auteur ne dépasse guère la fin du vi e siècle, s'arrêtant à 
la naissance de l'Islamisme, après avoir nommé saint Grégoire-le- 
Grand, iBÉmjnt*. — Quintillus : taïlp, à rapprocher de la trans- 
cription du nom de Tarquin ; Gonstans : tëaaop. — Valens : ttîmubn. 
— Le nom le plus bizarre est celui de i^ttîbis^, pour Dioclétien. 
Il faut lire 'bp&ri, comme l'a le Cémah David. 

De plus, il faut noter le son sifflant de la syllabe ti devant une 
voyelle, puisque Gratian est exprimé par ï^D-fl ; le nom Domi- 
tien est transcrit deux fois Domistian, 1&roa*n ; c'est aussi l'ortho- 
graphe adoptée pour ce nom dans le Sêfer-lxa-Kabbala du même 
auteur. Dans Théodose, Yé a été élidé; il reste Thodos, ovnn 2 . 

1 II ne faut pas demander à l'auteur une méthode bien rigoureuse. On notera, 
sans étonnement, des omissions dans la liste des rois et empereurs, une lacune de 
plusieurs siècles entre Brutus, consul, et Jules César, l'omission d'Othon et de Vi- 
tellius entre Galba et Vespasien; autre omission après Domitien, etc. 11 y a aussi 
des inversions et bien des confusions. Toutes ces inexactitudes se retrouvent dans 
l'abrégé analogue, un peu différent par la forme, publié dans Mediœval jewish Ckro- 
nicles, t. II, d'après un ms. de la Bodléienne. 

* On a repris le nom qui se trouve dans le Talmud. 



NOTES ET MÉLANGES 289 

— C = g, a; Caius*, ova; Marcianus, unijr:™. — Le nom 
Pupien est écrit cnafiCû avec &, à la manière des Arabes, qui ne 
prononcent pas le p. Pourtant le mot Pompée est écrit otseid, 
et, par une exagération à l'inverse, Sévère = dyindd. 

Notre historien appelle Constantinople « une ville noibila » 
(sans barbarisme à cette époque) : il ne soupçonne pas le sens 
de la finale de ce nom, 7rdXiç. Il est vrai que, si cette étymologie 
était exacte, il manquerait une syllabe no, sur deux ; mais l'auteur 
n'y regarde pas de si près. — A Rémus et Romulus il attribue les 
deux noms des mois de mai et de juin : Mai, ■p'WE, dit-il, signifie 
« grand », magno, comme iimio, wp, signifie « petit ». — Selon 
lui, le Capitole TVcpBftp, campi d'oglio « champs d'huile », s'ap- 
pelait jadis *pb"iLnm, domu. . . (?), et signifiait : « maison du 
Conseil » ! 

Enfin, à l'imitation du Iosiplion, dont notre historien procède et 
qu'il invoque à ce propos, il dit que Titus mérite les plus grands 
éloges. Il va plus loin, il lui attribue de nombreux écrits en grec 
et en latin, puis il dit que cet empereur était non moins savant 
en chimie, « dans la science de l'Alambic, p^attbN », sans s'in- 
quiéter de la date à laquelle l'Alambic a été inventé. 

Il semble que le lecteur se trouve devant un imagier du 
xv e siècle, qui habillait à la mode de son temps les héros de 
l'antiquité. 

Moïse Schwab. 



UNE FAUTE ANCIENNE DANS LA PRIÈRE Ktûtt b? 



Dans la prière, bien connue, appelée aan hy se trouve l'expres- 
sion incompréhensible "inu: ns^n «... pour le péché que nous 
avons commis par la paume du présent corrupteur ». Le féminin 
ïidîd, au lieu de tp, est déjà singulier (on ne le rencontre qu'au 
pluriel et pour les palmes). Ensuite que viendrait faire ici la 
paume ou la main? 

Je suppose que cette leçon est une corruption ancienne de "irùn 
irram « par rançon et présent corrupteur ». Cf. Prov., iv, 35, 

1 C'est aussi l'orthographe adoptée par les plus récents historiens de Rome, s» 
basant sur la découverte d'ins r criptions latines. 

T. XXXV, n° 70. 19 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

irua ï-nnn ^ iiafcp Nbi nsa bs ^as au^ &6 « il n'aura égard à aucune 
rançon et n'acceptera rien quand même tu multiplierais les pré- 
sents ». Que le mot ^sd comporte le sens de présent corrup- 
teur, c'est ce que montre, entre autres, I Samuel, xn, 3 1 . 

« Rançon et présent » sont synonymes, comme les mots *]iaaa 
nmttm « par intérêt et usure » qui suivent. Le Mahzor roman 
(Constantinople, 1574, qui ne doit pas être confondu avec celui de 
Rome ; cf. Steinschneider, Cat. Bodl., n" 2588) a déjà la mauvaise 
leçon de nos textes. Ceux de Rome, d'Avignon et d'Espagne, qui, 
comme on le sait, écourtent la prière Kart by, n'ont pas notre 
passage. 

Félix Perles. 



UNE DATE CHRONOLOGIQUE 

DANS UNE PIÈCE DE POÉSIE DE SAADIA 



Dans les Semitic Studies in meniory of AL Kohut , M. Neu- 
bauer a publié une poésie de Saadia qui renferme la date sui- 
vante : ttmxd rraran nnfin trran ypb « A la fin de 851 années » 
(p. 394, 1. 1). M. Neubauer dit qu'il s agit du nombre d'années 
écoulées depuis la destruction du Temple, et ayant adopté cette 
explication dans mon article, Revue, XXXV, p. 125, j'ai cru pou- 
voir en déduire que Saadia composa sa poésie en 919. Mais mon 
ami M. Halberstam, de Bielitz, m'a fait remarquer qu'il faut rap- 
porter cette date au prophète Ezéchiel mentionné auparavant dans 
cette pièce. Cette explication s'impose dès qu'on lit les vers dans 
leur ensemble. 

La strophe sur le quatrième commandement du Décalogue ex- 
prime cette opinion que, dans les trois parties de l'Ecriture, le 
sabbat est considéré comme équivalent à tous les autres com- 
mandements dans l'Exode, xvi , 26 et ssuiv., où l'on réprouve 
la non-observation du sabbat par ces mots : « Jusqu'à quand 
résisterez-vous à suivre mes prescriptions et mes doctrines?» 
dans Ezéchiel, xx, 19 et suiv., où la sainteté du sabbat est 

1 Comp. aussi Nornbr., xxxv, 31-32; Amos, v, 12; Ecclésiastique, xlvi, 19. La 
Peschito traduit ce mot, dans tous ces passages, par NTTTTlDt 



NOTES ET MÉLANGÉS 291 

placée en face de la pratique de tous les commandements; dans 
NV hémie, ix, 14, ou, de même, le sabbat est mis en relief à côté de 
toutes les autres lois. 

Le passage sur Ezéchiel est ainsi conçu : nbOTtô TOirp 150 
d^pnn bro nob^B ,m«» swétbi nruo dwart ypb ?rvïi* .rvwiMa. Gela 
signifie : « Le chef du sacerdoce (c'est-à-dire le prêtre Ezéchiel), 
quand il fut envoyé pour prophétiser, le réveilla (le sabbat, ïtvtJj) 
à la fin de 851 années, l'égala (sabsi = sbp©, mot employé à cause 
de la série alphabétique adoptée dans la versification) à toutes les 
prescriptions ». Les 851 années sont celles qui, d'après la chrono- 
logie traditionnelle, se sont écoulées depuis l'entrée en Terre-Sainte 
jusqu'à la destruction du premier Temple (voir Raschi sur San- 
hédrin, 38 a, s. v., *iEa tfbw ; M. Halberstam indique aussi Sèder 
Olam Zonta au commencement : yisï Msoxffn ûTOSam rrwn Hïittim 
jRttttTn ib.vjj U). Ce qui est remarquable, c'est que Saadia parle de 
851 années, et non de 850. M. Halberstam explique que Saadia se 
référait à Ezéch., xxxin, 22, d'après lequel verset l'activité pro- 
phétique d'Ezéchiel ne se poursuit d'une façon continue qu'à par- 
tir de la douzième année de l'exil de Joyachin, c'est-à-dire un an 
après la ruine du premier Temple; c'est pourquoi il donne l'an 851 
comme l'année de sa vocation. 

Qu'on me permette encore de produire ici une autre observa- 
tion que ma communiquée M. Halberstam. Le mot 'p^btt (Se- 
milic Studies, p. 392, 1. 11) ne comporte pas la correction que 
j'en ai proposée, car l'expression de "p^bo 'pNttln (le Gaon à la 
droite de TExilarque) désigne le Gaon de Soura (voir Harkavy, 
Vie de Samuel b. Chofni, p. 29). 

Enfin, je ne voudrais pas priver nos lecteurs d'une conjecture 
ingénieuse de M. Halberstam. Suivant Rapoport [Hamaggid, 
18G2, p. 325), que Zunz reproduit (Literaturgesch. d. synagog. 
Poésie, p. 94), un passage d'une poésie liturgique de Saadia 
donne la valeur numérique de son nom qiba epv p TtfD. Or, 
M. Halberstam a trouvé que la poésie du Gaon publiée par 
M. Neubauer donne elle aussi, dans les mots du début (p. 392, 
1. 20), T3>n dDH ^n^, cette valeur numérique (352), comme les mots 
tpv \2 T*û. Si c'est l'effet d'un pur hasard, toujours est-il qu'il 
est bien curieux ; et si cela n'est point dû au hasard , nous 
aurions une confirmation, dont, d'ailleurs, nous n'avions pas be- 
soin, des droits de Saadia à la paternité de ce poème. 

W. Bâcher. 



292 REVEE DES KTUDES JUIVES 



L'INSCRIPTION N° 20G DE NARRONNE 



1 



Cette inscription semble présenter une énigme indéchiffrable, et 
la lecture proposée tout récemment par M. Israël Lévi {Revue, 
XXXIV, 302) ne paraît, pas plus que les précédentes, répondre au 
texte primitif. A supposer qu'il s'agisse, en effet, d'un prosélyte, 
supposition qui concorderait parfaitement avec les mots de la 
2 e ligne, peut-on admettre que l'auteur de l'inscription, qui est 
manifestement très familarisé avec la langue hébraïque, n'ait pas 
trouvé de termes plus heureux, pour désigner l'acte accompli sur 
son prosélyte défunt, que l'expression tout au moins bizarre de 
la 3 e ligne. La tournure ne serait pas beaucoup moins singu- 
lière si, par une correction forcée, on changeait en !iDnr:3 le mot 
rtiaw, auquel il est impossible d'attribuer le sens adopté par 
M. Lévi. Comme il faut forcément corriger des mots de cette ins- 
cription, je crois que la correction doit porter sur le mot suspect 
de viV-tf. On sait qu'un grand \ de forme semi-circulaire, peut 
être pris, avec le *\ qui suit, pour un3>. En admettant donc que le 
sculpteur se soit trompé, ce qui n'est pas invraisemblable, et ait 
écrit TnVrr», pour inibv, on peut admettre qu'au lieu de inVi*, il 
faut lire nrnbr. L'inscription signifierait donc que la mère de 
David est décédée deux jours avant lui. Ces deux morts, qui se 
sont suivies de si près, ont peut-être frappé l'esprit assez vive- 
ment pour qu'on ak cru nécessaire de le signaler sur la pierre tu- 
mulaire. Peut-être aussi était-ce une année d'épidémie, pour que 
le fils ait suivi de si près sa mère dans la tombe. On peut égale- 
ment supposer que la pierre tumulaire de la mère, qui était cer- 
tainement enterrée dans le voisinage du fils, contenait des détails 
plus précis sur la famille, dont le nom n'est même pas mentionné 
dans l'épitaphe de David. 

En outre, en examinant de près cette inscription de quatre 
lignes, on reconnaît qu'elle a une forme métrique. Le mètre se 
compose de seize voyelles longues, les brèves étant négligées 
selon l'usage des poètes hispano-arabes, et la rime est ï-n et an. 
Il en ressort que le mot i[3]tt:>, complété dans la 2 e ligne, et que 
le sens général du texte ne permet pas d'admettre, est aussi exclu 
par le mètre. Celui-ci suppose un mot de deux syllabes, qui est 



NOTES ET MÉLANGES 293 

"W. « Ici, chez moi, dit le monument, est abrité David, en moi il 
est caché ». Au lieu de N^ro td, il faut donc lire aura "n, lecture 
nécessitée également par la construction, autrement la 3 e ligne se- 
rait comme en l'air. L'auteur n'a employé le mot anro que parce que 
ce mot se trouve dans la suite du passage emprunté à I Samuel, 
xxiii, 19, au verset 23. « Deux jours après la mort de sa mère, 
continue l'inscription, lui aussi a pris ce chemin ». Le mètre, dans 
la 4 e ligne, exige également d'autres mots que ann ùVtfb, ajoutés 
par M. S., qui ne paraissent pas vraisemblables, et qu'on n'aurait 
pas placés dans le voisinage immédiat de n:rn:n ^bn. Le mot 
nn^ns, d'après Proverbes, xn, 27, fait allusion à la mort ou à 
l'immortalité. En tenant compte du contexte et des exigences 
métriques, il faudrait peut-être compléter ainsi : ï-nurnïib "nra b^n. 
Ce sont aussi les nécessités du mètre qui expliquent la redondance 
de certaines parties de l'inscription, comme fcrn "TO dans la 
l re ligne, Tam ïwn dans la 2 e ligne, ainsi que l'emploi du nom 
de mois Vu, qui, il est vrai, est biblique, au lieu du nom de trois 
syllabes "ptarra. 

David Kaufmann. 



il 



M. Schwab reconnaît que le verbe indiquant la circoncision 
(3 e ligne) est bizarre ; j'ose dire qu'une telle expression, imaM 
mbnj>, est absolument impossible. Il est sûr, d'ailleurs, que s'il 
s'agissait d'un prosélyte, il y aurait dans l'inscription quelque 
allusion comme N"a bia nrmaa o:^3 ou na-pian 1033 nrtn aoin. 
Dans la 4 e ligne la conjecture [anfi dbn^b] ne donne aucun sens. Je 
ne connais pas les solutions proposées dans les Archives des mis- 
sions scientifiques,' et il est difficile de faire de nouvelles supposi- 
tions sans le fac-similé de M. F.-P. Thiers, mais j'ose tout de 
même proposer de lire comme suit : 

nmnaa -jbn nwbi^bi naso nna û^ isiaa 
[«air. ~,npb] û-pr-î spoa ia Y'i bin rma 

Donc : pas de prosélyte et pas d'expression bizarre, mais : 
« Deux jours après être mort et parti pour son éternité, le 
16 Heschwan, à la fin du jour, il fut conduit à la tombe ». On con- 
naît l'expression ittbn^b -jbfi « entrer dans son éternité. » La fin 
de la 4e ligne amM rime avec toutes Us autres lignes, car il n'y a 



294 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pas de différences, même dans les poésies classiques, entre les 
rimes m et «a. 

Et pourquoi l'enterrement eut-il lieu deux jours après la mort? 
Tout simplement parce que (si les signes 'q '2 sont justes) en 5082 
(1321) le 14 Heschwau, jour du décès, était un vendredi et que le 
samedi l'inhumation ne pouvait avoir lieu. 

Prague, juillet 1897. 

A. Kaminka. 



III 

Un mot seulement pour répondre aux savants contradicteurs... 
de M. Schwab. Notre cher trésorier a bien voulu me soumettre la 
copie de cette inscription de Narbonne que les Archives des Mis- 
sions scientifiques, 1873, p. 553 avaient déclarée illisible. Je 
lui ai suggéré la lecture qui a été imprimée dans cette Revue, et 
qui devait, dans ma pensée, servir seulement de point de départ 
à des recherches ultérieures. Mon savant ami à cru bon de me 
dénoncer comme l'auteur de ce déchiffrement; c'était un excès 
de scrupule, dont il faut le louer, mais dont je me souciais peu. 
Si j'avais attaché quelque importance au contenu de cette inscrip- 
tion, j'aurais poussé plus loin mes investigations. J'aurais, cela 
va sans dire, commencé par m'enquérir de la traduction donnée 
par mes devanciers. Ce souci m'aurait montré l'inutilité de mon 
intervention, car, à mon insu, j'ai exactement reproduit la version 
de mes prédécesseurs, publiée dans les Archives des missions 
scientifiques. Je m'écarte seulement de leur interprétation en 
lisant inb-tf, au lieu de Mrhxf « sa génisse ». Pour couper court à 
toute nouvelle discussion, je publie ici les deux essais de fac- 
similé qui ont été envoyés à M. Schwab par M. Thiers et qui 
doivent d'autant plus inspirer confiance qu'ils ont été faits sans 
parti-pris, le savant archiviste de Narbonne déclarant ne pas 
savoir l'hébreu. Je préviens seulement les lecteurs que la repro- 
duction n'en est pas très fidèle, M. Schwab ayant corrigé légère- 
ment la forme des lettres au fur et à mesure que j'avançais dans 
le déchiffrement de ces lignes. En particulier, les points sur les 
dernières lettres du bas ne sont rien moins que sûrs. 

Qu'il me soit permis d'ajouter que les lignes les plus difficiles à 
lire étaient la première et la seconde, la seconde surtout où le 
mot '-inno'Q est à cheval sur les deux parties de la pierre, divisée 
en deux tables. Ce sont justement celles dont mes confrères ne 
contestent pas l'exactitude de la lecture. Où le texte ne présente 



NOTES ET MÉLANGES 295 



'- 3\ > crin 

r- n c c n £ 

r?Cn F Z C 



5£ n n 

tfCh 



Cf - cr D ^^c n 
^ r r-. n r- r- > 

r 

•H 

r 






15 
Z 
o 
pa 
PS 



Q 



D Q 



r -v 



~ n 

r-j ~> 



/c\ , — *H 



73 



S 



Q r — ' Pu 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

presque aucune difficulté, c'est précisément dans la troisième 
ligne. Le mot msBa est d'une netteté parfaite. Quant au mot 
suivant, il peut se lire inbn? ou inbi*. Il n'est pas inadmissible que 
le lapicide ait employé ce terme dans le sens de « sa jeune fille en 
bas âge », quoique ce nom ne soit jamais employé dans la Bible 
au féminin ni autrement qu'en relation avec la « mère ». C'est 
donc au graveur que vont les objections de mes confrères. Je n'ai 
pas à le défendre et trouve aussi que les termes dont il s'est servi 
sont détestables. Mais il serait au moins naïf de vouloir lui faire 
dire autre chose que ce qu'il a dit. Il ne faut pas non plus lui 
prêter des scrupules de lettré qu'il ne soupçonnait pas. Un écrivain 
qui met irnrDa fcrn -hbn et î-nosa nriN D^ ^ia n'est pas un pu- 
riste. C'est un styliste à la Buxtorf, heureux seulement quand 
il copie la Bible. 

Israël Lévi. 



ÉLIE B. JOSEPH DE NOLA A BOLOGNE 



Dans un petit recueil de poésies manuscrites que je possède, et 
qui provient de l'Italie septentrionale, se trouve une élégie sur 
le médecin Elie de Nola. La provenance de ce ms. suffit déjà à 
faire croire que ce personnage est bien l'homme de ce nom qui 
fleurit vers le milieu du xvi e siècle et qui était de Bologne. A 
côté d'Abraham b. Isaac, le petit-fils de Yehiel de Pise 1 , qui, 
d'après la notice d'un registre de circoncision, eut un fils, le 2 juil- 
let 1534, à Bologne 8 , Guedalia ibn Yahia ne nomme comme sa- 
vants connus de Bologne qu'Isaac Monselice et Elie de Nola 3 . 
C'est le fameux médecin Elie de Nola ou Nolano, qui, d'après 
David de Pomis, était un des plus grands médecins de l'époque. 

Si c'est lui qui traduisit du latin en grec la somme des huit livres 
de la physique d'Aristote, par Robert Grossetôte, évoque de Lin- 
coln, son père s'appelait Joseph et lui, Elie, faisait, à la fin de 

1 Voir notie article, Revue, XXXII, 130 et suiv. 

* La fin de mon manuscrit, intitulé Q^yiJ Û^pVl Dltûjlp, es t ainsi conçue : ,m \y 

Var no^d73 ûmnN hn bia -122 Tan -p-o-ib a h ût «roibian. 

3 nbapn nb©btt), éd. Venise, f°65ô :DU ïlblDE K"*bN ^m. 



NOTES ET MÉLANGES 297 

1537, métier d'écrivain et de traducteur hébraïque *. D'autre part, 
si notre Elie est aussi identique à Helia Nolanus 2 , le collaborateur 
de Moïse Alatino 3 , traducteur de la paraphrase de Themistius des 
quatre livres d'Aristote sur le ciel et le monde, lequel Alatino est 
mort probablement dans la nuit du 17 avril 1605, à Venise, la 
traduction de Moïse ayant paru, en 1574, à Venise, on peut pour- 
suivre durant quarante ans la trace d'Elie b. Joseph. 

Sans doute, l'élégie ne fait pas allusion à son métier de traduc- 
teur, mais comme elle en fait un savant versé dans beaucoup de 
sciences, l'on ne saurait douter quelle ne parle de lui. L'élégie 
nous apprend, de plus, qu'il était exégète, et, si je comprends 
bien la troisième strophe, qu'il écrivit un commentaire sur les 
Psaumes à côté d'autres ouvrages qui contribuèrent à sa gloire. 
Parmi ces ouvrages on pourra compter le commentaire sur Job, 
qui est conservé dans le ms. 348 d'Oxford 4 . L'auteur porte là le 
même nom d'Elia Nolano û'wm "ma, qui était devenu sa déno- 
mination habituelle. Selon toute vraisemblance, il faut attribuer 
au même auteur le ms. Ghirondi, n° 104, dont les considérations 
et commentaires agadiques-philosophiques sur l'Ecriture peuvent 
fort bien appartenir au médecin philosophe de Bologne. 

Samuel Archevolti, qui, du 22 ab au 16 elloul 1563, copia à 
Bologne le ms., désigne notre Elie par le titre TSK abijft ùDnn 
û^dtiï-; ; il l'appelle encore abriara ^"innn, c'est-à-dire, ïrba 'n 'ti 
Nbra mm kdvi 5 . 

Honoré également par les Juifs et les Chrétiens, comme le re- 
marque expressément notre poésie, Elie passa ses jours à Bo- 
logne, dans la pratique de son art et l'étude de la littérature 
juive. Est-il mort dans cette ville? S'il est permis de risquer une 
conjecture et si, dans le vers : ï-jbitè dïn 20j tt ^jft, le mot 
ûO est un chronostique, Elie de Nola serait mort le premier jour 
de la Pentecôte, « le jour où le prophète reçut la Loi sur le Si- 
naï », c'est-à-dire le 20 mai 1580. 11 n'est pas impossible, malgré 
cette date, qu'il soit»mort à Bologne. Nous savons, en etfet, que, 
malgré la fuite des Juifs de Bologne, en 1569, lors de laquelle 

1 M. Steinschneider, Die hebr. Uebersetz. d. Mittelalters, 476, note 93. 

2 Ibiâ., 126, note 130. 

3 Kaufraann dans Magazln de Berliner, XVII, 172 et suiv. L'épitaphe de Moïse 
Ainram Alatino est dans Û"ODN mïTlb, éd. A Berliner, n° 45; celle de son fils 
Emanuel, ibtd., n° 12>5; cf. Israelitische Letterbode, III, 102. 

* Par là disparait le point d'interrogation de M. Neubauer au Catalogue, p. 932, 
s. v. Elya de Nola. 

5 M. Steinschneider, dans le Catalogue des ms. hébreux... Ghirondi, p. 32, sup- 
pose : (?)Ï1311Z)1 U5KH !-pbî*. Par la tombe aussi le doute de Perles, Beitraege z. 
Gesch. d. hebr. u. or dm, Studien, p. 220. 



298 REVUE DES KTUDES JUIVES 

Azaria de Rossi dut se sauver à Ferrare, les Juifs revinrent 
bientôt dans la ville *. 

Notre élégie ne saurait viser Elie de Nola de Rome, attendu 
que celui-ci se fit baptiser et changea son nom d'Elie b. Menahem 
ha-Rofé di Nola, en Ioan Paolo Eustachio. Etait-ce le même que ce- 
lui qui, en 1513, rendit de Rome un avis favorable avec les plus 
grands rabbins de l'Italie, lorsque Joseph de Foligno, petit-fils du 
célèbre rabbin Moïse Nissim de Foligno, voulut épouser la femme 
de son frère qui était mort sans enfants 2 ? En tous cas, c'est le 
même que celui qui était en correspondance avec André Masius 
et qui, dès 1555, fit métier d'écrits cabbalistiques 3 . Nous savons, 
qu'après sa conversion il s'occupa de recopier des écrits de ce 
genre pour le Vatican 4 . Si nous considérons l'activité de ce co- 
piste renégat, qui dura jusqu'en 1599, nous douterons que ce soit 
le même que l'auteur de l'avis rendu à Rome, en 1573. 

Notre élégie met en relief la personnalité d'Elie b. Joseph de 
Nola ou Nolanus, médecin, traducteur, exégète, talmudiste, 
pleuré des Juifs et des Chrétiens, et empêche qu'on le confonde 
avec le transfuge Elie b. Menahem de Nola, copiste du Vatican. 

David Kaufmann. 






Mètre : 



anpn nttn trnn ïrp ^z: Mp 
nb? dnt: ^r '*pba w\x br 

5 hbJÙ b©1 3>D2 W ^r: 

rmn nm bap 6 )72Vto dv 

aratoa s«bn 7 trJh*i np*£ bip 

uy *yo& -vxn E|OK3 ^2 

d*û aiaa ^or 'as dïrb 

ytàlto dJH tlD^N TN73 p b? 

1 Joseph ha-Coben, Enter/ habaeha, trad. allem. de Wiener, p. 113 ; L. Zunz, d*i!D 

nwn, v, 134. 

2 p^i£" , ins, IV, 26 c. Comp. Kaufmann. Revue. XVII, 207, note 2. 

3 Perles, l. c, 216-220 : en 1548 il écrivit le Zohar; v. ms. Munich 68. 

4 Berliner, Gresck. d. Juden in Rom, II, 193 ; v. Sacerdote, Revue, XXX, 265 
et suiv. 

5 Jos., xxxviii, 12. 

6 Moïse, d'après Nombres, xn, 7. 

7 Jér., xxv, 30. 



NOTES ET MÉLANGES 299 

tnpTa m en ■wû iftnsa -ib 

mrs tû&na npn dm itn 

maaian bs mbnn nas 
t^ma Tinb qana nan ^ran 



ï-i3TB»ai i7aT )m x -qïv 

^pa N^Taa na ixk data» 

■ipa npyi p 17^5 n^n 

ï-t2ii:tii5i 3 irr-i n7aa }na 

t2^j «aa> ^ n?aan baa naa 
-maiicn aip7j baa a^atn 
înnbïm inaiû "pa>a cnea 

5 at;nn73i "na? bab a»m 

"ib nattb nba -nu a iû ,, « ba> 

-fônttnNi "naaa nTaa naat* 

-i72 r? nTai rattttj ypiaa ^a 

iban naja ■jvba» -n«b ït» b« 

i-irnp raana yiN ^b? h"n« 

n^inm rp a^aai ipt 

b'htD aai a^ana aab nanp 

hrrcaio abi «in "wb n^p 

larib "paa a>nE bas aan 
^nnn pi na na-iEN Nain 

nrrja aba ip-ia b*n tid* 
9 £n inTapi nvionaa bsba 

ma&a 7 it aa U3">«a n^n 

û^d naii ïiiab baa ann 

amrraa TTan ^idt satûa 

mn Tn b&oia bab a^pTa 

1 Kiddouschin, 30 fl. 

2 Allusion à R. Eliézer b. Jacob, d'après Guittin, 67 a. 

3 Cant., i, 12. 

4 ls., LVI, 5. 

s Croisé = chrétieu. DU3V1 = siguuiu = la croix. 

6 Toma, 46 a. 

7 Sanhédrin, 108*. 



300 UEVUE DES ETUDES JUIVES 

1 rrh "j-nns Tifcbn Visio ^tj 

■rwin Diûb mn p^n-i ntt3 

non abi pîn •rra-na «b 

ï-ibir û-pb tara iT»a b^n 

SaÎN abi W ■pœb nsp 

4 m^robs b*D» br:n Ton 
bav a an ba bis ^ntd to* 



Dn 



MAITRE ANDRÉAS ET JACOB B. ÉLIE 



La conversion du médecin juif Maître Andréas 5 semble avoir 
provoqué, en 1421, une grande sensation parmi les Juifs de Ve- 
nise. Les archives de Venise ont conservé le jugement prononcé 
par le Conseil des Quarante contre un Juif d'origine allemande, 
nommé Ruben b. Isaac, et contre un Juif de Sicile, nommé Vita, 
qui, tous deux, le 24 mai 1421, insultèrent l'apostat en pleine rue. 
Dans la rue S. Salvator, près de la maison de l'orfèvre Natali, ces 
deux zélateurs avaient couvert Andréas d'invectives et d'injures. 

Comme les deux inculpés ne répondirent pas à l'injonction du 
tribunal, de se trouver dans les huit jours sur le pont du Rialto 
pour subir l'interrogatoire, ils furent condamnés à une amende de 
1500 livres. Au cas où ils ne se présenteraient pas dans le délai 
d'un mois, ils devaient être expulsés de tout le territoire véni- 
tien, et s'ils y remettaient le pied, ils encourraient une peine d'un 
an de prison avec nouvelle expulsion. 

11 n'y a pas d'autres détails dans le document sur la suite de 
cette affaire. Nous y apprenons seulement que Ruben b. Isaac 
implora la grâce du Conseilet que, comme il ne pouvait parfaire 
la somme de 1500 livres, il demanda qu'on la réduisît à 800. 

1 Berackot, 58 &. 

2 Baba M., 96 b. 
» Deut., ii, 36. 

* Jug., iv, 4. 

5 Voir la notice de Simonsf'eld, JRcvue, XXI, 291. 



NOTES ET MELANf.KS 301 

Cet incident, indifférent en lui-même, nous servira à trancher 
une question d'histoire littéraire. Si ce maître Andréas, dans la 
bouche duquel Jacob b. Elie a placé sa satire sur la conversion 1 , 
était notre médecin vénitien de 1421 ! Ce serait là une autre trace 
de la profonde et douloureuse impression que produisit l'apos- 
tasie de cet homme. Du même coup, l'épître de Jacob b. Elie 
prendrait, elle aussi, le caractère d'une attaque pieuse et litté- 
raire, il est vrai, mais non moins forte pour cela. 

Les paroles de Maître Andréas que Jacob b. Elie traduit en 
hébreu 2 ne sont alors que l'expression du repentir que l'apostat 
éprouve de s'être laissé pervertir par le mauvais penchant. Il a 
perdu sa croyance première, car, après une confession sincère, il 
ne peut adhérer à la foi nouvelle. Aussi, le malheureux apostat 
est là désespéré et déchiré, sa réputation et sa fortune sont rui- 
nées. Les misères où il se débat lui montrent avec quelle horreur 
il faut repousser les séductions du mauvais penchant. 

Jusqu'ici on n'avait aucun point de repère pour fixer l'époque 
de Jacob b. Elie et d'Andréas. Il semblait établi que Jacob b. 
Elie de Venise, l'auteur de l'épître au converti Saùl, son cousin 3 , 
était identique avec le soi-disant traducteur de notre épître d'An- 
dréas. De là vient que M. Neubauer ajoute à son édition de la 
lettre cette assertion, qui n'est pas fondée (à s'en tenir au seul 
manuscrit) : « traduit par Jacob b. Eliah de Venise* ». Or, 
M. Steinschneider 5 a remarqué avec raison qu'une citation de Ci- 
céron dans la bouche d'un Juif du xm e siècle, comme paraît l'être 
le polémiste ° de Venise, a quelque chose d'étrange, Un examen 
approfondi de cette épître polémique contre Saùl, qui, vu la ri- 
chesse de ses détails historiques et littéraires, mériterait un com- 
mentaire étendu et une nouvelle édition, et de l'épître satirique 
d'Andréas ou, pour mieux dire, contre Andréas révèle une grande 
différence de style, donc deux auteurs. 

Si nous posons l'année de la conversion du médecin Andréas, 
1421, comme la date la plus vraisemblable de la rédaction de 
notre lettre, si, d'autre part, la citation de Cicéron qu'elle con- 
tient ne se laisse bien placer qu'à cette époque, on conclura que 

* lsraeïitisclic Letterbode, de Roest, X, 73-77. 

s lb., 77 : rtniN p?D3>n "PD721 ÏTN^IÏ» "Wtt t-mn 118 N j-naa 

nsî-î nbi^;-! ^nb idtisï i-pbN 'n tus:: np:n 'n umpn "ptabb. 

3 Jeschouroun de Kobak, VI, 1-32. Cf. ib„ 203, VIII (partie allemande), 40, et 
Lewin dans la Monatsschrift, 1870, 117 et suiv. 

4 Letterbode, X, 73. 

5 Die hebr. TJeberzetz. d. Mittelalters, p. 948. 

6 D'après Lewin, l. c, 117, Jacob b. Ilayim écrivait peu après 12G9. 



302 REVUE DES ÉTUDES JU1VF.S 

Jacob b. Elie vivait à Venise vers 1421 et qu'il faut le distinguer 
de son homonyme plus ancien, l'auteur de la polémique contre 
l'apostat Paul. 

David Kaufmann. 



LA FAMILLE 1ï£15 OU COUSSERI A 1UVA 



D'après l'inscription de la tombe de Meschoullam Cousser 1 , 
mort le 20 juillet 1541, le berceau de la famille des Gousseri 
semble avoir été Riva di Trento dans l'Italie septentrionale. Si ce 
Meschoullam est le même que le possesseur du Mahzor d'Oxford, 
n° 1097 2 , son nom complet était Meschoullam b. Mardochaï. Mais 
alors Mardochaï b. Meschoullam de Riva, sur qui nous avons 
quelques renseignements, fut son fils. C'est à'lui qu'appartenait 
le manuscrit du Giouni (ms. Halberstam 405, aujourd'hui au 
Judith Collège) ; c'est lui l'auteur des lettres contenues dans cet 
autre manuscrit Halberstam 390, d'après lesquelles il aurait en- 
core vécu à Riva en 1564. Nous savons, en outre, que, le 12 adar 
1510, il maria sa fille Pessel à Mardochaï, dit Marco. Ce dernier 
était fils de Caliman Coën et petit-fils de Mardochaï Coën, qui, 
le 22 novembre 1547, perdit la vie avec toute la communauté 
d'Asolo, quand la population se livra à des excès sur les Juifs 3 . 
Peut-être était-ce le même Mardochaï Cousser dont la fille fut 
enterrée en 1578 à Mantoue, suivant un registre manuscrit, que 
je possède, de la société religieuse de cette ville 4 . 

Comment expliquer et transcrire exactement le nom de cette 
famille ? Nous n'avons point affaire à un mot hébreu ; car nous 
n'en rencontrons pas la traduction italienne ou plutôt l'original 
italien, comme c'était l'habitude en Italie pour les noms de famille 
d'origine israélite. Il suffit de penser à d^ttnatt )12 dei Rossi, 
D"n^n }tt dei Piatelli ou Mansi, û^mann }» de Pomis et aux noms 

1 Bévue, XXX1I1, 311, où il faut lire: de Riva au lieu de d'Arco, et, p. 314 

ribh- 

2 lb., XXXI, 292. 

3 Marco Osimo, Narrazione délia straga compila nal loïl contro yli Ebrei d'Asolo, 
p. 15, 106. 

4 Dans la liste des manari mann de n"?ïï : ^--nsip ■b'na'n na 'in*. 



NOTES ET MELANGES 303 

pareils, pour trouver remarquable qu'il n'y a point pour *fifclp de 
mot italien. 

D'autre part, la transcription de ce nom en italien est curieuse. 
Encore aujourd'hui le nom de cette famille se retrouve dans 
l'Italie du nord sous la forme de Guzzeri. Marco b. Meschoullam 
qui, en 1570, marie sa fille Pessel, s'appelle Gusser. Or, si ce nom 
était réellement le nom hébreu qu'il paraît contenir, il ne serait 
jamais devenu Gusser d'après la prononciation italienne, mais 
Gosser. La voyelle ou prouve déjà que la prononciation de ce 
nom n'est pas d'origine italienne, mais que ce nom a dû être ap- 
porté ainsi constitué d'Allemagne. 

M. Steinschneider a rapproché justement le nom de Gousser de 
celui de Yekouthiel *. En Allemagne, où Ton prononçait Yekous- 
siel, est né, par abréviation et simplification, le nom de Kussel, qui 
ensuite est devenu Koss. Ce dernier nom a été le point de départ 
de nouveaux noms. C'est ainsi que, par l'addition si fréquente du 
mot « Mann », comme dans Feiwelmann, Liebmann, Liebermann, 
Seligmann (on en compte jusqu'à cinquante 2 ) s'est formé le nom 
de Kossmann. Par là nous comprenons pourquoi Kossmann ac- 
compagne si souvent en Allemagne le nom de Moïse. Quelle rela- 
tion y a-t-il^entre Moïse et Kossmann 1 Par quelle association de 
sons ou de pensées est-on arrivé de l'un à l'autre ? 11 suffit qu'on 
se rappelle que Yekouthiel est un des sept noms de Moïse 3 , et l'on 
saisira immédiatement le rapport entre Kossmann et Moïse. 

Sans doute, l'origine de ce nom a été tellement obscurcie par la 
transcription hébraïque (l^tttfp), que d'après cette façon d'écrire 
on a prononcé Koschman et même Koschmé et qu'on s'est éloigné 
de plus en plus de la forme primitive. Gomme s et /"permutent 
dans le langage des enfants et des dialectes, Kossmann a pu de- 
venir Koffmann. Gela expliquerait qu'à côté de Yekouthiel et 
Meschoullam, on voie apparaître d'ordinaire le nom de Kauffmann. 

Mais parallèlement à la formation Koss ou Kuss, il s'en est 
établie une autre qui est devenue Kousi, Kousel, et Kousser. Le 
plus souvent on rencontre Kousi qui accompagne le nom de Mes- 
choullam 4 . Au lieu de Tip, on lit souvent ^ip 5 , vu qu'en italien 
Vs dur est rendu par g. 

La forme qui conduit à celle de Cousser est celle de Koser, d'où 

1 Catalogue des mss. hébreux de la bibliothèque municipale de Hambourg, p. 173, 
note 2. 

2 Zunz, Gesammelte Schriften, II, 3 ( J. 

3 Cf. ma note, Monatss., XXXVIII, 237. 

4 Cf. Steinschneider, l. c, 172. 

* Cf. la signature du rabbin Kouzi b. Ascher de Montaguone, Revue, X, 187. 



304 REVUE DES ETUDES JUIVES 

j'explique le nom de Kossermann *, et Kotzer, que j'identifie à 
Yekouthiel ou Moïse. Cette forme se trouve dans un document de 
Mayence de 1410, où l'on accorde une prolongation de séjour d'un 
an - à quelques Juifs chassés de la vallée du Rhin, parmi lesquels 
il y a un Kotzer de Waldaffe. D'après les autres noms du docu- 
ment, c'est là un prénom et non pas un nom de famille ; et c'est 
dans ce prénom, comme me l'a écrit M. le rabbin Salfeld, que 
nous aurions l'origine du nom de la famille italienne des "îttip qui 
ainsi serait venue du Rheingau. 

Dès lors, il faut renoncer à voir 3 sur la tombe de Meschoullam 
Cousser de Riva des armes avec l'emblème de la récolte et assi- 
gner pour origine au nom de Cousser le nom de Yekouthiel. 

David Kaufmann. 

P. S. — Ahron Luzzatto, dans sa collection des épitaphes 
hébraïques de Trieste, ù^sn bà, n° 25, mentionne l'épitaphe d'un 
certain Abraham Tnp mort le 15 Tébet 559G (— G janvier 1836). 
Cette manière d'écrire ce nom de famille confirme mon hypothèse 
sur l'origine de ce nom. 



1 Zunz, l. c, 40. 

3 Je dois à M. Salfeld le libellé du document tiré de Bedmann, Eheinr/anische 
Altert&mer, II, 715. Il est ainsi conçu : 

« Wir Adolph... als wir niichst tim reddelich willen allen und iglichen unsern 
Juddenburgern, Iren Kinden, und Gesinden nnser Trostunge und Geleyde utl'-und 
abegesagt baben, also, dess sie nacb diesen nestkomenden S. Michelstag binfur fur- 
ter In vnsern Stedten, Slossen, Ddrffern, Wylern, Lauden und gebieten nit mer 
wonen, wandeln, oder sich enthalten sollen : dass wir vss sunderlicher Vrsach be- 
wegt, gegonnet und erlaubt baben, vergonnen und erleûben geinwertiglich mit 
Graft diess Br. vnserme Indenburgern Mosse von Nusse, und Mosse von Nuremberg, 
Onielman, Salman Ditjmule, Josep Dictzsche, und Joseph von Zersch, Sara und Sûs- 
skint Ir Eyden zu Osterich, T7/£s, und sin sone Getckalk, und Sanwel zu Eltuil, 
Kotzer zu Walda/fe, und Lini und sein Son zu Algenskeim, dass sie mit Iren 
Hussfrauen, Kinden und Brotessen furier ein Jar lan^k, nemblich bis nlï" den 
obbestimpten sant Michelstag, der Komen wirdet in dem Jare, als man schrybet 
nach vnsers Herrn geburt, dusent, vierhundert, Siebenzig und ein Jar, in unserm 
Lande dem Ryngauwe husen und wonen; und wir geben Ine diesse obbestimpte 
Jare eyn sicher l'ry strak geleyde, Inmassen sie dan bissher gehabt haben, doch 
mit dem Underscbeide, dess sie, devyle und derentbinnen uf Gesuch nit ussliehen, 
wuchern, oder sust eynicberley ander Handlunge tryben sollen ; auch so mogen die 
benannten Jnden, und Ir iglich sich, Ir Kynde, Gesinde, und wem sie das furter 
gunnen wollen, ob und was darbinnen der obbestimpten Zyt todes abegeen wurde, 
uff den Judensand by unser Stat Mentze gelegen begraben lassen ; und sollen die 
obgn. Iuden nit schuldig oder pflichtig sin von demselben erst komenden Jar un- 
sern Lantschryber Im Ringgawe eincherby Zinnss zu bezalen, etc. Urk diss br. der 
geben ist In unser Stat Mentze, am Sontag nach Laurency auno Dei Millesimo, 
Quadrigentes septuagesimo. • 

3 Comme je l'ai fait moi-môme dans cette Revue, XXXIII, 311. 



NOTES ET MÉLANGES 305 



UNE NOUVELLE INSCRIPTION HÉBRAÏQUE 



Le musée Galvet d'Avignon possède, dans sa salle du moyen 
âge, une inscription hébraïque qui, croyons-nous, n'a jamais été 
relevée. C'est une pierre rectangulaire d'environ 80 cm. de large 
sur 65 cm. de haut, coupée horizontalement par le milieu, mais 
réunie par deux crochets en fer. L'inscription, à part une ou 
deux lettres, est très bien conservée et se lit facilement. En voici 
le texte et la traduction . 

mNitinn b^ m ma iotû 

iriaaNn yana it b? bripl 

ûmaan ïifctt nbn nban 

tr^-h nttan N3U5Npnpi d^dn 

}a omaNi aN^b^n d^n pnn 

dam tiTrr mati "pab d?d 

"i antt irT» niïi Nbrt brtp^ 

N d"P ÛVtt y^N^S"! 3p3>i 

psb apnr: bib« rm 

Cette maison a été fondée aux frais de la communauté par l'inter- 
médiaire de ces quatre hommes, à savoir les vaillants Ephraïm de 
Carcassonne, Cémah Rouget, Johanan Haïm de Milhaud et Abraham, 
fils d'Aron, de Montélis (Monteil) qui ont fait des sacrifices person- 
nels pour le peuple à propos de la construction de cette maison. Et 
le rabbin de la communauté est notre maître Rabbi Jacob de Prague. 
Aujourd'hui, 1 er jour du mois d'Eloul 5502 (1742). 

Il est difficile de dire exactement à quelle maison notre inscrip- 
tion fait allusion. Mais tout nous fait croire qu'il s'agit d'une 
annexe de la synagogue. Au milieu du xvm e siècle, la commu- 
nauté juive d'Avignon avait pris un développement relativement 
considérable. La population était si nombreuse qu'il était question 
de construire une seconde synagogue. Cependant, s'il s'agissait 
du temple même, il est probable qu'on n'aurait pas employé le 
terme de ma (maison). Il faut donc supposer qu'il s'agit d'une 
salle de réunion, ou même d'une sorte d'asile de nuit pour les 
pauvres passants, deux institutions qui se trouvaient dans les dé- 
pendances de l'ancienne synagogue. 

Jules Bauer. 

T. XXXV, N° 70. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

UNE LISTE HÊBIUÏQUE DE NOMS GÉOGRAPHIQUES 
DE L'AFRIQUE DU NORD 



M. Ad. Neubauer a publié dans cette Revue (t. V, p. 249) une 
liste de noms géographiques qui se trouve dans un ms. hébreu de 
la Bibliothèque nationale intitulé Et Sofer, et qui a été écrit à Mé- 
quinez, en 1728. C'est une liste de villes africaines avec les noms 
des rivières avoisinantes, dont la connaissance était nécessaire 
pour la rédaction des actes de divorce. 

Cette liste n'ayant que quelques lignes, on nous permettra de la 
reproduire à nouveau ». 

M. Neubauer n'ayant pas identifié ces noms, nous allons es- 
sayer de combler cette lacune. 

■nain .tpttDùitN 'a fND»bn .ns^oann r a taaaan» .S^iNiabN nna ond 
.m'a "p-ibona .m 'a nbab^Nn .pnpmn 'a abo .oio 'a naffmHn .nainâ 'a 
.tnt 'a paara .maub inti 'a ajaromiK ."nêfittin 'a nsaa^ »&**bpb« 'a o-na 
^na* itwm nsaa .DKïma 'a rrai ."ïbanàN 'a iiTBKn .sip->b 'a tm naaipb 
">ba\\ 'a ïTrâm .baaia&ï 'a ^proaZEN .bobs 'a DwNastt .Nam 'a hisnd 
.^oeon 'a 'ûn^y ^aa ."piann 's iTPia nsaai zaa-n .TiNnbN 'a n*«n 
.vint ï«aja "inîn .saN 'a n-iss .o^a 'a •piNtan 

[1] Fez, rivière Ougadir; [2] Merâkesch (Maroc), r. Tehnsift; [3]Tlem- 
cen, r. I'sser-Tena-Assif ; [4] Tuggurt (?), r. Djidida; [5] Taroudant, 
r. Sous ; [6] Sella, r. Bou-Regrag ; [7] Tafilelt, r. Ziz ; [8] Gracillon, 
r. Ziz; [9] Guers, r. El-Cala'a ; [10] Demnât, r. Mehedia ; [11] Ait 
'Attab, r. Oued-el-'Abied ; [12] Ezaguin (?), r. Zâz; [13] Al-Kçar el- 
Kabir, r. El-Khous; [14] Tefesra(?), Djabarou; [15] Debdou, r. Bou- 
'Attaj [16] Kefr Aït-'Abd Kefra, r. Draa'; [17] Mequinez, r. Felfel 
[18] A-Maçmiqi (?), r. Engcla ; [19] Oudjda, r. Igli ; [20] Taza, r 
Lakhder; [21] Bou f Atat et village Bou-Yahya, r. Tiguisas ; [22] Béni 
r Aïat, r. Cencel; [23] Tétuan, r. Aiguas; [24] Sefrou, r. Aga ; [25] 
Hezrou, source de Zereh. 



1 Nous ne sommes pas tout à fait d'accord avec notre confrère pour la lecture de 
ces noms. Ainsi, le premier nom de rivière doit être lu ""plNiabi 1 * ou lïlNiabN, 
et non "n^^ î le ^ e nom est ^p^StttN» et non ifinaZEN. Ensuite, si le ms. est 
bien daté du 19 adar 5488 (= 1728), il n'en résulte pas, pour nous, que la liste ap- 
partienne à celte date; elle peut être de beaucoup antérieure au copiste. Enfin, 
celte liste ne parle pas seulement du Maroc, mais des provinces plus ou moins voi- 
sines, comme le dit formellement le texte : mpirnm mail^pn ma^E. 



NOTES ET MÉLANGES 307 

Vu l'incertitude de plusieurs de ces identifications, voici — la 
carte sous les yeux — des explications justificatives : 

1° L'écrivain nomme voisine de Fez, la petite rivière Ougâdir, 
au lieu du fleuve Oued Sbou, sans donner la raison de cette pré- 
férence. — 3. De même, pour Tlemcen, au lieu d'indiquer le voi- 
sinage du cours d'eau Sekâk, il parle des deux fleuves qui coulent 
non loin de là, Tisser et la Tafna, qu'il suppose joints et auxquels 
il ajoute le nom berbère Assif (rivière). — 4. Pour lire le nom 
Tuggurt, il faut supposer les deux avant-dernières lettres inter- 
verties ; c'est possible, mais non absolument certain. Il est vrai 
que l'orthographe du nom de la rivière est traitée de la même 
façon, et qu'il y a d'autres interversions de lettres, peu graves. — 
12. Ezaguin est proposé dubitativement ; Léon l'Africain, — comme 
M. de La Martinière veut bien nous le signaler, — cite une loca- 
lité de ce nom, sise à 72 milles de Fez, construite sur le flanc 
d'une montagne à environ 22 milles du fleuve Onargna : il n'est 
pas question du Zâz. — 14. Au lieu de lire Tebessa, comme le 
texte y convie, il faut préférer la lecture Tefesra, située dans la 
province d'Oran, puis admettre une transcription, dénaturée par 
la prononciation vulgaire, du nom de Djabrou, une des sources 
qui vont à la rive gauche de la Tafna. — 17. Le nom Felfel, que 
nous avouons n'avoir rencontré dans aucune géographie mo- 
derne, est ainsi orthographié par Yakout, dans son Dictionn. 
gêogr. (éd. Wustenfeld, III, 453). — 18. Là le nom de la ville et 
celui de la rivière sont, tous deux, incertains. Pour celle-ci, faut- 
il songer à Anaccâl, sis à deux journées d'Om-Rabi, où « coule 
une source d'eau limpide * »? — 21. L'Oued Tiguisas est bien au 
Maroc, mais coule loin des parages des Bou 'Atat : est-ce une 
erreur de transcription ? — 22. Edrisi 2 donne ce nom de Cencel, 
que M. de Goeje transcrit Çonçal ; le copiste juif a écrit m pourn. 
— 25. Le nom Hezron est orthographié comme l'écrit notre texte, 
dans Yakout, III, 257. Au lieu de Zareh, c'est peut-être Zarhoum. 

Ces variations d'orthographe s'expliquent peut-être par les 
nombreuses migrations des Juifs d'une province de l'Afrique dans 
l'autre ; d'après le Roud el Cartas 3 , les Juifs d'Espagne et 
8000 familles de Gordoue passèrent à Fez dès Tan 823 de l'ère 
vulgaire. 

Moïse Schwab. 



1 Edrisi, Géographie, édit. de Goeje (Leyde, 1866), p. 71 ; trad. p. 82. 

* Ibid., texte, p. 201 ; trad., p. 246. 

a Histoire du Maghreb, trad. Beaumier, p. 55. 



BIBLIOGRAPHIE 



Machsor Vitry nach der Handschrift im British Muséum, zum ersten Maie heraus- 
gegeben und mit Anmerkungen versehen von S. Hurwitz, Rabbiner. Berlin, 
1893-96. 

Einleitung und Register zum Machsor Vitry von Rabbiner S. Hurwitz mit 
Beitrâgen von D r A. Berliner. Berlin, 1896-1897, herausgegeben im Selbstver- 
lacre des Vereins M'kize Nirdamim. 



Le Mahzor Vitry, commencé à la fia du xi e siècle, sous la direc- 
tion de Raschi, est d'une grande importance pour l'histoire de la 
culture et de la littérature des Juifs. La Société littéraire « Mekize 
Nirdamim », qui, en publiant cet ouvrage, l'a mis à la portée des 
amis de la science juive, mérite notre reconnaissance. Seulement 
il est très regrettable qu'elle n'ait tenu aucun compte des règles de 
la critique moderne dans l'exécution de cette édition. Cette édi- 
tion est faite uniquement d'après une copie du manuscrit de 
Londres, tandis que les manuscrits d'Oxford de cet ouvrage, le Sid- 
dour de Raschi, l'ouvrage de Raschi appelé imm TiOtt et d'autres 
manuscrits s'y rapportant, n'oat pas été utilisés. On a négligé de 
collationner la copie avec l'original, qui est au British Muséum, 
quoique l'impression ait duré quelques années, et ce n'est que l'in- 
troduction qui donue des corrections et des restitutions d'après le 
ms. Si on considère, en outre, que le manuscrit de Londres est plein 
d'additions postérieures, il est inévitable que l'étude de cet ouvrage 
et un coup d'œil jeté sur la forme primitive n'auraient pas été inu- 
tiles. On n'a guère fait davantage pour aider les lecteurs à s'orien- 
ter. L'ouvrage, qui compte 800 pages, n'a pas de table des matières ! 
Il est impardonnable de la part des « Mekize Nirdamim » d'avoir 
confié cette édition à M. Hurwitz et de n'avoir pas surveillé l'exé- 
cution de son travail. M. Hurwitz possède un grand savoir talmu- 
diqne, mais il n'a pas le sentiment de la méthode et des exigences 
e la critique. Chaque page du M. V. en fournit la preuve, 
--ans ses notes l'éditeur se livre souvent à d'inutiles discussions 
nalachiques et néglige d'établir la correction du texte, de renvoyer 



BIBLIOGRAPHIE 309 

aux sources et d'indiquer les ouvrages les plus anciens où M. V. 
est cité. 

Les nombreuses corrections, que l'introduction nous apporte trop 
tardivement, n'épuisent même pas les corruptions du texte. Les pas- 
sages suivants en sont d'intéressants exemples : 

P. 23, iïïijp '-)U)"<uia iib^b m»n, i. iaitt>a. 

P. 444, $"i. "paTra bcabtab it i-D\nn h$ ^ittob nmfci 'n -i^an 
■psvwa. Il faut ici •paiwa "ja-nEana babab. 

P. 242, 2W1272 fc*ba naiE na^N ; lire 3>WU3to ; voir Pardès, n° 290. 

P. 347, ntttfb ami ^minai 'ifrtt, il manque les mots bfin^ 3?7a\r>. 

P. 360, laib rtsmw ^aatt KT^maa iba^a -»ibï-r ^ "paum, lire ^aa» 
-ittib niti^i ir>wa. 

Les indications de sources et de passages parallèles sont très dé- 
fectueuses. 

P. 25, mai» n-TO b^ naa>tt ^ayi. Là-dessus M. H. observe : ï*l 
JMîîatt a*aa n"3 ï^û n"iNa ^"aM anart m. Il aurait dû dire plutôt que 
cela est rapporté dans Mordechaï Schebouot, ch. n, comme Consul- 
tation de Raschi. 

P. 93. ^nbï-t iTi na baiera 'i ï«Ott; Pardès (éd. Varsovie), 416 a. 

P. 99, n3U) naan, Or Zaroua, II, 22, au nom du Siddour de Raschi. 

P. 405, nauia rmï-tb bma n'"n, ZiUouté Pardès (éd. Amst.), 23c. 

P. 201, anbwiiiû'i, Pardès, n° 198; Schibbole ha-Léket, n° 4 86; Méïr 
de Rothenbourg, Gonsult., éd. Prague, n° 634. 

P. 213, ama mab^tt. L'éditeur ne sait pas que les maistp mablrr 
sont publiées d'après un ms. de Parme dans Ch. M. Horwitz, ma 
mabnrt mas, I. Les a"ma mabrt s'y trouvent à la page 49. 

P. 255, a^asap a^ban "pao, Mordechaï à la fin d'Aboda Zara comme 
réponse de Raschi. 

P. 287, a^avj aw ma, Pardès, n° 147. 

P. 288, nbwau) -laiman bacs, voir na^is ^aan mai^n, n° 41, et ûton 
ÛW, n° 426. 

P. 320, )*ivn~\ -na^ .îTONii ne» a pi, voir Introduction, p. 66. La 
source est le rrnmn mtaa> uw», Jellinek, Betk ha-Midrasch, I, 69. 

P. 325, ïiaViao iaiSB3 ïTiaaa, Pesikta Rab., 91a. 

P. 345, aDttttn ^bfcin. Rép. de Raschi dans û^ttUE ttain, p. 2; 
Pardès, p. 116 #. 

P. 358, Or Zaroua, I, 75 #, cite cette réponse de Raschi et observe 
qu'elle débutait par Siina UN et qu'elle était signée de Raschi et de 
son gendre. 

P. 382, b-naï-rb -noao, Pardès, n° 180. 

P. 387, la^an minai, Pardès, f° 12 b. 

Ces quelques exemples, qu'on pourrait multiplier, montrent la va- 
leur des notes de M. Hurwitz. 

En ce qui concerne l'Introduction, il n'y a pas d'exemple d'une 
pareille absence de critique. M. H. trouve qu'il est possible que 
Simha, le disciple de Raschi (mort en 1105), ait vécu encore, en 
1208 (p. 7). Il ne sait pas qu'il y a une différence entre Simha de 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Vitry, Simha de Spire et un troisième Simha cité dans Séfer ha- 
Yaschar (p. 8). Il confond Eliakim ha-Lévi de Spire avec Eliakim de 
Mayence (p. 14), Joseph b. Moïse (disciple de R. S. B. M.) avec 
Joseph b. Isaac Bechor Schor (p. 15). M. Hurwitz ne connaît pas 
de différence entre mbi^ mr>bii, mpios m^bïi et mmatp rrobn 
(p. 25). Jacob b. Simson est pour lui le même personnage que 
Jacob Nazir (p. 31). De même, il confond Méïr b. Joseph du nord 
de la France, ou de Lorraine, avec son homonyme de Narbonne 
(p. 37) ; Menahem b. Helbo avec Menahem b. Machir (38); Meschoul- 
lam b. Kalonymos avec Meschoullam b. Natan (p. 40); Matatia, le 
gaon babylonien, avec Matatia de Paris (p. 41). 

P. 60, M. H. considère comme possible que Raschi cite son petit- 
fils, Salomon b. Méïr et cela en ces termes : "iron ^pTQ^a TN£tt p 
-ptfto ^nnn ttabiû « C'est ce que j'ai trouvé dans les Nimoukim de 
notre maître Salomon, fils de R. Méïr ! » 

Ces erreurs, que j'oserai qualifier de scandaleuses et d'autres en- 
core sur lesquelles M. Berliner a appelé l'attention, ne peuvent s'ex- 
cuser par le manque de livres et de manuscrits 1 , car tout débutant 
dans l'histoire de notre littérature sait ces choses-là. Je ne m'ex- 
plique pas comment une société littéraire a pu livrer au public un 
travail semblable. 

Il eût été beaucoup plus avantageux pour l'ouvrage si M. H , au 
lieu de ses malheureux essais d'histoire littéraire, y avait mis les 
index des matières et des noms. Ainsi nous n'avons, pour cet 
ouvrage si étendu, non seulement pas de table de matières, mais 
même pas de sommaire. Les index qui s'y trouvent sont mal dis- 
posés et défectueux. J'y remarque l'omission des noms de personnes 
et de choses suivants: 

b-ûttN!-!, 753, 755. — viai mb^tt, 323 (corruption de Nrûb^m 
•nai). — ^nn *d imïT '-i, 381, v. marau) '% — n"-i p tp-n '-), 243. 
— Yùya iov 'n, 445. — ttJ'HDtt bTWïWnna 'n snn p banm 'i, 247. 
Voir Introduction, p. 40. — "PT5Ï1 npjn '-), 368, dans H., au-dessous 
de Jacob b. Simson. — ttSP, 152, à la fin d'une glose. — n"m pmr» ,m \ 
D^n, 56. — h-nta -p^ft nnn) pnsr 'i, 444. — û":m, 649. — «a*n, 
413. — np\ 445. - • b^nbtt btiTW* 'n, 754. Autrement inconnu. — npb 
aira, 249, dans une note marginale. — nVTvm m-pon Uî-n?3, 656. — 
^-id?û bilan mnn» 'n snrr p barm na nra n, 247. — wnntt nvn '-i, 
798, voir Monatsschrift , XLI, 308. — 3>"a3, 347 — W D'ODS "nso , 
247. _ û'^E'OD D*nDO, 112. — ÛW 'D, 32. Un Midrasch ressem- 
blant au rs^nn ^ya. — "oam ^sp, 209. — brsp naion ,«531-1, 226. — 

W1 "OS, 312. — N^OTl, 243, 248. — flNibtt ïlttbtt r 1, 112. - ^b -|173tt 

sw», 393. — ■no'ntt nn?2U5 S, 244. — ^rn -n ïttw -d majora 'n, 

1 M. Berliner dit en enjolivant les choses : 1UJN p" 1 p") "O rtJHItt 1D173 "OSn 

t^tbttbi i^ina* s**ab *p b«b irnii ûma ïran «b [ynmï-r] o"n nritt 

V"P*1 « C'est parce qu'il m'a été donné de me servir de mss. ou d'éditions rares que 
M H. ne connaissait pas que j'ai pu compléter ses paroles. » — Introduction, p. 17t. 



BIBLIOGRAPHIE 311 

294. — ^Nn 'o, 649, reproduit p. 674. — mil M'">n, 153. — W NDn 
Wb», 317, 637. 

La table des passages où Raschi est cité (p. 51-60) est également 
fort mal faite et ne mérite nullement l'éloge que M. Berliner lui dé- 
cerne 1 . On n'y observe pas même la suite des chiffres de pagination. 
Après 91 vient 35, après 268, 148, etc. nift "ITW, P- ^24, n'est pas 
Raschi, comme M. H. lui-même le dit, et cependant ce passage est cité 
dans l'Introduction, p. 57.— P. 59, M. H. cite du M. F., 769, n^m "mal 
UJ-iDE ; or, ceci est emprunté au Se fer ha-Terouma, et irai "n*ra 
ne désigne pas Raschi mais Isaac b. Samuel. Par contre, H. ne 
cite pas les nombreux passages suivants où Raschi est cité : p. 8, 
25, 35, 36, 39, 40, 53, 82, 83, 91, 93, 103, 120, 142, 148, 149, 150, 492, 193, 
204, 208, 209, 210, 212, 218, 228 (?), 242, 249, 252, 254, 255, 260,268, 
269, 357, 359, 366, 413, 435, 442, 446, 586, 587, 589, 591 (?), 608, 635, 
636, 638. On voit par là quelle est la valeur de l'index. 

L'index des citations du Talmud est inutilisable, parce qu'il est 
disposé, non selon la suite des traités, mais suivant la pagination 
dans M. V. 

Nous bornerons là nos observations sur l'appareil critique de l'In- 
troduction. Sans nous étendre sur les opinions de M. Hurwitz en ce 
qui concerne le plan et l'histoire de l'ouvrage, nous remarquerons 
seulement que *j"3N qui se trouve à la fin de certaines notes ne si- 
gnifie pas "jns -a "iT^bN, comme M. H. le dit par erreur, mais d!t"DN 
1ns "D. Au surplus, je renvoie à mon travail sur Schemaya, Monats- 
schrift, XLI, 257 et s. où je crois avoir établi exactement les rapports 
respectifs du Mahzor Yitry, du Pardès entre eux et entre les écrits 
de Schemaya. Depuis, j'ai découvert que dans le "in m "IIDN de Raschi 
(ms. Merzbachei) il y a des notes de Schemaya et j'y ai trouvé la 
confirmation la plus nette de mes vues sur les rapports des ou- 
vrages mentionnés. Je reviendrai sur ce point et je vais passer main- 
tenant aux corrections et notes de M. Berliner. 

P. 172. Abraham mentionné dans M. F., p. 222 (*"3 ûïTûN 'n iS») 
n'est pas Abraham b. Joseph d'Orléans, mais un contemporain de 
Simha de Vitry. Les mots cités se trouvent aussi dans le Siddour de 
Raschi et dans le "inîTl TiDN, et ne peuvent être considérés comme 
une addition postérieure. 

P. 174. La correspondance de Raschi avec son maître Isaac ha-Lévi 
a déjà été publiée par M. Halberstam, en 1882, d'après le "p^ii 'o, dans 
Bet-Talmud, II, 296. La réponse de Raschi est aussi rapportée dans 
le Pardès, n° 228. 

P. 185. Le commentaire sur Abot, imprimé dans le Siddour de 
Turin, 1525, n'a pas Raschi pour auteur. Il y est dit : ^0*15 ÏWp 'n\ 
Raschi a lu d^Sp "i ; voir npinïi, I, 93. 

P. 4 87. M. Berliner nie que Jacob b. Simson ait été un disciple de 

1 p. 176. (?)ba na nrna tpoab &m»?i hm ann is»* ï-rb? bna nan 

dno "irpn-i in ^an auîa ûib éoie v 'un iibn nvaipttfi. 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Raschi et voudrait eu faire uu contemporain de Jacob Tarn. J'ai 
parlé plus haut de Jacob b. Simson. 

En ce qui concerne le commentaire sut Abot, M. Berliner aurait dû 
renvoyer à l'Introduction de M. Schechter sur Âbot de R. Nathan, 
p. ix, où le nécessaire a été dit sur cetle question. 

A la fin de l'Introduction, M. Berliner publie les dernières pages 
du manuscrit de Londres qui n'avaient pas été copiées. Les der- 
nières pages de l'Introduction portent en haut une pagination indé- 
pendante de 1 à 46 et en bas le chiffre de pagination de M. V. La fin 
du M. V. traite du calendrier juif et on y voit que l'auteur a vécu 
dans la première moitié de xui e siècle. Au sujet de cette question, 
M. Berliner dit, à la page 4 de la nouvelle pagination : « L'année 4902 
(1142) qui se trouve à la p. 12, au commencement du calendrier, n'est 
pas l'année où vivait l'auteur ou le copiste. Cette année n'a été choi- 
sie comme la première du comput que parce que Abraham b. Hiyya 
commence son calendrier par la 4 re année du 258 e cycle (258 X 49 
= 4902 = 4442). L'auteur a dû plutôt vivre vers l'an 4970 = 4210, 
comme cela résulte de la page 8. » Ce cas, s'il était vrai, devrait comp- 
ter parmi les plus grandes curiosités de notre littérature. Ordinaire- 
ment on fait un calendrier pour l'avenir. Mais ici un homme du 
xm e siècle aurait commencé son calendrier avec la dernière année 
du 258 e cycle, c'est-à-dire en 4 442, uniquement £arce que le calen- 
drier d'Abraham b. Hiyya commence par la première année de ce 
cycle (44 24)! Cependant cette surprise légitime disparaît dès qu'on 
jette un coup d'œil sur le calendrier. Il commence, à la page 4 2, par 
l'année 4242 ', et nullement par l'an 4 4 42. L'hypothèse de M. Berli- 
ner concernant la dépendance de notre calendrier d'Abraham b. 
Hiyya, repose sur une erreur d'un siècle entier. 

P. 45. M. B. rend compte du livre ^pbNïi '0 de Jacob b. Simson et 
dit : « Le cycle 258 est désigné comme le cycle prochain par le ver- 
set nbiri ^b-n 3>ntfi nNntt rrpy éwfv Ce cycle commence en l'an 84 
(4883 = 1423) et est choisi d'après l'exemple d'Ab. Hiyya, comme je 
l'ai prouvé plus haut. » Nous savons ce qui en est de la preuve en 
question. Ici je ne puis m'expliquer comment l'an 4884 (le 4 er du 
cycle 258) peut être aussi en même temps 4883. D'après ce qu'on sait 
du manuscrit, il n'y pas de doute que Jacob b. Simson a écrit son 
itûipbNrt '0 à la fin du 257 e cycle ; il y fait allusion par les mots Nirn 
jatë -)N3» 3p2\ Il commence son calendrier par le 258 e cycle et l'in- 
dique par les mots ïi^n fc jV ,| 1. Il n'y rien de surprenant dans le fait 
que Jacob et Abraham b. Hiyya composèrent en même temps des 
calendriers. M. Steinschneider écrit aussi (Die Mathematik beî dm 
Juden) : « Jacob ben Simson composa en 4 423 un calendrier dont une 
partie seulement nous a été conservée dans un ms. de laBodléienne » 
(Neubauer, n° 629) 2 . 

1 ûwi d'isba 'n D3M3 y«353b rtbaffli rmbifcïri msnpnn no -fb nïti 
Y'oi mmab 'ft rûttn nbi^ rwnb. 

* Bibliothtca Mathematica, Stockholm, 4896, p. 78. 



BIBLIOGRAPHIE 313 

Avant de clore cette Dotice, je me permets d'exprimer le vœu que 
les savants directeurs de la société littéraire Mekize Nirdamim appor- 
teront à l'avenir plus d'attention à leurs publications. Chacun de 
ceux qui sont à la tête d'une société de ce genre a une grande res- 
ponsabilité, non seulement envers les membres de la société, mais 
aussi vis-à-vis de la littérature. Les éditions d'une pareille société 
doivent offrir toute la perfection réalisable. La société doit montrer 
par des exemples quelles sont les exigences de la critique moderne 
à l'égard d'un éditeur. On ne devrait accepter que des travaux attes- 
tant un goût approfondi et sérieux de la science et de la compétence 
dans cette branche des connaissances chez les auteurs. Des travaux 
de faible valeur ou de mauvais aloi doivent être refusés sans 
ménagement. 

Vienne, octobre 1897. 

A. Epstein. 



CORRESPONDANCE 



Dans le dernier numéro de cette Revue (p. 132-155) M. Belléli a 
consacré un long et intéressant article à la critique détaillée de 
ma transcription du Pentateuque néo-grec; cet article dépasse le 
cadre d'un simple compte rendu et ajoute, comme l'auteur a tout 
droit de le dire, un « petit chapitre à l'histoire de l'exégèse bi- 
blique ». Espérons qu'il faut attribuer au désir de M. Belléli de ne 
relever dans son étude que ce qui peut contribuer à ce résultat, le 
fait que mon critique ne mentionne que ce qui, dans mon livre, lui 
paraît insuffisant ou manqué, et qu'il passe sous silence, non seule- 
ment mes recherches bibliographiques sur le sujet et mes études sur 
le vocabulaire, mais aussi la conclusion à laquelle je suis arrivé 
quant au vrai caractère de la langue de cette traduction. Il ne m'ap- 
partient pas de combler cette lacune, — si lacune il y a — dans la 
critique de M. Belléli ; je n'ai pas non plus invoqué l'hospitalité de 
cette Revue pour me défendre contre tous les reproches qui me sont 
adressés. Au contraire, je concède volontiers que ceux qui se rap- 
portent aux fautes provenant de ma connaissance très imparfaite 
de l'hébreu, sont en grande partie mérités ; seulement je tiens à 
rappeler ici que, dans ma préface, j'ai à plusieurs reprises (p. n, vi, 
xix, lviii), moi-même signalé ce manque de connaissances spéciales, 
ce qui ne ressort pas de la critique de M. Belléli. Mais on me dira 
que l'aveu d'une faute n'équivaut pas à l'excuse et qu'il aurait 
mieux valu ne pas aborder un travail qui, pour être parfait, exigeait 
des connaissances que je n'avais pas. Je réplique que je sens ce que 
cette remarque a de juste: seulement la conviction que la publica- 
tion d'un livre aussi important que cette traduction du Pentateuque 
ne devait pas attendre l'apparition invraisemblable d'un helléniste 
qui aurait fait une étude approfondie de l'hébreu, a eu raison de mes 
hésitatious et de mes scrupules. Il y avait encore ceci : je savais que 
M. Belléli, qui a voué de longues années à l'étude de ce texte, cher- 
chait en vain un éditeur; peu de temps après avoir appris que 
M. Belléli s'était rendu à Paris pour étudier de nouveau l'exem- 
plaire de la Bibliothèque Nationale, on me disait qu'il était fort 
possible que les circonstances ne lui permissent pas d'achever son 



CORRESPONDANCE 315 

travail 1 . En outre, ma transcription était déjà en partie terminée et 
j'avais pris des engagements envers mon éditeur. Je résolus donc de 
continuer mon travail « conçu dans une intention louable » (c'est le 
seul éloge que M. Belléli veut bien m'accorder), dans l'espoir que le 
service qu'il pourrait rendre aux études néo-grecques ferait par- 
donner mon peu de compétence en hébreu et certaines négligences 
qui s'expliquent par les circonstances défavorables où je me trouvais 
placé \ J'ajoute que la lecture des chapitres publiés par M. Belléli 
dans la Revue des Études grecques m'avait donné la conviction que, 
quoique très compétent en hébreu, il n'avait point de connaissances 
suffisantes du grec historique pour faire, de son côté, une édition qui 
ne prêtât pas le flanc à une critique très justifiée de la part des néo- 
grécisants. Le dernier article de M. Belléli m'a confirmé dans cette 
conviction. Comme il s'agit ici d'une question de méthode, dont la 
discussion peut avoir quelque valeur pour d'autres éditeurs de 
textes semblables, et non pas d'un froissement d'amour-propre, je 
demande la permission d'insister sur deux ou trois points qui pour- 
ront illustrer les principes de M. Belléli. Je ne puis songer à relever 
ici les cas où mon critique n'a compris qu'à demi ce que j'ai allégué 
en faveur de mes explications. 

M. Belléli fait remarquer qu' « entre le traducteur de Constanti- 
nople et ses lecteurs contemporains il existait une espèce de conven- 
tion tacite, grâce à laquelle ces derniers se contentaient d'une repré- 
sentation approximative, toutes les fois qu'elle était imposée par 
la nécessité (p. 4 33) ». J'ai peut-être trop négligé cette convention 
tacite, mais je me félicite de ne pas y avoir attaché l'importance 
que lui attribue la transcription de M. Belléli, car une confiance trop 
absolue dans ce système d' « à peu près » tend à éliminer du texte 
nombre de graphies intéressantes, qui répondent à des particularités 
linguistiques du grec actuel eu médiéval. J'ai donc mentionné toutes 
les graphies d'un intérêt quelconque et je n'ai discuté que celles 
qui ont un reflet dans les dialectes grecs de nos jours. Il se peut 
très bien qu'il s'agisse parfois d'un effet de transcription là où j'ai 
cru devoir admettre une particularité grammaticale (ainsi pour le 
changement de t en 6), mais, dans ces cas même, ma transcription ne 
pêche que par un « trop », tandis que le système de M. Belléli lui 
a fait écrire x^ 7 ». X*' ^* a u lieu de x^ï l7 )> xM^D P?^» "VT^5> 

Gen., I, 41), oOpctvo-i pour épavoû (Gen., I, 47), icstâ pour ireTdîsi (^Nl3D y 

(Gen., i, 20), va ôy^i pour vartôfi pT 1 ^, Gen., 2, 19), wxokM^ pour 

1 Ces renseignements, d'ailleurs, sont à présent confirmés par M. Belléli lui-même 
(p. 132). 

1 J'ai signalé dans mon introduction une bonne partie des erreurs de ce genre. 
L'impression par demi-feuillets dans un établissement qui n'avait qu'un fonds très 
restreint de caractères grecs a rendu la correction des épreuves extrêmement dif- 
ficile. M. Belléli me reproche à bon droit quelques irrégularités daDS l'accentuation, 
qui proviennent de la cause que je viens de nommer, mais il a tort de blâmer l'ac- 
centuation 7i:6X£u.ou, (juvrpocpov, à6pco7rou, (pw^id (cf. Hatzidakis, EinL, p. 432, et 
Introduction, p. xni). 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aufxoWti^ (avec a, Geo., u, 24), élite pouretitev (Gen., m, 1), èpé pour ipév 
(Gen., m, 12), èyveO/e pour èyved/ev (Gen., iv, 5), etc. Or, l'intérêt du texte 
consiste surtout daus ce qu'il nous apprend sur la phonétique et l'éty- 
mologie du parler populaire de Gonstantinople d'il y a trois siècles. A. 
cet égard, il n'est pas indifférent que l'auteur écrive tantôt tBfiP*lÇ, tan- 
tôt ttS^p. Quelques-unes des formes que M. Belléli déclare impos- 
sibles à expliquer ont leurs équivalents dans la langue actuelle (voir 
à ce sujet Hatzidakis, Einl. p. 337). Du reste, M. Belléli n'a pas été 
toujours fidèle à son système : il écrit xopcçei (Gen., i, 6), «epitiTeûyet 
(Gen., i, 21), Çwytk (Gen., n, 7) et même ^-yi-d8epçTÎ (Gen., iv, 22). 

M. Belléli me reproche de voir des hébraïsmes dans des locu- 
tions comme <JU{iità8ïi« t6 yx<t(<ji[Lo axXdpouç ôeoû toû itaTptfc crou (Gen., 
l, 17), ?tov?i afjxa-ca (Gen., iv, 10), jjtépeç extyï) (Gen., xxvn, 41), etc. 
D'après lui, elles témoignent que « le génitif, surtout au pluriel, ten- 
dait à disparaître de la langue moderne » (p. 141), et il me demande 
pourquoi, s'il faut croire à un hébraïsme, l'auteur n'aurait pas mis 
un nominatif (axXdpot) dans le premier exemple cité. Je réponds que 
l'accusatif s'explique probablement par le verbe <xu|Aità6Ti<je, après le- 
quel un nominatif semblait trop barbare, tandis que l'accusatif 
forme comme un second régime à ce verbe ; en tout cas, notre texte 
ne montre point encore cette disposition imminente du génitif; 
j'ouvre mon livre au hasard et je lis partout des formes comme : twv 
oTtiTiwv (Gen., xlii, 33), twv yoviûv (Gen., xlviii, 21) t<ôv icouSiwv (Gen., 
xxxvi, 10; xlv, 10), {iT)vô)v (Gen., xxxviii, 24), ôXcovûv (Gen., xli, 37), 
Yîjiœff|i(iT(dv (Lévit, vin, 22, 29, 31), àictpajAdcTaiv (Deutér., xxxn, 49), ju- 
<Tïità8u>v (Deut., xxxiii, 11), etc., etc. On sait qu'au singulier le génitif 
est encore de nos jours bien vivant ; la langue de l'auteur ne recule 
point, comme le fait croire M. Belléli, devant une suite de plusieurs 
génitifs, par exemple : tôt Xdywi toû e<jocu toû u!oû t^ç toû fieyd^ou (Gen., 
xxvn, 42). Je persiste donc à croire que ces formes <pwv?i arbora, jiépeç 
OXtyïi sont des hébraïsmes; j'en fais de même pour les appositions 
telles que \iï t6v Bepa, paai^tct; Seôojx (Gen., xiv, 2, etc., les exemples 
se comptent par douzaines). M. Belléli nous apprend, à ce sujet, 
que « dans la langue parlée [l'apposition] est presque toujours 
énoncée par le nominatif (p. 141) ». Cette assertion étonnera sans 
doute aussi bien les Grecs que les grécisants, mais elle trouve son 
explication dans le fait que M. Belléli ne sait point ce qu'on en- 
tend par le mot « apposition », car il donne comme exemple de cette 
catégorie grammaticale la petite conversation que voici : « TèveïSsç t6 
TÇripTÇt»? disais-je hier à un de mes compatriotes. Dort* T^pr^? me 
répondit-il ». Il est facile de voir que M. Belléli a été égaré par cer- 
taines locutions, très fréquentes du reste, qui sont en réalité des 
phrases indépendantes sans verbe, et qu'il a prises pour des apposi- 
tions; en grec comme dans les autres langues, les vraies appositions, 
comme celles de notre texte, sont ipsa natura soumises à la règle 
d'accord. On peut juger, d'après cet exemple, de l'insuffisance des 
études linguistiques de M. Belléli. Ailleurs (p. 142), voulant expli- 



CORRESPONDANCE 317 

quer la formation du futur par vfc et le subjonctif, il nous donne 
le choix entre deux hypothèses dont l'une fait prévoir (sic) à Fau- 
teur que dans 6k vé, le deuxième élément (vd) « était destiné à avoir 
la prépondérance phonétique (64 = te vd) » et l'autre, qu'il juge plus 
probable encore, que l'auteur a voulu éviter « l'écueil d'un débris 
verbal (0é, OéX) », comme si une personne qui n'avait pas reçu « une 
éducation tant soit peu littéraire en ce qui concerne le grec » (p. 154), 
« qui n'avait jamais lu un livre grec » (p. 137), pouvait avoir le moindre 
sentiment de ce qui, seulement pour les étudiants de cette langue, 
peut s'appeler « un débris verbal ». Du reste, je peux me dispenser 
ici d'une critique des connaissances linguistiques de M. Belléli, d'après 
ce qu'en a noté M. Hatzidakis, dans l'A^vâ (nr, p. 625 suiv.). Malgré 
les remarques de M. Belléli, je crois avec ce dernier savant, que l'au- 
teur constantinopolitain, quelque ignorant qu'il fût de la littérature 
et de la grammaire anciennes, avait appris l'alphabet grec, qu'il sa- 
vait lire cette langue. La transcription en caractères étrangers d'un 
homme qui ignore jusqu'à l'alphabet de la langue originale sera 
nécessairement une transcription strictement phonétique, et notre 
texte ne l'est point ; comment un homme qui n'a jamais lu un livre 
grec peut- il savoir que ce qu'il entend comme timboli se compose 
de deux éléments qui, pris isolément, se prononcent Un et polit ja- 
mais il n'écrira tV«4Xi). Je sais des Israélites hollandais très igno- 
rants qui écrivent le hollandais en caractères hébraïques, mais tous 
ces gens savent lire, quoique souvent très imparfaitement, un livre 
hollandais. 

La transcription d'un texte tel que le nôtre offre plusieurs points 
de ressemblance avec l'édition princeps d'un manuscrit peu li- 
sible. Celui qui déchiffre le manuscrit le premier commet des 
fautes que ses successeurs découvrent aisément. C'est ainsi qu'il 
faut expliquer les mauvaises leçons publiées par des savants dis- 
tingués comme Perles (voir mon Introduction, p. lv), Fùrst et 
M. Belléli lui-même. Ce dernier a écrit Revues des Éludes grecques, 
III (1890, p. 301), xal yXotuppàSa (Gen., m, 24), mot qui n'existe pas; 
c'est une faute du même genre que ma leçon àptctkéi pour auki^ 
(Gen., xxv, 16). Seulement je n'ai pas vu dans ces erreurs « un pro- 
duit du travail hâtif >>, de mon devancier, mais une bévue bien par- 
donnable que j'ai corrigée sans qualification aucune en xèyXajxTirpdtôa (de 
ÉxXaurpoç), mot qui répond exactement au terme hébreu. Là même 
où M. Belléli corrige une leçon mal comprise par moi, où l'on dirait 
donc qu'il devait bien se garder de toute précipitation, il commet 
une faute inconcevable pour quiconque ne sait comment il est facile 
de se tromper dans des questions pareilles. Dans mon Introduction 
(p. xxm), j'avoue ne pas comprendre le mot skatilachi, la seule le- 
çon à laquelle me permettaient d'arriver les caractères peu distincts 
de mon exemplaire (celui de Breslau). M. Belléli, soit par conjecture, 
soit à l'aide d'un exemplaire plus lisible à ce passage, lit <A xaxakây^, 
ce qui nous met sur la bonne voie, quoique la locution telle quelle 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'ait aucun sens, ne fût-ce que parce que wcakaY/iviû n'a jamais 
existé en grec ; on corrige sans hésitation <iï x<tï*\d6-$ (3 pour 3). De 
tels exemples montrent que, pour arriver à une intelligence parfaite 
d'un texte comme celui qui nous occupe, les forces d'une seule per- 
sonne sont rarement suffisantes. Pour ma part, j'avoue que la lec- 
ture de l'article, peu bienveillant, de M. Belléli m'a donné des éclair- 
cissements sur plusieurs points, et que, si mon critique ne semble 
avoir appris aucune chose de bon de mon travail, je n'ai, de mon 
côté, aucune peine à reconnaître que je dois à l'étude de M. Belléli 
des renseignements précieux. 

Leyde, novembre 1897. 

D. C. Hesseling. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



REVUE. 



ARTICLES DE FOND. 

Bâcher (W.). Un Midrasch sur le Cantique des Cantiques 230 

Blau (L.) Quelques notes sur Jésus ben Sirach et son ouvrage. 19 

Danon (Abraham). Une secte judéo-musulmane en Turquie 264 

Epstein (A.). Jacob ben Simson 240 

Kaufmann (David). I. Menabem Azarya da Fano et sa famille... 84 
II. Quatre élégies sur la mort de R. Nathauael Trabotto 

de Modène 256 

Lambert (Mayer). La trilitéralité des racines 2"y et Y'y 203 

Lévi (Israël). I. Quelques notes sur Jésus ben Sirach et son ou- 
vrage 29 

II. Un recueil de contes juifs inédits (suite) 65 

III. Les sources talmudiques de l'histoire juive 213 

IV. Notes critiques sur la Pesikta Rabbati 224 

Lœwé (Maurice). La physique d'Ibn Gabirol 161 

Lucas (Léopold). Innocent III et les Juifs 247 

Marmier (Colonel G.). Contributions à la géographie delà Pales- 
tine et des pays voisins 485 

Perles (Félix). Notes critiques sur le texte de Y Ecclésiastique. 48 

Reinach (Théodore). Josèphe sur Jésus 1 

Roubin (N.). La vie commerciale des Juifs comtadins en Lan- 
guedoc au 4 xvin e siècle (suite) 91 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). I. La légende de l'exorcisme d'un démon par 

Simon b. Yohaï 285 

II. Une date chronologique dans une pièce de poésie de 

Saàdia 290 

Bauer (Jules). Une nouvelle inscription hébraïque 305 

Bloch (Camille). L'opinion publique et les Juifs au xviii 6 siècle 

en France 112 

Freimànn (A.). Meschoullam Cusser de Riva et sa tombe 111 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Kaminka. L'inscription n° 206 de Narbonne 293 

Kaufmann (David). I. Même sujet 292 

IL Elie b. Joseph de Nola à Bologne 296 

III. Maître Andréas et Jacob b. Elie 300 

IV. La famille nstlp ou Cousseri à Riva 302 

Lambert (Mayer). Sur la syntaxe de l'impératif en hébreu 106 

Lévi (Israël). I. La discussion entre R. Josué et R. Eliezer sur 

les conditions de l'avènement du Messie 282 

II. L'inscription n° 206 de Narbonne 294 

Perles (Félix). Une ancienne faute dans la prière aan hv 289 

Porgès. Encore le nom Apiphior 444 

Schwab (M.). I. Wi ma irûî 287 

II. Une liste hébraïque de noms géographiques de l'Afrique 

du Nord 306 

Sulzberger (M.). Encore le siège de Moïse 140 

BIBLIOGRAPHIE. 
Bâcher (W.). Semitic studies in memory of Rev. D r Alexander 

KOHUT 415 

Belléli (L.). Les cinq livres de la Loi (le Pentateuque), traduc- 
tion en néo-grec, éd. par D.-C Hesseling 132 

Epstein (A.). Machsor Vitry, éd. par S. Hurwitz. — Einleitung 
u. Register zum Machsor Vitry, von S. Hurwitz, mit 

Beitràgen von A. Berliner 308 

Kont (J.). Publications de la Société littéraire israélite de Hongrie 456 

Correspondance : Lettre de M. D.-G. Hesseling 314 

Table des matières 319 



ACTES ET CONFÉRENCES. 

Lehmann (Joseph). Assistance publique et privée d'après l'an- 
tique législation j uive i 

Procès-verbaux des séances du Conseil xxxix et xli 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



DS 
101 
U5 
t. 35 



Revue des études 



historia judaica 



juives; 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET